ThrustMe : la substitution au xénon pour sécuriser les achats - Decision-achats.fr
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17 avr. 2026, 08:51
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Accueil / #Stratégie achats En 2017, Ane Aanesland et Dmytro Rafalskyi , deux chercheurs du Laboratoire de Physique des Plasmas (École Polytechnique / CNRS), créent ThrustMe avec la conviction que l’industrie spatiale est engagée dans une impasse d’approvisionnement sur ses ergols. Les systèmes de propulsion électrique pour satellites et constellations d’orbite basse consommaient alors massivement du xénon et du krypton , gaz nobles dont la production mondiale ne pouvait pas absorber la demande croissante liée au New Space . Lors de la Covid, le prix du xénon a atteint 40 000 € / kg, sa valeur oscille habituellement entre 4 000 et 10 000 € / kg, avec une volatilité structurelle incompatible avec la planification industrielle. ThrustMe a substitué à ces gaz rares de l’ iode solide « un élément abondant, présent dans le sel alimentaire et la bétadine, stable à température ambiante à l’état solide, qui sublime directement en gaz sans passer par l’état liquide » explique la dirigeante. Outre cet avantage certain, le coût ne dépasse guère les 100 € le kilo , soit un rapport de 1 à 100 avec le xénon. La première démonstration en orbite du système NPT30-I2 a eu lieu en novembre 2020 à bord d’un satellite d’une société chinoise ; les résultats ont été publiés dans Nature en 2021. Depuis, ThrustMe a été récompensée par le Prix EPS Plasma Physics Innovation 2022 de la Société Européenne de Physique. 80 % de supply chain française, iode sourcée au Chili et au Japon La substitution de l’ergol a une implication directe sur la chaîne d’approvisionnement. L’iode ne provient pas des mêmes filières que les gaz nobles, « les deux principaux pays producteurs sont le Chili et le Japon » , et il s’inscrit dans une industrie chimique généraliste à grande échelle, bien moins soumise aux aléas géopolitiques ou aux tensions de capacité des gaz nobles. Sur le reste de la chaîne, les choix sont assumés « notre supply chain reste le plus locale possible. 80 % de nos suppliers sont Français mais pour certaines choses, les fournisseurs n’existent pas en France, donc il faut les sourcer ailleurs. » L’entreprise, implantée à Verrières-le-Buisson (91) depuis 2018, y a ouvert en 2023 sa ligne de production industrielle. Elle produit entre 400 et 500 systèmes de propulsion par an, avec un doublement de cadence chaque année. « Le carnet de commandes est plein jusqu’à mi-2027. L’entreprise compte 60 salariés et doit doubler ses effectifs dans l’année. » Parmi les recrues que l’équipe cherche « au moins 30 techniciens — un goulot d’étranglement que la dirigeante reconnaît – les profils techniques s’autocensurent face à une entreprise du secteur spatial. Notamment les femmes. Elles ne devraient pas ! » Bootstrap, 5 % de CA en France : le paradoxe du pionnier ThrustMe illustre un paradoxe fréquent dans les technologies de rupture. L’innovation est produite en France, mais ce n’est pas le marché français qui l’absorbe en premier. Avec 95 % du chiffre d’affaires à l’international — Japon, États-Unis, et une diversité d’acteurs du New Space mondial —, la France ne représente que 5 % des ventes. Côté américain, ThrustMe compte parmi ses clients Starcloud , opérateur du premier data center orbital . Pour Ane Aanesland, la logique est connue, les technologies disruptives trouvent leurs premiers adeptes en dehors de leur marché d’origine, comme Kodak qui a inventé la photographie numérique. « Nous avons réussi à être leaders sur le marché international, rester français et purement français, c’est l’un de mes combats. Nous voulons redonner ce qu’il nous a été donné en France. Quand on commence, on a accès à beaucoup, beaucoup d’aides de l’État. Sans compter que nous avons pu réaliser dix ans de recherches payés ici par l’argent public. Donc, il nous semble important de rester en France » . Le modèle financier est tout aussi atypique dans le secteur spatial : ThrustMe est bootstrap , autrement dit est une startup ayant levé moins de 5 millions d’euros au total, essentiellement auprès de business angels , et l’entreprise est à l’équilibre depuis quelques années. Pour les directions achats qui intègrent des fournisseurs de composants de haute technologie dans leur panel, une PME de 60 personnes (bientôt 120), sans dette de capital-risque, breakeven, avec un carnet plein et une feuille de route technologique validée dans Nature est un profil fournisseur résilient. Reste à espérer que la montée en volume se fera sans accroche, car conditionnée à la réussite du doublement d’effectifs en cours.