Fréquentation record des transports collectifs : le succès du train appelle à développer l’offre ferroviaire
Autorité de régulation des transports
24 juin 2026, 09:16
Texte de la source originale
RAPPORT
Scénarios de long terme
pour le réseau ferroviaire
français (2022-2042)
> Juillet 2023
autorite-transports.fr
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Un an et demi après son avis sur le contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau pour la
période 2021-2030 et au moment où doit se mettre
en place la « nouvelle donne ferroviaire » annoncée
par la Première ministre le 24 février 2023 lors de
la remise du rapport du Conseil d’orientation des
infrastructures, l’Autorité de régulation des transports
publie les résultats de ses travaux de prospective sur
l’avenir du réseau ferroviaire à un horizon de vingt ans.
Cet exercice de modélisation vise à éclairer le débat
public en présentant les évolutions possibles à long
terme de la consistance du réseau en fonction des
moyens mobilisés.
L’Autorité s’est engagée dans cet exercice à
l’initiative de mon prédécesseur. Il avait souhaité
qu’à la suite de l’avis rendu sur le projet de contrat de
performance, qui relevait notamment l’absence de
vision cible pour le réseau ferroviaire et l’insuffisance
des investissements nécessaires pour assurer la
régénération et la modernisation du réseau, l’Autorité
puisse objectiver les conséquences prévisibles de
cette situation et explorer des scénarios alternatifs.
Dans la conduite de ce chantier, l’Autorité est
restée attachée à ses valeurs d’indépendance, de
transparence, d’expertise et de dialogue, restituée
avec un souci de pédagogie.
Trois éléments me paraissent mériter d’être soulignés
à cet égard.
En premier lieu, afin de poser un diagnostic objectif
sur les perspectives d’évolution de long terme du
réseau ferré national, l’Autorité s’est appuyée sur des
travaux externes, notamment ceux de SNCF Réseau
et du Conseil d’orientation des infrastructures, qu’elle
a complétés et enrichis par son propre exercice de
modélisation.
En deuxième lieu, l’Autorité s’est attachée à mener
ses travaux de la façon la plus transparente possible.
Les hypothèses de modélisation retenues figurent
en annexe du présent rapport et ont fait l’objet
d’échanges contradictoires avec les parties prenantes
(ministères chargés de l’économie et des transports,
SNCF, SNCF Réseau).
ÉDITO
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ÉDITO
4
En troisième lieu, l’Autorité s’est attachée à éclairer
au mieux le sujet complexe de l’avenir du réseau. Elle
a retenu une modélisation stylisée du réseau et de sa
gestion afin d’en permettre une vision globale et de
faire émerger les tendances structurantes pour son
avenir.
L’Autorité retire deux grandes convictions de cet
exercice.
D ’ u n e p a r t , l e m a i n t i e n d e s t r a j e c t o i r e s
d’investissement actuelles, telles que prévues par
le contrat de performance 2021-2030 pour le
renouvellement et la modernisation du réseau,
entraînerait inévitablement le gestionnaire
d’infrastructure dans une spirale de paupérisation
industrielle, sur laquelle l’Autorité avait déjà alerté
dans son avis sur le projet de contrat. Seul un effort
ambitieux, consacré en priorité au renouvellement et
à la modernisation du réseau existant, permettrait le
développement du mode ferroviaire, en cohérence
avec les enjeux de décarbonation des transports.
D’autre part, quel que soit le scénario envisagé,
les dépenses d’investissement du gestionnaire
d’infrastructure seront significatives dans les
prochaines années et d’importants concours publics
devront être mobilisés.
Dès lors, l’Autorité estime indispensable de renforcer
le pilotage des investissements du gestionnaire
d’infrastructure, en prévoyant notamment leur
planification détaillée et publique à un horizon de
temps adapté. L’objectif est de créer les conditions
permettant d’assurer à l’ensemble des financeurs du
réseau (usagers, État et collectivités locales) que le
gestionnaire d’infrastructure mobilise les ressources
disponibles de la manière la plus efficace possible.
PHILIPPE RICHERT
Président par intérim
de l’Autorité de régulation
des transports
Philippe Richert
Rapport sur les scénarios de long terme
pour le réseau ferroviaire français (2022-2042)
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Sommaire
SYNTHÈSE 07
INTRODUCTION 13
01
La compétitivité du mode ferroviaire,
la transition écologique des
transports et la réussite de
l’ouverture à la concurrence reposent
largement sur un réseau ferroviaire
de qualité et pérennisé 15
Le réseau ferroviaire doit en permanence être
maintenu et adapté pour permettre la fourniture
de services ferroviaires dont il est le socle 15
Malgré des efforts croissants depuis le milieu
des années 2000, les besoins de régénération
demeurent très importants et pèsent sur la
qualité de service offerte 26
La modernisation du réseau français avance lentement,
limitant les gains de productivité et de qualité de service
qu’elle pourrait apporter aux utilisateurs du réseau 35
02
L’Autorité a mené un exercice
de modélisation prospective afin
d’illustrer les conséquences de
différents scénarios d’investissement
pour le système ferroviaire 41
L’Autorité a développé un modèle de projections des
coûts et des trafics à partir des travaux de SNCF Réseau
et du Conseil d’orientation des infrastructures afin
d’identifier les besoins de financement du réseau
dans les prochaines décennies 41
Le scénario tendanciel correspond à la poursuite
de la trajectoire actuelle et des efforts prévus par le
contrat de performance 2021-2030 44
Le scénario transition écologique, qui correspond
à l’augmentation des investissements souhaitée par
le COI, permet de préserver le réseau existant
et d’en assurer la modernisation 50
03
La réussite de la mise en œuvre de
tout scénario d’investissement repose
sur un nécessaire renforcement
de la planification et du suivi de la
réalisation des investissements
dans le réseau ferroviaire 59
L’essor des investissements sur le réseau devrait
s’accompagner de l’élaboration régulière d’un document
de planification détaillé 59
L’Autorité pourrait assurer un suivi régulier de la
réalisation des investissements dans une logique
d’incitation à la performance du gestionnaire
d’infrastructure 61
CONCLUSION 63
ANNEXES 65
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6
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7
Synthèse
Les 27 000 kilomètres de lignes du réseau
ferroviaire national (RFN) recouvrent une
grande diversité de situations, tant en
matière de consistance technique que
d’usages de l’infrastructure. Ainsi, il est
nécessaire de distinguer, d’une part, le
réseau structurant (75 % du réseau environ1),
caractérisé par une infrastructure lourde qui
a vocation à supporter l’essentiel des trafics,
d’autre part, les lignes de desserte fine du
territoire (LDFT), plus légères et qui
s’inscrivent davantage dans une logique
d’aménagement du territoire. Les services de
transport ferroviaire de voyageurs et de
marchandises circulent principalement sur
le réseau structurant, même si 20 % environ
des circulations TER2 ainsi que les dessertes
terminales des services fret utilisent
également les LDFT.
Le réseau ferroviaire est une infrastructure
complexe qui nécessite une vision de long
terme : les décisions d’investissement
entraînent des conséquences pour plusieurs
décennies et les retards en matière de
maintien en l’état et de régénération de
l’infrastructure sont difficiles à rattraper. En
effet, les ouvrages, les voies ferrées et les
équipements de signalisation et
d’alimentation électrique ont des durées de
vie longues et les éventuels retards
accumulés peuvent s’avérer très pénalisants
pour les utilisateurs du réseau en raison de
la dégradation de l’état de l’infrastructure
qu’ils engendrent et de l’ampleur des travaux
qu’implique leur rattrapage.
Une planification détaillée des
investissements dans le réseau ferroviaire,
tant en volume qu’en valeur, apparaît
incontournable afin de le maintenir dans son
état optimal et adapté aux besoins de ses
utilisateurs. Alors que le réseau constitue le
socle de la production de services de
transport ferroviaire, désormais ouverts à la
concurrence, une maintenance adaptée est
un facteur essentiel de la compétitivité du
mode ferroviaire dont le développement
1 En kilomètres de voies.
2 Mesurées en trains.km.
apparaît central pour la réussite de la
transition écologique des transports.
L’actuel contrat de performance entre l’État
et SNCF Réseau pour la période 2021-2030,
signé le 6 avril 2022, fait l’impasse sur la
définition d’une véritable vision cible
industrielle pour le réseau ferroviaire et sa
consistance à dix ans. Comme l’Autorité a pu
le relever dans son avis n° 2022-009 du
8 février 2022, il est principalement centré
sur le retour à l’équilibre financier de court
terme du gestionnaire d’infrastructure, sans
définir une vision ou, a minima, engager une
réflexion sur les trajectoires industrielles
nécessaires pour disposer d’un réseau ferré
performant, à même de répondre aux
objectifs qui lui sont fixés.
Dans ce contexte, l’Autorité a souhaité
éclairer le débat public en réalisant des
travaux prospectifs visant à présenter les
évolutions prévisibles, à l’horizon de vingt
ans (2022-2042), de la consistance du
réseau en fonction des moyens mobilisés.
Deux scénarios ont été explorés : un
scénario « tendanciel », qui reprend les
trajectoires prévues par le contrat de
performance et les prolonge au-delà de
2030, et un scénario « transition
écologique », qui reprend la trajectoire
« planification écologique » figurant dans le
dernier rapport du Conseil d’orientation des
infrastructures (COI) remis à la Première
ministre le 24 février 2023.
Un tel exercice s’inscrit dans les missions
confiées par le législateur à l’Autorité.
L’article L. 2131-1 du code des transports
confie en effet à l’Autorité la mission de
concourir « au suivi et au bon
fonctionnement, dans ses dimensions
techniques, économiques et financières, du
système de transport ferroviaire national
[…] ». En outre, en application de
l’article L. 2131-3 du même code, l’Autorité
« assure une mission générale d'observation
des conditions d'accès [au réseau
ferroviaire] et peut, à ce titre, après avoir
procédé à toute consultation qu'elle estime
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8
utile des acteurs [du secteur ferroviaire],
formuler et publier toute recommandation ».
1. Alors que des efforts importants ont été consentis depuis le milieu des années
2000, le réseau ferroviaire français se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins
1.1. Malgré l’augmentation des efforts de régénération, l’état du réseau demeure préoccupant
À la suite de plusieurs audits techniques du
réseau menés depuis 2005, les efforts de
régénération ont quasiment triplé entre 2004
et 2016, passant d’un peu plus d’un milliard
d’euros à près de 3,5 milliards d’euros (en
euros constants). En effet, les différents
audits ont mis en évidence un vieillissement
préoccupant de l’infrastructure et
l’insuffisance des moyens consacrés à sa
maintenance.
Cependant, les dépenses de régénération ont
connu un pic en 2016 avant de décroître, et
le dernier contrat de performance conclu
entre l’État et SNCF Réseau ne remet pas en
cause cette tendance. Les efforts de
régénération de l’infrastructure prévus pour
la période 2021-2030 apparaissent ainsi
inférieurs d’environ 25 % aux préconisations
de l’audit de 2018 pour cette période.
Le réseau ferroviaire présente aujourd’hui
des signes de vieillissement préoccupants
avec de grandes disparités en fonction des
actifs et des lignes. S’agissant de la voie, si
les efforts de régénération ont permis de
stabiliser l’âge moyen du réseau autour de
30 ans, celui-ci demeure élevé. En outre,
environ 16 % du réseau est proche de la fin
de sa durée de vie nominale3, voire l’a
dépassée. S’agissant des équipements de
signalisation, éléments essentiels de la
performance de l’exploitation ferroviaire, leur
âge augmente régulièrement et cette
tendance va perdurer d’ici 2030, les moyens
prévus ne permettant pas de le stabiliser.
S’agissant des équipements de traction
électrique, les installations sont anciennes
(plus de 50 ans) pour la moitié du réseau
(environ 14 000 km de lignes) et n’ont été
que très partiellement renouvelées.
1.2. La modernisation du réseau avance lentement, faisant craindre un décrochage du réseau
français par rapport à ses homologues européens
Malgré les gains significatifs qu’elle pourrait
apporter en matière de qualité de service, de
productivité et de capacité, la modernisation
du réseau français avance lentement. Ainsi,
les enveloppes prévues pour le déploiement
de la commande centralisée du réseau (CCR)
dans le cadre du contrat de performance ne
permettent pas d’envisager son achèvement
avant 2070, alors même que celle-ci doit
apporter des gains de productivité et de
robustesse d’exploitation. De manière
analogue, avec moins de 15 % de l’objectif
prévu pour 2030 par le droit européen, la
France tarde à déployer le système européen
de gestion du trafic ferroviaire, l’ERTMS, qui
permettrait des gains de productivité, de
capacité et d’interopérabilité.
Le réseau ferroviaire français court un risque
de décrochage par rapport à ses voisins
3 C’est-à-dire sa durée de vie théorique.
européens, nombre d’entre eux s’étant
engagés résolument dans une
modernisation et une digitalisation de
l’infrastructure. Ainsi, alors qu’en France,
SNCF Réseau a lancé son programme de
modernisation du système d’exploitation
ferroviaire avec le déploiement de la CCR au
début des années 2010 et a équipé moins de
20 % de son réseau, l’Allemagne, le
Royaume-Uni, la Suisse ainsi que l’Italie ont
lancé des programmes équivalents plus tôt
(dès les années 1990 pour l’Allemagne) et
ont d’ores et déjà équipé plus de 60 % de
leurs réseaux. S’agissant de l’ERTMS, l’Italie
et l’Allemagne se sont engagées dans des
plans d’accélération ambitieux qui devraient
les conduire à passer, d’ici quelques années,
devant la France du point de vue de la part du
réseau équipée.
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9
2. Afin d’éclairer le débat public, l’Autorité a modélisé deux scénarios
d’investissement dans le réseau ferroviaire français
Deux scénarios ont été modélisés par
l’Autorité afin d’éclairer le débat public. Le
premier scénario, dit « scénario tendanciel »,
correspond au contrat de performance
conclu entre l’État et SNCF Réseau pour la
période 2021-2030. Le second scénario, dit
« scénario transition écologique »,
correspond au scénario annoncé par la
Première ministre, le 24 février 2023, lors de
la remise du dernier rapport du COI. Il s’agit
d’un scénario destiné à accompagner la
croissance du mode ferroviaire.
2.1. Un premier scénario, dit « scénario tendanciel », reposant sur la trajectoire
d’investissements de l’actuel contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau,
conduit à une stagnation du mode ferroviaire et impose des choix en termes de
consistance du réseau
Le scénario tendanciel correspond au
prolongement de la trajectoire actuellement
prévue par le contrat de performance en
vigueur entre l’État et SNCF Réseau,
l’essentiel des projets de développement
étant repoussés au-delà de 2030. Il
représente des investissements de
136 Md€2021 pour la période 2022-2042, dont
50 Md€2021 (soit 37 %) pour le
renouvellement et la modernisation.
Le scénario tendanciel entraîne plusieurs
conséquences :
• les moyens dédiés à la modernisation ne
permettent qu’une évolution a minima de
l’infrastructure. La modernisation est
lente, la CCR n’équipe qu’environ la moitié
du réseau et l’ERTMS seulement 2 200 km
de lignes au début des années 2040, ce
qui ne permet pas de respecter les
objectifs de déploiement fixés par la
règlementation européenne ;
• si les lignes les plus circulées peuvent
être préservées4, les montants dédiés au
renouvellement de l’infrastructure
imposent des choix : par exemple, une
politique d’investissement choisissant de
préserver et de remettre à niveau la partie
la plus circulée du réseau structurant
(lignes à grandes vitesses et de mass
transit) pour en préserver la performance
nominale conduirait à une forte
dégradation des autres lignes ;
• l’ambition limitée en termes de
modernisation et de renouvellement
conduit à une stagnation voire à une
4 Il s’agit principalement des lignes à grande vitesse et des lignes dites de catégorie 2 à 4.
érosion des trafics durant la période. En
particulier, la dégradation de
l’infrastructure conduit à des pertes de
trafics significatives (jusqu’à un quart des
trafics globaux en 2042), qui ne sont que
difficilement compensées par les projets
de développement (services express
métropolitains, lignes nouvelles, etc.). Les
trafics baissent ainsi d’environ 3 % entre
2022 et 2030 avant de se redresser
légèrement sous l’effet des trafics induits
par les projets de développement, mais le
niveau des trafics en 2042 demeure
environ 1 % inférieur de celui de 2022 ;
• les coûts d’exploitation repartent à la
hausse durant les années 2030, les gains
de productivité prévus par le contrat de
performance ne pouvant être conservés
du fait de l’ambition limitée en termes de
modernisation et de renouvellement. En
particulier, le vieillissement de
l’infrastructure conduit à une hausse de
l’ordre de 20 % des dépenses d’entretien
d’ici 2042 (en euros constants). Le coût
d’exploitation par train.km stagne durant
la période : après une légère baisse entre
2022 et 2030 (de 10,82 €/tr.km à
9,25 €/tr.km), il repart à la hausse pour
quasiment retrouver son niveau initial en
2042 (10,09 €/tr.km) ;
• la stagnation des trafics et le rebond des
coûts d’exploitation dégradent la
capacité du gestionnaire d’infrastructure
à financer des investissements sur le
réseau. Ainsi, le taux de marge
opérationnelle, après être passé d’environ
25 % à près de 40 % en 2030, diminue tout
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10
au long des années 2030 pour atteindre
un niveau proche de 30 % en 2042.
2.2. Le second scénario, dit « scénario transition écologique », en ligne avec les orientations
annoncées par la Première ministre le 24 février 2023 lors de la remise du dernier rapport
du COI, permet d’accompagner la croissance du mode ferroviaire, en cohérence avec les
objectifs de décarbonation des transports
Le scénario transition écologique
correspond à une augmentation significative
des investissements dans le réseau
ferroviaire par rapport au scénario
tendanciel, tant en matière de
développement que de renouvellement et de
modernisation. Ainsi, les investissements
pour la période 2022-2042 augmentent de
50 % par rapport au scénario tendanciel,
avec un quasi-doublement des
investissements de renouvellement et de
modernisation sur la totalité de la période.
Une telle trajectoire correspond au scénario
« planification écologique » du COI.
Le scénario transition écologique entraîne
plusieurs conséquences :
• l’infrastructure est modernisée. Ainsi, en
2042, la CCR équipe la quasi-totalité du
réseau et l’ERTMS est déployé sur près de
9 000 km de lignes, permettant de
respecter, avec une dizaine d’années de
retard néanmoins, les objectifs fixés par la
réglementation européenne ;
• la quasi-totalité du réseau structurant peut
être préservée grâce à une augmentation
forte des montant dédiés au
renouvellement ;
• la modernisation de l’infrastructure et son
renouvellement permettent d’accompagner
le développement des trafics durant la
période. Ainsi, le trafic global augmente de
36 % durant la période pour atteindre près
de 650 millions de trains.km5 et les pertes
de trafics dues à la dégradation de
l’infrastructure sont très faibles (moins de
2 % des trafics en 2042) ;
• les coûts d’exploitation restent stables à
compter de 2030, malgré la hausse des
trafics. En particulier, le renouvellement de
l’infrastructure permet de maîtriser les
dépenses d’entretien et le déploiement de
la CCR permet d’absorber les hausses de
trafics, sans augmentation des coûts de
gestion des circulations. Le coût
d’exploitation par train.km diminue
significativement et durablement durant la
période, passant de 10,82 €/tr.km à
6,69 €/tr.km, soit une baisse de 38 % ;
• l’essor des trafics et la maîtrise des coûts
d’exploitation permettent de poursuivre
au-delà de 2030, quoiqu’à un rythme plus
faible, l’amélioration de la capacité du
gestionnaire d’infrastructure à financer des
investissements sur le réseau. Ainsi le taux
de marge opérationnelle augmente
d’environ 25 % aujourd’hui à près de 45 %
en 2030 et 48 % en 2042.
2.3. Quel que soit le scénario retenu, deux constats demeurent : les besoins de financement
sont très sensibles à l’inflation et les redevances d’infrastructure (péages ferroviaires)
ne pourront représenter qu’une partie des ressources nécessaires
Tant s’agissant du scénario tendanciel que
du scénario transition écologique, la
possibilité d’un autofinancement des
investissements sur le réseau apparaît hors
55 Une telle évolution n’est pas incompatible avec l’objectif de doublement des trafics parfois évoqué dans un contexte de
transition écologique des transports. En effet, la hausse des circulations peut s’accompagner du déploiement de trains plus
capacitaires et mieux remplis. Ainsi, une augmentation de 36 % des trains.km combinée à une augmentation de la capacité des
trains de 20 % et à une amélioration du taux de remplissage de 20 % correspond à une hausse de 96 % du trafic exprimé en
nombre de passagers et en tonnes de fret transportées.
6 C’est-à-dire les dépenses à financer une fois déduits les revenus du gestionnaire d’infrastructure (principalement les
redevances d’infrastructure).
de portée. S’agissant du scénario tendanciel,
les besoins de financement6 en euros
constants s’élèvent entre 2 et 3 Md€2021/an
durant les années 2020 (soit entre 3 et 4 Md€
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en euros courants, en fonction des
hypothèses d’inflation) avant d’augmenter
significativement durant la décennie
suivante pour atteindre des montants
compris entre 3,5 et 5,5 Md€2021/an en raison
de la reprise des projets de développement
(soit entre 8 et 14 Md€/an en euros courants,
en fonction des hypothèses d’inflation).
S’agissant du scénario transition écologique,
les besoins sont nettement supérieurs : ils
augmentent régulièrement durant les années
2020 pour dépasser 8 Md€2021 en 2030 puis
demeurent compris entre 4 et 8 Md€2021/an
(soit entre 11 et 15 Md€/an en euros
courants) jusqu’en 2042.
Le besoin de financement est d’autant plus
sensible à l’inflation que la croissance des
redevances d’utilisation de l’infrastructure
est moins rapide que la croissance des
coûts. En effet, les coûts d’investissement et
certains coûts d’exploitation (les coûts
d’entretien) sont indexés, en partie, sur le
coût des travaux publics (TP01), qui évolue
de façon plus dynamique que l’indice des
prix à la consommation. En 2042, dans le
scénario transition écologique, le besoin de
financement annuel est compris entre
10 milliards d’euros et 14 milliards d’euros
en fonction des scénarios d’inflation.
3. L’Autorité recommande un renforcement de la planification et du suivi des
investissements dans l’infrastructure ferroviaire
Quel que soit le niveau des investissements
dans le réseau retenu in fine, il apparaît
souhaitable d’en renforcer le pilotage par
l’élaboration régulière d’un document de
planification unique, détaillé et transparent.
En effet, comme l’Autorité a pu le constater
dans son avis n° 2022-009 du 8 février 2022,
le contrat de performance, dans sa forme
actuelle, se contente de trajectoires très
agrégées qui ne permettent pas un véritable
pilotage des investissements.
À l’instar du Schéma décennal de
développement du réseau élaboré par RTE
pour le réseau de transport d’électricité, un
tel exercice pourrait être un outil de
transformation du gestionnaire
d’infrastructure et donner la visibilité
nécessaire au secteur et aux industriels.
Pour cela il est nécessaire que cette
planification s’inscrive dans un horizon de
temps approprié (10, 15 ou 20 ans
probablement). Elle porterait de façon
prioritaire sur les investissements de
renouvellement et de modernisation, tout en
abordant, dans la mesure du possible eu
égard aux incertitudes, les projets de
développement du réseau. Le degré de
précision de la planification pourrait être
différencié en fonction des horizons des
investissements, détaillée à court terme (par
exemple les cinq premières années) et plus
schématique au-delà.
Dans une logique d’incitation à la
performance, l’Autorité pourrait assurer un
suivi plus étroit des investissements du
gestionnaire d’infrastructure. Ce suivi
pourrait être mené par l’insertion, en annexe
du contrat de performance conclu entre l’État
et SNCF Réseau, du document de
planification pluriannuelle des
investissements, tandis qu’une déclinaison
annuelle détaillée des investissements serait
annexée au projet de budget du gestionnaire
d’infrastructure, dont l’Autorité est saisie
chaque année pour avis.
Au regard des importants concours publics
susceptibles d’être mobilisés en faveur du
réseau ferroviaire dans les prochaines
années, la mise en place d’un cadre incitatif
à la performance de SNCF Réseau apparaît
comme une condition essentielle pour
assurer à l’ensemble des financeurs
(usagers, État et collectivités locales) que le
gestionnaire d’infrastructure mobilise les
ressources disponibles de la manière la plus
efficace possible.
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Méthode
Les travaux d’élaboration du présent rapport
ont été conduits de septembre 2022 à
juin 2023. Ils ont mobilisé une équipe projet
pluridisciplinaire réunissant différentes
expertises présentes au sein des services de
l’Autorité (expertises économique,
financière, technique, opérationnelle et
juridique).
Les travaux ont été structurés en trois
étapes :
• Une première étape a consisté à prendre
connaissance des scénarios
d’investissement élaborés, d’une part, par
SNCF Réseau dans le cadre de son projet
interne Ulysse 2040 et, d’autre part, par le
COI dans le cadre de son rapport Investir
plus et mieux dans les mobilités pour
réussir leurs transitions, remis à la
Première ministre le 24 février 2023. Les
services de l’Autorité ont mené plusieurs
réunions techniques avec les auteurs de
ces travaux pour bien comprendre les
hypothèses retenues. Ces échanges ont
conduit l’Autorité à construire deux
scénarios d’investissements, le scénario
« tendanciel » et le scénario « transition
écologique » issus des scénarios présentés
dans le rapport du COI ;
• Une deuxième étape a consisté, pour
l’Autorité, à élaborer une modélisation
destinée à compléter les scénarios
d’investissement retenus dans le cadre du
dernier rapport du COI par des trajectoires
paramétrables de trafics, de redevances et
de dépenses d’exploitation à un horizon de
vingt ans (2022-2042).
• Une troisième et dernière étape a permis de
recueillir les observations des parties
prenantes. Dans un premier temps, de
nombreux échanges ont eu lieu avec
SNCF Réseau sur les hypothèses de
modélisation retenues par l’Autorité. Dans
un second temps, SNCF Réseau, la SNCF, la
Direction générale des infrastructures, des
transports et des mobilités (DGITM), la
Direction du budget (DB) et l’Agence des
participations de l’État (APE) ont été
invitées à formuler leurs observations sur
le rapport et ont été auditionnés par le
Collège de l’Autorité.
Encadré méthodologique
Le modèle de projection réalisé par l’Autorité a été construit sur le périmètre du contrat
de performance 2021-2030 signé entre SNCF Réseau et l’État le 6 avril 2022. Par
conséquent, il intègre des recettes et des dépenses, aux bornes du périmètre total de
la société anonyme SNCF Réseau, qui vont au-delà du strict périmètre de la gestion
du réseau ferroviaire national.
Le modèle projette uniquement des flux de trésorerie et ne vise pas à reconstituer les
états financiers (compte de résultat et bilan) de la société SNCF Réseau. À cet égard,
le modèle ne détermine notamment pas l’ensemble des charges (dotations aux
amortissements, coût du capital), nécessaires au calcul du coût complet utilisé dans
la détermination des niveaux de tarifs. De même, le modèle ne détaille pas les sources
de financement de SNCF Réseau (endettement, fonds propres, contributions
publiques), autres que les recettes générées par son activité.
Le modèle est conçu pour tester plusieurs trajectoires d’évolution des indices macro-
économiques des prix et des coûts et permet ainsi de raisonner en euros courants,
c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation prévisionnelle appliquée chaque année.
Dans le présent rapport, chaque montant suivi d’un indice en année exprime à l’inverse
un montant en euros constants à cette date de valeur (par exemple, les euros
constants de 2021 sont notés €2021).
Le modèle a fait l’objet d’échanges techniques avec SNCF Réseau, notamment par le
biais de la transmission d’une note récapitulant les hypothèses de modélisation
retenues et dont les éléments figurent dans les annexes de ce rapport.
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Introduction
Le mode ferroviaire, et au-delà, l’ensemble
du secteur des transports, fait face à trois
enjeux majeurs.
La mise en œuvre des ambitieux objectifs
climatiques fixés aux niveaux européen et
national et la nécessité de s’adapter aux
effets attendus du changement climatique
constituent le premier enjeu. Très
structurant pour le quotidien des Français et
l’activité économique nationale, le secteur
des transports est responsable de 30 % des
émissions nationales de gaz à effet de serre
(GES) et devrait en conséquence être
fortement mis à contribution7. Le
développement du ferroviaire, mode
particulièrement sobre en énergie8 et
faiblement émetteur de GES, apparaît
incontournable. La Stratégie pour une
mobilité intelligente et durable de la
Commission européenne, publiée le 9
décembre 2020, vise ainsi un doublement du
trafic ferroviaire à grande vitesse à l’horizon
2030 et son triplement ainsi que le
doublement du trafic ferroviaire de
marchandises à l’horizon 2050.
Le deuxième enjeu porte sur la maîtrise des
prix, et ce, de manière plus prégnante encore
dans le contexte inflationniste actuel. Le
coût du transport, qui est particulièrement
sensible à l’évolution des prix de l’énergie,
pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et
sur la compétitivité des entreprises. Dans ce
contexte, l’existence d’une concurrence
effective des services de transport et la
performance des acteurs en situation de
monopole constituent des objectifs
incontournables.
Le troisième enjeu porte sur le financement
des infrastructures de transport et son
corollaire, la qualité de l’offre de transport à
long terme sur le territoire. Le financement
des infrastructures est en effet un facteur
déterminant de la qualité des services de
transport, par exemple les temps de
circulation, la ponctualité des trains ou
encore la couverture territoriale des services.
Cet enjeu suppose une attention à l’état des
infrastructures, notamment à travers la
pérennité de leur financement et une
attention à la qualité de service. Il nécessite
une réflexion globale et de long terme auquel
le régulateur des transports est à même de
contribuer, aux côtés des autres acteurs du
secteur – État, collectivités locales,
gestionnaires d’infrastructure et opérateurs
publics et privés.
Pour relever ces défis, le système ferroviaire
doit bénéficier d’un réseau de qualité. En
effet, ce dernier en constitue la colonne
vertébrale. Un réseau en bon état et
modernisé est incontournable pour assurer
le développement, la compétitivité et une
ouverture à la concurrence réussie des
services de transport ferroviaire.
Le contrat de performance entre l’État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030,
signé le 6 avril 2022, fait l’impasse sur la
définition d’une véritable vision cible
industrielle pour le réseau ferroviaire et sa
consistance à dix ans. Comme l’Autorité a pu
le relever dans son avis n° 2022-009 du 8
février 2022, il est principalement centré sur
le retour à l’équilibre financier de court terme
du gestionnaire d’infrastructure, sans
proposer une vision ou, a minima, permettre
d’engager une réflexion sur les trajectoires
industrielles nécessaires pour disposer d’un
réseau ferré performant, à même de répondre
aux objectifs qui lui sont fixés.
7 Au niveau européen, l’Union européenne (UE) s’est fixé pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 %
d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990 via le « Pacte vert » - stratégie présentée le 11 décembre 2019 – et sa déclinaison
législative que constitue le paquet « Fit for 55 » qui vise à aligner la législation européenne sur l’objectif de réduction des
émissions nettes de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990– présenté le 14 juillet
2021 par la Commission européenne. Au niveau national, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), adoptée pour la première
fois en 2015 et mise à jour en 2018-2019, puis le 21 avril 2020, prévoit l’atteinte d’une neutralité carbone complète pour le
secteur à horizon 2050 et fixe également comme étape intermédiaire notable une réduction de 28 % des émissions en 2030 par
rapport aux niveaux de 2015.
8 Le transport d’une masse équivalente de marchandises nécessite six fois moins d’énergie par le mode ferroviaire que par le
mode routier.
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14
Néanmoins, les annonces de la Première
ministre9 lors de la remise du rapport Investir
plus et mieux dans les mobilités pour réussir
leurs transitions du Conseil d’orientation des
infrastructures (COI), le 24 février 2023,
confirmées dans la feuille de route du
Gouvernement présentée le mercredi 26 avril
202310, laissent augurer d’une inversion de
tendance visant à éviter une spirale de
paupérisation industrielle du réseau.
Dans ce contexte et en application du code
des transports qui lui confie la mission de
concourir au bon fonctionnement du
système ferroviaire11, l’Autorité souhaite
éclairer le débat public de manière objective
et indépendante en posant sur la table les
perspectives d’évolution du système
ferroviaire.
La présente étude vise donc à :
• Exposer de manière pédagogique quelques
grands constats sur l’état du réseau
ferroviaire et le cadre qui s’applique au
gestionnaire d’infrastructure en matière de
maintenance et de développement ;
• Détailler les conséquences en matière de
trafic, de dépenses d’exploitation et de
financement de deux stratégies
d’investissement différenciées. D’une part,
il s’agit de modéliser la trajectoire prévue
par le contrat de performance entre l‘État et
SNCF Réseau (trajectoire dite
« tendancielle ») et, d’autre part, il s’agit de
modéliser les gains permis par le scénario
« planification écologique » du COI12 ;
• Proposer un renforcement du cadre de
contrôle des investissements de nature à
faciliter la montée en puissance des efforts
de renouvellement, de modernisation et de
développement du réseau et à inciter le
gestionnaire d’infrastructure à la
performance.
9 La Première ministre a notamment indiqué que « l’État souhaite s’engager, aux côtés de la SNCF, de l’Union européenne et des
collectivités locales, pour réussir une « Nouvelle donne ferroviaire », de l’ordre de 100 milliards d’euros d’ici 2040. Ces moyens
exceptionnels nous permettront d’atteindre deux objectifs :
- D’une part, mettre un terme au vieillissement du réseau et le moderniser. Bien sûr, le travail mené depuis 2017 porte
ses fruits. Mais nous augmenterons encore les investissements dans le réseau existant, pour atteindre d’ici la fin du
quinquennat : un milliard d’euros supplémentaires par an pour la régénération du réseau, et 500 millions d’euros
par an pour sa modernisation. […]
- D’autre part, nous devons investir dans le développement du réseau. »
10 Cf. p. 16 : « Sur le train : Construction d’une nouvelle donne ferroviaire visant à investir 100 milliards d’euros d’ici à 2040 dans
le train, afin de régénérer, moderniser et développer notre réseau ferré ».
11 L’article L. 2131-1 du code des transports confie à l’Autorité la mission de concourir « au suivi et au bon fonctionnement, dans
ses dimensions techniques, économiques et financières, du système de transport ferroviaire national, notamment du service
public et des activités concurrentielles, au bénéfice des usagers et clients des services de transport ferroviaire ».
12 Détaillé dans le rapport du COI Investir plus et mieux dans les mobilités pour réussir leurs transitions remis à la Première
ministre le 24 février 2023.
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15
1. La compétitivité du mode ferroviaire, la transition écologique des transports et la
réussite de l’ouverture à la concurrence reposent largement sur un réseau
ferroviaire de qualité et pérennisé
1.1. Le réseau ferroviaire doit en permanence être maintenu et adapté pour permettre la
fourniture de services ferroviaires dont il est le socle
1.1.1. Le réseau ferroviaire est une infrastructure complexe et diverse, tant du point
de vue de la consistance technique des lignes que des services de transport
qui les utilisent
Le mode ferroviaire joue un rôle important
dans les mobilités en France, avec des
évolutions contrastées pour les voyageurs et
les marchandises ces dernières années.
S’agissant des voyageurs, la part modale du
transport ferroviaire s’élève à 11,5 % en 2018,
en hausse depuis le début des années
200013. S’agissant des marchandises, la part
modale du transport ferroviaire s’élève à
10,7 %14, en nette baisse depuis
l’après-guerre : le mode ferroviaire assurait
le transport des deux tiers des marchandises
dans les années 1950, 30 % en 1985 et 18 %
en 200015. Cette tendance à la baisse semble
toutefois se stabiliser et le transport
ferroviaire de marchandises fait l’objet d’une
ambition politique forte16.
En France, le système ferroviaire est un
instrument au service des politiques
publiques d’aménagement du territoire et
des mobilités. Ainsi, l’article L. 2100-1 du
code des transports dispose qu’il « concourt
au service public ferroviaire et à la solidarité
nationale ainsi qu'au développement du
transport ferroviaire, dans un souci de
développement durable. Il participe à la
dynamique, à l'irrigation et à l'aménagement
des territoires. Il concourt au maintien et au
développement de la filière industrielle
ferroviaire et des bassins d'emploi sur
l'ensemble du territoire. Il contribue à la mise
13 Chiffres clés du transport – Édition 2020, mars 2020, Commissariat général au développement durable.
14 La part modale du transport ferroviaire de marchandises en hausse en 2021, février 2023, Commissariat général au
développement durable.
15 Stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire, 2021.
16 L’article 131 de la loi climat et résilience du 22 août 2021 fixe pour objectif de « tendre vers le doublement de la part modale
du fret ferroviaire […] dans le transport intérieur de marchandises d'ici 2030, en mobilisant l'ensemble des acteurs publics et
privés concernés ».
17 Pour la période 2015-2019, dans l’Union européenne (hors Royaume-Uni), le nombre de morts par milliard de
passagers-kilomètres est de 2,54 pour la voiture, de 0,21 pour le car et de 0,06 pour le train et l’avion (intra-UE). Source: Report
on Railway Safety and Interoperability in the EU, ERA, 2022.
18 The Future of Rail - Opportunities for energy and the environment, AIE, 2019. L’AIE estime que le report du trafic ferroviaire
mondial vers d’autres modes de transport conduirait à une hausse de l’ordre de 16 % de la consommation mondiale de pétrole.
en œuvre du droit à la mobilité défini [par le
code des transports] ».
Le mode ferroviaire fait l’objet de soutiens
publics importants car il génère des
externalités positives. En effet, il permet de
transporter des marchandises ou des
voyageurs de manière sûre, efficace sur le
plan énergétique et avec une emprise au sol
limitée.
Premièrement, par rapport au train, le
nombre de victimes par kilomètre parcouru
dans l’Union européenne est près de 4 fois
plus important pour le car et plus de 40 fois
pour la voiture17.
Deuxièmement, grâce aux faibles
frottements des roues métalliques sur les
rails, le mode ferroviaire nécessite beaucoup
moins d’énergie que les modes routier et
aérien pour un même déplacement. L’Agence
internationale de l’énergie (AIE) indique ainsi
que le transport ferroviaire est près de 12 fois
plus efficace énergétiquement que les
transports routier et aérien au regard de
l’énergie finale consommée par passager et
environ 6 fois plus efficace pour le transport
de marchandises18. De plus, dans un pays
comme la France où le mix électrique est
largement décarboné, le train constitue le
mode de transport le moins émetteur de CO2,
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16
environ 17 fois moins que l’autocar et 100
fois moins que la voiture individuelle19.
Troisièmement, l’infrastructure ferroviaire
consomme moins d’espace que la route à
service équivalent. Ainsi, l’équivalent routier
d’une ligne de mass transit permettant
d’écouler 40 000 passagers par heure et par
sens (en pointe) correspond à une autoroute
de 2 x 14 voies. L’équivalent routier d’une
ligne à grande vitesse permettant d’écouler
environ 12 000 passagers par heure et par
sens (en pointe) correspond à une autoroute
de 2 x 4 voies20.
En contrepartie de ces atouts, déterminants
dans un contexte de transition écologique, le
mode ferroviaire repose sur une
infrastructure complexe assurant la
circulation, le guidage et, le cas échéant,
l’alimentation électrique des matériels
roulants. La maintenance et le
développement de cette infrastructure sont
essentiels pour en assurer la pérennité et
l’adéquation avec les besoins de ses
utilisateurs. Les 27 700 km21 de lignes du
réseau ferré national sont constituées
d’actifs variés :
• la voie, qui constitue l’actif emblématique
du mode ferroviaire ;
• les ouvrages d’art et les ouvrages en terre
qui supportent la voie et permettent à
l’infrastructure ferroviaire de s’adapter au
relief ;
• les installations fixes de traction électrique
qui permettent d’acheminer l’électricité de
traction jusqu’aux matériels roulants, le
cas échéant ; et
• les installations de signalisation et de
télécommunication qui permettent
d’assurer une exploitation ferroviaire
efficace et sûre grâce à la transmission
d’informations et de consignes aux
conducteurs.
La Figure 1 ci-après illustre
schématiquement les différents actifs de
l’infrastructure ferroviaire :
Figure 1 Principaux actifs constituant l’infrastructure ferroviaire
La consistance technique du réseau
ferroviaire (armement de la voie, nombre de
voies, électrification, signalisation, ouvrages
d’art, etc.) est très variable d’une ligne à
l’autre, reflétant la répartition très
hétérogène des circulations sur le réseau
ferroviaire français. En effet, en 2021, 80 %
19 Base Carbone ADEME, selon la méthodologie Informations CO2 des émissions de transport - analyses SNCF Réseau.
20 Les hypothèses retenues ici sont les suivantes :
- pour le mass transit, un train transportant 2 000 personnes toutes les trois minutes ;
- pour l’autoroute urbaine, 2 000 véhicules par voie et par heure, chaque véhicule transportant 1,4 passagers en
moyenne ;
- pour la ligne à grande vitesse, un train transportant 1 000 personnes toutes les cinq minutes ;
- pour l’autoroute interurbaine, 1 500 véhicules par voie et par heure, chaque véhicule transportant 2 passagers en
moyenne.
21 Bilan ferroviaire 2021, ART.
des trains.km ont circulé sur 41 % des lignes
du RFN tandis que 20 % des lignes n’ont vu
passer que 1 % des trains.km.
Dans le cadre de ses travaux et faute d’une
segmentation plus adaptée au pilotage
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17
stratégique du réseau22, l’Autorité reprend
les catégories de lignes distinguées par
SNCF Réseau selon un critère d’intensité des
circulations (voir encadré 1) :
• les lignes à grande vitesse (LGV) et les
lignes de catégories 2 à 4 se caractérisent
par une infrastructure lourde (armement
moderne23 de la voie, électrification
complète24, signalisation basée sur des
systèmes de cantonnement
automatiques25) et voient passer en
moyenne plus de 50 trains par jour. En
2019, 71 % des trains.km ont été opérés sur
ces lignes, qui ne représentent pourtant
que 45 % du linéaire de voies du réseau
(5 429 km de voies pour les LGV et 16 528
km de voies pour les lignes des catégories
2 à 4 en 2020) ;
• les lignes de catégories 5 et 6 ont une
consistance technique proche de celle du
réseau le plus circulé26 mais sont
nettement moins utilisées (environ 45
trains par jour en moyenne pour les lignes
de catégorie 5 et environ 30 trains par jours
pour celles de catégorie 6). En 2019, 19 %
des trains.km ont été opérés sur ces lignes,
qui représentent 26 % du réseau
(13 263 km de voies en 2020) ;
• les lignes de catégories 7 à 9 se
caractérisent par des technologies plus
légères et, en général, plus anciennes27
ainsi que par des trafics faibles (moins
d’une vingtaine de trains par jour en
moyenne et parfois moins d’une circulation
par jour). En 2019, 10 % des trains.km ont
été opérés sur ces lignes, qui représentent
29 % du réseau (14 047 km de voies en
2020). Une part non négligeable de ces
lignes (2 473 km de voies en 2020)
n’accueillent que des circulations fret.
Les LGV et les lignes de catégories 2 à 6
constituent le réseau dit « structurant »
tandis que les catégories 7 à 9 regroupent les
lignes dites de « desserte fine du territoire »
(LDFT). La Carte 1 illustre la classification du
réseau ferroviaire français.
Encadré 1. Le classement des lignes par SNCF Réseau
Pour ses propres besoins de segmentation du réseau français, SNCF Réseau a adapté
la classification des lignes ferroviaires retenue par l’Union internationale des chemins
de fer (UIC), fondée sur la nature et l'importance du trafic qu'elles supportent, afin de
qualifier l’usure de l’infrastructure et de déterminer les niveaux de maintenance requis.
Cette nomenclature (groupes UIC 1 à 6) repose sur une méthode de calcul d’un trafic
fictif tenant compte de la vitesse et des types de trafics. SNCF Réseau a modifié les
seuils retenus par l’UIC et a ajouté les groupes 7 à 9 pour les lignes les moins circulées.
En France, sur le réseau ferré national, il n’existe pas de ligne relevant de la catégorie
UIC 1 et les LGV sont considérées à part en matière de maintenance du fait des
vitesses pratiquées.
22 La segmentation actuelle du réseau correspond à une vision purement technique, fondée essentiellement sur des
considérations liées à la maintenance de la voie. L’audit technique du réseau publié en 2018 avait déjà déploré l’adaptation
imparfaite de cette approche aux « besoins d’analyse et de pilotage stratégique », tout en soulignant qu’ « elle est instinctive et
fortement ancrée dans la culture de l’entreprise [SNCF Réseau] ». Dans son avis n° 2022-009 sur le projet de contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau pour la période 2021-2030, l’Autorité avait plaidé pour la mise en œuvre d’une
classification plus stratégique « assise sur une analyse socio-économique des besoins de transport que le mode ferroviaire est
appelé à satisfaire ».
23 91 % des lignes de catégories 2 à 4 sont équipées de traverses en béton armé et 97 % de longs rails soudés, contre
respectivement 85 % et 92 % pour les lignes de catégories 5 à 6.
24 En 25 kV alternatifs pour les LGV, en 1500 volts continus (53 % des kilomètres de voie) ou en 25 kV alternatifs (47 %) pour les
lignes de catégories 2 à 4.
25 La totalité des LGV et 98 % des lignes de catégories 2 à 4 sont équipées de systèmes de cantonnement automatique.
26 Les voies non électrifiées ne représentent qu’une part limitée de ce réseau (19 %). Sur le plan de la signalisation, les lignes
équipées d’un cantonnement manuel ou téléphonique sont marginales (5 %).
27 Seule la moitié de ces voies sont équipées de traverses en béton armé et la moitié sont pourvues de longs rails soudés. Une
grande part (79 %) des voies appartenant aux lignes des catégories 7 à 9 accueillant des voyageurs (AV) n’est pas électrifiée et
reste à voie unique sur 60 % du linéaire de ligne.
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18
Carte 1 Classification et intensité d’utilisation des lignes du réseau français. Source : ART
À la diversité des lignes constituant le réseau
français correspond une diversité des
services qui les utilisent et qui peuvent être
regroupés en cinq grands types.
• les services librement organisés, qui ont
représenté en 2022 environ 26 % des trafics
(soit 115 millions de trains.km). Ces
services utilisent principalement les lignes
à grande vitesse (75 % des trains.km des
SLO en 2021) en circulant sur les lignes
classiques du réseau structurant pour
atteindre leurs destinations, même si de
28 En 2022, SNCF Voyageurs a lancé un service Ouigo Train Classique, qui dessert 14 destinations sur les axes Paris-Nantes et
Paris-Lyon. Plusieurs nouveaux entrants envisagent également de lancer des services librement organisés sur ligne classique,
notamment Midnight Trains (train de nuit entre Paris et Venise) et Railcoop (liaison entre Bordeaux et Lyon). Néanmoins, avec
1,4 million de trains.km parcourus en 2022, ce type de service ne représente encore qu’une part très limitée des services
librement organisés (1 %).
nouveaux services circulant exclusivement
sur ligne classique existent ou sont
envisagés28 ;
• les services conventionnés nationaux
(trains d’équilibre du territoire – TET), qui
ont représenté, en 2022, une part marginale
des trafics, 3 % (soit 14 millions de
trains.km). Ces services font l’objet d’une
convention de service public avec l’État et
assurent des missions d’intérêt national
(dessertes rapides entre les principales
villes françaises non reliées par la grande
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19
vitesse, désenclavement de certains
territoires, etc.). Ils utilisent principalement
les lignes du réseau structurant (plus de
90 % des trains.km en 2021) ;
• les services conventionnés régionaux hors
Île-de-France (trains express régionaux –
TER), qui ont représenté, en 2022, 44 % des
trafics, soit 201 millions de trains.km. Ces
services, qui font l’objet de conventions de
service public avec les régions, utilisent
l’essentiel du réseau ferroviaire français (à
l’exception des LGV et des lignes dédiées
au fret) et sont les principaux utilisateurs
des LDFT (21 % des trains.km des TER en
2021) ;
• les services conventionnés en Île-de-
France (Transilien), qui ont représenté, en
2022, 13 % des trafics, soit 59 millions de
trains.km. Ces services, qui font l’objet
d’une convention de service public avec Île-
de-France Mobilités, correspondent en
grande partie à des services de type mass
transit et utilisent une infrastructure très
circulée (la totalité des circulations
Transilien ont lieu sur le réseau
structurant) ;
• le transport de marchandises, qui a
représenté, en 2022, 14 % des trafics (soit
63 millions de trains.km). L’activité de fret
se concentre sur les grands axes29
constitués par les voies les plus utilisées
du RFN. Ainsi, l’essentiel des trafics de fret
sont réalisés sur le réseau structurant.
La Carte 2 ci-après détaille l’utilisation que
chacun de ces services fait du réseau
français.
29 75 % des trains.km sont effectués sur l’infrastructure des corridors de fret internationaux (voir Le marché Français du transport
ferroviaire en 2020).
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20
Carte 2 Utilisation du réseau ferroviaire français par les différents types de service. Source : ART
TER TET
Transilien SLO
Fret
Catégories de voie
SNCF Réseau
LGV
2 à 4
5 à 6
LDFT
Nombre de circulations
quotidiennes
10
10 20
20 50
50 100
100
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21
1.1.2. Le maintien en bon état et l’adaptation du réseau aux besoins de mobilité sont
essentiels pour la performance du système ferroviaire
Une fois mise en place, l’infrastructure doit
être entretenue, adaptée et éventuellement
développée afin d’assurer, dans la durée,
l’adéquation du réseau ferroviaire aux
besoins de ses utilisateurs, sous contrainte
de moyens. Ainsi, les différents actifs doivent
être organisés et ajustés en permanence afin
que le système ferroviaire atteigne les
performances visées, pour un coût minimal.
Il est tout d’abord nécessaire d’adapter
l’infrastructure pour satisfaire ou susciter de
nouvelles habitudes de mobilité. La
consistance et le maillage du réseau
ferroviaire doivent évoluer avec les
mutations démographiques, les
transformations économiques ou encore les
phénomènes de report modal. Ainsi, le
développement de services cadencés aux
abords des métropoles peut nécessiter une
évolution de l’infrastructure (par exemple,
une évolution ou le remplacement de la
signalisation ferroviaire), voire la
construction de nouveaux tronçons de
lignes. De même, il peut être souhaitable
d’adapter certaines lignes pour
accompagner le développement du transport
combiné de marchandises (mise au gabarit
des ouvrages d’art, etc.).
Il faut par ailleurs investir dans la
régénération du réseau (voir l'encadré 2 pour
les définitions des différents types
d’investissements dans le réseau), afin de
compenser le vieillissement et la
dégradation de l’infrastructure, qui
conduisent à une baisse de la qualité de
service offerte aux utilisateurs. En effet, une
voie hors d’âge présente des risques de
défaillance plus importants, ce qui conduit le
gestionnaire d’infrastructure à réduire la
vitesse d’exploitation de la ligne, voire le
contraint à la fermer. La Figure 2 ci-dessous
illustre ce phénomène : la vitesse maximale
autorisée sur une voie est progressivement
réduite à partir du moment où sa
régénération aurait dû intervenir jusqu’à sa
fermeture au bout d’environ 25 ans pour une
ligne classique et environ 30 ans pour une
LGV. L’Autorité estime qu’en l’absence de
régénération, les trafics seraient réduits de
moitié dès la fin des années 2020 et
risqueraient de disparaître complètement
dans le courant des années 2040.
Figure 2 Diminution de la vitesse d’exploitation en fonction du nombre d’année sans renouvellement pour les
LGV et les lignes classiques
Source : Méthodologie du programme green bonds 2016 de SNCF Réseau, Carbone 4, septembre 2017
Le gestionnaire d’infrastructure joue un rôle
central dans la mise en œuvre de ces deux
objectifs. Ainsi, conformément à l’article
L. 2111-9 du code des transports, « la
société SNCF Réseau a pour mission
d'assurer, de façon transparente et non
discriminatoire, directement ou par
l'intermédiaire de filiales, conformément aux
principes du service public et dans le but de
promouvoir le transport ferroviaire en France
dans un objectif de développement durable,
d'aménagement du territoire et d'efficacité
économique et sociale […] :
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22
3° La maintenance, comprenant l'entretien
et le renouvellement, de l'infrastructure
du réseau ferré national ;
4° Le développement, l'aménagement, la
cohérence et la mise en valeur du réseau
ferré national ».
Pour mener à bien ces missions, le
gestionnaire d’infrastructures conduit des
opérations de maintenance quotidienne
(surveillance et entretien) et réalise des
travaux plus lourds sur le réseau. Entre 2010
et 2019, il a consacré en moyenne 7 milliards
d’euros par an à la maintenance et au
développement du réseau, répartis
équitablement entre (i) l’entretien, (ii) le
renouvellement et la modernisation et (iii) le
développement. La Figure 3 détaille les
dépenses annuelles moyennes du
gestionnaire d’infrastructure durant la
période 2010-2019.
Figure 3 Dépenses du gestionnaire d’infrastructure (moyenne annuelle 2010-2019)
Encadré 2. Les activités de maintenance et de développement du réseau
Les interventions du gestionnaire d’infrastructure sur le réseau recouvrent différentes
opérations dont les contours juridiques exacts sont parfois flous. Leur distinction est
pourtant essentielle car elle emporte des conséquences importantes, en termes
juridiques et financiers.
Autrefois répartis entre investissements de développement (création ou réouverture
de lignes) et de maintenance (entretien, renouvellement, modernisation ou
amélioration des fonctionnalités du réseau existant)30, les investissements31 sont
désormais regroupés selon les catégories suivantes32 :
• les investissements de « développement » du RFN, qui regroupent :
o les opérations « de création de lignes nouvelles en tracé neuf et de
réouverture de lignes à des types de circulation, fret ou voyageurs,
interrompus depuis plus de cinq ans, ainsi que les investissements sur
30 Article 1er du décret n° 2017-443 du 30 mars 2017 relatif aux règles de financement des investissements de SNCF Réseau
(aujourd’hui abrogé).
31 Les investissements sont entendus comme comprenant, pour une opération donnée, « les études et procédures
administratives préalables, les acquisitions foncières et la réalisation jusqu'à la mise en exploitation commerciale le cas
échéant » (article 1er 1° du décret n° 2019-1582 du 31 décembre 2019 relatif aux règles de financement des investissements de
SNCF Réseau).
32 Art. 1er du décret n° 2019-1582 du 31 décembre 2019.
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23
le réseau existant dont la réalisation est directement liée à ces
opérations », en ce compris les raccordements des lignes nouvelles au
RFN existant ;
o les investissements de modernisation du RFN, correspondant aux
« opérations de modification de l’infrastructure réalisées sur le réseau
existant qui améliorent sa performance globale »33. Ils permettent une
évolution de l’usage du réseau (par exemple, une augmentation de la
vitesse d’exploitation ou du débit d’une ligne, etc.) ;
• les investissements de « renouvellement » du RFN, qui comprennent « les
opérations de remplacement de composants de l’infrastructure ferroviaire
réalisées sur le réseau existant qui ne modifient pas sa performance
globale »34. Ces opérations interviennent le plus souvent au terme de la durée
de vie des actifs et peuvent être réalisées à l’identique ou bien sur la base de
standards plus récents. Dans ce dernier cas de figure, la distinction avec une
opération de modernisation peut parfois être complexe.
Le terme de régénération - non défini par les textes - est très proche de celui de
renouvellement mais peut comporter des éléments qui l’apparentent également à une
modernisation de l’infrastructure.
À défaut de définition juridique, la surveillance et l’entretien du réseau regroupent des
opérations de surveillance de l’état des composants de l’infrastructure et des
opérations de correction effectuées au fil de l’eau, qu’il s’agisse d’entretien préventif
ou curatif. Du point de vue comptable, la surveillance et l’entretien se distinguent des
autres opérations. En effet, ils relèvent des charges d’exploitation du gestionnaire
d’infrastructure, tandis que les autres opérations sont immobilisées puis sont
comptabilisées en dotations aux amortissements.
L’entretien et le renouvellement relèvent de la maintenance de l’infrastructure35 et sont
intrinsèquement liés : le renoncement à une opération de renouvellement conduit à
une hausse des coûts d’entretien de l’actif en question (et à des baisses de la qualité
de service, par exemple sous la forme de ralentissements). Dans le cadre de sa
stratégie de maintenance, le gestionnaire d’infrastructure doit donc s’efforcer
d’atteindre un optimum économique entre ces deux opérations.
Le schéma ci-dessous récapitule les différents types de travaux menés sur le réseau :
Figure 4 Différents types de travaux menés sur le réseau
33 À l'exception des investissements directement liés à la réalisation des opérations de création de lignes nouvelles et de
réouverture de lignes.
34 À l'exception de celles directement liées à la réalisation d'investissements de développement du RFN.
35 Article L. 2111-9 3° du code des transports.
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24
1.1.3. Le financement du réseau repose principalement sur les redevances
d’infrastructure et les concours publics
Pour financer l’exploitation, la maintenance
et le développement du réseau, le
gestionnaire d’infrastructure dispose des
ressources listées à l’article L. 2111-24 du
code des transports36, qui peuvent être
regroupées en deux grandes catégories37 :
les redevances d’infrastructure, d’une part, et
les concours publics, d’autre part.
En pratique, les redevances d’infrastructure
représentent environ 6 milliards d’euros par
an (6,1 milliards d’euros en 2022,
5,4 milliards d’euros par an en moyenne pour
la période 2010-2019). Elles sont acquittées
par les entreprises ferroviaires dans le cas
des services librement organisés38 et par les
autorités organisatrices de transports
régionales et l’État pour les services
conventionnés. Pour la période 2010-2019,
l’État39 a versé près de la moitié (46 %) des
redevances d’infrastructure, tandis que les
régions et les services librement organisés
se sont acquittés d’un quart environ du
montant total chacun (25 % et 28 %
respectivement).
Les concours publics versés par l’État et les
collectivités locales ont représenté environ
4,1 milliards d’euros en 2022, un montant en
nette hausse. En effet, les concours publics
étaient de l’ordre de 700 millions d’euros par
an au début des années 2010 et de
36 « Les ressources de la société SNCF Réseau sont notamment constituées par :
1. Les redevances d'infrastructure liées à l'utilisation du réseau ferré national ;
2. Les concours financiers de l'Etat, eu égard à la contribution des infrastructures ferroviaires à la vie économique et
sociale de la nation, au rôle qui leur est imparti dans la mise en œuvre du droit à la mobilité et à leurs avantages en ce
qui concerne l'environnement, la sécurité et l'énergie ;
3. Le produit des dotations qui lui sont versées directement ou indirectement par la société nationale SNCF ;
4. Tous autres concours publics ».
37 Par ailleurs, le gestionnaire d’infrastructure perçoit d’autres revenus, qui correspondent à des prestations de maintenance
pour des tiers, à des ventes de fournitures et à des revenus locatifs. Ces autres revenus se sont élevés à 908 M€ en 2022.
38 L’État prend cependant en charge une partie des redevances d’infrastructure des entreprises de fret sous la forme de la
« compensation fret », qui s’est élevée à 176 M€ en 2022.
39 L’État s’acquitte des redevances d’infrastructure des trains d’équilibre du territoire (TET) dont il est l’autorité organisatrice,
soit environ 85 M€ en 2022 (estimation SNCF Réseau), d’une partie des redevances acquittées par les entreprises ferroviaires
de fret via la compensation fret, soit 176 M€ en 2022 et de la redevance d’accès des services conventionnés régionaux (à
l’exception de ceux de la région Île-de-France) et des TET, qui s’est élevée à 2 025 M€ en 2022. La part de l’État dans les
redevances d’infrastructure a diminué depuis le début des années 2010, passant d’environ 60 % à environ 45 % (la part des
redevances acquittées par les services librement organisés a augmenté dans le même temps).
40 Le fonds de concours a été créé par la loi n° 2014-872 du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire.
41 L’endettement ne constitue pas une autre source de financement en soi puisqu’à terme il devra être remboursé via les
redevances d’infrastructure ou des concours publics (dans le cas d’une reprise de dette).
900 millions d’euros par an sur la période
2010-2019. Cette augmentation résulte,
d’une part, de la mise en place, à compter de
2015, d’un fonds de concours40 abondé par
une partie des dividendes de
SNCF Voyageurs (SNCF Mobilités avant le
1er janvier 2020), par des produits de cession
du groupe SNCF et par le plan de relance
consécutif à la crise sanitaire et, d’autre part,
de l’augmentation des subventions
d’investissement versées dans le cadre des
conventions de financement des grands
projets et des contrats de plan État-régions
(CPER).
Si les redevances et les concours publics
constituent les principales ressources de
SNCF Réseau, le cadre juridique applicable
contraint en revanche la capacité du
gestionnaire d’infrastructure à recourir à
l’endettement41, via la « règle d’or » (voir
l’encadré 3 pour plus de détails). Celle-ci vise
à maîtriser la croissance de l’endettement de
SNCF Réseau. En effet, l’endettement a
constitué une ressource importante du
gestionnaire d’infrastructure par le passé : la
dette de RFF, devenu SNCF Réseau à
compter de 2015, a cru en moyenne de
2,3 Md€/an entre 2010 et 2019 (avec des
variations importantes entre les années)
pour atteindre 49,9 Md€ au 31 décembre
2019.
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Encadré 3. La « règle d’or »
La loi n° 2014-872 du 4 août 2014 portant réforme ferroviaire a instauré une « règle
d’or », ayant pour effet d’encadrer plus strictement les règles de financement des
investissements par SNCF Réseau, par la fixation de ratios à ne pas dépasser. Cette
règle d’or a été redéfinie et précisée par la loi n° 2018-515 du 27 juin 2018 pour un
nouveau pacte ferroviaire et par l’ordonnance n° 2018-1135 du 12 décembre 201842,
qui ont fixé le cadre actuellement applicable.
Désormais, l’article L. 2111-10-1 du code des transports dispose que « la situation
financière nette de SNCF Réseau est appréciée au regard du ratio entre sa dette
financière et sa marge opérationnelle [dit ratio « règle d’or »], défini sur le périmètre
social de SNCF Réseau. À partir du 1er janvier 2027, ce ratio ne peut dépasser un
plafond fixé dans les statuts de la société SNCF Réseau [...] ». L’article 23 des statuts
de SNCF Réseau en vigueur précise que le niveau plafond du ratio entre la dette
financière nette et la marge opérationnelle est fixé à 6.
Avant que SNCF Réseau ne parvienne à ce ratio, à l’échéance du 1er janvier 2027, le
législateur a déterminé une période de convergence43 et établi des règles spécifiques
de participation de SNCF Réseau au financement des investissements réalisés à la
demande de tiers (État, collectivités, autres demandeurs). Le tableau ci-dessous
récapitule les règles applicables en fonction des différents types d’investissements :
Type d’investissement44
Régime applicable durant la
période de convergence
(jusqu’en 2026)45
Régime applicable à
compter du
1er janvier 202746
Développement
Création de lignes
nouvelles
Interdiction pour SNCF Réseau
de contribuer.
Le montant des
investissements à la
charge de SNCF
Réseau ne peut
conduire à un
dépassement du ratio
« règle d’or » fixé à 6.
SNCF Réseau
détermine sa part
contributive dans le
financement de ce
projet de manière à ce
que le taux de retour
sur cet
investissement soit
au moins égal au coût
moyen pondéré du
capital de SNCF
Réseau pour ce
même
investissement après
prise en compte des
risques spécifiques à
l'investissement.
Modernisation SNCF Réseau détermine sa part
contributive dans le financement
de ce projet de manière à ce que
le taux de retour sur cet
investissement soit au moins
égal au coût moyen pondéré du
capital de SNCF Réseau pour ce
même investissement, après
prise en compte des risques
spécifiques à l'investissement.
Renouvellement
Investissements « mixtes » (création de
lignes nouvelles et modernisation /
renouvellement)
SNCF Réseau détermine sa part
contributive dans le financement
de ce projet de manière à ce que
le taux de retour sur cet
investissement soit au moins
égal au coût moyen pondéré du
capital de SNCF Réseau pour ce
même investissement après prise
en compte des risques
spécifiques à l'investissement.
Tant que le ratio dette / MOP de 6
n’est pas atteint, la part
contributive de SNCF Réseau est
diminuée au prorata de la part des
investissements de
développement autres que de
modernisation (c’est-à-dire
diminuée de la part des
investissements relatifs à la
création de lignes nouvelles)
dans le coût total du projet.
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26
La Figure 5 détaille les ressources et les
dépenses annuelles moyennes du
gestionnaire d’infrastructure (RFF puis
SNCF Réseau à compter de 2015) sur la
période 2010-2019. Dans la mesure où les
chiffres utilisés pour élaborer cette figure
proviennent de sources multiples, les
résultats doivent être pris comme des ordres
de grandeur.
Figure 5 Ressources et dépenses du gestionnaire d’infrastructure (moyenne annuelle 2010-2019)
1.2. Malgré des efforts croissants depuis le milieu des années 2000, les besoins de
régénération demeurent très importants et pèsent sur la qualité de service offerte
1.2.1. Les différents audits techniques ont mis en lumière le retard pris en matière
de régénération de l’infrastructure
Le réseau ferroviaire français a, depuis 2005,
fait l’objet d’audits techniques indépendants
visant à évaluer (i) son état, (ii) les politiques
de maintenance du gestionnaire
d’infrastructure et (iii) l’adéquation des
moyens aux besoins de maintenance.
- En 2005, constatant une dégradation de
l’état du réseau, RFF et la SNCF47 ont
mandaté un groupe d’experts
indépendants48 pour réaliser un premier
audit (dit « audit Rivier ») et estimer les
ressources nécessaires à la maintenance
du réseau pour la période 2006-2025.
4747 Jusqu’à la création de SNCF Réseau le 1er janvier 2015, le gestionnaire d’infrastructure RFF déléguait l’entretien du réseau
et la maîtrise d’œuvre du renouvellement à SNCF Infra.
48 Sous la direction du professeur Rivier de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
- L’audit de 2012 a ensuite eu pour objectif
d’évaluer les éventuels écarts entre les
trajectoires réalisées et les préconisations
de l’audit Rivier de 2005 ainsi que de
réexaminer la pertinence de ces dernières.
- L’audit de 2018 visait enfin à mettre à jour
la connaissance de l’état du réseau, à
évaluer les politiques de maintenance de
SNCF Réseau et à estimer les besoins
financiers de renouvellement de façon à
« vérifier » la trajectoire définie par le
contrat de performance entre l’État et
SNCF Réseau pour la période 2017-2026.
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27
D’une façon générale, les différents audits49
ont constaté un vieillissement préoccupant
de l’infrastructure et l’insuffisance des
moyens consacrés à sa maintenance. La
Figure 6 ci-dessous détaille les principaux
constats ainsi que les recommandations
formulées.
Figure 6 Principaux constats et recommandations des audits techniques successifs du réseau
L’audit de 2005 a permis une véritable prise
de conscience de la part des pouvoirs
publics, et les efforts de régénération ont
quasiment triplé entre 2004 et 2016, passant
d’un peu plus d’un milliard d’euros à près de
3,5 milliards d’euros50. Les dépenses de
49 D’après les éléments communiqués à l’Autorité dans le cadre de ses travaux, l’audit du réseau ferré national réalisé en 2022
(à paraître) aboutit à des conclusions similaires à celles des audits précédents. En particulier, il confirme que la trajectoire du
contrat de performance ne suffira pas à empêcher le vieillissement du réseau structurant et devrait conduire à une augmentation
des dépenses d’entretien.
50 Les chroniques d’investissements de régénération en euros constants (€2022) ont été reconstruites à partir des chroniques en
euros courants et des données d’inflation et d’évolution de l’indice TP01 de l’INSEE jusqu’en 2022 (en considérant que les coûts
de régénération évoluent selon un indice composite 20 % IPC + 80 % TP01). À compter de 2022, le scénario bas des projections
d’inflation a été retenu (voir annexe 5 pour plus de détails).
régénération ont cependant régulièrement
décru depuis 2016 en euros constants et le
contrat de performance entre l’État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030 ne
remet pas en cause cette tendance.
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28
Figure 7 Effort de régénération en euros constants (€2022) et préconisations des audits techniques du réseau
Les efforts de régénération de
l’infrastructure prévus par le contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau
pour la période 2021-2030 apparaissent
ainsi inférieurs d’environ 25 % aux
préconisations de l’audit de 2018. En février
2022, l’Autorité avait évalué51 à un peu plus
de 4 milliards d’euros courants l’écart
cumulé, sur la période 2021-2030, entre les
préconisations de l’audit technique de 2018
et les montants prévus par le contrat de
performance, soit un écart d’environ 13 %
pour la période. Depuis, ce déficit s’est accru
en raison de la récente poussée
inflationniste (voir Figure 8) et peut être
estimé à près de 7,5 milliards d’euros.
Figure 8 Comparaison des projections de l’indice des prix de la maintenance ferroviaire (indice qui combine
l’indice TP01 et l’IPCH) entre le contrat de performance et le scénario « bas » retenu par l’Autorité dans ses
travaux (base 100 en 2021)
Cet écart est d’autant plus préoccupant que
les besoins de régénération de
l’infrastructure doivent désormais tenir
compte des investissements nécessaires à
l’adaptation au changement climatique. En
effet, dans la mesure où les actifs
ferroviaires ont généralement des durées de
vie de plusieurs dizaines d’années, il est
impératif de tenir compte dès à présent des
impacts que le changement climatique aura
sur le système ferroviaire (voir l’encadré 4
pour plus de détails).
51 Dans le cadre de son avis n° 2022-009 du 8 février 2022 sur le projet de contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau
pour la période 2021-2030.
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Encadré 4. L’adaptation du réseau ferroviaire au changement climatique
Le changement climatique se manifeste par une augmentation de la température
moyenne de l'air et des océans, causée principalement par l'accumulation de gaz à
effet de serre (GES)52 dans l'atmosphère. Les émissions mondiales de GES ont doublé
depuis 1970 et ont augmenté de plus de 40 % depuis 199053. Des dérèglements
climatiques importants se sont amorcés au cours des dernières décennies :
l’augmentation de la température moyenne de la surface de la Terre (+1°C depuis la
fin du XIXe siècle54), la fonte des glaciers et des calottes glaciaires et l'élévation du
niveau de la mer (environ 23 cm de plus depuis 1880 et plus 7,5 cm ces 25 dernières
années55), l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements
météorologiques extrêmes tels que les canicules, les tempêtes et les inondations.
Des actions d’adaptation du réseau ferroviaire national (RFN) seront de plus en plus
nécessaires pour faire face à ces évolutions du climat. En effet, quand bien même la
courbe des émissions de GES serait inversée, les effets du changement climatique
sont inéluctables à court et moyen terme en raison de la persistance des GES dans
l’atmosphère. Les manifestations du changement climatique entraînent d’ores et déjà
des impacts sur les circulations ferroviaires et des dégradations de l’infrastructure.
Ces manifestations perturbent non seulement régulièrement l’exploitation ferroviaire
par les dysfonctionnements de l’infrastructure56 qu’elles créent, mais entraînent aussi
l’altération prématurée de ses composants.
Il est donc impératif d’agir dans le but de préserver l’infrastructure en l’adaptant et en
la rendant plus résiliente face aux effets du changement climatique à moyen et long
terme. Les stratégies de programmation des investissements, de surveillance des
actifs exposés aux aléas climatiques et d’exploitation ferroviaire doivent désormais
se construire selon une approche systémique. Plus concrètement, les efforts entrepris
par le gestionnaire d’infrastructure relèvent de deux approches : (i) la résilience
physique de l’infrastructure en lien avec son niveau de maintenance, de régénération
et de modernisation et (ii) la résilience de la gestion de l’infrastructure en lien avec le
niveau de performance de l’allocation des capacités et de l’exploitation ferroviaire.
SNCF Réseau a conduit des premiers travaux sur le changement climatique et les
adaptations qu’il nécessite57 et a commencé la mise en œuvre d’actions de
conception, de construction et de maintenance associées à des mesures de
surveillance58. En outre, SNCF Réseau a lancé un groupe de travail sur l’adaptation au
changement climatique, dont l’objectif est de (i) poser un diagnostic des vulnérabilités
52 Ces gaz, tels que le dioxyde de carbone, le méthane et l'oxyde nitreux, sont émis principalement par les activités humaines,
notamment la combustion des combustibles fossiles et l'agriculture.
53 Source INSEE : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4277613?sommaire=4318291.
54 Source NASA : https://climate.nasa.gov/vital-signs/global-temperature/.
55 Source National Geographic : https://www.nationalgeographic.fr/environnement/elevation-du-niveau-de-la-mer-les-
chiffres-clefs. Chaque année, le niveau des océans et des mers monte de 3,2 mm ; le niveau des océans s’élève de plus en plus
vite et devrait gagner 30 cm d’ici à 2050.
56 Ainsi, la canicule de l’été 2003 avait engendré un grand nombre de défaillances, notamment des déformations importantes du
rail sous l’effet des hautes températures, induisant de nombreuses interruptions de circulation. Des épisodes extrêmes comme
la tempête Alex à l’automne 2021 dans la vallée de la Vésubie ou l’épisode méditerranéen d’octobre 2019 ont causé des dégâts
importants sur les ouvrages et les équipements.
57 Une thèse intitulée « Des connaissances scientifiques sur les changements climatiques à l’analyse économique pour la prise
de décision en vue de l’adaptation des infrastructures » ; deux études conduites avec Carbone 4 sur les thèmes « Indicateurs
stratégiques météo/climat » et « Analyse des risques liés au changement climatique pour Transilien » ; une étude SNCF Réseau
produite par la Direction générale industrielle et ingénierie intitulée « Adaptation au CC : les enjeux et réponses possibles dans
les différents domaines de l’infrastructure ».
58 (i) Les cycles de surveillance : pour éviter toute dégradation due aux conditions climatiques, des surveillances spécifiques
sont effectuées lors des interventions sur les voies ; (ii) les tournées chaleur : pour anticiper les périodes de fortes températures,
les voies ferrées sont étroitement surveillées pour détecter le moindre problème de pose ou de maintenance, et le corriger ;
(iii) les tournées intempéries : pour éviter toute dégradation due à une intempérie, les agents de maintenance surveillent
étroitement certains ouvrages pour détecter le moindre problème.
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30
actuelles et futures de l’infrastructure pour construire une vision cohérente de ses
faiblesses dans un contexte de changement climatique59 et de (ii) concevoir un plan
d’actions de long terme pour les infrastructures.
Malgré ces efforts, il n’y a pas encore de véritable stratégie globale d’adaptation et de
résilience du RFN fondée sur des études de la vulnérabilité physique de l’infrastructure
pour chacun des axes du réseau.
Au Royaume-Uni, le gestionnaire d’infrastructure Network Rail a mis en place une
planification aboutie de l’adaptation au changement climatique. Une première feuille
de route comprenait les mesures pour se préparer aux impacts climatiques futurs, puis
plusieurs stratégies ont été élaborées60. Le plan d’activités stratégique pour la période
2019-2024 permet de s’assurer que les différents axes du réseau incluent et
identifient les investissements appropriés.
1.2.2. Le réseau présente des signes de vieillissement préoccupants avec de
grandes disparités en fonction des actifs et des lignes
a. La voie a bénéficié des efforts de renouvellement engagés depuis le milieu des années 2000
mais de façon inégale en fonction du type de ligne
Sur longue durée, l’âge moyen des voies a
connu une évolution en deux phases : un
vieillissement ininterrompu depuis les
années 1950 (à l’exception des lignes de
catégories 2 à 4, pour lesquelles le
vieillissement a débuté dans les années
1980) jusqu’au milieu des années 2000, puis
une stabilisation voire une diminution de
l’âge moyen du réseau. Ainsi, l’âge moyen
est passé d’une dizaine d’années dans les
années 1950 à environ 33 ans à la fin des
années 2000 pour se stabiliser ensuite
autour de 30 ans (voir la Figure 9). Cette
évolution reflète bien la hausse de l’effort de
renouvellement engagée à compter du milieu
des années 2000.
59 Ce diagnostic est envisagé à deux échelles complémentaires : la première concerne l’appréciation de la vulnérabilité
intrinsèque des composants de l’infrastructure ferroviaire, la seconde est plus systémique et s’intéresse à la vulnérabilité des
axes ferroviaires pour aussi tenir compte de la variation de l’exposition au changement climatique d’un territoire à l’autre.
60 (i) Une première stratégie de résilience météorologique et d’adaptation au changement climatique, qui a contribué à améliorer
la gouvernance, les connaissances et les pratiques dans l’ensemble des activités du gestionnaire d’infrastructure ; (ii) une
stratégie de gestion à court terme des conditions météorologiques saisonnières du point de vue de l’exploitation et de la gestion
des actifs sur 10 ans ; (iii) une stratégie de développement durable, qui décrit la feuille de route en matière d’adaptation à long
terme et contient les principales étapes d’adaptation jusqu’en 2050 et la manière dont il est prévu de les atteindre.
Les différentes parties du réseau ont
néanmoins connu des évolutions
différenciées. Si le réseau francilien et les
LDFT ont effectivement connu une
diminution de l’âge moyen des voies de
l’ordre de 10 ans depuis le milieu des années
2000, l’âge moyen des voies a eu tendance à
stagner pour le réseau structurant. Ainsi est-
il passé de près de 35 ans en 2000 à moins
de 25 ans aujourd’hui pour le réseau
francilien et de plus de 45 ans à environ 35
ans pour les LDFT. En revanche les voies des
lignes de catégories 5 à 6 ont vu leur âge
moyen stagner entre 25 et 30 ans depuis les
années 2000, tandis que celui des lignes de
catégories 2 à 4 ne s’est stabilisé qu’à
compter du début des années 2010.
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31
Figure 9 Évolution de l’âge moyen des voies ferroviaires depuis 1954.
Source : Autorité de la qualité de service dans les transports
L’analyse de l’indice de consistance de la
voie (ICV – voir l’encadré 5 pour plus de
détails) permet de mettre en lumière des
évolutions analogues à celles que révèle
l’analyse de l’âge moyen des voies. En outre,
elle permet de constater deux phénomènes :
• premièrement, si la valeur moyenne de l’ICV
s’est très légèrement améliorée depuis
1995 (gain d’un point d’ICV entre 1995 et
2021), elle demeure inférieure à l’objectif de
55, nécessaire pour assurer à long terme la
pérennité du patrimoine. Aucune catégorie
de ligne n’a un ICV moyen égal ou supérieur
à la valeur cible de 55 ; et
• deuxièmement, une part significative du
réseau est proche de la fin de sa durée de
vie nominale, voire l’a dépassée. Ainsi, 16 %
du réseau a un ICV inférieur à 20 (8,7 % pour
les lignes de catégories 2 à 4, 12,2 % pour
les lignes de catégories 5 à 6 et 36,8 % pour
les LDFT). La Carte 3 détaille l’ICV des
différents tronçons du réseau français en
2021.
Carte 3 Indice de consistance de la voie en 2021
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32
Encadré 5. L’indice de consistance de la voie (ICV)
L’ICV est un indicateur composite d'âge moyen relatif de la voie ferrée au regard de sa
durée de vie théorique. Cette dernière dépend des caractéristiques physiques de la
voie ainsi que de son intensité d'utilisation : la durée de vie de la voie croît avec la
catégorie de la voie (voir encadré 2 pour plus de détails sur les catégories). Le tableau
ci-dessous détaille l’ordre de grandeur de la durée de vie théorique de la voie en
fonction du type de ligne :
Catégories de lignes Durée de vie moyenne
LGV 40 ans
2 à 4 45 ans
5 à 6 50 ans
LDFT (7 à 9) 70 ans
Un tronçon neuf a une valeur de 100 et un actif en fin de vie prend la valeur de 10, l’ICV
décroit dans le temps de façon linéaire en fonction de l’âge ; au-delà de la fin de vie,
l’ICV décroît plus rapidement, la valeur 0 étant atteinte après 5 ans supplémentaires.
La note à mi-vie d’une section de voie est de 55, considérée par SNCF Réseau comme
la note moyenne optimale permettant de garantir la pérennité du patrimoine ferroviaire
et de minimiser l’ensemble des coûts de maintenance et de régénération.
Figure 10 Schéma de principe de l’indice de consistance de la voie
Dans le cadre de ses travaux, l’Autorité s’appuie sur l’ICV, qui présente l’avantage
d’être disponible pour l’ensemble du réseau et pour les années passées, d’avoir une
évolution prévisible en fonction du temps et d’être un indicateur de pilotage de haut
niveau pour le gestionnaire d’infrastructure (il figure dans le contrat de performance).
En revanche, la politique quotidienne de maintenance ne peut être fondée sur ce seul
indicateur et repose sur une analyse fine de l’état réel de l’infrastructure menée par les
experts du gestionnaire d’infrastructure.
La Carte 4 illustre les besoins de
renouvellement de la voie en indiquant les
tronçons de lignes qui atteindront un ICV de
20 d’ici 2030 et durant la période 2030-2042,
en l’absence de renouvellement.
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33
Carte 4 Estimation des besoins de renouvellement de la voie durant les vingt prochaines années
b. S’agissant des équipements de signalisation, l’analyse des indicateurs d’état montre un
vieillissement et des besoins qui sont appelés à croître dans les prochaines années
L’audit de 2018 sur l’état du réseau a relevé
un vieillissement marqué des différents
postes d’aiguillage. En effet, une part
importante des postes électriques
approchent ou ont dépassé leur durée de vie
(environ 60-65 ans) tandis que les postes
informatiques les plus anciens ont une
vingtaine d’années pour une durée de vie
beaucoup plus faible (environ 30 ans).
Par ailleurs, l’âge moyen des très nombreux
appareils de signalisation61 présents sur le
61 Les appareils de signalisation regroupent tous les équipements qui constituent le système de signalisation : signaux lumineux,
circuits de voies, balises, etc.
réseau (plus de 2,5 millions en 2020)
augmente régulièrement depuis les années
1990. Il est passé de 14,1 ans en 1992 à 20,4
ans en 2005, pour atteindre 26,6 ans
aujourd’hui. La pyramide des âges des
équipements de signalisation s’est
significativement dégradée entre 2010 et
2020 (voir la Figure 11). Le contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau
pour la période 2021-2030 prévoit une
poursuite de cette tendance avant sa
stabilisation à un niveau élevé, autour de 28
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34
ans. Il indique qu’un « scénario
d’investissement permettant de stopper le
vieillissement des appareils de signalisation
sur [le réseau structurant] semble hors de
portée ».
Figure 11 Pyramides des âges des appareils de signalisation en 2010 et en 2020.
Source : Connaissance du patrimoine, SNCF Réseau, 2021
c. S’agissant des installations fixes de traction électrique, le patrimoine n’a pas connu de
renouvellement d’ampleur depuis l’électrification
L’audit de 2018 a constaté que le parc des
installations fixes d’alimentation électrique
« se caractérise par un linéaire hors d’âge
important et une substance hétérogène ; les
linéaires les plus anciens se trouvent dans
un état peu propice à un maintien en
condition opérationnelle efficace et
62 Selon l’audit sur l’état du réseau de 2018, l’âge de l’électrification constitue un indicateur d’état pertinent du fait de la faiblesse
des politiques de maintenance passées, la mise en peinture insuffisante des structures métalliques et le remplacement pièce
par pièce des composants conduisant au mitage des armements.
économique ». La pyramide des âges des
électrifications62 traduit cette situation avec
une part significative des linéaires anciens
voire très anciens (voir la Figure 12). Ainsi,
plus de 14 000 km de lignes, soit près de la
moitié du réseau, ont été électrifiées il y a
plus de 50 ans.
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35
Figure 12 Pyramide des âges des électrifications (1500 V et 25 kV).
Source : Audit sur l’état du réseau ferré national, 2018.
1.3. La modernisation du réseau français avance lentement, limitant les gains de
productivité et de qualité de service qu’elle pourrait apporter aux utilisateurs du
réseau
La modernisation de l’infrastructure permet
d’en améliorer la qualité de service et
l’efficacité économique63 tout en répondant
à de nouveaux besoins64. Elle nécessite le
plus souvent des investissements lourds,
dont les bénéfices se matérialisent tout au
long de la durée de vie des actifs.
La modernisation du réseau ferroviaire
français repose sur deux piliers principaux :
le déploiement de la commande centralisée
du réseau (CCR), d’une part, et celui du
système européen de gestion du trafic,
l’ERTMS (European Rail Traffic Management
System), d’autre part.
1.3.1. Au rythme actuel, le déploiement de la CCR sur le réseau français ne sera pas
achevé avant les années 2070
Le déploiement de la CCR doit permettre de
rationaliser l’exploitation du réseau en
63 Par exemple, l’introduction de méthode de maintenance
prédictive reposant sur l’intelligence artificielle permet de
mieux cibler les interventions du gestionnaire
d’infrastructure et donc d’en optimiser les coûts et l’impact
pour les utilisateurs du réseau.
regroupant l’essentiel des nombreux postes
d’aiguillage, 2 200 au total dont environ
64 Par exemple, la mise au gabarit P 400 de certains
itinéraires fret permet de favoriser le développement du
transport combiné.
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36
1 500 sur le réseau structurant, en une
quinzaine de grands centres de gestion de la
circulation ferroviaire. L’investissement total
est estimé à environ 20 milliards d’euros.
L’intérêt de la CCR est double :
• D’un point de vue opérationnel, elle permet
d’améliorer la performance du réseau. En
effet, la centralisation des décisions
d’exploitation permet d’être plus réactif
face aux incidents ainsi que d’améliorer la
régularité et l’information des voyageurs ;
• D’un point de vue économique, elle génère
des gains de productivité. Ainsi, il est
estimé que le déploiement de la CCR
pourrait permettre une réduction comprise
entre 20 % et 40 % des effectifs de
l’exploitation65.
Cependant, avec seulement sept centres de
circulation construits et à peine 15 % des
277 secteurs de circulation66 équipés, la
France apparaît très en retard, ce qui pèse
sur la productivité du gestionnaire
d’infrastructure. Comparée à nombre de ses
voisins européens, elle a en effet lancé son
programme de CCR plus tard et à un rythme
plus lent. Par conséquent, le nombre
d’agents nécessaire pour assurer la gestion
des circulations est plus important en France
que dans les autres pays européens (voir
l’encadré 6 pour plus de détails).
Encadré 6. Déploiement de la CCR - Comparaison européenne
Comme le montre la Figure 13, la France a lancé son programme de CCR plus tard et
à un rythme plus lent que les autres pays européens. Ainsi, l’Allemagne a entamé son
déploiement dans les années 1990, le Royaume-Uni, la Suisse et l’Italie dans les
années 2000 tandis que la France a attendu le début des années 2010. Les réseaux
suisse, allemand, italien et britannique sont aujourd’hui équipés respectivement à
100 %, 90 %, 70 % et 60 %. Malgré un lancement relativement tardif de son programme,
le réseau belge est déjà équipé à 66 %.
Figure 13 État d’avancement du déploiement de la CCR dans les principaux pays européens
65 Dans son rapport SNCF Réseau, des réformes à
approfondir de décembre 2018, la Cour des Comptes avait
estimé que le déploiement de la CCR pourrait permettre une
réduction de 40 % des effectifs de l’exploitation, soit 5 000
postes sur un total de 13 000. Dans le cadre de travaux plus
récents communiqués à l’Autorité, SNCF Réseau évalue à
environ 2 200 ETP la réduction d’effectif permise par un
déploiement complet de la CCR, soit un peu moins de 20 %
des effectifs actuels.
66 Un secteur de circulation regroupe une ou plusieurs
sections de lignes et/ou nœuds ferroviaires dont
l’exploitation est placée sous la responsabilité d’un agent
circulation qui assure la bonne mise en place des
itinéraires ferroviaires ainsi que la sécurité des
circulations.
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37
Le retard dans le déploiement de la CCR a empêché le gestionnaire d’infrastructure de
réaliser les gains de productivité en matière d’exploitation qui peuvent être constatés
dans les autres pays européens. Ainsi, le trafic par agent circulation est inférieur en
France par rapport aux autres pays européens :
Figure 14 Productivité des agents circulation (en trains.km par agent).
Source : ART, Rapport d’information fait au nom de la Commission des finances du Sénat sur la
situation de la SNCF et ses perspectives, H. Maurey, S. Sautarel ; mars 2022
Les moyens engagés dans le cadre du
contrat de performance actuel
n’apparaissent pas à même de remédier à ce
retard, puisque ce contrat ne prévoit qu’un
déploiement « au fil de l’eau » de la CCR, dans
le cadre du renouvellement des postes
d’aiguillage. Les montants prévus à cet effet,
de l’ordre de 450 M€ par an, permettront
seulement d’équiper un tiers des secteurs de
circulation à l’horizon 2030 (voir la Figure
15). Dans ces conditions, l’achèvement du
déploiement de la CCR n’apparaît pas
possible avant 2070.
Figure 15 Trajectoire de déploiement de la CCR prévue par le contrat de performance
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38
1.3.2. Les perspectives de déploiement de l’ERTMS sur le réseau français ne sont
pas à la hauteur des exigences européennes
L’ERTMS est un standard européen67 en
matière de signalisation ferroviaire, qui a
pour objectif « de remplacer tous les
systèmes de signalisation existant en
Europe par un système unique conçu pour
promouvoir l'interopérabilité des réseaux
ferroviaires nationaux et le transport
ferroviaire transfrontalier. L'ERTMS vise à
garantir une norme commune permettant
aux trains de circuler de façon ininterrompue
entre différents pays et, ainsi, à favoriser la
compétitivité du secteur ferroviaire »68.
Dans le cas du réseau français, le
déploiement de l’ERTMS pourrait apporter de
nombreux bénéfices :
• la suppression des coûts de
renouvellement des systèmes de
signalisation et de contrôle-commande
historiques (systèmes de sécurité de
classe B) ;
• la baisse des coûts de maintenance de
l’infrastructure (notamment le niveau 2, qui
permet de se passer de la signalisation
latérale), si les systèmes de sécurité de
classe B sont retirés69 ;
• des gains de capacité70, qui demeurent
relativement difficiles à estimer et
dépendent des performances des
équipements antérieurs et des conditions
de déploiement de l’ERTMS ; et
• des gains pour les opérateurs ferroviaires,
qui peuvent avoir accès à un plus grand
marché pour les services de transport
grâce à l’interopérabilité (facilitation des
liaisons internationales) et rationaliser leur
flotte de matériels roulants71.
La France apparaît globalement en retard par
rapport à ses voisins en matière de
déploiement de l’ERTMS (voir encadré 7). En
effet, alors que le règlement n° 1315/2013
(UE) prévoit l’équipement du réseau central
du RTE-T d’ici 2030, soit, dans le cas de la
France, environ 9 000 km de lignes, dont la
totalité des lignes à grande vitesse (environ
2 800 km), l’ERTMS n’est à ce jour déployé
que sur environ 1 100 km du réseau ferré
national, ce qui représente moins de 15 % de
l’objectif fixé par la Commission européenne
pour 2030. Même en intégrant les projets de
déploiement (la ligne à grande vitesse Paris-
Lyon, les lignes classiques Longuyon-Bâle et
Marseille-Vintimille) dont l’achèvement est
prévu d’ici le début des années 2030,
seulement un tiers de l’objectif sera atteint.
67 Les spécifications de l’ERTMS figurent en annexe du règlement (UE) 2016/919 de la Commission du 27 mai 2016 relatif à la
spécification technique d’interopérabilité concernant les sous-systèmes « contrôle-commande et signalisation » (STI CCS).
68 Cour des comptes européenne, Un système européen de gestion du trafic ferroviaire unique : ce choix politique se
concrétisera-t-il un jour ? Rapport spécial n° 2017/13.
69 Pour le moment les lignes équipées de l’ERTMS en France sont également équipées des systèmes historiques KVB et TVM ce
qui accroît le coût et la complexité de la maintenance.
70 Par exemple, l’ERTMS est un élément clé du projet HPGVSE (Haute performance grande vitesse sud-est) qui vise à améliorer
la performance de la LGV Paris-Lyon. L’objectif est de passer d’une capacité maximale de 13 trains par heure à 15 voire 16 si la
totalité des trains qui circulent sur la ligne sont équipés de l’ERTMS
71 La généralisation de l’ERTMS contribuerait à l’émergence d’un marché européen des véhicules ferroviaires d’occasion grâce
aux possibilités de redéploiement permises par l’interopérabilité.
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Encadré 7. Déploiement de l’ERTMS - Comparaison européenne
L’objectif d’équipement de la totalité du réseau central en 2030 fixé par l’article 39 du
règlement UE n° 1315/2013 ne sera probablement atteint que par une poignée de pays
(Luxembourg, Belgique, Suisse et Danemark), dont les réseaux ferroviaires sont peu
étendus.
Les pays dont le réseau central est étendu (plus de 2 000 km de lignes) sont encore
loin de remplir les objectifs fixés par le droit européen. Parmi ces pays, la France
apparaît particulièrement en retard et sera dépassée par l’Allemagne et l’Italie.
L’Italie a annoncé en 2020 un plan d’accélération du déploiement de l’ERTMS sur
l’ensemble de son réseau (16 800 km), y compris au-delà du RTE-T et sur les lignes
régionales à faible trafic, pour l’achever en 2036, pour un montant total de 13 Md€. Ce
plan s’appuie sur des analyses socioéconomiques complètes, qui ont démontré tout
l’intérêt d’une accélération, permettant la dépose anticipée, à partir de 2023, des
systèmes de sécurité de classe B et la suppression de la signalisation latérale, ce qui
conduit à des économies substantielles de maintenance.
En Allemagne, le projet « Digital Schiene Deutschland », piloté par le ministère fédéral
du Numérique et des Transports et la Deutsche Bahn, prévoit une complète
digitalisation du réseau ferroviaire allemand d’ici 2030, afin d’améliorer la ponctualité
et la régularité des services de transport ferroviaire. Le projet prévoit la numérisation
complète du réseau ferroviaire allemand en 20 ans environ avec un financement
d’environ 1,3 milliard d’euros par an, sans compter des fonds supplémentaires pour
l’équipement des véhicules. Le déploiement de l’ERTMS est une composante
essentielle de ce projet.
Figure 16 État d’avancement du déploiement de l’ERTMS par rapport aux objectifs fixés à l’horizon
2030 dans les principaux pays européens
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2. L’Autorité a mené un exercice de modélisation prospective afin d’illustrer les
conséquences de différents scénarios d’investissement pour le système
ferroviaire
2.1. L’Autorité a développé un modèle de projections des coûts et des trafics à partir des
travaux de SNCF Réseau et du Conseil d’orientation des infrastructures afin
d’identifier les besoins de financement du réseau dans les prochaines décennies
Afin de mettre en évidence, de manière
objective, les conséquences des politiques
d’investissement dans le système
ferroviaire, l’Autorité a élaboré un modèle
économique et financier permettant de
déterminer l’évolution des trafics et les
trajectoires financières de SNCF Réseau en
fonction de différents scénarios
d’investissement. Pour réaliser cet outil,
l’Autorité s’est appuyée sur les travaux
menés par SNCF Réseau dans le cadre de
son projet interne « Ulysse 2040 », sur les
trajectoires définies par le contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau
pour la période 2021-2030 ainsi que sur le
rapport du Conseil d’orientation des
infrastructures (COI), Investir plus et mieux
dans les mobilités pour réussir leur
transition, remis à la Première ministre le 24
février 2023.
Pour cet exercice de prospective, l’Autorité a
retenu un horizon temporel de vingt ans qui
paraît adapté aux cycles d’investissement
longs qui caractérisent le secteur des
infrastructures et notamment le secteur
ferroviaire. Deux jalons sont particulièrement
importants : d’une part, 2030 qui marque la
dernière année de l’actuel contrat de
performance et un jalon important de la
trajectoire de décarbonation de la France et,
d’autre part, 2042 qui correspond à l’horizon
temporel des travaux du COI.
L’exercice de modélisation de l’Autorité a été
mené en trois grandes étapes.
En premier lieu, l’Autorité a défini deux
scénarios d’investissement principaux
correspondant à des niveaux d’ambition
différenciés quant au renouvellement et à la
modernisation du réseau existant, d’une part,
et aux projets de développement du réseau,
d’autre part (voir les annexes 1 et 2 pour plus
de détails) :
• le scénario « tendanciel » correspond à la
mise en œuvre de la trajectoire prévue par
le contrat de performance entre l’État et
SNCF Réseau pour la période 2021-2030 et
à sa prolongation au-delà de 2030.
S’agissant des projets de développement,
l’Autorité a retenu, pour ce scénario, la
trajectoire dite de « cadrage budgétaire »
du COI ;
• le scénario « transition écologique »
correspond à la mise en œuvre de la
trajectoire dite de « planification
écologique » du COI.
En deuxième lieu, pour chacun des deux
scénarios ainsi définis, l’Autorité a
déterminé, en ordre de grandeur, l’évolution
des trafics ferroviaires (voir l’annexe 3 pour
plus de détails). À cette fin, elle a évalué une
trajectoire tendancielle de hausse des trafics
sur la période 2022-2050 à partir de travaux
du Commissariat général au développement
durable (CGDD) publiés dans le cadre de
l’élaboration de la Stratégie nationale bas
carbone (SNBC). L’Autorité a ensuite ajusté
cette trajectoire en fonction :
• des investissements de modernisation de
l’infrastructure (CCR, ERTMS et
investissements fret) ;
• des contraintes liées à la vétusté du réseau
grâce à un module de « vieillissement » de
l’infrastructure, qui permet de simuler
l’évolution de la consistance du réseau
existant en fonction du niveau des
investissements de renouvellement
réalisés ; et
• des nouveaux trafics engendrés par les
projets de développement du réseau
réalisés sur la période (lignes nouvelles,
projets de RER métropolitains, etc.).
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42
En revanche, en raison du temps limité pour
l’élaboration de ce modèle et du manque de
travaux robustes en la matière, les
projections de trafics ne tiennent pas
compte du niveau des redevances. Les
travaux de l’Autorité pourraient utilement
être compétés sur ce point.
La Figure 17 ci-après détaille l’approche
retenue.
Figure 17 Méthodologie d’évaluation des trafics
En troisième lieu, l’Autorité a quantifié
l’impact de la politique d’investissement sur
les charges d’exploitation, en évaluant
notamment les gains de productivité permis
par la modernisation du réseau. Le modèle
permet ainsi de déterminer les trajectoires
financières, en termes de chiffre d’affaires,
de charges d’exploitation, de coûts
d’investissement et de besoin de
financement de SNCF Réseau, en s’appuyant
sur un jeu d’hypothèses concernant
l’évolution des redevances d’infrastructure
et l’indexation des charges.
Les hypothèses retenues en matière d’indexation des redevances visent à permettre
d’évaluer les revenus générés par les redevances d’infrastructure et ne préjugent en
rien des appréciations que l’Autorité pourra être amenée à porter dans le cadre de ses
futurs avis conformes sur la tarification de l’infrastructure.
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43
La Figure 18 ci-après propose une vision synthétique du fonctionnement de l’outil de
modélisation élaboré par l’Autorité :
Figure 18 Schéma récapitulatif de la démarche de modélisation retenue par l’Autorité
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44
2.2. Le scénario tendanciel correspond à la poursuite de la trajectoire actuelle et des
efforts prévus par le contrat de performance 2021-2030
2.2.1. Les investissements du scénario tendanciel (136 Md€2021 pour la période
2022-2042 dont 50 Md€2021 pour le renouvellement et la modernisation)
correspondent aux enveloppes prévues par le contrat de performance et à la
trajectoire « cadrage budgétaire » du COI
Entre 2022 et 2042, le scénario tendanciel
prévoit un investissement total de
136 Md€2021, dont 50 Md€2021 (soit 37 % du
total) consacrés au renouvellement et à la
modernisation de l’infrastructure existante.
Il correspond à une maîtrise des dépenses
d’investissement, la trajectoire actuelle étant
prolongée et l’essentiel des projets de
développement (lignes nouvelles, RER
métropolitains, etc.) repoussés au-delà de
2030. La Figure 19 détaille, année après
année, les montants d’investissements
consacrés au réseau.
Figure 19 Trajectoire des coûts d’investissement dans le scénario tendanciel
Pour le renouvellement et la modernisation
du réseau structurant, les montants retenus
correspondent à la trajectoire du contrat de
performance jusqu’en 2030 puis à son
prolongement au-delà. Les investissements
baissent d’environ 20 % en euros constants
entre 2022 et 2030 puis stagnent ensuite. La
CCR est déployée à un rythme lent (avec une
enveloppe annuelle de l’ordre de 350 M€2021
à 400 M€2021) tandis que l’ERTMS ne fait pas
l’objet d’investissements autres que ceux
déjà annoncés (projet HPGVSE entre Paris et
Lyon, déploiement entre Marseille et
Vintimille).
Pour les projets de développement, les
montants retenus correspondent à la
trajectoire du scénario « cadrage budgétaire
»72 du rapport du COI. Les investissements
de « développement » incluent notamment
une enveloppe de l’ordre de 180 M€2021 par
an pour la remise à niveau des lignes de
desserte fine du territoire ainsi que des
investissements destinés à améliorer la
qualité de service pour le fret.
Pour les autres investissements (qui incluent
notamment les investissements fonciers et
industriels), les montants retenus
correspondent à un prolongement du contrat
de performance.
72 Le scénario « cadrage budgétaire » repose sur une hypothèse de 17,5 Md€ de crédits de paiement de l’AFIT-France (tous
modes confondus) pour la période 2023-2027, prolongée durant les quinquennats suivants. Le COI a qualifié ce scénario de
« scénario de crise qui ne permet pas de répondre aux ambitions affichées par le gouvernement ».
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45
2.2.2. Le scénario tendanciel conduit à une concentration des moyens sur la partie
du réseau structurant la plus circulée et à une stagnation des trafics durant
les deux prochaines décennies
La trajectoire des investissements de
renouvellement consacrés à la voie73 dans le
scénario tendanciel est insuffisante pour
couvrir la totalité des besoins de
renouvellement durant les deux prochaines
décennies. Par exemple, une politique
d’investissement accordant la priorité à la
préservation et à la remise à niveau des
lignes à grande vitesse et les lignes de
catégories 2 à 4 n’est possible qu’au prix
d’une forte dégradation des lignes de
catégories 5 à 6. Ainsi, en répartissant a
priori l’enveloppe d’investissement entre le
réseau structurant et les LDFT74, puis en
allouant les moyens sur les parties du réseau
les plus circulées au sein de ces deux
ensembles, l’ICV des lignes 2 à 4 dépasserait
55 au cours des années 203075 et celui des
lignes 5 à 6 passerait de 50 à 22 en 2042,
traduisant une nette dégradation de ce
réseau (voir Figure 20). D’autres choix
pourraient être faits mais conduiraient,
quoiqu’il en soit, à des renoncements en
matière de renouvellement et à des
conséquences analogues, voire encore plus
pénalisantes, pour les services de transport
ferroviaire.
Figure 20 Évolution de l’ICV par groupe de lignes dans le scénario tendanciel
En outre, l’effort de renouvellement consenti
dans le scénario tendanciel ne permet pas de
maîtriser le linéaire vieillissant voire hors
d’âge. Ainsi, la part du réseau dont l’ICV est
inférieur ou égal à 20 double entre 2021 et
2042, passant de 16 % à 33 %. La situation
est particulièrement critique pour les lignes
de catégories 5 à 6 avec plus de la moitié
(56 %) d’entre elles qui atteignent un ICV
73 En raison du manque de données et de la complexité d’un tel exercice, l’Autorité a concentré ses efforts de modélisation sur
la voie qui représente environ la moitié de l’effort de renouvellement et qui constitue un actif structurant du réseau.
74 Dans le cadre des travaux de modélisation conduits par l’Autorité pour le scénario tendanciel, l’enveloppe d’investissement
de régénération de la voie est d’environ 27 Md€2021 sur la période 2022-2042, dont 9 % sont spécifiquement dédiés aux LDFT.
75 Les écarts avec les trajectoires d’ICV du contrat de performance s’expliquent par l’approche retenue par l’Autorité, qui repose
sur :
- Une simulation « par les risques », c’est-à-dire que les enveloppes sont allouées de façon à renouveler les tronçons
de l’infrastructure arrivant au terme de leur durée de vie théorique (par opposition à un pilotage « par la moyenne »,
visant à atteindre un âge moyen cible) ; et
- Une allocation selon un ordre de priorité simplifié (LGV, puis lignes de catégories 2 à 4 et, enfin, lignes de catégories
5 à 6). Une enveloppe dédiée est consacrée aux LDFT.
inférieur ou égal à 20 en 2042. L’annexe 4
fournit plus de détails concernant l’évolution
des courbes de distribution de l’ICV pour les
différentes catégories de lignes.
Le déclin des lignes de catégories 5 à 6 ainsi
que des LDFT combiné à un effort de
modernisation limité conduit à une
stagnation voire à une légère érosion des
trafics, malgré les effets d’induction liés aux
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46
projets de développement. Ainsi, le trafic
global baisse de 4 % entre 2022 et 2030 et la
très faible croissance durant les années
2030 ne permet pas de retrouver le niveau
actuel à la fin de la période (voir Figure 21).
Les pertes de trafics liées à la dégradation de
l’infrastructure s’élèvent à 13 % des trafics
en 2030 et s’aggravent durant la décennie
suivante pour atteindre 25 % des trafics
globaux en 2042. Seuls les projets de
développement mis en service durant les
années 2030 (voir les annexes 2 et 3 pour
plus de détails) permettent de compenser
cette érosion.
Les services conventionnés sont
particulièrement touchés par les pertes liées
à la dégradation de l’infrastructure, dans la
mesure où ils sont les principaux utilisateurs
des lignes de catégories 5 à 6 et des LDFT
dont l’état se dégrade significativement.
Ainsi, les pertes pour le TER représentent
20 % des trafics en 2030 et 35 % en 2042
(respectivement 23 % et 43 % pour les TET).
Le développement des services express
métropolitains permet néanmoins de
compenser les pertes pour le TER en
apportant environ 10 millions de trains.km
supplémentaires en 2030 et 40 millions de
trains.km en 2042.
Figure 21 Évolution des trafics dans le scénario tendanciel
2.2.3. Le scénario tendanciel ne permet pas de conserver les gains de productivité
prévus par le contrat de performance au-delà de 2030 en raison d’un
renouvellement limité et d’une modernisation lente de l’infrastructure
Les investissements limités prévus dans le
scénario tendanciel conduisent à une remise
en cause, au-delà de 2030, des gains de
productivité prévus au cours de la période
2021-2030. Alors que le contrat de
performance prévoit des efforts très
significatifs sur les coûts d’exploitation, qui
passent d’un peu plus de 5,1 Md€2021 en 2022
à environ 4,3 Md€2021 en 2030 (soit une
baisse de 16 %), les coûts d’exploitation
dépassent ainsi 4,7 Md€2021 en 2042 (voir la
Figure 22).
En conséquence, le coût d’exploitation par
train.km stagne durant la période : après une
légère baisse entre 2022 et 2030 (de
10,82 €/tr.km à 9,25 €/tr.km), il repart à la
hausse pour quasiment retrouver son niveau
initial en 2042 (10,09 €/tr. km).
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47
Figure 22 Trajectoire des coûts d’exploitation dans le scénario tendanciel
Cette évolution résulte de deux effets
combinés.
D’une part, les efforts limités de régénération
conduisent à une augmentation importante
des coûts d’entretien au-delà de 2030. Ils
atteignent 2,9 Md€2021 en fin de période,
remettant en cause les gains de productivité
du contrat de performance. En effet, le
vieillissement des actifs entraîne
l’augmentation de l’effort d’entretien afin de
maîtriser les conséquences sur la sécurité et
la régularité de l’exploitation.
D’autre part, le déploiement lent de la CCR ne
contribue que de façon limitée à la baisse
des coûts de gestion des circulations. En
effet, l’évolution des coûts de gestion des
circulations, qui passent de 985 M€2021 en
2022 à un peu moins de 700 M€2021 en 2042
(soit une baisse d’environ 30 %) est
essentiellement due à la baisse des trafics
(par rapport à la trajectoire prévue par le
contrat de performance).
S’agissant des autres coûts d’exploitation,
en raison du manque de données, l’Autorité
s’est contentée de retenir une hypothèse de
productivité de 0,5 % par an en euros
constants.
2.2.4. Dans le scénario tendanciel, les péages permettent de couvrir environ la
moitié des dépenses encourues durant la période 2022-2042
Dans le scénario tendanciel élaboré par
l’Autorité, les recettes totales du
gestionnaire d’infrastructure76 représentent
entre 55 % et 59 % des dépenses totales
(investissements et exploitation) sur la
période 2022-2042, soit entre 167 Md€ et
184 Md€ (en euros courants) en fonction des
76 Le chiffre d’affaires annuel du gestionnaire d’infrastructure est composé principalement des redevances d’infrastructure qui
en représentent environ 90 %. Les autres revenus correspondent à des prestations de maintenance pour des tiers, à des ventes
de fournitures et à des revenus locatifs.
77 En vision annuelle, le chiffre d’affaires du gestionnaire d’infrastructure représente entre 50 % et 70 % des besoins de trésorerie.
scénarios d’inflation77. La Figure 23
représente les grands flux financiers du
scénario tendanciel dans le cadre d’une
hypothèse d’indexation moyenne (voir
annexe 5 pour plus de détails sur les
hypothèses d’indexation).
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Figure 23 Flux financiers totaux (en euros courants) sur la période 2022-2042 dans le scénario tendanciel avec
une hypothèse d’inflation moyenne
Dans le scénario tendanciel, la capacité du
gestionnaire d’infrastructure à couvrir les
dépenses encourues connaît une évolution
en deux phases :
• une amélioration jusqu’en 2030, grâce à la
maîtrise des coûts d’exploitation prévue
par le contrat de performance et à la hausse
des redevances d’infrastructure. Ainsi,
dans un scénario d’indexation moyenne, la
marge opérationnelle78 double entre 2021
et 2030, passant de 1,7 Md€ à 3,5 Md€ en
2030, tandis que le taux de marge79
augmente de 23 % en 2022 à 39 % en 2030
(voir figure 24) ;
• une stagnation au-delà de 2030, en raison
de la stagnation des trafics (voir 2.2.2) et
de la dérive des coûts d’exploitation
(voir section 2.2.3). Ainsi, la marge
78 La marge opérationnelle mesure le résultat dégagé par l’activité d’une entreprise indépendamment du renouvellement de son
outil de production, des provisions pour risques et charges, des conditions de son financement et de l’impôt sur les sociétés.
79 Le taux de marge est égal au rapport entre la marge opérationnelle (recettes – dépenses d’exploitation) et les recettes.
opérationnelle est de 3,5 Md€ en 2042,
tandis que le taux de marge retombe à 31 %
à cette même date.
La marge opérationnelle est sensible aux
indexations qui conduisent à renchérir les
coûts d’exploitation plus vite que les
redevances d’infrastructure. En effet, à long
terme, les dépenses d’entretien sont
indexées en partie sur le coût des travaux
publics (TP01), qui augmente plus vite que
celui des biens de consommation (IPCH) sur
lequel sont indexées, par hypothèse
simplificatrice dans le modèle, les
redevances. La figure 24 illustre les
incertitudes liées aux hypothèses
d’indexation : le taux de marge
opérationnelle se dégrade quand les
hypothèses d’indexation augmentent.
-- 48 of 100 --
49
Figure 24 Évolution du taux de marge opérationnelle dans le scénario tendanciel (en fonction des hypothèses
d’indexation)
Si les recettes permettent de couvrir
largement les dépenses d’exploitation, elles
demeurent néanmoins très insuffisantes
pour couvrir les dépenses d’investissement
durant la période. La Figure 25 met en
perspective la marge opérationnelle du
gestionnaire d’infrastructure avec les
montants totaux d’investissement. Il en
résulte un besoin de financement total
compris entre 3 Md€/an et 4 Md€/an durant
les années 2020, puis augmentant
significativement durant la décennie
suivante, pour dépasser largement les
10 Md€/an, en raison de la reprise des
projets de développement et des effets de
l’inflation.
Figure 25 Comparaison de la marge opérationnelle et des besoins d’investissement dans le scénario tendanciel
(avec une hypothèse d’hypothèse d’indexation moyenne)
En outre, le besoin de financement dépend
fortement des hypothèses d’inflation dans la
mesure où les coûts d’investissement
évoluent de façon plus dynamique que les
redevances d’infrastructure, en raison de
leur indexation sur le coût des travaux
publics (TP01) plutôt que sur l’IPCH.
-- 49 of 100 --
50
Figure 26 Évolution du besoin total de financement dans le scénario tendanciel (en fonction des hypothèses
d’indexation)
Ce besoin de financement n’est pas
nouveau. Durant les dernières décennies,
différents leviers ont permis l’équilibre
financier du gestionnaire d’infrastructure,
notamment (i) les subventions de l’État (par
le biais de l’AFITF) et des collectivités locales
(pour les projets de développement
principalement), (ii) l’endettement, jusqu’à la
loi pour un nouveau pacte ferroviaire de 2018
et la reprise d’une partie de la dette de
SNCF Réseau par l’État à hauteur de 35 Md€
et (iii) le fonds de concours mis en place en
2015 et alimenté par les dividendes du
groupe SNCF et le Plan de relance. La partie
1.1.3 détaille les modalités passées de
financement du réseau ferroviaire ainsi que
les règles mises en place pour maîtriser
l’endettement du gestionnaire
d’infrastructure.
2.3. Le scénario transition écologique, qui correspond à l’augmentation des
investissements étudiée par le COI, permet de préserver le réseau existant et d’en
assurer la modernisation
2.3.1. Les investissements du scénario transition écologique (204 Md€2021 pour la
période 2022-2042, dont 98 Md€2021 pour le renouvellement et la
modernisation) correspondent aux enveloppes envisagées dans le scénario
« planification écologique » du COI
Le scénario transition écologique
correspond à une augmentation significative
des investissements dans le réseau par
rapport au scénario tendanciel, tant en
matière de développement que de
renouvellement et de modernisation. Ainsi,
les investissements pour la période 2022-
80 Le COI indique que « le scénario sélectif « planification écologique » concentre les efforts sur les programmes et opérations
[qu’il] juge en l’état des études les plus indispensables pour répondre aux attentes de mobilités du quotidien et aux besoins
urgents de modernisation des réseaux pour y faire face » (p. 92 du rapport de synthèse).
2042 augmentent de 50 % avec un quasi-
doublement des investissements de
renouvellement et de modernisation (voir
Figure 27). Une telle trajectoire correspond
au scénario « planification écologique » du
COI80.
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51
Figure 27 Trajectoire des coûts d’investissement dans le scénario transition écologique
Pour le renouvellement et la modernisation
du réseau structurant, le scénario transition
écologique prévoit une montée en puissance
tout au long des années 2020 pour atteindre
environ 5 Md€2021/an en 2030, ce niveau
étant maintenu ensuite jusqu’en 2042. Cela
correspond à une hausse d’environ 80 % en
euros constants par rapport au niveau
actuel. Un tel niveau permet un déploiement
de la CCR sur la quasi-totalité du réseau à
l’horizon 2042 (grâce à une enveloppe
annuelle qui monte en puissance durant les
années 2020 avant d’atteindre un montant
d’environ 1 Md€2021 à partir de 2030).
L’ERTMS bénéficie d’enveloppes
supplémentaires à compter de 2025,
comprises entre 300 M€2021/an et
500 M€2021/an, qui permettent de tendre vers
l’équipement du réseau central du RTE-T,
soit environ 9 000 km de lignes.
Pour les projets de développement, les
montants retenus correspondent à la
trajectoire du scénario « planification
écologique » du rapport du COI. Les
investissements de « développement »
incluent notamment une enveloppe
comprise entre 300 M€2021/an et
400 M€2021/an pour la remise à niveau des
lignes de desserte fine du territoire ainsi que
des investissements destinés à améliorer la
qualité de service pour le fret.
Pour les autres investissements (qui incluent
notamment les investissements fonciers et
industriels), les montants retenus
correspondent à un prolongement du contrat
de performance, comme dans le scénario
tendanciel.
2.3.2. Le scénario transition écologique permet de préserver l’essentiel du réseau
ferroviaire et d’accompagner la croissance des trafics
Dans le cadre de l’exercice de modélisation
réalisé par l’Autorité, la trajectoire de
renouvellement consacrée à la voie81 dans le
scénario transition écologique permet
d’assurer la pérennité de l’essentiel du
réseau. Ainsi, l’ICV moyen s’améliore pour
toutes les catégories de lignes d’ici 2042 et
dépasse 55 pour la totalité du réseau
structurant à la fin des années 2030. Les
lignes de catégories 5 à 6 connaissent, en
81 En raison du manque de données et de la complexité d’un tel exercice, l’Autorité a concentré ses efforts de modélisation sur
la voie qui représente environ la moitié de l’effort de renouvellement et qui constitue un actif structurant du réseau.
82Dans le cadre des travaux de modélisation conduits par l’Autorité pour le scénario transition écologique, l’enveloppe
d’investissement de régénération de la voie est d’environ 47 Md2021/ sur la période 2022-2042, dont 11 % sont spécifiquement
dédiés aux LDFT.
moyenne, une dégradation durant les années
2020 en raison de l’ampleur des besoins sur
le réseau structurant le plus circulé (les LGV
et les lignes de catégories 2 à 4), avant de
voir leur état s’améliorer continument à partir
de la fin des années 2020. Ce scénario
permet également le maintien et
l’amélioration progressive de l’ICV des LDFT
grâce à l’enveloppe d’investissement de
régénération spécifiquement dédiée82.
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52
Figure 28 Évolution de l’ICV par groupe de lignes dans le scénario transition écologique
L’effort très significatif de renouvellement
consenti dans le scénario transition
écologique permet de maîtriser le linéaire
vieillissant voire hors d’âge. Ainsi, la part du
réseau avec un ICV inférieur ou égal à 20
diminue de 16 % en 2021 à près de 9 % en
2042. L’annexe 4 fournit plus de détails
concernant l’évolution des courbes de
distribution de l’ICV pour les différentes
parties du réseau. La Carte 5 permet de
comparer l’état de la voie dans les deux
scénarios à l’horizon 2042. Elle est le résultat
des choix d’investissement83 détaillés à
l’annexe 3 et qui consistent à prioriser les
moyens sur les lignes les plus circulées.
Carte 5 ICV en 2042 dans les scénarios tendanciel et transition écologique
La préservation de l’essentiel du réseau
combinée à des efforts significatifs de
modernisation permet une hausse
importante des trafics d’ici 2042. Ainsi, le
trafic global augmente de 11 % entre 2022 et
2030 et de 36 % entre 2022 et 2042 (voir
Figure 29) pour atteindre près de
83 La carte doit être appréhendée de manière globale, le
gestionnaire d’infrastructure disposant d’une grande
latitude pour piloter ses investissements de
650 millions de trains-km. Les pertes
potentielles de trafics liées à la dégradation
de l’infrastructure sont nettement plus
faibles que dans le scénario tendanciel
(moins de 6 % des trafics en 2030 et environ
2 % en 2042).
renouvellement. À enveloppe financière donnée, d’autres
choix conduiraient à des cartes différentes.
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53
Figure 29 Évolution des trafics dans le scénario transition écologique
Encadré 8. Scénario maximaliste
L’Autorité a également exploré un scénario maximaliste permettant de préserver et de
rajeunir la quasi-totalité du réseau ferré national grâce à un effort de renouvellement
et de modernisation du réseau structurant très important (121 Md€2021 sur la période
2022-2042) et une enveloppe pour les LDFT conséquente de près de 12 Md€2021 sur la
même période (soit entre 500 M€2021/an et 600 M€2021/an).
Dans un tel scénario la totalité des catégories de lignes voient leur ICV augmenter très
significativement (voir Figure 30).
Figure 30 Évolution de l’ICV par groupe de ligne dans le scénario maximaliste
Les pertes de trafics sont par ailleurs totalement résorbées en 2042 et très limitées
dès 2030 (environ 2 % des trafics).
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54
2.3.3. Le scénario transition écologique permet de conserver au-delà de 2030 la
maîtrise des coûts d’exploitation prévue par le contrat de performance, malgré
la hausse des trafics
Les investissements prévus dans le scénario
transition écologique permettent de
conserver les gains de productivité du
contrat de performance et de stabiliser les
coûts d’exploitation malgré la hausse des
trafics. Ainsi, les coûts d’exploitation
n’évoluent que modérément après 2030,
passant de 4,1 Md€2021 en 2030 à 4,3 Md€2021
en 2042 (voir Figure 31).
En conséquence, le scénario transition
écologique permet une baisse forte (38 %
d’ici 2042) et durable du coût d’exploitation
par train.km. Il passe ainsi de 10,82 €/tr.km
en 2022 à 7,81 €/tr.km en 2030 (-24 %) puis
6,69 €/tr.km (-38 %). Cette évolution
contraste avec les conséquences du
scénario tendanciel qui conduit à une
stagnation du coût d’exploitation par
train.km (voir Figure 32 pour une
comparaison détaillée).
Figure 31 Trajectoire des coûts d’exploitation dans le scénario transition écologique
Figure 32 Comparaison de l’évolution du coût d’exploitation par train.km dans chacun des scénarios (en €2021)
S’agissant des coûts d’entretien, les efforts
de renouvellement permettent de conserver
au-delà de 2030 les gains de productivité
prévus dans le contrat de performance. Ils se
stabilisent autour de 2,2 Md€2021 durant les
années 2030.
S’agissant des coûts de gestion des
circulations, le déploiement de la CCR
permet de maîtriser la hausse des coûts
d’exploitation qui retrouvent quasiment le
niveau de 2022 en 2042, à 963 M€2021 alors
que, dans le même temps, les trafics
augmentent de 36 %.
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55
S’agissant des autres coûts d’exploitation,
en raison du manque de données, l’Autorité
s’est contentée de retenir une hypothèse de
productivité de 0,5 % par an en euros
constants, identique à celle retenue dans le
scénario tendanciel.
2.3.4. Par rapport au scénario tendanciel, le scénario transition écologique améliore
la capacité du gestionnaire d’infrastructure à financer ses investissements,
qui augmentent très significativement
Dans le scénario tendanciel élaboré par
l’Autorité, les recettes totales du
gestionnaire d’infrastructure représentent
de l’ordre de la moitié des dépenses totales
(investissements et exploitation) sur la
période 2022-2042
84, soit entre 187 Md€ et 207 Md€ (en euros
courants) en fonction des scénarios
d’inflation. La Figure 33 représente les
grands flux financiers du scénario tendanciel
dans le cadre d’une hypothèse d’indexation
moyenne (voir annexe 5 pour plus de détails
sur les hypothèses d’indexation).
Figure 33 Flux financiers (en euros courants) 2022-2042 dans le scénario transition écologique avec une
hypothèse d’inflation moyenne
Dans le scénario transition écologique, la
capacité du gestionnaire d’infrastructure à
couvrir les dépenses encourues s’améliore
continuellement tout au long de la période
2022-2042, de façon dynamique jusqu’en
2030 et de façon plus modérée ensuite. Ainsi
la marge opérationnelle passe de 1,7 Md€ en
2022 à 4,3 Md€ en 2030 pour atteindre
6,5 Md€ en 2042 (en retenant une hypothèse
d’indexation moyenne).
84 En vision annuelle, le chiffre d’affaires du gestionnaire d’infrastructure représente entre 41 % et 67 % des besoins de trésorerie.
La maîtrise des coûts d’exploitation permise
par le renouvellement et la modernisation de
l’infrastructure ainsi que la croissance des
trafics explique cette évolution, nettement
plus favorable que dans le scénario
tendanciel. Ainsi, en retenant l’hypothèse
d’indexation moyenne, le taux de marge
opérationnelle atteint 48 % en 2042 alors
qu’il n’est que de 31 % dans le scénario
tendanciel (voir Figure 34).
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56
Figure 34 Évolution du taux de marge opérationnelle dans le scénario transition écologique (en fonction des
hypothèses d’indexation)
Si les recettes permettent de couvrir
largement les dépenses d’exploitation dans
le scénario transition écologique, elles
demeurent néanmoins très insuffisantes
pour couvrir les dépenses d’investissement,
qui sont nettement supérieures à celles du
scénario tendanciel durant la période. La
Figure 35 illustre la façon dont il en résulte
un besoin de financement total qui
augmente régulièrement durant les années
2020 pour atteindre environ 13 Md€/an en
2030, puis demeure compris entre
11 Md€/an et 15 Md€/an jusqu’en 2042.
Figure 35 Comparaison de la marge opérationnelle et des besoins d’investissement dans le scénario transition
écologique (avec une hypothèse d’hypothèse d’indexation moyenne)
Comme pour le scénario tendanciel, le
besoin de financement total dépend
fortement des hypothèses d’inflation
retenues (voir Figure 36).
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Figure 36 Évolution du besoin total de financement dans le scénario transition écologique (en fonction des
hypothèses d’indexation)
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59
3. La réussite de la mise en œuvre de tout scénario d’investissement repose sur un
nécessaire renforcement de la planification et du suivi de la réalisation des
investissements dans le réseau ferroviaire
3.1. L’essor des investissements sur le réseau devrait s’accompagner de l’élaboration
régulière d’un document de planification détaillé
L’importance des investissements dans le
réseau ferroviaire85 plaide pour l’élaboration
régulière d’un document de planification
unique, détaillé et transparent, comme c’est
le cas pour la planification des
investissements du réseau de transport
d’électricité86, qui fait l’objet d’un document
très riche (voir encadré 9 pour plus de
détails), alors même que les investissements
sont nettement inférieurs (entre 1 Md€ et
2 Md€ par an) à ceux du réseau ferroviaire.
Le contrat de performance entre l’État et
SNCF Réseau ne donne qu’un niveau
d’information très limité sur ce volet dans sa
forme actuelle, comme l’Autorité l’a exprimé
dans son avis n° 2022-009 du 8 février 2022.
Du point de vue financier, il se contente de
fixer des trajectoires de dépenses à une
maille très agrégée et sans articulation avec
une véritable vision-cible du réseau. Par
exemple, les investissements sont suivis
sous la forme de grandes enveloppes :
« grands projets nationaux », « projets
régionaux de développement »,
« régénération et modernisation », etc. Des
programmes de modernisation majeurs tels
que le déploiement de la CCR et de l’ERTMS
ne font pas l’objet de trajectoires spécifiques
et détaillées.
85 5,9 Md€ en 2022, 6,1 Md€ budgétés en 2023.
86 Le réseau de transport d’électricité fait l’objet d’investissements analogues à ceux du réseau ferroviaire : développement de
nouvelles infrastructures, modernisation et renouvellement de l’existant. Il existe néanmoins une différence notable s’agissant
de la place des co-financements dans les investissements : ils sont beaucoup moins importants pour le réseau électrique que
pour le réseau ferroviaire. L’essentiel des concours publics reçus par RTE proviennent du Mécanisme pour l’interconnexion en
Europe et représentent une part marginale des investissements, qui sont couverts principalement par le tarif d’utilisation des
réseaux publics d’électricité (TURPE) validé par le Commission de régulation de l’énergie (CRE).
87 Lors de la remise du rapport du COI le 24 février 2023, la Première ministre a notamment indiqué que « l’État souhaite
s’engager, aux côtés de la SNCF, de l’Union européenne et des collectivités locales, pour réussir une « Nouvelle donne
ferroviaire », de l’ordre de 100 milliards d’euros d’ici 2040. Ces moyens exceptionnels nous permettront d’atteindre deux
objectifs :
-D’une part, mettre un terme au vieillissement du réseau et le moderniser. Bien sûr, le travail mené depuis 2017 porte ses fruits.
Mais nous augmenterons encore les investissements dans le réseau existant, pour atteindre d’ici la fin du quinquennat : un
milliard d’euros supplémentaires par an pour la régénération du réseau, et 500 millions d’euros par an pour sa modernisation.
[…]
-D’autre part, nous devons investir dans le développement du réseau. »
La feuille de route du Gouvernement présentée le mercredi 26 avril 2023 retient, parmi les chantiers à trois mois : « Sur le train :
Construction d’une nouvelle donne ferroviaire visant à investir 100 milliards d’euros d’ici à 2040 dans le train, afin de régénérer,
moderniser et développer notre réseau ferré ».
L’élaboration et la contractualisation d’un
véritable document de planification apparaît
d’autant plus nécessaire que des efforts
supplémentaires devraient se matérialiser
dans les prochaines années87. Il permettrait
de :
• faciliter le pilotage centralisé des projets
d’investissements et la recherche de
performance dans leur mise en œuvre ; et
• donner de la visibilité aux industriels pour
assurer l’adéquation de leurs capacités de
production avec les besoins du réseau
ferroviaire, d’une part, et aux entreprises
ferroviaires et aux autorités organisatrices
pour planifier leurs services de transport,
d’autre part.
Deux principales conditions de succès
peuvent être identifiées pour l’élaboration
d’un document de planification des
investissements.
- D’abord, un tel exercice doit faire l’objet
d’un portage au plus haut niveau de
l’entreprise (à l’instar de RTE) dans un
dialogue étroit avec les directions
territoriales et les directions métiers. Sa
mise en œuvre doit être vue comme un
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60
levier pour améliorer la performance du
gestionnaire d’infrastructure.
- Ensuite, il doit retenir un horizon approprié
(probablement 10, 15 ou 20 ans) et nourrir
des plans annuels d’investissement
détaillés.
- Enfin, il doit garantir une certaine souplesse
afin de permettre au gestionnaire
d’infrastructure d’adapter sa politique de
maintenance aux aléas. Le degré de
précision de la planification pourrait être
différencié en fonction des horizons des
investissements, détaillée à court terme
(par exemple les cinq premières années) et
plus schématique au-delà.
Encadré 9. Le schéma décennal de développement du réseau de transport d’électricité
En application du droit européen, l’article L. 321-6 du code de l’énergie confie au
gestionnaire du réseau public de transport d’électricité (RTE) l’élaboration d’un
schéma décennal de développement du réseau tous les deux ans. En pratique, RTE
publie un schéma complet tous les quatre ans avec une actualisation à mi-parcours.
Ce document détaille les différents projets d’investissements, en tenant notamment
compte des documents de planification établis par l’association des gestionnaires de
réseaux européens88 (ENTSO-E), l’État89 ainsi que RTE lui-même90.
L’article L. 321-6 du code de l’énergie prévoit que le schéma décennal est soumis à
l’examen de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) qui peut en imposer la
modification et à l’État qui peut formuler des observations.
Le dernier schéma décennal a été publié en 2019 (il a fait l’objet d’une mise à jour en
2021) et est disponible sur le site Internet de RTE91. Il a permis plusieurs avancées :
• il a fait l’objet d’une large consultation publique ;
• il tient compte de toutes les dimensions du réseau de transport d’électricité
(sociétale, environnementale, industrielle, économique et financière). En
particulier, il fournit des trajectoires financières détaillées, qui tiennent
compte des dépenses d’exploitation et d’investissement ; et
• il retient un horizon de quinze ans (2021-2035), au lieu des dix ans prévus par
la loi.
Le schéma décennal permet d’éclairer les besoins d’investissement pour la mise en
œuvre de la trajectoire de mix électrique prévu par la PPE. Les montants prévus
s’élèvent à environ 33 Md€ sur quinze ans (2021-2035), répartis en :
• 8 Md€ pour le renouvellement92 du réseau, ainsi qu’environ 3 Md€ pour sa
modernisation et sa numérisation ;
• 13 Md€ pour l’adaptation du réseau (accueil de 50 GW d’énergies
renouvelables intermittentes) ;
• 12 Md€ pour le développement de nouvelles infrastructures (interconnexions,
raccordements de champs d’éoliennes en mer).
Le schéma décennal est accompagné d’une annexe qui détaille les investissements
réalisés en 2017, 2018 et 2019, les mises en service prévues jusqu’en 2025-2026 ainsi
que les projets plus lointains à l’étude ou en attente. Elle recense également les projets
88 Le Plan décennal de développement du réseau européen (TYNDP) prévu par le règlement (CE) n°714//2009.
89 En particulier, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévue par l’article L. 141-1 du code de l’énergie.
90 En particulier, les Schémas régionaux de raccordement au réseau des énergies renouvelables (S3REnR) prévus par
l’article L. 321-7 du code de l’énergie et les bilans prévisionnels prévus par l’article L. 141-8 du code de l’énergie.
91 https://www.rte-france.com/analyses-tendances-et-prospectives/le-schema-decennal-de-developpement-du-reseau
92 RTE a inclus le renouvellement dans ses travaux afin de faire du SDDR l’outil central de pilotage de la totalité de ses
investissements et de donner à ses sous-traitants et fournisseurs une visibilité pluriannuelle.
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61
arrêtés. Pour chaque projet, plusieurs informations sont indiquées : la nature du projet,
sa finalité, sa consistance sommaire, les bénéfices attendus ainsi que son état
d’avancement.
L’élaboration du SDDR requiert des moyens conséquents et bénéficie d’un suivi très
régulier au plus haut niveau de RTE. Une quarantaine de personnes travaillent à temps
plein pendant environ un an et demi pour son élaboration (la mise à jour nécessite des
moyens moins importants). Cependant, une bonne part de ces moyens seraient en
tout état de cause consacrés à la planification des investissements, même en
l’absence de SDDR.
3.2. L’Autorité pourrait assurer un suivi régulier de la réalisation des investissements
dans une logique d’incitation à la performance du gestionnaire d’infrastructure
En l’état actuel des textes, l’Autorité n’est
explicitement chargée que d’assurer un
contrôle limité de la planification et de la
réalisation des investissements sous la
responsabilité de maîtrise d’ouvrage du
gestionnaire d’infrastructure. Ses avis
consultatifs sur le projet de contrat de
performance93 et le projet de budget de
SNCF Réseau94 la conduisent à se prononcer
uniquement sur des enveloppes globales.
Son pouvoir d’avis motivé sur les projets
d’investissement est très spécifique et
n’intervient que de façon ponctuelle sur un
projet en particulier : il ne concerne que les
investissements (i) réalisés sur demande de
l’État, de collectivités territoriales ou de tout
autre demandeur et (ii) dont la valeur est
supérieure à 200 M€. Cet avis porte «
notamment sur la pertinence des prévisions
de recettes nouvelles, en particulier au
regard de leur soutenabilité pour les
entreprises ferroviaires, ainsi que sur
l'adéquation du niveau de ces recettes avec
celui des dépenses d'investissement
projetées »95.
Une telle situation pourrait être largement
améliorée dans la mesure où, d’une part, les
décisions d’investissement dans
l’infrastructure peuvent revêtir une grande
importance en matière d’accès non
discriminatoire au réseau et où, d’autre part,
les montants engagés se répercutent sur les
tarifs de l’infrastructure. Ce sont ces mêmes
raisons qui, dans le secteur de l’énergie,
justifient le pouvoir de contrôle confié à la
93 Article L. 2111-10 du code des transports.
94 Article L. 2133-5-1 du code des transports.
95 Article L. 2111-10-1 IV du code des transports.
96 Article L. 2111-10 du code des transports.
Commission de régulation de l’énergie sur
les investissements des gestionnaires de
réseaux (cf. encadré 10).
En outre, le niveau élevé des co-
financements dans le secteur ferroviaire
(beaucoup plus importants que pour le
réseau de transport d’électricité) et les
modalités de partage des risques
protectrices pour le gestionnaire
d’infrastructure conduisent à un manque
d’incitations à la performance de ce dernier,
c’est-à-dire à la maîtrise des coûts et des
délais.
Dès lors, il est nécessaire de faire évoluer le
cadre de régulation afin d’en assurer la
cohérence globale. Un suivi plus resserré des
investissements sous le pilotage de
SNCF Réseau par l’Autorité pourrait être
réalisé via l’annexion d’un document de
planification pluriannuelle des
investissements au contrat de performance
conclu entre l’État et SNCF Réseau et de ses
mises à jour tous les trois ans, tandis que la
planification annuelle détaillée des
investissements serait annexée au projet de
budget dont l’Autorité est saisie chaque
année. En outre, le suivi de la réalisation des
investissements serait mené dans le cadre
de l’avis rendu par l’Autorité après
transmission du rapport annuel de
SNCF Réseau96, lequel comporterait des
éléments détaillés s’agissant des
investissements dans l’infrastructure.
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62
Encadré 10. Les pouvoirs de la CRE en matière de contrôle des investissements de
RTE
S’agissant de la planification pluriannuelle des investissements, l’article L.321-6 I du
code de l’énergie prévoit que « le schéma décennal est soumis à l'examen de la
Commission de régulation de l'énergie. […] Elle vérifie si le schéma décennal couvre
tous les besoins en matière d'investissements et s'il est cohérent avec le plan
européen non contraignant élaboré par le Réseau européen des gestionnaires de
réseau de transport institué par le règlement (UE) 2019/943 du Parlement européen et
du Conseil du 5 juin 2019. […] Elle peut imposer au gestionnaire du réseau public de
transport la modification du schéma décennal de développement du réseau ». À cette
occasion, la CRE valide les grandes orientations d’investissements ainsi que les
enveloppes financières globales.
La CRE a également un droit de regard plus détaillé sur les investissements dans le
cadre de ses avis sur les programmes annuels d’investissements. En effet, l’article
L.321-6 du code de l’énergie prévoit que ceux-ci sont soumis à « l'approbation
préalable de la Commission de régulation de l'énergie ». Dans un souci d’incitation à
la performance des gestionnaires d’infrastructure, la CRE a mis en place une approche
par « budget cible » dans laquelle les budgets des projets d’investissement sont
audités par un auditeur externe pour définir une cible et dimensionner des
mécanismes de pénalités en cas de non-atteinte des objectifs.
En outre, la CRE peut imposer des investissements à RTE. Ainsi l’article L.321-6 du
code de l’énergie prévoit que « […] lorsque, pour des motifs autres que des raisons
impérieuses qu'il ne contrôle pas, le gestionnaire du réseau public de transport ne
réalise pas un investissement qui, en application du schéma décennal, aurait dû être
réalisé dans un délai de trois ans, la Commission de régulation de l'énergie […] peut, si
l'investissement est toujours pertinent compte tenu du schéma décennal de
développement du réseau en cours :
a) mettre en demeure le gestionnaire du réseau public de transport de se conformer à
cette obligation ;
b) organiser, au terme d'un délai de trois mois après une mise en demeure restée
infructueuse, un appel d'offres ouvert à des investisseurs tiers […] ».
-- 62 of 100 --
63
CONCLUSION – LES TRAVAUX DE L’AUTORITÉ ONT VOCATION À ÉCLAIRER LE DÉBAT PUBLIC
ET À AMORCER UNE VÉRITABLE PLANIFICATION STRATÉGIQUE DE L’INFRASTRUCTURE
FERROVIAIRE
Dans le prolongement de son avis
n° 2022-009 sur le contrat de performance
entre l’État et SNCF Réseau, l’Autorité a
souhaité éclairer le débat public en
modélisant les trajectoires du réseau
ferroviaire à un horizon de vingt ans en
fonction de deux scénarios
d’investissement.
L’Autorité tire deux grands enseignements
de cet exercice de prospective.
En premier lieu, le maintien des trajectoires
d’investissement actuelles, notamment
celles prévues par le contrat de performance
2021-2030 pour le renouvellement et la
modernisation du réseau, entraînera
inévitablement le gestionnaire
d’infrastructure dans une spirale de
paupérisation industrielle, sur laquelle
l’Autorité avait déjà alerté :
- L’état du réseau se dégradera au point que
seule la partie du réseau structurant la plus
circulée – correspondant aux lignes à
grandes vitesse et aux lignes dites de
catégories 2 à 4 – pourrait être préservée,
au sens où ses performances seraient
maintenues à leur niveau nominal ; sa lente
modernisation conduira à un décrochage
du réseau ferroviaire français par rapport à
ses voisins européens. D’autres choix de
répartition des investissements pourraient
être retenus, par exemple un étalement sur
un périmètre plus large, mais conduiraient
nécessairement à renoncer à un niveau de
performance nominal sur la partie du
réseau structurant la plus circulée ;
- Cette dégradation de l’infrastructure
conduira à des pertes de trafics ferroviaires
importantes, représentant plus du quart
des trafics globaux actuels à un horizon de
vingt ans, qui ne seront que difficilement
compensées par les nouveaux trafics liés
aux projets capacitaires. Ce scénario ne
correspond pas aux ambitions affichées du
développement du mode ferroviaire et de
report modal, dans un contexte de
décarbonation des mobilités ;
- Le vieillissement de l’infrastructure ne
rendra qu’éphémères les gains de
productivité fixés par le contrat de
performance pour la période 2021-2030, en
conduisant à un rebond des coûts
d’exploitation, notamment des coûts
d’entretien, à partir de 2030 ;
- Sous l’effet combiné de la hausse des
coûts d’exploitation et de la stagnation des
trafics sur les redevances, le taux de marge
opérationnelle se réduira à compter de
2030, limitant d’autant la capacité
d’autofinancement de SNCF Réseau.
À l’inverse, la trajectoire d’investissement
« planification écologique » proposée par le
COI, notamment s’agissant des
investissements de renouvellement et de
modernisation, conduirait à rajeunir et
moderniser l’infrastructure. Cela permettrait
de préserver l’essentiel du réseau actuel,
dans une logique d’aménagement du
territoire et d’enclencher une dynamique
vertueuse alignée avec les objectifs de
transition écologique des transports. La
stabilisation de l’évolution des coûts
d’exploitation permettrait de conserver les
gains de productivité prévus par le contrat de
performance sur la période 2021-2030 et la
croissance significative des trafics
entraînerait une augmentation du produit
des redevances, conduisant à une
amélioration du taux de marge
opérationnelle et, partant, de la capacité
d’autofinancement de SNCF Réseau.
En tout état de cause, eu égard à leur effet
sur les coûts d’exploitation (productivité) et
les trafics, la priorisation des dépenses
d’investissement sur le renouvellement et la
modernisation du réseau apparaît
essentielle.
En deuxième lieu, quel que soit le scénario
envisagé, les dépenses d’investissement du
gestionnaire d’infrastructure seront
significatives dans les prochaines années et
d’importants concours publics devront être
mobilisés en faveur du réseau ferroviaire :
quel que soit le scénario envisagé, les
redevances d’infrastructure ne pourront
couvrir qu’une partie des dépenses
d’investissement et d’exploitation (de l’ordre
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64
de 50 à 60 % selon les scénarios considérés
et les hypothèses d’inflation).
Dès lors, il apparaît indispensable de
renforcer le dispositif de pilotage des
investissements du gestionnaire
d’infrastructure, sous deux volets :
- d’une part, des mécanismes incitatifs
robustes devraient être mis en place pour
veiller à la performance du gestionnaire
d’infrastructure, s’agissant de la maîtrise
de ses coûts tant d’exploitation que
d’investissement ;
- d’autre part, les investissements dans le
réseau devraient faire l’objet d’une
planification détaillée à un horizon de
temps adapté, régulièrement actualisée,
pouvant être annexée au contrat de
performance entre l’État et SNCF Réseau et
dont un suivi devrait être assuré de manière
transparente. Cette planification, qui
devrait notamment tenir compte des
besoins d’investissement pour l’adaptation
de l’infrastructure au changement
climatique, pourrait être associée à un
exercice prospectif analogue aux présents
travaux.
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65
ANNEXE 1 – HYPOTHÈSES DE MODÉLISATION - CAPEX ET OPEX
1. Hypothèses sur les coûts d’investissements (CAPEX)
L’exercice de modélisation mené par l’Autorité repose sur des scénarios d’investissements
différenciés dans l’infrastructure. Les investissements concernés regroupent les investissements
de renouvellement des différents actifs constituant l’infrastructure, les investissements de
modernisation (notamment la CCR et l’ERTMS), les investissements de développement du réseau
et les autres investissements.
a) Régénération et modernisation
i. Scénario tendanciel
S’agissant de la régénération de l’infrastructure, la trajectoire du scénario tendanciel correspond
à la trajectoire du contrat de performance jusqu’en 2030 puis à la trajectoire du scénario « fil de
l’eau » des travaux d’Ulysse 2040 pour la période 2031-2042 (exprimée en euros courants), à
l’exception de l’enveloppe supplémentaire de 5 Md€ destinée au déploiement de l’ERTMS97 sur la
période 2026-2040 qui n’est pas prévue dans le contrat de performance et n’est donc pas retenue
ici. Les montants sont désindexés (pour être exprimés en €2021) selon la trajectoire suivante :
Taux annuel 2022 Taux annuel 2023 Taux annuel 2024-
2030 2031-2042
Taux
d’indexation 1,78 % 2,62 % 2,64 % / an 2 % / an
Source
ACE98 CAPEX
(hypothèses contrat de
performance, 0,2*IPC +
0,8*TP01)
ACE CAPEX
(hypothèses contrat de
performance, 0,2*IPC +
0,8*TP01)
ACE CAPEX
(hypothèses contrat de
performance, 0,2*IPC +
0,8*TP01)
Hypothèse Ulysse
2040
Tableau 1 Hypothèses de désindexation du contrat de performance et de la trajectoire « fil de l’eau » d’Ulysse
2040
Les montants consacrés au renouvellement et à la modernisation pour les différents actifs99
exprimés en euros constants (€2021) sont résumés dans le tableau et le graphique ci-dessous :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
2031-
2042
100
TOTAL
Voies 1 411 1 395 1 352 1 294 1 204 1 223 1 165 1 123 1 006 1 133 24 767
CCR 382 414 443 430 429 414 413 383 382 359 7 998
OAOT 222 206 201 195 190 185 181 176 172 172 3 786
Suppression
AdV 49 57 65 59 58 56 55 57 56 56 1 183
97 Nous comprenons que le contrat de performance 2021-2030 entre l’État et SNCF Réseau inclut le déploiement de l’ERTMS
sur la LGV Paris-Lyon ainsi que les lignes classiques Longuyon-Bâle et Marseille-Vintimille. En revanche, l’équipement des LGV
Nord et Atlantique n’y figure pas.
98 Achats et charges externes.
99 Signification des acronymes figurant dans le tableau : CCR - commande centralisée du réseau ; OAOT - ouvrages d’art et
ouvrages en terre ; AdV - appareils de voie ; IFTE - installations fixes de traction électrique.
100 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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66
IFTE 288 249 243 245 239 233 227 221 215 215 4 745
Télécom 128 124 126 99 97 99 109 131 128 160 2 956
Signalisation
hors CCR 98 171 155 154 143 140 141 140 136 120 2 714
Autre
régénération 223 136 121 119 119 108 105 102 100 100 2 330
ERTMS 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
TOTAL 2 801 2 753 2 705 2 596 2 478 2 459 2 395 2 334 2 194 2 314 50 477
Tableau 2 Investissements de régénération dans le scénario tendanciel (en €2021)
ii. Scénario transition écologique
La trajectoire du scénario transition écologique correspond à la trajectoire du scénario
« Planification écologique » proposé par le COI dans son rapport de décembre 2022 pour la
période 2023-2042.
Pour le renouvellement et la modernisation du réseau structurant, il s’agit de la trajectoire du
scénario tendanciel majorée d’un effort supplémentaire de l’ordre de 2,3 Md€2021 par an à compter
de 2030, avec une montée en puissance progressive d’ici-là (effort supplémentaires de
1,5 Md€2021 en 2027) « pour espérer atteindre en vingt ans, donc vers 2040, l’objectif d’un réseau
central en conformité avec les objectifs européens fixés pour 2030 en ayant réalisé conjointement
les CCR et les rénovations ». Cet effort supplémentaire est réparti en moyenne annuelle de la
manière suivante101 :
• Une enveloppe annuelle comprise entre 300 M€2021 et 500 M€2021 pour l’ERTMS à compter
de 2025, qui permet de tendre vers l’équipement du réseau central du RTE-T, soit 9 000 km
de lignes au total ;
• Une enveloppe annuelle pour la CCR qui monte en puissance durant les années 2020, en
commençant à environ 600 M€2021 avant de se stabiliser à un montant annuel d’environ
1 Md€2021 à partir de 2030, permettant d’atteindre un déploiement de la CCR sur environ
90 % du réseau d’ici le début des années 2040 (contre 14 % actuellement) ;
101 Pour ce scénario, le COI précise que l’effort supplémentaire « consenti à partir de 2026 serait intégralement porté sur la
modernisation, et à partir de 2037, l’effort de régénération pourrait refluer après résorption du retard pour être reporté
principalement sur l’ERTMS (dont le déploiement aura à se poursuivre au-delà du réseau central RTE-T). »
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67
• Environ 1 Md€2021 réparti sur tous les autres actifs selon la répartition du contrat de
performance.
Les montants consacrés au renouvellement et à la modernisation pour les différents actifs
exprimés en euros constants (€2021) sont résumés dans le tableau et le graphique ci-dessous :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031-
2042102 TOTAL
Voies 1 436 1 483 1 617 1 628 1 927 1 932 1 997 2 020 1 878 2 111 41 251
CCR 389 632 775 773 784 880 891 868 1 079 1 050 19 671
OAOT 226 219 240 246 305 293 310 317 320 320 6 311
Suppression
AdV
50 61 78 74 92 89 94 103 104 104 1 994
IFTE 293 265 290 309 383 368 389 398 402 401 7 913
Télécom 130 132 151 125 154 157 187 236 238 297 5 078
Signalisation
hors CCR
100 182 185 193 230 221 242 252 253 223 4 534
Autre
régénération
227 145 145 150 190 170 180 184 186 186 3 807
ERTMS - - - 395 392 408 438 457 486 399 7 359
TOTAL 2 851 3 118 3 482 3 893 4 456 4 516 4 728 4 835 4 947 5 091 97 918
Tableau 3 Investissements de régénération dans le scénario transition écologique (en €2021)
102 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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68
b) Développement et autres investissements
Les investissements de développement de l’infrastructure et les autres investissements
regroupent :
• les projets de développement103 qui incluent les « grands projets nationaux » (lignes
nouvelles et projets fret) et les « projets régionaux de développement » (RER
métropolitains et projets franciliens). Les dates prévisionnelles de mise en service pour
chacun des projets sont récapitulées dans l’annexe 3 ;
• les investissements de régénération dans les lignes de desserte fine du territoire ;
• les investissements « loi Didier104 », mise en conformité du réseau et autres (dont fonciers
et industriels) pour lesquels les montants retenus proviennent du contrat de performance
et sont identiques dans les deux scénarios.
i. Scénario tendanciel
S’agissant des investissements de développement de l’infrastructure et des autres
investissements, la trajectoire du scénario tendanciel est établie sur la base du programme des
investissements du scénario « Cadrage budgétaire » proposé par le COI dans son rapport de
décembre 2022 pour la période 2022-2042.
Les montants annuels sont récapitulés dans le tableau et le graphique ci-dessous :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
2031-
2042
105
TOTAL
Grands projets
nationaux 564 691 691 779 779 957 1 279 1 279 2 833 3 164 47 824
Lignes de
desserte fine du
territoire
106 161 180 180 180 180 180 165 168 166 3 489
Projets
régionaux de
développement
476 545 545 649 649 649 870 870 1 198 1 242 21 360
Mise en
conformité du
réseau
210 202 194 192 146 143 140 138 135 140 3 185
Autres (dont
fonciers et
industriels)
442 433 418 411 403 399 396 392 389 396 8 432
Loi Didier - - - 22 29 52 60 99 116 71 1 233
TOTAL 1 797 2 033 2 029 2 231 2 186 2 380 2 925 2 943 4 838 5 180 85 522
Tableau 4 Investissements de développement et autres investissements dans le scénario tendanciel (en €2021)
103 Les montants des projets de développement sont répartis de façon homogène sur toute la durée du chantier.
104 La loi n° 2014-774 du 7 juillet 2014, dite « Loi Didier », prévoit le transfert des investissements de maintenance des ouvrages
de rétablissement des voies routières appartenant aux collectivités territoriales de ces dernières au gestionnaire
d’infrastructure. Les ouvrages d'art de rétablissement des voies sont les ponts construits pour rétablir une voie de
communication appartenant à une collectivité territoriale (route départementale, communale, …) interrompue par le réseau
ferroviaire.
105 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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69
ii. Scénario transition écologique
S’agissant des investissements de développement de l’infrastructure et des autres
investissements, la trajectoire du scénario transition écologique est établie sur la base du
programme des investissements du scénario « Planification écologique » proposé par le COI dans
son rapport de décembre 2022 pour la période 2022-2042.
Les montants annuels sont récapitulés dans le tableau et le graphique ci-dessous :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
2031-
2042
106
TOTAL
Grands projets
nationaux 564 1 261 1 261 1 378 2 202 2 488 2 868 3 458 4 093 3 646 63 325
Lignes de
desserte fine du
territoire
229 350 390 390 390 390 390 357 363 359 7 559
Projets
régionaux de
développement
476 822 822 944 962 947 1 616 1 722 2 067 984 22 190
Mise en
conformité du
réseau
210 202 194 192 146 143 140 138 135 140 3 185
Autres (dont
fonciers et
industriels)
442 433 418 411 403 399 396 392 389 396 8 432
Loi Didier - - - 22 29 52 60 99 116 71 1 233
TOTAL 1 920 3 068 3 086 3 335 4 133 4 420 5 470 6 166 7 163 5 597 105 923
Tableau 5 Investissements de développement et autres investissements dans le scénario transition écologique
(en €2021)
106 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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70
2. Hypothèses sur les coûts d’exploitation (OPEX)
a) Extrapolation de la trajectoire du contrat de performance
Les travaux de l’Autorité incluent les coûts d’exploitation (opex) du réseau, en distinguant :
• les coûts de maintenance, qui regroupent les charges de surveillance et d’entretien
courant de l’infrastructure ;
• les coûts de gestion des circulations ;
• les coûts de gestion et autres.
Jusqu’en 2030, les trajectoires des coûts d’exploitation sont construites à partir des coûts
d’exploitation du contrat de performance 2021-2030 exprimés en euros courants et constitués
(i) des charges de personnel nettes, (ii) des achats et charges externes (ACE) nets et (iii) des
impôts et taxes. Les montants sont désindexés (pour être exprimés en €2021) comme suit :
Catégories de
charges Indexation Taux annuel
2022
Taux annuel
2023
Taux annuel
2024-2030 Source
Charges de
personnel nettes
Coût moyen
agent
(CMA)
1,5 % 1,5 % 1,5 % Évolution CMA contrat de
performance
ACE nets ACE CAPEX 1,78 % 2,62 % 2,64 % / an
ACE CAPEX (hypothèses
contrat de performance,
0,2*IPC + 0,8*TP01)
Impôts et taxes IPC 0,9 % 1,1 % 1,2 % Contrat de performance
Tableau 6 Hypothèses de désindexation des charges d’exploitation du contrat de performance 2021-2030
Au-delà de 2030, l’approche retenue consiste à retenir des hypothèses de productivité suivantes :
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71
Taux d’évolution
annuel
Entretien 0 %
Gestion des
circulations -0,2 %
Gestion et autres -0,5 %
Le graphique ci-dessous récapitule la trajectoire des coûts d’exploitation du réseau (en €2021)
dans le contrat de performance, extrapolée au-delà de 2030 :
Les coûts de gestion et autres sont identiques à ceux de la trajectoire du contrat de performance
extrapolée dans les différents scénarios modélisés par l’Autorité. En revanche, pour obtenir les
trajectoires d’opex de gestion des circulations et d’entretien dans les différents scénarios
modélisés, il est nécessaire de corriger la trajectoire issue du contrat de performance en fonction
des investissements réalisés. Le schéma ci-dessous récapitule les effets des investissements
sur les coûts d’exploitation.
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72
Figure 37 Impacts des différents investissements sur les coûts d’exploitation
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73
b) Corrections liées aux investissements de développement
Les gains de trafics au-dessus du niveau de 2022 (475 M de trains.km), générés par les lignes
nouvelles, les RER métropolitains, le développement du fret et les projets franciliens, induisent
des augmentations des opex d’exploitation. Dans le cadre de sa modélisation, l’Autorité retient
un coût de 2 €2021 par train.km supplémentaire.
Concernant l’augmentation des dépenses d’entretien liée au développement du réseau par la mise
en service de nouvelles lignes, le modèle repose sur les hypothèses suivantes construites à partir
des données issues du Bilan ferroviaire 2019 :
Type de ligne Coût d’entretien annuel
Lignes nouvelles
LGV 140 k€ / km
Classiques 155 k€ / km
Île-de-France
Mass transit 155 k€ / km
Tram-train 100 k€ / km
Fret 100 k€ / km
Tableau 7 Hypothèse de coûts d’entretien par kilomètre de lignes nouvelles (en €2021)
c) Corrections liées aux investissements de régénération et de modernisation
Les investissements de régénération et de modernisation ont des impacts sur les opex d’entretien
du réseau et de gestion des circulations :
• Un effort soutenu de régénération des actifs conduit à une diminution des opex
d’entretien. Pour modéliser ce mécanisme, l’Autorité s’est appuyée sur les travaux
d’Ulysse 2040 dans lesquels SNCF Réseau indique que les opex d’entretien de la voie
sur ligne classique, soit 410 M€2021 en 2022, augmentent de 19 % entre 2022 et 2040
dans le scénario fil de l’eau et diminuent de 6 % dans le scénario Green Deal (en euros
constants). Dans sa modélisation, l’Autorité retient une hypothèse ambitieuse en
généralisant ces évolutions à l’entretien de l’ensemble des actifs de l’infrastructure, soit
2,6 Md€2021 en 2022.
• Le déploiement de la CCR permet de diminuer le nombre d’aiguilleurs nécessaires pour
exploiter le réseau. Les travaux d’Ulysse 2040 prévoient une réduction d’effectifs
d’environ 2 700 ETP au terme du déploiement de la CCR. Dans sa modélisation l’Autorité
a retenu une hypothèse de coût annuel par ETP de 60 k€2021. Les gains d’opex
d’exploitation sont répartis au prorata des investissements réalisés.
• Les suppressions d’appareils de voie et la régénération des OAOT permettent de générer
des économies de coûts d’entretien. L’Autorité a retenu les hypothèses suivantes pour
modéliser ces gains d’opex d’entretien au prorata des investissements :
Montants en €2021
Nombre d’appareils de voie (AdV)
supprimés par an
3 480 AdV supprimés d’ici 2040
dans le scénario fil de l’eau
d’Ulysse 2040
6 600 AdV supprimés d’ici 2040
dans le scénario green deal
d’Ulysse 2040
Économie annuelle de coûts d’entretien
par appareil de voie 15 k€
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74
Économie cumulée de coûts d’entretien
des ponts-rails sensibles
143 M€ dans le scénario fil de l’eau
d’Ulysse 2040
251 M€ dans le scénario green
deal d’Ulysse 2040
Tableau 8 Hypothèse d’économies de coûts d’entretien des appareils de voies et des ponts-rails
• Les évolutions de trafics générées par des efforts de régénération insuffisants (pertes de
trafics) ou par les efforts de modernisation (gains de trafics) induisent des variations des
opex d’exploitation. Comme pour les projets de développement, l’Autorité retient un coût
de 2 €2021 par train.km. L’annexe 3 fournit plus de détails sur ces évolutions de trafics.
Les trajectoires résultant des différents scénarios d’investissements sont récapitulées dans les
paragraphes suivants.
i. Scénario tendanciel
Dans le scénario tendanciel, les efforts limités de régénération conduisent à une augmentation
importante des coûts d’entretien au-delà de 2030, qui dépassent largement en 2042 leur niveau
initial en atteignant 2,9 Md€2021, remettant en cause les gains de productivité du contrat de
performance. Le déploiement lent de la CCR et surtout la baisse importante des trafics (par
rapport à la trajectoire prévue dans le contrat de performance) conduisent à une diminution des
coûts de gestion des circulations, qui passent de 985 M€2021 en 2022 à 676 M€2021 en 2042. La
figure ci-dessous récapitule la trajectoire des coûts d’exploitation dans le scénario tendanciel :
Le tableau ci-dessous récapitule les montants annuels (en euros constants) :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
2031-
2042
107
TOTAL
2022-
2042
2042
Entretien 2 634 2 630 2 587 2 507 2 443 2 414 2 387 2 374 2 387 2 645 54 102 2 891
Gestion des
circulations 985 941 878 786 740 701 668 640 626 656 14 843 676
Gestion et
autres 1 520 1 504 1 466 1 384 1 335 1 301 1 266 1 239 1 228 1 188 26 504 1156
TOTAL 5 138 5 076 4 932 4 677 4 517 4 416 4 321 4 254 4 240 4 490 95 449 4 723
Tableau 9 Coûts d’exploitation dans le scénario tendanciel (en €2021)
107 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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75
ii. Scénario transition écologique
Dans le scénario transition écologique, l’effort supplémentaire de régénération permet de
maîtriser la hausse des coûts d’entretien au-delà de 2030 et de conserver les gains de
productivité prévus par le contrat de performance, soit près d’un milliard d’euros (€2021). Dans ce
scénario, les coûts de gestion des circulations diminuent jusqu’à 2030, puis croissent en raison
notamment des gains de trafics permis par les mises en service de projets de développement et
la modernisation du réseau. Ainsi, les coûts de gestion des circulations retrouvent quasiment en
2042 leur niveau de 2022 (963 M€2021) tandis que les trafics augmentent de près de 36 % sur la
même période. La figure ci-dessous récapitule la trajectoire des coûts d’exploitation dans le
scénario transition écologique :
Le tableau ci-dessous récapitule les montants annuels (en euros constants) :
Montants
en M€2021
2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
2031-
2042
108
TOTAL 2042
Entretien 2 634 2 630 2 586 2 417 2 326 2 270 2 209 2 161 2 148 2 172 47 449 2 192
Gestion
des
circulatio
ns
985 947 888 802 770 751 744 743 738 876 17 882 963
Gestion et
autres 1 520 1 504 1 466 1 384 1 335 1 301 1 266 1 239 1 228 1 188 26 504 1 156
TOTAL 5 138 5 082 4 941 4 603 4 430 4 321 4 219 4 143 4 113 4 237 91 836 4 311
Tableau 10 Coûts d’exploitation dans le scénario transition écologique (en €2021)
108 Moyennes annuelles pour la période 2031-2042.
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76
ANNEXE 2 – CALENDRIER DES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT DANS LES DEUX SCÉNARIOS
Carte 6 Principaux projets de développement pris en compte dans les deux scénarios
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77
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78
Projets de développement Montant
(M€ 2021)
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
2030
2031
2032
2033
2034
2035
2036
2037
2038
2039
2040
2041
2042
2043
2044
2045
2046
2047
2048
2049
2050
2051
2052
2053
2054
2055
2056
Lignes nouvelles
3 818
7 354
4 154
376
2 089
5 109
6 128
7 822
4 688
390
355
1 561
6 742
2 565
4 778
233
118 Scénario transition écologique
Scénario tendanciel
GPSO - Phase 1 - Bordeaux-Toulouse (Phase 1 Etape 1)
GPSO - Phase 1 -Sud Gironde-Dax (Phase 1 Etape 2)
GPSO - Phase 2 (Dax-Espagne)
Modernisation POLT
Modernisation Paris-Clermont (TET)
Légende
Accès Alpins
LNOBPL
Roissy-Picardie
Massy-Valenton & Gare TGV Pont de Rungis
GPSO - Phase 1 - AFSB et AFNT
LNMP - Phase 2
LNPN - Paris-Normandie
LNPCA - Phases 1 & 2
LNPCA - Le Muy-Cannes et Aubagne-Toulon
LNPCA - Ligne Nouvelle Cannes-Nice
LNPCA - 4e voie Vallée de l'Huveaune
LNMP - Phase 1
Non programmé pour le scénario Tendanciel
2042 : horizon considéré
dans l'étude
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79
Projets de développement Montant
(M€ 2021)
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
2030
2031
2032
2033
2034
2035
2036
2037
2038
2039
2040
2041
2042
Ile-de-France
220
220
660
440
1 650 Scénario transition écologique
Scénario tendanciel
132
1 980
550
-
440
330
275
165
330
110
T13 Phase 2
Saut de mouton St Lazare
Nouveaux MR C, U, P
Désaturation Gares de Lyon et de Bercy
Interconnexions Grands Paris Express
RER E Est+
Adaptation Vernon
Paris gare de Lyon : alllongement V7-9 + création V25-27 + Estacade
Mise en cohérence du site de Trappes
T11 et T12 Phases 2
Désaturation Ligne C Sud
Désaturation Gare Montparnasse
Refonte du nœud ferroviaire de Brétigny
Arrêt ligne H à Pleyel
Légende
Electrification Trilport - La Ferté Milon
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80
Projets de développement Montant
(M€ 2021)
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
2030
2031
2032
2033
2034
2035
2036
2037
2038
2039
2040
2041
2042
RER Métropolitains
5 961
569
309
122
1 041
240
1 442
- (dans nouvelles lignes)
636
408
357
55
234
596
Scénario transition écologique
Scénario tendanciel
RER M Sillon Lorrain
RER M Grenoble Etape 3 (Horizon 2035)
RER M Lille
RER M Nantes
RER M Bordeaux - 1/2h
RER M Bordeaux - 1/4h
RER M Toulouse
RER M Lyon - Premiers aménagements de capacité
RER M Lyon - 4 voies St Fons-Grenay et aménagts liés au phasage des gds projets
LNPCA (Phases 1 & 2) - RER M Aix-Marseille, Toulon, Nice Non programmé pour le scénario Tendanciel
RER M Strasbourg
RER M Rennes
RER M Grenoble Etape 1 (Horizon 2025)
RER M Grenoble Etape 2 (Horizon 2030)
Non programmé pour les deux scénarios
RER M Montpellier Non programmé pour les deux scénarios
RER M Saint-Etienne Non programmé pour les deux scénarios
RER M Rouen
Légende
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81
Projets de développement Montant
(M€ 2021)
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
2030
2031
2032
2033
2034
2035
2036
2037
2038
2039
2040
2041
2042
Fret (même calendrier pour les deux scénarios sauf pour les 4 derniers projets)
598
598
Scénario transition écologique
598
Scénario tendanciel
797
299
1 520
996
996
598
- (dans nouvelles lignes)
- (dans nouvelles lignes)
1 127
539
Amélioration des accès au réseau fret
Régénération des capillaires, tirages et voies de service
Réduction du bruit
Légende
Elargissement du gabarit sur axes majeurs
Franchissement du Rhône (nœud Chasse/Rhône Givors)
Non programmé pour le scénario tendanciel
Accès Alpins
Non programmé pour le scénario tendanciel
Construction d'une partie de la section Nord du contournement lyonnais
Non programmé pour le scénario tendanciel
Accès et contournement IdF
Augmentation capacité Sillon Lorrain et Plaine d'Alsace
Augmentation capacité Hauts de France
Amélioration de la performance capacitaire des axes
LNMP Non programmé pour le scénario tendanciel
Finalisation du réseau trains longs et trains lourds
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82
ANNEXE 3 – HYPOTHÈSES DE MODÉLISATION - TRAFICS
Dans le cadre de ses travaux, l’Autorité retient une modélisation des trafics à la maille des grands
types de services qui utilisent le réseau : trains express régionaux (TER), trains d’équilibre du
territoire (TET), transiliens, services librement organisés (SLO) et fret. L’approche retenue n’opère
pas de distinction entre l’opérateur historique et les autres entreprises ferroviaires.
L’Autorité a tenu compte des différents investissements dans l’infrastructure et a modélisé leurs
impacts sur les trafics :
• Premièrement, les investissements de modernisation permettent d’accueillir de nouveaux
trafics et, en fonction de leur niveau, de servir les tendances de mobilité de long terme ;
• Les investissements de régénération permettent de préserver l’infrastructure et donc les
trafics existants ;
• Les investissements de développement permettent de générer de nouveaux trafics.
La figure ci-dessous résume la méthodologie retenue par l’Autorité pour construire la trajectoire
des trafics dans les différents scénarios :
Figure 38 Méthodologie d’élaboration de la trajectoire des trafics
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83
1. Les hypothèses du contrat de performance complétées de projections de long
terme corrigées par les efforts de modernisation du réseau permettent
d’obtenir des projections des trafics « à maillage constant »
L’exercice de modélisation des trafics repose sur des tendances de long terme issues du contrat
de performance ainsi que sur les Projections de la demande de transport sur le long terme du
Commissariat général au développement durable (CGDD) publiées en juillet 2016 et sur les
Projections de la demande de transport sur le long terme pour la SNBC2 publiées par le Ministère
de la Transition écologique (MTE) en octobre 2021. Ces tendances permettent de construire une
trajectoire des trafics « à maillage constant »109, dans le cadre de la modernisation de
l’infrastructure110 prévue par le scénario « planification écologique » du COI repris dans le
scénario transition écologique.
Jusqu’en 2030, la trajectoire « à maillage constant » (dans un scénario de modernisation forte)
correspond aux projections de trafics du contrat de performance111. Au-delà, l’Autorité s’est
basée sur les projections élaborées par le MTE en octobre 2021 et, en l’absence de données
adaptées dans ce dernier exercice de projections, sur les travaux du CGDD de juillet 2016.
• S’agissant des SLO et des TET, l’Autorité retient un taux de croissance annuel moyen de
1,4 % du trafic en train.km. Elle se fonde sur l’hypothèse du MTE d’un taux de croissance
annuel des déplacements longue distance ferroviaire de 1,7 %112 par an (en passagers.km)
et de trains longue distance plus capacitaires et plus remplis113.
• S’agissant des services transiliens, l’Autorité retient un taux de croissance annuel moyen
du trafic de 0,3 %. Elle se fonde sur l’hypothèse du CGDD d’un taux de croissance annuel
des déplacements courte distance en transports en commun en Île-de-France de 0,5 %114
par an (en passagers.km), en considérant que 40 % de la hausse des passagers.km est
absorbée par le déploiement de matériels roulants plus capacitaires et, surtout, une
amélioration des taux de remplissage115.
• S’agissant des TER, l’Autorité retient un taux de croissance annuel moyen du trafic de
0,5 %. Elle se fonde sur l’hypothèse du MTE d’un taux de croissance annuel des
déplacements courte distance en transports en commun de 0,9 %116 par an en considérant
que 45 % de la hausse des passagers.km est absorbée par le déploiement de matériels
roulants plus capacitaires et une amélioration des taux de remplissage117.
• S’agissant des services de transport de marchandises, l’Autorité retient un taux de
croissance annuel moyen du trafic de 1,1 %. Elle se fonde sur une hypothèse de taux de
109 La trajectoire dite à « maillage constant » est la trajectoire sans les pertes de trafics liées à l’insuffisance de l’effort de
régénération et sans les gains de trafics liés aux projets de développement du réseau.
110 Les investissements de modernisation concernent l’ERTMS et la CCR ainsi que les investissements destinés aux circulations
fret.
111 Dans le cadre de son avis n° 2022-009 sur le projet de contrat de performance entre l’État et SNCF Réseau pour la période
2021-2030, l’Autorité avait souligné le caractère volontariste des trajectoires de trafics retenues qui consistent en « une hausse
[…] de près de 30 % entre 2021 et 2030, qui constitue une rupture par rapport à la période 2010-2017, durant laquelle le trafic a
eu tendance à légèrement régresser, en moyenne de -0,7 % par an ».
112 L’Autorité retient le scénario « avec mesures existantes » qui prévoit une croissance des trafics plus modérée que le scénario
« avec mesures supplémentaires » (voir page 4 de la publication du MTE).
113 Le taux de remplissage moyen des trains à grande vitesse entre 2017 et 2019 était de l’ordre de 70 % (source : Bilans
ferroviaires ART).
114 L’Autorité retient le scénario du CGDD dit « cadrage SNBC » qui prévoit une croissance inférieure de la mobilité par rapport
au scénario dit « tendanciel ».
115 Le taux de remplissage moyen entre 2017 et 2019 des transiliens est de 33 % (source : Bilans ferroviaires de l’ART).
116 L’Autorité retient le scénario « avec mesures existantes ».
117 Le taux de remplissage moyen entre 2017 et 2019 des TER est de 26 % (source : Bilans ferroviaires de l’ART).
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84
croissance annuel des tonnes.km de 1,3 %118 par an en considérant que 15 % de la hausse
des tonnes.km est absorbée par le déploiement de matériels roulants plus capacitaires et
de trains plus longs.
Le tableau ci-dessous récapitule les hypothèses retenues par l’Autorité pour l’évolution des
trafics au-delà de 2030.
Service
Taux de croissance annuel
moyen 2030-2042
(passagers et tonnes.km)
Taux de croissance annuel
moyen 2030-2042
(trains.km)
SLO et TET 1,7 % 1,4 %
Transilien 0,5 % 0,3 %
TER 0,9 % 0,5 %
Fret 1,3 % 1,1 %
Tableau 10 Hypothèses d’évolution de trafic post-2030
La figure ci-dessous récapitule la trajectoire des trafics « à maillage constant », dans un scénario
de modernisation forte (c’est-à-dire le scénario transition écologique) :
Dans le scénario tendanciel, moins ambitieux en termes de modernisation de l’infrastructure, la
tendance de croissance des trafics est corrigée en fonction de l’effort de modernisation, c’est-à-
dire les investissements dans la commande centralisée du réseau et l’ERTMS ainsi que les projets
de développement pour le fret. La courbe en pointillés dans le graphique ci-dessous illustre la
correction de tendance liées à l’investissement de modernisation, inférieur dans le scénario
tendanciel au scénario transition écologique119.
118 Les projections du MTE sont très différenciées entre un scénario « avec mesures existantes » qui prévoit une croissance de
1,8 % par an du fret ferroviaire (en tonnes.km) et un scénario « avec mesures supplémentaires » avec maîtrise de la demande
(développement de l’économie circulaire, nouvelle concentration spatiale des chaînes de production, etc.) qui prévoit une
croissance de 0,7 % beaucoup plus faible. L’Autorité retient donc une croissance de la demande égale à la moyenne de ces deux
scénarios.
119 Entre 2022 et 2042, les investissements de modernisation (ERTMS et CCR) s’élèvent à 7 998 M€2021 dans le scénario
tendanciel contre 27 030 M€2021 dans le scénario transition écologique. De même, les investissements pour le fret s’élèvent à
6 474 M€2021 dans le scénario tendanciel contre 8 322 M€2021 dans le scénario transition écologique.
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85
2. Un exercice de modélisation permet d’évaluer les pertes de trafics liées à
l’insuffisance de la régénération, le cas échéant
La trajectoire des trafics élaborée ci-dessus correspond à une évolution « à réseau constant »,
c’est-à-dire dans une hypothèse où les montants consacrés à la régénération sont suffisants
pour couvrir l’ensemble des besoins.
L’Autorité a donc développé un modèle permettant d’évaluer l’ordre de grandeur de l’impact sur
les trafics d’un effort insuffisant en matière de régénération de l’infrastructure. L’approche
retenue par l’Autorité repose sur trois hypothèses simplificatrices :
• La voie est l’actif principal de l’infrastructure et le seul dont le retard de régénération a
un impact sur les trafics, les effets de la régénération des autres actifs étant considérés
comme négligeables ;
• L’indice de consistance de la voie (ICV) est représentatif de l’état de la voie et son
évolution déclenche le besoin de régénération ;
• Les périodes de réalisation des travaux de régénération ne conduisent pas à des pertes
de trafics.
a) Méthodologie
L’Autorité a utilisé les données dont elle dispose en matière de circulation et d’ICV.
1. Modélisation du vieillissement des lignes
Le modèle de vieillissement du réseau s’appuie sur une base de données décrivant le réseau
ferroviaire au moyen de 46 607 tronçons de ligne notamment caractérisés par l’historique de leur
ICV sur la période 2018 à 2021. Au-delà, l’évolution prévisionnelle de l’ICV de chaque tronçon est
modélisée, année après année, comme suit :
• avant régénération, lorsque l’historique d’ICV est complet et qu’aucune opération de
régénération n’a été réalisée dans cet intervalle pour le tronçon considéré (ICV disponible
pour 2018, 2019, 2020 et 2021 et strictement décroissant), l’évolution de l’ICV fait l’objet
d’une extrapolation linéaire ;
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86
• avant régénération, pour les autres tronçons, puis pour l’ensemble des tronçons à
compter de leur régénération, l’évolution de l’ICV correspond à l’évolution moyenne des
ICV extrapolés pour les tronçons appartenant à la même classe UIC ;
• l’année où est simulée la régénération, l'ICV est relevé à 100.
Cette approche revient à considérer les durées de vie moyennes suivantes pour les différentes
classes d’UIC :
Classe UIC Évolution de l’ICV
par année
Durée de vie
équivalente
LGV -2,28 39
UIC 2 -1,95 46
UIC 3 -2,17 42
UIC 4 -2,02 45
UIC 5 -1,75 51
UIC 6 -1,67 54
UIC 7AV -1,82 50
UIC 7SV -1,09 82
UIC 8AV -1,48 61
UIC 8SV -1,07 84
UIC 9AV -1,41 64
UIC 9SV -0,82 110
Tableau 11 Évolution annuelle de l’ICV en fonction de la catégorie de ligne et durée de vie équivalente
2. Rapprochement des données d’ICV avec les données de circulation
L’Autorité ne disposant pas directement des données relatives aux circulations réalisées sur
chacun des tronçons précédemment décrits, elle a procédé par rapprochement avec une seconde
base de données reposant sur un découpage géographique distinct et comportant 3 547
segments de ligne.
3. Modélisation d’une stratégie de régénération de la voie
Les montants consacrés à la régénération de la voie (pour le réseau structurant120, d’une part et
pour les lignes de desserte fine du territoire, d’autre part) sont affectés, année par année, aux
tronçons dont l’ICV est inférieur à la valeur de déclenchement du renouvellement. Cette valeur,
paramétrable, a été fixée à 20.
Le coût de régénération de chaque tronçon est estimé à partir du coût de régénération de la voie
(qui dépend du type de ligne) issu du contrat de performance121.
120 La modélisation tient compte du reclassement des 14 lignes de desserte fine du territoire dans le réseau structurant.
121 Voir page 67 du contrat de performance. Les valeurs du contrat de performance étant en €2020, une hypothèse d’inflation de
2 % a été retenue pour obtenir les valeurs du GOPEQ en €2021.
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87
Type de lignes GOPEQ122 en €2021
LGV 1 404 k€
UIC 2-6 Ile de France 1 938 k€
UIC 2-6 hors Ile de France 1 734 k€
LDFT 1 404 k€
Tableau 12 Hypothèses du coût de régénération de la voie
Lorsque les montants consacrés123 sont inférieurs aux besoins, un arbitrage est opéré afin de
prioriser les classes UIC les plus faibles (la classe LGV étant servie en premier) puis, au sein d’une
classe donnée, les tronçons les plus circulés. Il en résulte des évolutions de l'ICV dans les
scénarios tendanciel et transition écologique qui aboutissent en 2042 aux résultats détaillés sur
les cartes ci-dessous :
4. Simulation de l’impact d’une absence de régénération de la voie sur les trafics
Lorsque les montants consacrés à la régénération des voies ne suffisent pas, certains tronçons
de lignes voient leurs ICV continuer à diminuer au-delà du seuil de déclenchement du
renouvellement. Les impacts sur les trafics portés par le tronçon, c’est-à-dire les trafics des
segments intersectés, sont évalués à partir des abaques figurant dans la méthodologie du
programme d’obligations vertes de SNCF Réseau124 :
122 Le GOPEQ (grande opération programmée équivalent) est une unité d’œuvre fictive pour les travaux de renouvellement de la
voie qui correspond à la dépense moyenne d’un kilomètre de renouvellement de l’ensemble des composantes de la voie : rails,
traverses et ballast.
123 Les montants consacrés regroupent les montants alloués à la voie dans les enveloppes de régénération du réseau structurant
et des montants égaux à 70 % des enveloppes destinées aux lignes de desserte fine du territoire dans les projets de
développement des différents scénarios.
124 Évaluer l’impact carbone des investissements d’infrastructures ferroviaires. Méthodologie du programme green bonds 2016
de SNCF Réseau, Carbone 4, 2017. Ces abaques traduisent le nombre d’années sans renouvellement en réductions de la vitesse
maximale autorisée puis, grâce à la sensibilité du trafic à la réduction de la vitesse de circulation, en baisse des trafics.
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88
Figure 39 Évolution des trafics en fonction du nombre d’années sans renouvellement
b) Résultats
D’importantes pertes de trafics survenant dès la première année de simulation du fait d’un ICV
initial en deçà du seuil de déclenchement (fixé à 20 dans le présent exercice) pour de très
nombreux tronçons, un lissage est opéré sur cinq ans entre les trafics réels constatés pour 2022
et les résultats issus de la simulation.
Finalement, les pertes de trafics sont plus ou moins importantes en fonction du scénario
d’investissements. Le graphique ci-dessous compare les pertes de trafics entre les deux
scénarios.
3. Les projets de développement conduisent à des gains de trafics
Les différents scénarios modélisés incluent des projets de développement qui génèrent des gains
de trafics. Dans le cadre de la modélisation, l’Autorité retient l’hypothèse que les gains de trafics
se matérialisent dès la mise en service des projets (voir annexe 2 pour plus de détails s’agissant
du calendrier des projets dans les différents scénarios).
Premièrement, les projets de RER métropolitains conduisent à une hausse des circulations TER
autour des grandes métropoles françaises. Les gains de trafics sont issus des travaux
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89
Ulysse 2040, le tableau ci-dessous récapitulant les gains de trafics pour chacun des projets de
RER métropolitains pris en compte dans le cadre des travaux de l’Autorité.
Projets Coûts (M€2021) Trafics annuels en
millions de trains.km
RER M Lille 7 417,6 3,46
RER M Nantes 664,6 4,49
RER M Bordeaux – ½h 350,0 1,42
RER M Bordeaux – ¼h 147,8 1,42
RER M Toulouse 1 304,8 3,83
RER M Lyon – Premiers aménagements
de capacité 296,4
RER M Lyon – 4 voies St Fons-Grenay et
aménagements liés au phasage des
grands projets
1 807,2 6,57
LNPCA (Phases 1 & 2) – RER M Aix-
Marseille, Toulon, Nice - 3,69
RER M Sillon Lorrain 700,0 2,19
RER M Strasbourg 476,1 10,84
RER M Rennes 444,1 1,17
RER M Grenoble Etape 1 (Horizon 2025) 60,0
RER M Grenoble Etape 2 (Horizon 2030) 275,0 0,11
RER M Grenoble Etape 3 (Horizon 2035) 744,2 0,32
Tableau 13 Gains de trafics liés aux projets de RER métropolitains
Deuxièmement, les lignes nouvelles génèrent de nouvelles circulations de services librement
organisés sur les grands axes du réseau français. Les gains de trafics125 ont été évalués par
l’Autorité à partir des travaux Ulysse 2040 dans le cadre desquels SNCF Réseau a évalué le
nombre de voyageurs attendus pour chacun des projets de lignes nouvelles (voir carte ci-
dessous). L’Autorité a ensuite évalué les trafics annuels correspondants à partir des hypothèses
récapitulées dans le tableau 20. Lorsque les gains de trafics sont permis par des projets en
plusieurs phases, chaque phase conduit à des gains proportionnels aux coûts d’investissements
(hypothèse simplificatrice).
125 Les gains de trafics des lignes nouvelles sont considérés comme étant uniquement le fait de services librement organisés.
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Projets de ligne
nouvelle
Coûts
(M€2021)
Nombre de
voyageurs
courte
distance
(en
millions)
Distance
moyenne
parcourue
(en km)
Nombre de
voyageurs
longue
distance
(en
millions)
Distance
moyenne
parcourue
(en km)
Nombre de
passagers
par train
Trafics
annuels en
millions de
trains.km
LNPCA126 - Phases 1
& 2 4 558,6
5,4 200 2,1 700 500 5,1
LNPCA - Ligne
Nouvelle Le Muy-
Cannes
3 654,2
LNPCA - Ligne
Nouvelle Aubagne-
Toulon
5 563,2
LNPCA - Ligne
Nouvelle Cannes-Nice 5 206,7
LNMP - Phase 1 2 575,8
3 900 500 5,4
LNMP - Phase 2 6 403,3
LNPN - Paris-
Normandie 7 667,2 3,8 140 500 1,1
Accès Alpins 9 767,8 1,8 600 500 2,2
LNOBPL 5 875,7 2 500 500 2
Roissy-Picardie 429,0 2,1 100 500 0,4
Massy-Valenton &
Gare TGV Pont de
Rungis
415,1 2,6 800 500 4,2
GPSO - Phase 1 -
AFSB 915,9
GPSO - Phase 1 -
AFNT 919,8
GPSO - Phase 1 -
Bordeaux-Toulouse
(Phase 1 Etape 1)127
8 245,9 3,6 800 500 5,8
GPSO - Phase 1 -Sud
Gironde-Dax (Phase 1
Etape 2)
3 214,8 0,9 800 500 1,4
GPSO - Phase 2 (Dax-
Espagne) 5 989,3 ? ?
Tableau 14 Gains de trafics SLO liés aux projets de lignes nouvelles
Les gains de trafics liés aux projets de développement dans le scénario transition écologique sont
légèrement supérieurs à ceux du scénario tendanciel, notamment durant les années 2030. Cet
écart est lié à la mise en service plus tardive des lignes nouvelles dans le scénario tendanciel que
dans le scénario transition écologique.
126 Les lignes nouvelles du projet LNPCA (Le Muy – Cannes, Aubagne-Toulon et Cannes-Nice) ne sont pas mises en service
avant 2050 dans tous les scénarios considérés.
127 L’hypothèse retenue ici est que la branche Bordeaux-Toulouse de GPSO génère 80 % des gains de trafics induits par GPSO.
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Finalement la combinaison des projections de long terme, des pertes liées à la régénération
insuffisante du réseau existant et des gains permis par les projets de développement permet
d’aboutir à des projections de trafics dans les deux scénarios modélisés :
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ANNEXE 4 – DISTRIBUTION DE L’ÉTAT DE LA VOIE DANS LES DIFFÉRENTS SCÉNARIOS SELON LES CATÉGORIES DE LIGNES
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ANNEXE 5 - HYPOTHÈSES DE MODÉLISATION – INDEXATIONS (COÛTS ET REDEVANCES) –
COMPARAISON DES PRINCIPAUX RÉSULTATS DU MODÈLE
IPCH
L’indice des prix retenu pour mesurer l’inflation
est l’indice des prix à la consommation
harmonisé (IPCH). C’est cet indice qui est utilisé
à la fois dans le cadre de l’élaboration des tarifs
des prestations minimales et du projet Ulysse
2040 de SNCF Réseau.
Trois scénarios ont été élaborés, un scénario
bas, un scénario moyen et un scénario haut.
Pour 2022, l’inflation retenue correspond à
l’évolution de l’IPCH constatée et calculée par
l’INSEE en janvier 2023. À partir de 2023, le
scénario moyen repose sur la moyenne de
l’IPCH de quatre sources distinctes (Banque de
France128, OCDE129, FMI130 et Conseil
d’orientation des retraites131 - COR) et le
scénario bas et haut varient respectivement de
-0,5 point et +0,5 point autour de ce scénario.
TP01
L’indice TP01 est l’indice d’évolution des prix
relatif aux travaux publics. Son évolution future
est calculée au moyen d’un modèle de
régression linéaire de cet indice sur l’IPC et le
prix Brent132. Partant des hypothèses sur l’IPCH,
les chroniques d’évolution de l’indice TP01
retenues sont présentée sur le graphique ci-
contre.
128 Projections macroéconomiques – Mars 2023.
129 Perspectives économiques – Rapport intermédiaire : une reprise fragile, mars 2023
130 World Economic Outlook, octobre 2022.
131 Rapport annuel – Évolution et perspective des retraites en France, septembre 2022.
132 Modèle développé au sein de l’ART.
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94
Coût moyen agent (CMA)
Pour 2022, l’évolution du CMA est égale à celle
communiquée par SNCF Réseau dans le cadre
de l’instruction de son projet de budget pour
2023, soit +4% pour aboutir à la re-prévision
2022.
À partir de 2023 et en l’absence de données
représentatives sur le coût moyen agent de
SNCF Réseau133, son évolution par rapport à
l’évolution de l’IPCH repose sur la méthodologie
du contrat de performance jusqu’en 2030. Pour
chaque année de 2023 à 2030, la différence
entre l’évolution du CMA et l’évolution de l’IPC
du contrat de performance est calculée. Le
résultat obtenu est ensuite utilisé pour majorer
l’IPCH et obtenir l’évolution annuelle du CMA
pour chacun des trois scénarios.
À partir de 2031, l’hypothèse d’évolution se
fonde sur une élasticité unitaire du CMA à l’IPCH
qui traduit l’hypothèse d’évolution de long-
terme des salaires couramment employée dans
les modèles d’analyse macroéconomique.
Formules d’indexation des différents coûts
Les différentes trajectoires de coûts détaillées en annexe 1 sont exprimées en euros constants
(€2021). Afin d’obtenir des euros courants, les différents coûts sont indexés selon les formules
suivantes :
Coûts Indexation
Coûts d’entretien 50 % TP01 + 50 % IPCH
Coûts d’exploitation 80 % CMA + 20 % IPCH
Coûts de gestion et autres
coûts 50 % IPCH + 50 % CMA
Investissement de
régénération 80 % TP01 + 20 % IPCH
Investissements de
développement 80 % TP01 + 20 % IPCH
Autres investissements 80 % TP01 + 20 % IPCH
Tableau 15 Formules d’indexation des différents coûts modélisés
133 Les données concernant le CMA agent de SNCF Réseau sont disponibles dans les rapports financiers à partir de 2015. Les
modifications de périmètre conduisent à ne retenir les données qu’à compter de 2017, de sorte que la série est trop courte pour
être représentative.
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95
Évolution des redevances acquittées par les entreprises ferroviaires
Le mécanisme d’évolution tarifaire des prestations minimales repose sur trois composantes :
i) Une composante inflation prévisionnelle reflétée par l’indice des prix à la consommation
harmonisé (IPCH). Le taux retenu dépend donc du scénario retenu pour cet indice (voir
ci-dessus).
ii) Une surcote, permettant le rattrapage de l’écart d’inflation, à la hausse comme à la baisse, entre
l’inflation prévisionnelle et l’inflation constatée a posteriori. Cette composante de l’indexation
est par construction supposée nulle dans la modélisation.
iii) Un terme fixe visant à accélérer la couverture du coût complet du réseau.
Les hypothèses retenues pour l’évolution des péages sont les suivantes :
- Pour les années 2022 et 2023, les taux d’évolution retenus sont ceux figurant dans les DRR
2022 et 2023 ;
- Pour les années 2024 à 2026, ce sont les taux figurant dans le DRR 2024 pour le cycle tarifaire
2024-2026 qui sont utilisés ;
- Pour les années 2027 à 2030, les évolutions de taux utilisées à titre d’hypothèses sont celles
du contrat de performance ;
- Au-delà, les péages sont supposés évoluer au rythme de l’indice IPCH.
Le tableau ci-dessous synthétise les hypothèses d’évolution des redevances retenues dans la
modélisation :
Montants en €2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027-
2030
2031-
2040
2041-
2050
TER et TET + 2,2% + 2,4% IPCH
+ 5,3%
IPCH
+ 4,3%
IPCH
+ 3,1%
IPCH
+ 2,4%
IPCH
+ 0%
IPCH
+ 0%
Transilien + 2,2% + 2,4% IPCH
+ 5,3%
IPCH
+ 4,3%
IPCH
+ 3,1%
IPCH
+ 2,4%
IPCH
+ 0%
IPCH
+ 0%
Services librement
organisés + 1,2% + 1,2% IPCH
+ 4,9%
IPCH
+ 0,8%
IPCH
+ 0%
IPCH +
0%
IPCH
+ 0%
IPCH
+ 0%
Fret + 1,2% + 1,2% IPCH IPCH IPCH IPCH IPCH IPCH
Tableau 16 – Évolution annuelle des redevances d’infrastructure
Évolution de la redevance d’accès (RA)
En ce qui concerne les montants de la redevance d’accès versée par l’État au titre des activités
de transport régional de voyageurs TER ou par Île-de-France Mobilités au titre des activités
Transilien, les taux d’évolution retenus pour la période 2022-2030 sont ceux figurant dans le
contrat de performance.
Au-delà de 2031, l’indexation de la RA est supposée égale au taux d’inflation.
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2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031-
2042
RA TER et
TET +3,2% +3,4% IPCH
+5,3%
IPCH
+4,3%
IPCH
+3,1%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4% IPCH
RA
Transilien +2,2% +2,4% IPCH
+5,3%
IPCH
+4,3%
IPCH
+3,1%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4%
IPCH
+2,4% IPCH
Tableau 17 – Évolution annuelle de la redevance d’accès
Comparaison des principaux résultats du modèle
Le besoin de financement total est calculé comme la différence entre (i) la somme des coûts
d’investissement et d’exploitation et (ii) la somme des redevances et des autres revenus.
Les tableaux ci-dessous récapitulent les besoins de financement annuels (en euros courants) :
Montants
en M€ courants 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031-
2042 TOTAL
Investissements 4 917 5 500 5 633 5 908 5 861 6 239 7 047 7 179 9 891 12 568 208 994
Dont
renouvellement et
modernisation
2 996 3 163 3 219 3 177 3 114 3 170 3 173 3 175 3 086 3 892 74 972
Dont
développement 1 225 1 607 1 686 1 967 2 020 2 302 3 085 3 148 5 905 7 655 114 804
Dont autres
investissements 697 730 729 764 727 766 789 856 900 1 022 19 217
Exploitation 5 445 5 704 5 703 5 533 5 456 5 444 5 443 5 475 5 589 6 815 131 574
Coûts totaux 10 362 11 203 11 336 11 441 11 317 11 683 12 490 12 654 15 480 19 383 340 568
Recettes 7 108 7 266 7 836 7 953 8 152 8 409 8 615 8 834 9 132 10 325 197 201
Besoin de
financement 3 254 3 937 3 501 3 488 3 166 3 274 3 875 3 820 6 347 9 059 143 367
Marge
opérationnelle
(Recettes -
Exploitation)
1 663 1 563 2 132 2 420 2 696 2 965 3 172 3 359 3 543 3 510 65 626
Tableau 18 Tableau récapitulatif dans le scénario tendanciel (en € courants)
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Montants
en M€ courants 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031-
2042 TOTAL
Investissements 5 103 7 110 7 815 8 847 10 793 11 522 13 508 14 968 17 032 17 843 310 810
Dont
renouvellement et
modernisation
3 049 3 584 4 143 4 765 5 599 5 823 6 263 6 578 6 958 8 563 149 522
Dont
développement 1 357 2 796 2 943 3 318 4 467 4 933 6 456 7 534 9 174 8 258 142 071
Dont autres
investissements 697 730 729 764 727 766 789 856 900 1 022 19 217
Exploitation 5 445 5 710 5 714 5 442 5 348 5 323 5 307 5 322 5 407 6 368 125 435
Coûts totaux 10 547 12 820 13 529 14 290 16 141 16 845 18 815 20 290 22 439 24 211 436 244
Recettes 7 108 7 301 7 949 8 116 8 412 8 781 9 079 9 398 9 749 11 862 218 234
Besoin de
financement 3 439 5 519 5 579 6 173 7 729 8 064 9 736 10 893 12 690 12 349 218 011
Marge
opérationnelle
(Recettes -
Exploitation)
1 663 1 590 2 235 2 674 3 064 3 458 3 772 4 076 4 341 5 494 92 799
Tableau 19 Tableau récapitulatif dans le scénario transition écologique (en € courants)
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Directeur de la publication : Philippe Richert
Pilotage et coordination : Jordan Cartier
Auteurs et contributeurs : Cyprien d’Harcourt, Adrien Dubié, Olivier Chalmeau, Yann Cherrière, Arnaud Cuisson,
François Fourmeaux, Sandy Fréret, Victoire Guiraud, Olivier Salesse, Yassin Zarrouk
Impression : Imprimerie de la Direction de l’information légale et administrative en 200 exemplaires
Dépôt légal : juillet 2023 - ISSN : en cours
L’étude « Scénarios de long terme pour le réseau ferroviaire français (2022-2042) »
est consultable en ligne sur le site internet : https://www.autorite-transports.fr
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