Qui encadre l'IA, gouverne l'IA - Decision-achats.fr

Decision Achats
19 mai 2026, 09:03

Texte de la source originale

Accueil / #Familles d'achats / #IT / Digital / #IA Trois ans après le choc ChatGPT, une question s’impose : comment acheter l’IA sans se tromper ? Si 65% des entreprises déclarent l’utiliser dans au moins une fonction (McKinsey, 2024), moins de 30% avaient entamé une démarche de conformité réglementaire fin 2025 (Centre for Data Innovation). Cette fracture replace un acteur au centre du jeu : la direction achats, non plus reléguée à la négociation tarifaire en bout de chaîne, mais qui apparaît comme véritable architecte de la gouvernance technologique. Déferlante des offres IA Le marché de l’IA en tant que service devrait peser près de 100 milliards de dollars d’ici 2030 (Mordor Intelligence). Comment, dans ce raz-de-marée, distinguer la performance réelle du marketing produit ? Alors même que les directions achats ne disposent d’aucun cadre commun pour évaluer simultanément les dimensions technologique, juridique et réglementaire d’un achat d’IA ? En effet, l’IA fonctionne comme des poupées russes : derrière chaque brique se cache un niveau de complexité supplémentaire, une exigence de compatibilité et une contrainte de conformité. Faire son marché brique par brique, c’est rarement construire un système intelligent. C’est souvent accumuler un problème d’intégration ingouvernable. Face à cette complexité, la posture du broker prend tout son sens : qualifier les technologies disponibles, les soumettre à une batterie d’analyses en matière de sécurité, de protection des données et de conformité réglementaire, de fonctionnalités, puis les intégrer en solutions cohérentes de bout en bout qui conjugue compliance et performance . Car si le coût affiché d’une désintermédiation paraît attractif, le TCO, le Time to Market et la performance réels racontent souvent une tout autre histoire. Gouverner l’IA commence par gouverner sa donnée Dans la précipitation vers l’IA, beaucoup d’entreprises ont sacrifié une étape pourtant fondamentale, à savoir, la mise en ordre de leur patrimoine de données. Résultat : des déploiements qui déçoivent, non pas parce que la technologie est défaillante, mais parce que le terrain n’était pas prêt. Un système IA n’est que le reflet de la donnée qu’on lui soumet : si celle-ci est incomplète ou obsolète, la réponse le sera aussi. Autant suivre une recette en sautant la moitié des étapes : la qualité du résultat ne dépassera jamais celle des ingrédients de départ. Le diagnostic en amont, cet audit des process, des données quantitatives et des bases de connaissances avant tout déploiement, n’est donc pas une formalité, mais la condition sine qua non d’un projet qui tient ses promesses. Lire aussi : Air France-KLM : l'acheteur IT face à l'imprévu L’AI Act Préparer ses données est un préalable indispensable , mais ce travail interne ne dispense pas d’une autre urgence, réglementaire en l’occurrence. Le 2 août 2026, le règlement européen entre en application complète pour les systèmes à haut risque, avec des sanctions pouvant atteindre 3% du chiffre d’affaires mondial. Pour un acheteur, cela signifie inscrire dans chaque contrat des exigences concrètes : qui est responsable en cas de décision erronée du modèle ? Le client est-il informé quand le système évolue ? À qui appartiennent les données utilisées pour entraîner l’IA ? Par où ces données transitent-elles et sont-elles stockées ? Un prestataire incapable de répondre à ces questions n’est pas un partenaire : c’est un risque juridique. Gouverner l’IA : un engagement au-delà du contrat La conformité réglementaire est une condition nécessaire, mais elle ne suffit pas. L’empreinte environnementale des solutions déployées s’impose progressivement dans les arbitrages des directions achats. Une requête IA consomme jusqu’à dix fois plus d’énergie qu’une recherche classique, et l’empreinte carbone des systèmes IA aurait atteint 79 millions de tonnes de CO2 en 2025, soit l’équivalent des émissions annuelles de New York (Euronews, décembre 2025). Localisation des infrastructures, bilan carbone par déploiement, éthique numérique … Autant de critères qui s’imposent progressivement dans les appels d’offres les plus exigeants. Derrière les early adopters et les discours de transformation, combien d’entreprises cherchent encore leur chemin dans l’IA, sans toujours savoir par quel bout commencer ? C’est peut-être là que réside la vraie responsabilité des décideurs, non pas celle de suivre la vague, mais celle de la maîtriser. Gouverner l’IA, c’est d’abord accepter qu’elle s’anticipe avant le contrat, dans la rigueur du diagnostic, la qualité de la donnée et l’exigence de la contractualisation, tout en gardant une marge de souplesse importante dans un environnement qui évolue très vite. A propos de l’auteur : Édouard Coumert est directeur Transformation IA de Concentrix France.