Pouvoir voler sans petrole Synthese Fevrier 2026
The Shift Project Publications
11 juin 2026, 06:00
Texte de la source originale
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POUVOIR VOLER SANS PETROLE :
QUEL APPROVISIONNEMENT ENERGETIQUE
POUR LE SECTEUR AERIEN ?
LE THINK TANK DE LA
TRANSITION BAS CARBONE
Synthèse – Février 2026
DANS LE CADRE DU
PLAN ROBUSTE POUR L’ECONOMIE FRANCAISE
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L'intensité carbone des carburants
de l'aérien n'a pas diminué Les SAF
permettent d'améliorer ce facteur.
CO² CO²
Energie Trafic Trafic
Energie
Les gains d'efficacité
espérés par le secteur
sont de 1,3 % par an.
Le trafic aérien mondial
devrait croître de 3 %
par an en moyenne
jusqu'en 2050, soit un
doublement du trafic actuel !
CONTEXTE
L’aérien, un secteur
particulièrement vulnérable
à la double contrainte carbone
Portée par l’abondance d’un pétrole longtemps
perçu comme inépuisable, l’aviation civile
s’est imposée en un demi-siècle comme l’un des
moteurs les plus puissants de l’internationalisation
des échanges. Elle tient aujourd'hui une promesse
vertigineuse : relier, en quelques heures, presque
n’importe quel pôle d’attraction du globe, créant
ainsi une continuité géographique et économique
sans précédent.
L’opération et le développement des lignes
aériennes reposent encore entièrement sur
les énergies fossiles, ce qui place désormais
le secteur face à une double contrainte
carbone : d’une part, l’aggravation du changement
climatique impose une réduction rapide de ses
émissions, d’autre part, le verrouillage géopolitique
actuel et le déclin à venir du pétrole fragilisent
son approvisionnement.
L’aviation commerciale est
aujourd’hui responsable de
2 à 3 % des émissions mondiales
de CO². Cette part s'élève
à environ 5 % dans l’Union
européenne et 6,8 % en France.
Son impact climatique dépasse cette seule
contribution : avec les effets dits "hors-CO2” des
traînées de condensation persistantes et des oxydes
d’azote en altitude, le secteur représente presque
5 % de l’augmentation du forçage radiatif mondial.
Si l’on focalise l’analyse sur l’empreinte carbone
du secteur, la décomposition ci-dessous permet
d’isoler trois ressorts structurants des émissions :
l’intensité carbone de l’énergie, l’efficacité
énergétique et le volume de trafic.
Dans un contexte où le secteur aérien prévoit
de poursuivre la croissance de son trafic à un
rythme soutenu, tandis que les gains d’efficacité
(amélioration des aéronefs, des opérations
aériennes et au sol) devraient rester limités,
et que les programmes de rupture, tels que l’avion
à hydrogène, ont été repoussés à un horizon
indéterminé, il apparaît clairement que la réduction
de l’intensité carbone de l’énergie devra constituer
le principal levier technique de décarbonation.
L’objet de ce rapport est donc d’examiner
la faisabilité de la transition du secteur vers
des carburants liquides non fossiles, regroupés
sous l’appellation générale de Sustainable
Aviation Fuels (SAF).
P.3
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Kérosène fossile SAF
Les SAF :
des carburants non fossiles
Principes du cycle de vie des SAF
Sur le plan chimique, les SAF présentent une composition proche
de celle du kérosène fossile, mais ils offrent un avantage majeur : le CO2
émis lors de leur combustion a été préalablement prélevé dans l’atmosphère,
et peut donc être considéré comme climatiquement neutre, comme le font
les règlementations actuelles. On distingue deux types principaux de SAF,
en fonction de l’origine du carbone :
bioSAF
Le CO2 est absorbé progressivement
par les végétaux via la photosynthèse.
L’intrant principal est la biomasse,
sous différentes formes (huiles,
bois, résidus agricoles, etc.).
Cependant, certaines études notent
que le CO2 provenant de la biomasse
n’est pas instantanément neutre,
car la libération d’un carbone
longtemps stocké peut
provoquer un déséquilibre
temporaire.
e-SAF
Le CO2 est capté par des procédés
industriels, soit à partir des fumées
concentrées d’industries, fossiles ou
biogéniques, soit directement dans
l’air ambiant. L’intrant principal est
l’électricité, qui permet non seulement
la capture du CO2 mais aussi la
production d’hydrogène bas carbone
nécessaire au procédé. Huiles et
graisses
usagées
Cultures
d'huiles
végétales
Cultures
fermentescibles
Ethanol-to-Jet (EtJ) Fischer Tropsch ou
Methanol-to-Jet
(MtJ)
Fermentation Hydrotraitement
bioSAF e-bioSAF e-SAF
HEFA PBtL PtL AtJ BtL
Hydrolyse
Gazéification
Fischer Tropsch (FT)
Biomasse
lignocellulosique
(cultures dédiées, biomasse
forestière, résidus agricoles, CIVE)
Electricité CO²
H²
Des filières diverses qui emploient
des ressources variées
Le schéma ci-dessous présente les principales filières de production de SAF :
Hydrotraitement
des matières huileuses :
actuellement la seule
filière développée
à l’échelle industrielle.
Power-to-Liquid :
repose sur la
production
d’hydrogène à partir
d’eau et d’électricité,
et sur la capture
de CO2.
Alcool-to-Jet :
basée sur la conversion
d’alcool en kérosène,
ce procédé est
relativement émissif
et cher, ce qui le rend
peu susceptible de se
développer massivement.
Power & Biomass-to-Liquid :
presque matures sur
le plan industriel et capables
de valoriser la biomasse dite
lignocellulosique (c’est-à-dire
boisée ou fibreuse).
SAF et coproduits Raffinerie Captage du CO²
par un arbre
ou une usine
Pétrole Raffinerie
P.4 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.5
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Voyager sans kérosène :
ce que cela représente par personne
Pour un aller retour Paris–Montréal
(12 000 km) sans carburant fossile,
il faudrait, par passager ,
remplacer environ
360 litres de
kérosène fossile
par l’une des alternatives suivantes :
370 litres
d’huile usagée,
soit ce qu’un restaurant
de fast-food collecte
en deux mois
1 800 kg
de bois de chauffage, soit
le chauffage d’une maison
bien isolée pendant un hiver
8 000 kWh
d’électricité, soit le double
de la consommation
électrique annuelle moyenne
d’un foyer français
1000 m²
de culture annuelle
lignocellulosique,
soit l’équivalent de
4 terrains de tennis
Toutes les options ne se valent pas
Les SAF ne peuvent pas être
considérés comme totalement
neutres sur le plan climatique
en raison des émissions générées
lors de la production de leurs
matières premières, de leur
transport et de leur transformation.
Contrairement au pétrole, dont le
bilan carbone par unité d’énergie
est bien établi, l’empreinte des
SAF varie considérablement selon
la filière, la matière première et les
conditions de production :
Pour les bioSAF, il ne suffit
pas de prendre en compte les
émissions directes liées à la
production : il faut également
considérer les émissions
indirectes associées aux
changements d’usage des sols,
un facteur fortement dépendant
du contexte propre à chaque
parcelle de culture.
Pour les e-SAF, les émissions
dépendent de l’intensité
carbone de l’électricité utilisée.
Au sein de l’Union européenne,
la réglementation exige une
réduction d’au moins 70 % des
émissions par rapport au pétrole,
ce qui nécessite une électricité
à moins de 40 gCO2 /kWhe,
seuil aujourd’hui atteint
uniquement par le mix électrique
de trois États membres sur 27 :
la Finlande, la France et la Suède.
L’usage du terme SAF recouvre des réalités bien
différentes en termes de performance environnementale
et ne suffit pas à garantir une durabilité forte.
Il s’agit ici d’un acronyme générique, largement utilisé
dans le monde de l’aérien.
90
80
70
60
50
40
30
20
10
- 10
- 20
0
100
200
HEFA PBtL PtL AtJ BtL
Empreinte carbone d'une unité énergétique de SAF
(référentiel CORSIA-OACI).
En gCO2 /MJ de SAF
Émissions liées aux changement d'usage des sols Émissions dûes à l'électricité Émissions directes
Kerosene
fossile Soja Cameline Total
Cameline Canne à
sucre Miscanthus
Switchgrass
Réseau
français 2024
Réseau électrique français
(30,2 gCO2/kWh)
Huiles de
cuisson
usagées Colza Maïs grain Résidus
forestiers
Residus
forestiers
100 % EnR
100 %
EnR Réseau
électrique USA
(400 gCO2/kWh)
100
300
Ces ordres de grandeur sont donnés à titre illustratif et calculés par Aéro Décarbo
P.6 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.7
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40 000 TWh/an
30 000
20 000
10 000
0
400
500 TWh/an
300
200
100
0
Mise en perspective du potentiel de production de biocarburants et
des besoins des principaux secteurs difficiles à électrifier complètement
(aviation, maritime, routier et agriculture).
Biomasse cultivee
Véhicules Légers
Agriculture et Pêche
Biomasse résiduelle
(telle que définie par
la réglementation
européenne)
Poids Lourds
Maritime
Aérien
MONDE FRANCE
Consommation
annuelle de
carburant 2024
Estimation
de la demande
annuelle de
carburant en 2050
Estimation
du potentiel
de production de
biocarburant 2050
Consommation
annuelle de
carburant 2024
Estimation
de la demande
annuelle de
carburant en 2050
Estimation
du potentiel
de production de
biocarburant 2050
Une demande bien supérieure à l’offre
À l’horizon 2050, la production de biocarburants liquides
devrait être deux à trois fois inférieure aux demandes
des secteurs difficiles à électrifier, en considérant à
la fois la croissance des activités, les gains en efficacité
ainsi que les effets de la substitution énergétique.
bioSAF : une limite forte
sur le potentiel en biocarburants
Des pressions sur les limites planétaires
De fortes concurrences sur la biomasse
Si les carburants fossiles affectent
principalement le climat, l’usage
énergétique de la matière végétale
engendre de multiples transferts
d’impacts. L’agriculture et la sylviculture,
directement liées à l’exploitation de la
biomasse, sont aujourd’hui les principales
responsables du dépassement
de quatre limites planétaires : l’érosion
de la biodiversité, le changement
d’usage des sols, la perturbation des
cycles de l’eau douce et des éléments
biogéochimiques (azote et phosphore).
De plus, la pression et la dégradation
des forêts peuvent transformer
cet habituel puits de carbone en une
source d’émissions nettes, contribuant
donc au dérèglement climatique.
L’usage de la biomasse entre en concurrence
sur trois niveaux distincts et successifs :
Surfaces agricoles
L'extension des terres agricoles se fait, en majeure partie, au détriment
de zones naturelles, entraînant changement d’usage des sols, perte
de biodiversité et réduction des capacités de séquestration du carbone.
Matières
La matière végétale produite doit être prioritairement destinée
à l’alimentation humaine et animale, puis au maintien de la fertilité
des sols, qui nécessite le retour d’une partie de la matière organique.
Ensuite, les secteurs qui permettent de stocker durablement
le carbone sous forme solide (construction, chimie, textile) devraient
voir leur demande croître avec leurs besoins de décarbonation.
Bioénergies
Les filières énergétiques (biométhane, biocarburants, électricité
à partir de biomasse) constituent l’usage le moins prioritaire, car elles
impliquent notamment la combustion de la biomasse et donc la libération
de carbone dans l’atmosphère. En outre l’aérien n’est pas la seule filière
à convoiter des volumes massifs de biocarburants : c’est aussi le cas
du maritime, du transport routier et de l’agriculture.
Les véhicules légers sont exclus
à l’échelle nationale, puisque
le parc automobile français vise à
être entièrement électrique à l’horizon
2050 et ne nécessiterait donc plus
de carburants liquides.
Ces estimations ne tiennent
pas compte des effets du
changement climatique sur les
cultures végétales et privilégient
la production de biocarburants
dans l’arbitrage des ressources
en biomasse énergétique.
Données compilées par Aéro
Décarbo à partir de diverses
projections internationales
(AIE, ICCT, DNV, ICAO) pour
l’échelle mondiale, ainsi que
de plusieurs feuilles de route
pour la partie nationale
(SNBC, SGPE, GIFAS, GICAN).
L’écart entre 2024 et
2050 intègre la croissance
des activités, les gains
en efficacité énergétique
ainsi que les effets de la
substitution énergétique
comme l'électrification.
P.8 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.9
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e-SAF : un enjeu
de consommation électrique
Du CO2 non-fossile et de l’électricité
Aujourd’hui, la quasi-totalité
des projets de production
d’e-SAF captent le CO2 émis
dans les fumées des grandes
installations industrielles,
où sa concentration est environ
cent fois plus élevée que dans
l’atmosphère. Pour la production
de SAF, il est préférable,
et bientôt obligatoire en Europe,
que ce CO2 provienne de
sources non fossiles.
À mesure que les gisements
de fumées se raréfieront avec
la décarbonation de ces secteurs,
la capture directe dans l’air ambiant
deviendra nécessaire, ce qui
augmentera la consommation
électrique d’environ 20 %.
Les gains liés à l’amélioration
des procédés pourront toutefois
compenser cette dépense
supplémentaire : la demande
en électricité par tonne de carburant
produite devrait ainsi rester stable
d’ici à 2050, autour de 30 MWh.
Une filière qui optimise
les ressources : e-bioSAF
Le procédé de production des e-bioSAF consiste à apporter suffisamment
d’hydrogène pour que l’essentiel du carbone constitutif de la biomasse
puisse être converti en biocarburant. L'énergie contenue dans le carburant
final provient à la fois des intrants en biomasse et en hydrogène. Ainsi :
Un usage de l'électricité peu efficace,
mais indispensable pour l'aviation
L’e-SAF constitue l’un des usages
les moins efficaces de l’électricité
bas-carbone, ce qui le rend
actuellement plus coûteux que
d’autres filières. Cependant,
son développement sera nécessaire
à la décarbonation de l’aviation.
En effet, le déploiement des e-SAF est
moins limité par la disponibilité d’une
ressource biologique et n’affecte donc
pas les limites planétaires de manière
aussi critique que les bioSAF. Augmenter
leur production revient essentiellement
à développer davantage de capacités
d’électricité bas-carbone, la principale
contrainte étant alors le rythme industriel
de leur déploiement.
1.Chiffres 2024 (315 Mt de kérosène pour 9800 TWh d'électricité renouvelable).
Pour être réellement
soutenable, cette filière
doit toutefois concilier
les exigences de durabilité
et de disponibilité à la fois
de la biomasse et de
l’électricité bas-carbone.
Les e-bioSAF sont
2 à 3 fois
moins gourmands
en biomasse
que les bioSAF.
Les e-bioSAF sont
2 à 3 fois
moins gourmands
en électricité
que les e-SAF.
Avec 1 MWh d'électricité
on parcourt :
5 000 km
en voiture électrique
1 400 km
par passager en avion
volant avec du e-SAF
750 km
en voiture avec e-fuels
10 000 TWhC’est la quantité d’électricité bas-carbone nécessaire
pour remplacer la consommation actuelle mondiale de kérosène
fossile par des e-SAF, soit environ la production mondiale
actuelle d’énergie renouvelable, un tiers de toute l’électricité
actuellement produite dans le monde1.
P.10 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.11
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Les hypothèses
du scénarios
Analyse du scénario :
Dans le scénario de référence,
basé sur les hypothèses
des acteurs du secteur
de l’aviation et de l’énergie,
les émissions annuelles
moyennes sur la période
2025-2050 sont supérieures
de 3 % au niveau de 2025.
Scénario de base - annonces du secteur
et disponibilités de ressources selon l'IEA
Emissions de l'aviation (Mt CO2 /an)
1500
1000
500
0
2025 2040 2030 2045 2035 2050
8 %
Part des émissions
cumulées de l’aérien
d’ici 2050 dans
le budget carbone
d’une trajectoire
+1.7°C2
22 %(116 Mt)
de bioSAF
en 2050
26 %(131 Mt)
de e-SAF
en 2050
2. Budget global 1.7°C : 390 Gt.
Émissions cumulées de l’aérien 2025-2050 : 32,4 Gt
3. Séquestration totale 2050 (IAE 2023- Scénario NZE) : 1710 Mt.
Emissions aérien 2050 : 1094 Mt
Scénarios
Monde
Pour comprendre si le déploiement des capacités
de production de SAF sera suffisant pour permettre
à l’aviation d’atteindre ses objectifs climatiques,
notre premier scénario utilise les hypothèses
des acteurs du secteur de l’aviation et de l’énergie :
Ces choix d’hypothèses
volontairement optimistes
garantissent que les
enseignements des
scénarios qui les utilisent
sont particulièrement
robustes : tout résultat établi
dans un cadre aussi favorable
restera valable a fortiori
dans un contexte plus
contraint, et sans
doute plus probable.
Les consommations futures de carburant
sont basées sur les prévisions de trafic et
les gains de performance des aéronefs avancés
par l’Air Transport Action Group (ATAG) dans
son scénario S2 qui est globalement optimiste,
prévoyant par exemple l’arrivée des moteurs
open rotor dès 2030, alors que les calendriers
industriels la situent après 2035.
Les facteurs d’émission sont issus du
cadre réglementaire CORSIA, dispositif
international mis en place par l’Organisation
de l’Aviation Civile Internationale (OACI).
1
Le scénario NZE de l’AIE retient une
hypothèse particulièrement ambitieuse de
80 000 TWh d’électricité bas-carbone disponible
en 2050 à l’échelle mondiale, soit près de
trois fois les capacités actuelles totales de
production électrique (fossiles et bas-carbone).
3
L’offre de SAF (bioSAF + e-SAF)
correspond aux volumes projetés par
l’Agence Internationale de l'Énergie dans son
scénario de décarbonation le plus ambitieux
(Net Zero by 2050).
2
4
De bonnes et
de mauvaises options
pour augmenter
les volumes de
carburants alternatifs
Les acteurs du secteur aérien
proposent diverses pistes pour
augmenter les volumes de SAF,
dont certaines auraient plutôt
tendance à aggraver les impacts
environnementaux :
L’affaiblissement des critères
de durabilité des SAF
engendre des tensions sur
les sols, l’eau ou la biodiversité,
sans permettre aux émissions
CO2 du secteur aérien
de significativement diminuer.
La priorisation au détriment
des autres secteurs dans l’accès
aux ressources bas-carbone,
peut conduire à une augmentation
des émissions globales, à cause
des écarts de rendements
énergétiques entre les solutions
de décarbonation de l’aérien et,
par exemple, l'électrification du
routier.
L’investissement massif
dans des capacités électriques
additionnelles peut permettre
la production de suffisamment
d’e-SAF et d’e-bioSAF pour
couvrir à terme les besoins
en carburant du secteur aérien,
à condition de mobiliser
des moyens considérables.
Les émissions de l’aviation
ne baissent pas
Kérosène
bioSAF
e-SAF
64 %
Part de l’aérien
dans les émissions
résiduelles en 20503
P.12 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.13
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Au-delà des estimations
théoriques, le développement de
la filière e-bioSAF pose d’importants
défis industriels et logistiques.
La valorisation de
10 millions de tonnes de
biomasse lignocellulosique
nécessiterait la mise
en place d’environ
30 unités industrielles,
alors qu’un seul projet
mobilise déjà un périmètre
d’approvisionnement légal couvrant
l’ensemble du quart Sud-Ouest
de la France (zone orange),
une région pourtant riche en
activités forestières et agricoles.
Un approvisionnement en biomasse
sous contrainte géographique
Plans de vol en France
Le potentiel de production de SAF
en France dépend des quantités
de biomasse durable et d’électricité
bas-carbone qui pourraient être
allouées au secteur aérien :
Les quantités de SAF produites en France
s’établissent alors entre 0 et 5,6 millions
de tonnes en 2050, à comparer aux
7,3 millions de tonnes de kérosène fossile
consommées aujourd’hui.
Une répartition des ressources à arbitrer Si le trafic aérien venait
à croître selon la feuille
de route de décarbonation
du secteur, soit +1,1 % par
an4, les émissions de l’aérien
représenteraient alors entre
17 % et 46 % des émissions
françaises en 2050 avec,
respectivement, 5,6 Mt
et 0 Mt de SAF.
La contribution de l’aérien
aux émissions nationales risque de décoller
À titre d’exemple, une hypothèse
de 30 TWh d'électricité et de 30 %
de la biomasse résiduelle
valorisable en biocarburant allouée
à l’aérien conduirait à :
37 %
Part de l’aérien
dans les émissions
en 2050
14 %
Part des émissions
cumulées de l’aérien
d’ici 2050 dans
le budget carbone
de la SNBC
Carte illustrant les limites de développement
des unités e-bioSAF
Rayon d’approvisionnement de l’unique projet e-bioSAF annoncé
Territoires peu propices à la culture de biomasse énergie
(climats secs ou reliefs montagneux avec biomasse précieuse
et vulnérable)
Principales zones forestières françaises
En termes de biomasse lignocellulosique,
compatible avec la réglementation
européenne, 10 millions de tonnes
de matière sèche sont valorisables en
biocarburants liquides. L’énergie qu’ils
contiennent est à répartir entre les différents
usages qui en demandent (aérien, maritime,
machines agricoles et transport routier).
L’aérien peut en capter au maximum
60 %, car les les co-produits des bioSAF
représentent à minima 40 % de la bio-
énergie dans les procédés de production.
En termes d’électricité :
de 0 à 110 TWh (feuille de route
du secteur aérien, GIFAS, 2023)
pour produire l’hydrogène nécessaire
par électrolyse et pour capturer
le CO2 correspondant.
4. Sachant que cette feuille de route de décarbonation
considère une croissance plus faible que les tendances
observées (2,8 % par an, selon le gouvernement français)
Lecture : chaque case indique la production annuelle totale de SAF
en 2050 résultant de la combinaison des deux hypothèses.
10 TWh 30 TWh 50 TWh 70 TWh 90 TWh 110 TWh
0 % 0,3 Mt 1,0 Mt 1,7 Mt 2,3 Mt 3,0 Mt 3,7 Mt
15 % 0,8 Mt 1,5 Mt 2,1 Mt 2,8 Mt 3,5 Mt 4,1 Mt
30 % 1,3 Mt 2,0 Mt 2,6 Mt 3,3 Mt 4,0 Mt 4,6 Mt
45 % 1,8 Mt 2,4 Mt 3,1 Mt 3,8 Mt 4,4 Mt 5,1 Mt
60 % 2,2 Mt 2,9 Mt 3,6 Mt 4,2 Mt 4,9 Mt 5,6 Mt
Volumes de biomasse alloués
Volumes d'électricité dédiés à l'aérien
P.14 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.15
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10
15
5
300
400
200
100
0 0
2025 2055 2035 2045
Grâce aux gains d’efficacité et à
l’incorporation progressive des SAF,
les vols en 2040 ou 2050 devraient
être bien moins émissifs que
ne le sont ceux d’aujourd’hui.
Par conséquent, c’est bel et bien
maintenant qu’il faut modérer le
trafic, pour diminuer le plus possible
les émissions tant que le kérosène
fossile constitue l’essentiel du
carburant de l’aviation mondiale.
Afin de rester compatible avec
un budget carbone limitant
l’augmentation de la température
moyenne à 1,7 °C, même avec
une allocation favorable au secteur
aérien, le trafic aérien mondial
devrait diminuer d’au moins 15 %
d’ici cinq ans, ce qui correspondrait
à un retour transitoire aux niveaux
observés dans les années 2010.
Après cette phase de sobriété, le trafic
pourrait reprendre progressivement,
au fur et à mesure du déploiement
des SAF et si les conflits d’usages
(biomasse, électricité) sont arbitrés.
C’est une perspective de croissance
plus forte que celle estimée à
l’échelle française, qui s’explique
par le fait qu’à l’échelle mondiale,
le niveau moyen de trafic par habitant
est plus faible.
À l’échelle mondiale, baisser le trafic
pour le réaugmenter plus tard
Modération :
veiller à un accès durable
En France, les objectifs liés aux SAF sont à la fois :
Réglementaires , via le respect des taux
d’incorporation mandatés par la réglementation
européenne ReFuel EU : au regard du potentiel
national de production de SAF, atteindre le taux cible
de 70 % de SAF en 2050 impliquerait une baisse
du trafic aérien, sauf à mobiliser plus de 70 TWh
d’électricité et au moins 30 % des biocarburants
liquides compatibles avec la réglementation.
Climatiques, visant la neutralité carbone à l’horizon
2050 tout en respectant un budget carbone
soutenable : pour maintenir la contribution
du secteur aérien à un niveau proportionnel à sa
part actuelle (environ 7 % des émissions nationales),
en 2050 comme sur l’ensemble de la période,
le trafic aérien français devra être inférieur à son
niveau actuel, à moins de consommer la totalité
de la biomasse éligible à la production de biocarburants
liquides, ainsi que 110 TWh d'électricité (soit plus
de 20 % de la production électrique actuelle)
De souveraineté énergétique, impliquant de limiter
la dépendance au pétrole (aujourd’hui importé à
99 %) grâce au recours à des SAF.
Un trafic français sous triple contrainte
À titre d’illustration, avec une allocation de 30 TWh
d’électricité et de 30 % des biocarburants liquides,
le trafic aérien devrait diminuer de moitié pour
respecter ReFuel EU et atteindre une cible d’émissions
compatible avec la neutralité carbone en 2050.
Compte-tenu des limitations
en ressources décarbonées,
la maîtrise des émissions
du secteur aérien nécessite,
comme on l’a vu, une régulation
du trafic tant au niveau global
qu’à l’échelle française.
La décarbonation du secteur
aérien est finalement autant
un problème technologique
et industriel qu'une question
de maîtrise du trafic.
Pour rendre cette sobriété
acceptable pour tous, il est nécessaire
d’engager sans délai un débat
démocratique et d’expérimenter
des mesures permettant d’agir
simultanément sur :
la réduction des incitations
aux voyages :
fin des programmes de fidélité,
régulation de la publicité,
rééquilibrage du signal-prix
des billets d'avion ;
la limitation de la demande :
quotas ou taxe sur le CO2 , sur
le kérosène ou sur les kilomètres
parcourus à l'échelle individuelle
ou/et des entreprises ;
l’encadrement de l’offre :
limitation des capacités
aéroportuaires, suppression des
liaisons disposant d’alternatives
efficaces ;
l’encouragement aux alternatives :
TGV, trains de nuit, bus, liaisons
maritimes et connexions
ferroviaires internationales).
Une modération possible et nécessaire
Trafic aviation commerciale,
monde (10^12 RPK)
Consommation de carburants
(aviation commerciale, monde) en Mt
Évolution du trafic
et de la consommation de carburants
(aviation commerciale, monde)
e-SAF
BioSAF FT
Kérosène e-BioSAF
BioSAF ATJ BioSAF HEFA
Matrices illustrant l’évolution du trafic nécessaire pour respecter
les taux d’incorporation de SAF mandatés par la réglementation
européenne ReFuel EU en 2050 (à gauche) et que le secteur aérien
ne contribue qu’à 6,8 % des émissions nationales en 2050 (à droite).
30 TWh 70 TWh 110 TWh
0 % -76 % -43 % -10 %
30 % -52 % -19 % 13 %
60 % -29 % 4 % 37 %
Biomasse résiduelle
Volumes d'électricité
30 TWh 70 TWh 110 TWh
0 % -65 % -47 % -28 %
30 % -48 % -29 % -11 %
60 % -31 % -12 % 7 %
Biomasse résiduelle
Volumes d'électricité
P.16 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse P.17
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Montréal
Tokyo
Sydney
Barcelone
1 an
12 ans
20 ans
30 ans
2 ans
Toulouse
Pendant encore de longues décennies, l’aviation restera
un mode de transport nécessitant des arbitrages sociétaux
forts, tant sur les plans énergétique, climatique qu’économique.
Cependant, conjuguer une maîtrise collective du trafic aérien
avec le déploiement de capacités énergétiques décarbonées
permettra de dessiner une perspective souhaitable :
celle d’une aviation compatible avec les objectifs de l’Accord
de Paris, progressivement affranchie du pétrole et offrant
à chacun la possibilité de parcourir, au cours de sa vie,
l’équivalent de deux fois le tour de la Terre5.
Enfin, au-delà des considérations climatiques
et énergétiques, la question de l’accès
à l’aviation renvoie à des enjeux de justice
et d’équité qui méritent d’être posés.
Aujourd’hui, 1 % de la population mondiale
est responsable de plus de 50 % des émissions
de CO2 du secteur aérien.
Dans l’hypothèse d’un accès équivalent à l’aviation
pour l’ensemble de la population mondiale, le niveau
de trafic actuel – susceptible d’être retrouvé à
l’horizon 2040 – correspondrait à un budget de l’ordre
de 1 000 km parcourus par personne et par an, soit,
à titre illustratif, la possibilité d’effectuer un aller-retour
Paris–Montréal tous les douze ans.
Voyager de manière juste et durable
5. Dans la perspective d’un trafic mondial retrouvant puis potentiellement dépassant son niveau actuel après une phase de sobriété,
la possibilité pour chacun de faire de l’ordre de 1000 km par an en avion représenterait un total d’environ 80 000 km sur une vie entière,
soit 2 fois la circonférence terrestre
Résumé des enseignements
clés du rapport
Les SAF, et plus particulièrement
les e-SAF, sont incontournables pour
la décarbonation du secteur aérien,
mais ne pourront pas être déployés assez
rapidement pour en faire baisser les
émissions de CO2 à court et moyen terme.
En particulier, la production de SAF
sera, en France et dans le monde,
restreinte par des limites physiques
et industrielles, ainsi que par
les conflits d’usage sur la biomasse
durable et l’électricité bas-carbone.
Le choix devient explicite : maintenir
les perspectives de croissance
annoncées par le secteur ou respecter
les objectifs climatiques. Les résultats
du rapport montrent que la baisse
du trafic, dans un premier temps,
devient un levier nécessaire.
Pour accompagner cet effort, il est
nécessaire d’expérimenter des mesures
concrètes afin de réduire les incitations
au voyage, de maîtriser la demande,
d’encadrer l’offre et de soutenir le
développement d’alternatives durables.
1
2
3
4
+1,5°C
P.19 P.18 — Pouvoir voler sans pétrole — Synthèse
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The Shift Project est un groupe de
réflexion qui vise à éclairer et influencer
le débat sur les défis climat-énergie.
Nous sommes une association d’intérêt
général. Nos membres financeurs
sont pour la plupart des entreprises.
Guidé par l’exigence de rigueur scientifique
et technique, notre regard sur l’économie
est avant tout physique et systémique.
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Président Aéro Décarbo
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Graphisme
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Aéro Décarbo rassemble des femmes
et des hommes salariés, entrepreneurs,
retraités, étudiants et passionnés de
l’aéronautique et de l’aérospatial autour
d’une mission commune : accompagner
ces secteurs vers un avenir respectueux
des limites planétaires. Avec rigueur
scientifique et honnêteté intellectuelle,
l’association analyse et encourage la
transformation de l’utilisation des airs afin
d’assurer la pérennité des industries qui
en dépendent.
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Nos partenaires
Aéro Décarbo et le Shift Project remercient
les partenaires du projet pour leur soutien
technique et financier.
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