Résultats de la Grande Consultation du Sport - The Shift Project

The Shift Project Publications
5 juin 2026, 06:08

Texte de la source originale

Préparer le sport amateur à l’épreuve des chocs du XXIème siècle GRANDE CONSULTATION DU SPORT LE THINK TANK DE LA TRANSITION BAS CARBONE Rapport final – Avril 2026 DANS LE CADRE DU PLAN ROBUSTE POUR L’ECONOMIE FRANCAISE -- 1 of 51 -- The Shifters The Shifters est une association d’intérêt général qui rassemble des bénévoles engagés dans la transition bas-carbone de la France et de l’Europe. Cette communauté est un catalyseur pour toute personne qui souhaite développer sa capacité d’action et ses connaissances sur l’énergie et le climat. Elle œuvre à réduire les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance au pétrole, au gaz et au charbon. L’association tire son nom du verbe anglais, to shift : changer de direction, transformer. Ses membres, les Shifteurs et les Shifteuses, s’informent, débattent et se forment pour agir collectivement à faire shifter la France, l’Europe et plus encore ! Créée en 2014, The Shifters soutient The Shift Project, un groupe d’experts qui éclaire et oriente les décideurs politiques et économiques sur les causes et conséquences du changement climatique et la raréfaction de certaines énergies fossiles (pétrole, gaz). The Shifters et The Shift Project ont pour objectif commun de comprendre en profondeur et de relever efficacement ce défi avec une approche scientifique, pragmatique et indépendante de tout parti politique. Aujourd’hui, The Shifters fédère plus de 20 000 personnes réparties en France et à travers le monde dans plus de 75 groupes locaux et 13 cercles thématiques. Ils et elles soutiennent près de 700 initiatives : formations, ateliers, actions de sensibilisation, plaidoyers, production de connaissances… tels que l’université d’été UniverShifté, le festival de ciné-débat Projection Transition et bien d’autres. Rejoindre l’association, c’est s’appuyer sur son organisation, ses ressources et son réseau pour agir ensemble ! Contactez [email protected] pour partager des données, réflexions ou questions ; contribuer au projet par vos compétences ou réseaux ; ou organiser un événement de présentation du rapport final près de chez vous https://www.theshifters.org/ 2 -- 2 of 51 -- The Shift Project The Shift Project est un groupe de réflexion qui vise à éclairer et influencer le débat sur les défis climat-énergie. Nous sommes une association d’intérêt général. Nos membres financeurs sont pour la plupart des entreprises. Guidé par l’exigence de rigueur scientifique et technique, notre regard sur l’économie est avant tout physique et systémique. Après le Plan de transformation de l’économie française publié en 2022, le Shift Project franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec le Plan robuste pour l’économie française. Porté par des dizaines de milliers de donateurs, de membres des Shifters et de professionnels engagés, ce travail collectif et inédit par son ampleur vise à structurer des réponses concrètes aux multiples crises contemporaines. À un an de l’élection présidentielle de 2027, cette initiative poursuit un objectif clair : donner à la France les moyens de faire face aux crises énergétiques et climatiques et de reprendre son avenir en main. Dans ce cadre, les consultations font désormais partie de la stratégie du Shift Project et des Shifters pour enrichir leurs travaux de recherche et leurs actions d’influence. À titre d’exemple, les deux organisations ont mené en 2024 une Grande Consultation des Agriculteurs, qui a récolté près de 7 800 réponses et a permis de porter la voix des agriculteurs dans le débat public. Pour consulter l’ensemble de nos Grandes Consultations, rendez-vous sur le site web du Shift Project. 3 -- 3 of 51 -- L’essentiel en 2 minutes En 2025, Les Shifters, avec le soutien du Shift Project, ont lancé une démarche inédite de consultation du secteur sportif français pour comprendre sa sensibilité, sa vulnérabilité et sa capacité d’action face aux défis climatiques et énergétiques (hausse des températures, raréfaction des ressources fossiles, etc). Ce rapport présente les enseignements des réponses de plus de 12 000 personnes (3 800 responsables et encadrants de clubs amateurs, 7 500 pratiquants amateurs, et 900 représentants de fédérations, associations, ligues, athlètes, etc). Les pratiquants et les responsables de clubs sont presque parfaitement alignés sur leur niveau de conscience des vulnérabilités, des freins et des besoins. Voici ce qu’ils nous ont dit. ⚠ Une forte inquiétude face aux chocs climatiques et une profonde vulnérabilité aux chocs énergétiques Le sport est directement menacé par les effets du réchauffement climatique, des risques d’approvisionnement, et des risques de transition : vagues de chaleur, raréfaction des ressources notamment fossiles, augmentation des coûts, dégradation des infrastructures, fragilisation économique des clubs. 94 % des responsables de clubs se déclarent vulnérables aux chocs climatiques et énergétiques. Plus de 89 % des responsables de clubs disent qu’ils devraient arrêter, réduire ou adapter la pratique sportive en raison de chocs climatiques. Les répondants craignent la difficulté d’accès aux compétitions, les vagues de chaleur, les sécheresses et l’annulation d’événements. La hausse du prix de l’énergie inquiète profondément les pratiquants et les responsables de clubs : si le prix de l’essence atteignait 5€/litre, seulement 26 % des répondants déclarent qu’ils maintiendraient leur pratique sportive inchangée. Les clubs en milieu rural sont particulièrement vulnérables. 📉 Des impacts de la pratique encore mal cernés par les pratiquants/responsables En revanche, moins de la moitié des répondants reconnaissent un impact environnemental de leur pratique. Certains le relativisent, beaucoup l’estiment négligeable, mais cette perception reste intuitive et non basée sur une mesure objective. 98 % des responsables de clubs n’ont jamais réalisé de bilan carbone pour quantifier l’impact de leur activité. Les impacts les plus fréquemment reconnus concernent les équipements (~30 % des impacts cités vs ~20 % de l’impact carbone du football et du rugby amateurs1). ✅ Une forte volonté d’action et de nombreuses initiatives déjà enclenchées Plus de 85 % des responsables de clubs souhaitent réduire l’impact environnemental de leur structure. 77 % des responsables de clubs ont déjà engagé ou pourraient engager des actions sur la mobilité, l’alimentation, les équipements, ou les déchets2. Les répondants font preuve de beaucoup de volontarisme et ont spontanément mis plus de 1700 propositions sur la table pour la transition du sport amateur, en particulier sur la mobilité (30 % des propositions), la 2 48 % en moyenne ont déjà mis en oeuvre l’une des 14 actions listées dans notre questionnaire, et 29 % supplémentaires pourraient les mettre en oeuvre en moyenne 1 The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby”, The Shift Project, https://theshiftproject.org/publications/decarboner-sport/ 4 -- 4 of 51 -- sensibilisation et les équipements. Pas de backlash environnemental chez les responsables et les sportifs : il reste du chemin à parcourir, mais la transition est loin d’être absente du monde sportif. Le sport veut relever le défi ! 🛠 Besoins exprimés Trois freins majeurs sont identifiés : le manque de moyens (humains et financiers) pour 60 % des responsables de clubs, le manque d’accompagnement, et la difficulté à changer les cultures sportives. Les acteurs demandent des outils pratiques (fiches actions, bilans carbone), des formations adaptées des collectivités et des fédérations, des financements pour la rénovation des infrastructures, ainsi qu’un cadre stratégique clair porté par les fédérations et pouvoirs publics. La stratégie RSE est perçue comme balbutiante au niveau fédéral. Les fédérations et institutions sont rarement identifiées comme sources d’information, révélant un besoin fort de structuration et de diffusion pédagogique. 💪 Notre proposition de plan d’action pour la transition Les pratiquants et responsables de clubs souhaitent que la transition soit collective et planifiée. La coordination de toutes les parties prenantes doit donc être encouragée pour atteindre l’objectif d’un sport amateur résilient aux chocs et ayant fait sa part dans la trajectoire de décarbonation nationale. Les fédérations sont attendues pour impulser la dynamique en organisant des actions de sensibilisation, et en coordonnant les efforts entre elles, et avec les partenaires publics et privés. Les collectivités ont une influence à la fois financière, et informationnelle et gardent la main sur les infrastructures. Les clubs, enfin, pourraient formaliser leur engagement et engager en priorité les actions de décarbonation et d’adaptation avec des co-bénéfices économiques. 🎯 Et maintenant ? Les Shifters présenteront des résultats spécifiques par catégorie de sport et par géographie, à l’occasion d’événements organisés dans toute la France. Les événements, organisés en partenariat avec les fédérations, pourront représenter le lancement officiel de la transition du sport sur chaque territoire, avec des initiatives concrètes annoncées par les fédérations en partenariat avec des associations et organisations privées, et des clubs pilotes, fers de lance de la transition de leur sport. Consultez les dates de nos événements et inscrivez-vous sur : les évènements de présentation des résultats de la Grande Consultation du Sport 5 -- 5 of 51 -- Remerciements Au-delà de la centaine de personnes ayant accepté de répondre anonymement à nos interviewers, et des milliers à notre questionnaire, ce projet bénéficie du soutien de nombreuses personnes, professionnels du secteur du sport, associations, athlètes engagés, qui y contribuent bénévolement. En acceptant de faire partie du groupe de travail autour de ce rapport, ils ont pris le temps de partager leur connaissance du secteur et leur réseau. Nous tenons ici à les remercier pour leur contribution : ● Fédérations : Dimitri Regnier et Thomas Seillé (Fédération Française de Football), Virginie Renoult (Fédération Française de Triathlon), Manon Cottrel et Romain Dubonnet (Fédération Française d’Aviron), Yannick Dequirez et Clémence Halbout (Fédération Française de Roller et Skate), Anne Dos Santos et Emmanuelle Brouder (Fédération Française de Voile), Malory Lasnier et Pierre-Julien Thiébaut (Fédération Française de Tennis de Table), Romain Riboud (Fédération Française de Ski), Joaquim Loriot (FSGT), Camille Rachynski (Fédération Française des ASPTT), Thibault Zimmermann (Fédération Française de Montagne et Escalade), Tommy Vanoudendycke (Fédération Française de Cyclisme), Grégory Pradier et Elisa Badessi (Fédération Française de Handball), Cécile Fayolle et Betty Charlier (Fédération Française Sports pour Tous), Alixia Gaidoz (Fédération Française de Rugby), Claire Hallé et Clara Chavatte (Fédération Française de Tennis), Anna Séguret et Yogann Pommier (Fédération Française de Gymnastique), Alexandre Rumigajloff (Fédération Française de Basket-ball), Justine Marescaux et Pierre Mahé (Fédération Française des Clubs Omnisports), Geoffroy Hinet (Fédération Française d’Athlétisme), Pascal Bondon et Johann Bureau (Fédération Nationale du Sport en Milieu Rural), Maximilien Lambert et Gérard Rougier (Fédération Française de Golf), Michaël Anthoine et Simon Pouts (Fédération Française de la Retraite Sportive), Claire Cerpac (Fédération Française de Badminton), Hélène Constanty (Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne), Clément Colombel (CNOSF), Sarah Sanfilippo Vielle (CROS AuRA) ● Ministère des Sports : Bénédicte Meurisse & Amélie Mauroux ● Athlètes : Younès Nezar (Les Climatosportifs), Yohan Benalouane (No Water No Us), Julien Pierre (Fair Play For Planet), Xavier Thévenard, Jeff Corsi, Pasquine Van der Mouten, Marie Martinod, Angèle Paty, Matthieu Navillod (Une Bouteille A la Mer), Guillaume Martin-Guyonnet, Sébastien Chabal ● Associations : Laurent Boivin & Denis Valorge (En Jeux Pour Demain), Chloé Léger & Matthieu Witvoet (Climate Workout, Sport 2048), Mael Besson (Sport 1.5), Antoine Pin (Protect Our Winters), Benjamin Adler et Xavier Gavory (Planet Sporting Club), Alexia Bosserelle (Team For The Planet), Mathieu Giudicelli (Provale), Benjamin Neveu (Sport dans la Ville) 6 -- 6 of 51 -- ● Entreprises & groupements d’entreprises : Julien Istace (Nielsen Sports), Claire Goyon & Jacques D’Arrigo (Sportech), Aurélie Dyèvre (Sporsora), Stanislas Breuil (COSMOS), Basile Agay (Teampact), Nizar Melki et Emma Ducurtil (SportEasy), Maud Bersoult et Catherine Le Guen (MAIF), Boris Fournier (Outdoor Sports Valley), Alexis Nonglaton (Compagnie des Alpes), Mickaël Romezy (EMLyon), Chantal De Vitry Alardet et Nathalie Retter (BPCE), Charlotte Braleret (Charlotte Braleret Conseil & Formation), François Singer (SportMed Summit), Guillaume Sarfati (Act for Sport) 7 -- 7 of 51 -- Comité de rédaction Les auteurs Pilotage : Mehdi El Motie Equipe d’analyse : Adil Soundardjee, Kevin Martel, Grégoire Vildé, Mathias Gatineau, Youssef Abounnour, Lucas Tessier, Alban Tricoire Equipe de rédaction : Simon Ghibaudo, Elorri Golhen, Anna Haennel-Luc, Christophe Vrignaud, Marion Brantonne, Anne-Sorya Baut, Antoine Thébault, Pierre Matoussowsky, Fanny Vion, Laura Rolland, Steve Vautrin, Agathe Chauvel Equipe de relecture : Alan Lemoine, Justine Birot, Philippe Arapu, Anne-Sophie Tricaud, Grégoire Carpentier, Bertrand Dubreuil, Hélène Lepetit, Valère Paupelin-Huchard, Emma Stokking, Jean-Noël Geist, Lila Wolgust Autres membres de l’équipe Sport Sara Crinière, David Carrère, Pierre Monchal, Alexandre Artonne, Elisa Badessi, Gilles Baret, Alexandra Baud, Hélène Bruneel, Alexia Buclet, Arwin Chanemougame, Pascal Dartois, Tiphaine De Castro, Nicolas Del, Marie-Hélène Enrici, Boris Germes, Marion Jullien, Margaux Lignel, Ludovic Maillard, Karine Marendziak, Jean-Philippe Mathis, Virginie Pauly, Stéphanie Petrinko, Marc Potron, Anne Prieur, Armelle Royer, Antoine Terrier, Samy Bouclet, Guy de Nadaillac, Pauline Gaultier, Kate Blin, Bernard Soulas, Alexandre Vix, Aurélie Lahsaini, Michel Dupuy, Arnaud Le Meur, Isabelle Teissier, Boris Germes, Sébastien Fleury, Céline Ilias, Philippe Ramos, Marc Labaroche, Clément Lecoester, Frédéric Yot, Thomas Simphal, Laurent Ducourtioux, Marie-Hélène Enrici, Pierre Giraud, Yves Meshaka, Audrey Cosperec, Camille Brejon, Nadège Fallourd, Nicolas Bacquet, Stéphane Nedonsel, Giovanni Usai, Claude Andrieux, Paul Wourlod, Raynald Letouq, Florian Chieppa, Gaetane Grange, Jerome Sange, Samuel Jacquesson, Renaud Coignard, Kevin Cosaque 8 -- 8 of 51 -- Table des matières INTRODUCTION: POURQUOI LA GRANDE CONSULTATION DU SPORT? 8 1. UNE FORTE CONSCIENCE DES VULNÉRABILITÉS MAIS PAS DES IMPACTS DU SPORT 16 Une grande vulnérabilité du sport amateur aux chocs climatiques et énergétiques 16 Une méconnaissance du sport amateur de son impact environnemental 21 Une perception des impacts limitée aux impacts matériels de la pratique 25 2. UNE FORTE VOLONTÉ D’AGIR, MAIS DES OBSTACLES STRUCTURELS À LA TRANSITION 29 Une forte volonté d’agir pour réduire l’impact de la pratique 29 De nombreuses actions déjà mises en place 30 Plus de 1 700 propositions concrètes pour le sport amateur 32 Des obstacles structurels à la transition 34 3. L’ESPOIR D’UNE DYNAMIQUE COLLECTIVE POUR SURMONTER LES OBSTACLES 40 Le souhait d’une dynamique collective pour la transition 40 Les collectivités territoriales : une responsabilité dans la rénovation des infrastructures et la formation des responsables 42 Les Fédérations : un rôle de cadrage de la transition, et de sensibilisation des licenciés 43 Partenaires privés : des freins à lever pour permettre la transition 44 4. NOTRE PROPOSITION DE PLAN D’ACTION POUR LA TRANSITION 47 CONCLUSION: ET MAINTENANT? 50 SOURCES 52 9 -- 9 of 51 -- Introduction: pourquoi la Grande Consultation du Sport? Ambition, discipline, courage, collaboration : ces valeurs promues par le sport nous seront indispensables pour organiser notre transition climatique et énergétique. Dans le sillage du succès populaire des Jeux Olympiques et Paralympiques, nous avons fait du sport une priorité en 2024 chez les Shifters. Nous avons publié un premier rapport sur les Jeux Olympiques et Paralympiques3, et contribué au rapport “Décarbonons le Sport”4 publié par notre association sœur The Shift Project. Nous souhaitions poursuivre ces efforts sur le secteur du sport en 2025, en les élargissant à l’ensemble des activités et pratiques sportives, et en intégrant un volet adaptation à notre réflexion. Toutes les pratiques sportives sont en effet, directement menacées par les chocs climatiques et énergétiques à venir, avec : ● Des risques accrus pour la santé pendant les périodes de fortes chaleurs, pouvant aller de la blessure légère à des problèmes graves, notamment pour les efforts prolongés comme la course à pied ou le vélo (e.g. hyperthermie, déshydratation) ● Une augmentation de la fréquence et de l’intensité d’incendies et de phénomènes météorologiques extrêmes (e.g. tempêtes, fortes précipitations, inondations), et manque de neige/glace réduisant les périodes favorables à la pratique de sports d’hiver ● Des conditions de pratique et infrastructures dégradées (e.g. qualité ou disponibilité des plans d’eau, routes, gazons, sites littoraux) ● La raréfaction des ressources (e.g. équipements, mobilité, alimentation) 4The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby”, The Shift Project, 191 p. [en ligne]. Dernière mise à jour, 02/2025 3 DELANOE, P. et LEPAGE, A., juin 2024, “Jeux Olympiques et Paralympiques : faire face au défi climatique et énergétique des déplacements internationaux”, Cercle Thématique Sport, The Shifters, https://www.theshifters.org/publications/jo2024-fan-zones/ 10 -- 10 of 51 -- ● Des modèles économiques fragilisés par l’annulation ou le non-renouvellement d’épreuves, les surcoûts liés à la gestion des ressources, des infrastructures, des déchets, l’assurance, le renforcement de dispositifs de secours et de sécurité, et les difficultés d’assurer certaines pratiques Et pourtant le sport joue un rôle primordial pour notre société. Il contribue à l’accomplissement d’une mission sociale, économique et culturelle primordiale pour notre pays : ● Une mission sociale d’abord, par sa capacité à créer et maintenir du lien social à tout âge et pour son impact positif sur notre santé physique, mentale et intellectuelle. Selon une étude menée par l’Observatoire des Métiers du Sport et la Commission Paritaire Nationale Emploi (janvier 2025)5, le sport permet entre 194 et 254 milliards d’euros d’économies annuelles, notamment grâce à la réduction des coûts de santé et de l’échec scolaire. Chaque euro investi dans le sport permettrait d’économiser 13 euros de dépenses publiques. Le bénévolat sportif représente 300 millions d’heures par an, soit un quart du travail bénévole associatif en France. ● Une mission économique par son impact significatif, évidemment à travers les grands événements, qui ont attiré des millions de visiteurs en France sur les 30 dernières années (Jeux Olympiques et Paralympiques 2024, Coupe du Monde de rugby 2023, Euro 2016, Coupe du Monde de football 1998, etc), mais aussi à travers les emplois créés. Le secteur du sport regroupe 196 500 salariés en France6. ● Une mission culturelle enfin, par sa capacité à fédérer les Français et à faire rayonner la France à l’international. En football par exemple, 27 juin 1984, 12 juillet 1998, ou 15 juillet 2018 ont été des jours de grand rassemblement, de gloire pour la France sur la scène internationale et ont nourri notre imaginaire collectif. Pour contribuer à cette triple mission, et parce que le sport enseigne les valeurs qui nous sont nécessaires pour la transition climatique et énergétique, nous avons fait du sport une priorité en 2025. Parce qu’ils seront touchés par les chocs à venir, qu’ils disposent d’un pouvoir d’influence considérable, et qu’ils sont capables de créer des imaginaires optimistes désirables, nous croyons que les acteurs du monde sportif représentent d’excellents relais de sensibilisation sur les sujets climatiques et énergétiques. Nous souhaitons les impliquer directement dans la définition d’une stratégie de décarbonation et d’adaptation du secteur. Avec plus de 25 000 sympathisants et bénévoles répartis dans toute la France, nous sommes, chez Les Shifters, ancrés dans le terrain, au contact de la société. Notre proposition de valeur se fonde sur notre capacité à toucher localement tous les Français. C’est cette approche terrain qui a assuré le succès de la Grande Consultation des Agriculteurs (GCA) en 2024 et de la Grande Consultation des Maires et élus municipaux (GCE) en 2026, succès en termes de méthode et de participation avec près de 8 000 agriculteurs, puis 3 000 maires et élus municipaux ayant répondu à notre appel (soit près d’1 sur 50). Nous avons appris de leur 6 ibid. 5 Observatoire des Métiers du Sport, janvier 2025, [Synthèse du rapport de l’impact social, sociétal et économique du sport] 11 -- 11 of 51 -- contexte, sensibilités, vulnérabilités, besoins, contraintes et solutions pour organiser la transition du secteur. C’est ce mode de consultation, avec une implication de terrain, que nous avons appliqué au sport, un secteur avec un pouvoir d’influence considérable. La France compte 49 millions de pratiquants d’une activité physique ou sportive7. Athlètes, fédérations, entreprises et sportifs amateurs, nous leur avons donné la parole, et les avons invités à partager leurs impressions sur les liens entre Sport et Planète. A travers cette Grande Consultation nous avons souhaité les comprendre, les impliquer, et les soutenir : ● Comprendre d’abord leur niveau de sensibilité aux sujets énergétiques et climatiques, d’impact, et de vulnérabilité aux chocs climatiques et énergétiques à venir ● Les impliquer ensuite dans la formulation de solutions de décarbonation et d’adaptation qui prennent en compte leurs besoins, et leurs contraintes ● Les soutenir enfin dans le déploiement de ces solutions de décarbonation et d’adaptation pour organiser la transition climatique et énergétique du secteur sportif Ils sont plus de 12 000 à avoir répondu à nos questions sur le sport en 2025. Ce qu’ils nous ont dit est sans équivoque, maintenant il faut prendre en compte leur appel et organiser la transition du sport amateur. Le sport est révélateur de notre valeur. C’est dans les grands matchs que l’on reconnaît les grandes équipes. Nous jouons un match pour la vie, il est temps de le gagner. 7 15e Baromètre Sport-Santé, Fédération Française d’Éducation Physique et de Gymnastique Volontaire (FFEPGV), Ipsos-bva, janvier 2026 12 -- 12 of 51 -- Méthode et planning La Grande Consultation du Sport a suivi une approche en 3 phases : une phase d’étude qualitative, une phase d’étude quantitative puis une phase de restitution. Lors de la phase qualitative nous avons conduit 100 entretiens auprès de représentants du mouvement sportif (pratiquants amateurs, responsables de clubs, athlètes, entreprises du secteur privé, représentants fédéraux, etc) de novembre 2024 à avril 2025. Une quarantaine de Shifters interviewers, bénévoles répartis sur le territoire français ont été formés par un sociologue à l’exercice de l’entretien semi-directif, et ont été chargés de l’identification de cibles à interviewer au sein de leur propre réseau. A l’issue de la conduite de ces entretiens, une équipe de 7 Shifters bénévoles, tous interviewers, s’est chargée de l’analyse des notes d’entretiens et de leur synthèse. Les résultats de la phase qualitative nous ont permis de mieux comprendre les défis de chaque catégorie d’acteur, et de prioriser le sport amateur pour notre phase quantitative, et en particulier les responsables de clubs amateurs, comme acteurs charnières de la transition du sport amateur. Pour la phase quantitative, initiée à la suite de la phase qualitative à partir de mai 2025, un questionnaire en ligne a été préparé en collaboration avec les fédérations nationales, le Ministère des Sports, et des partenaires associatifs. Le questionnaire, dont les réponses étaient anonymes, et qui durait une vingtaine de minutes, visait à tester certaines hypothèses identifiées lors de la phase qualitative, à creuser certains sujets, pour élargir nos compréhensions des réalités, des besoins et des capacités des responsables de clubs amateurs. Le questionnaire a été diffusé pendant 6 mois en partenariat avec la quasi-totalité des fédérations sportives nationales, des médias régionaux et nationaux, et des influenceurs du monde du sport via une campagne sur les réseaux sociaux. Plus de 12 000 personnes ont répondu au questionnaire dont 2 158 responsables de clubs, 1 650 encadrants, et 7 862 13 -- 13 of 51 -- pratiquants amateurs. Une équipe de 12 Shifters bénévoles, analystes de données et rédacteurs, ont analysé leurs réponses, puis rédigé ce rapport pour en résumer les enseignements. Bien que notre échantillon de plus de 12 000 personnes soit l’un des plus larges jamais constitués sur le sport amateur (~1 à 3 % des clubs amateurs français représentés parmi nos répondants), sa représentativité reste imparfaite par catégorie de sport et par géographie. Nous avons donc procédé à un redressement statistique de notre échantillon, à l’aide de coefficients de pondération calculés à partir de statistiques publiques sur les sportifs et responsables de clubs amateurs français issues de l’INSEE, et de l’INJEP8. Par exemple, le sous-échantillon des responsables de clubs a été redressé par géographie, en alignant leur distribution régionale sur celle des clubs français. Le sous-échantillon des pratiquants amateurs adultes a été redressé sur des critères démographiques (âge, sexe et région) et par catégorie de sport. L’échantillon post-redressement demeure imparfait9 mais se rapproche des distributions réelles de la population. Voici l’impact du redressement sur la répartition des répondants avant et après le redressement statistique : 9 La pondération maximum accordée à chaque réponse a été restreinte ( sur-représentant les réponses de certaines personnes 8 Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire, décembre 2024, “Baromètre National des Pratiques Sportives 2024” ; Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire, juillet 2025, “Recensement des licences et clubs sportifs 2024” ; Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, juillet 2025, “Estimation de la population au 1er janvier 2025” 14 -- 14 of 51 -- 15 -- 15 of 51 -- Personae Afin de permettre au lecteur de se projeter à la place des différents acteurs du monde du sport et de mieux comprendre leurs niveaux de sensibilité, d’impact, de vulnérabilité et d’actions, nous avons créé des personnages fictifs, que nous emploierons à travers le rapport. Ces personnages ont été créés pour représenter la diversité réelle des types de profils dans nos réponses. S’ils restent imparfaitement représentatifs, ils permettent tout de même de respecter l’équilibre dans nos réponses sur certaines variables : l’âge, la géographie, le sport pratiqué, le niveau de revenu et le niveau de sensibilité. A la fin de chaque partie du rapport, des citations fictives ont été attribuées à chaque personnage pour illustrer le propos. Pour les différencier des phrases réellement prononcées, les citations fictives seront exclusivement utilisées à la fin de chaque partie du rapport dans l’encadré bleu roi “L’opinion des pratiquants/clubs”. Bien que fictives, ces citations sont le fruit de la fusion des résultats du questionnaire, et notamment des réponses aux questions ouvertes, et de phrases réellement prononcées lors de nos entretiens qualitatifs. PRATIQUANTS RESPONSABLES DE CLUBS Lucas - Football Genre: Homme Région : Nord (59), Hauts-de-France Âge: 23 ans Statut civil: Célibataire, vit chez ses parents Revenu Sport: football en club, footing en loisir Préoccupation climat modéré, freins d’ordre budgétaire Jean – Sports collectifs Genre : Homme Région : Gironde (33), Nouvelle Aquitaine Âge : 63 ans Statut civil : Marié Sport : Basket Rôle : Président bénévole du club Taille : 100 licenciés Souhaite réduire l’impact mais limité par le niveau de sensibilité des adhérents/ Manon - VTT, ski Région: Rhône (69), Auvergne-Rhône-Alpes. Âge: 29 ans Statut civil: En couple, non mariée, sans enfant. Revenu : ~2 400 €. Sport: VTT en loisir intensif, non licenciée et occasionnellement pratique le ski. Niveau de préoccupation élevé, freins temporels et budgétaires. De nombreuses actions déjà mises en oeuvre. Sophie – Activités de la forme Genre : Femme Région : Alsace Âge : 34 ans Statut civil : Pacsée, 2 enfants Sport : Gymnastique Rôle : Educatrice sportive Taille : 300 licenciés Forte volonté d’action mais des contraintes (dépendance à la mairie). 16 -- 16 of 51 -- Nicolas - Natation, tennis, randonnée Région: Yvelines (78), Île-de-France. Âge: 44 ans Statut civil: marié, deux enfants. Revenu : > 7 000 € (ménage). Sport: Ses enfants pratiquent la natation en club, lui le tennis en compétition amateur (licencié). Occasionnellement randonnée en forêt en famille. Préoccupation forte, mais des freins liés à la logistique familiale et l’inertie du club. Priorise les équipements éco-conçus, le covoiturage parental, et a installé des panneaux solaires chez lui. Karim – Sports de nature Genre : Homme Région : Haute-Savoie, Auvergne Rhône Alpes Âge : 29 ans Statut civil : Célibataire Sport : Ski Rôle : moniteur de ski bénévole dans un club Taille : 40 licenciés Très conscient de la vulnérabilité des sports de montagne mais se dit dépendant des collectivités Sylvie - randonnée, natation en mer Région: Bouches-du-Rhône (13), Provence-Alpes-Côte d’Azur. Âge: 64 ans Statut civil: divorcée, vit seule. Revenu: retraite ~3 200 €. Sport: randonnée en club (membre du CA), occasionnellement l'été, natation en mer. Préoccupation très élevée, a abandonné la voiture (vélo électrique et voyage en train), fait des dons, du ramassage de déchets. Marc – Sports nautiques Genre : Homme Région : Morbihan, Bretagne Âge : 47 ans Statut civil : Divorcé Sport : Base nautique privée (Voile, Kayaks, Paddles, …) Ressent une menace vitale liée à la montée du niveau de la mer mais déplore un manque de connaissances et de moyens pour s’adapter 17 -- 17 of 51 -- 1. Une forte conscience des vulnérabilités mais pas des impacts du sport Une grande vulnérabilité du sport amateur aux chocs climatiques et énergétiques Le résultat est sans appel : plus de 9 responsables de clubs sur 10 se déclarent vulnérables aux chocs énergétiques et climatiques, et les pratiquants reconnaissent ou redoutent une forme de vulnérabilité dans leur pratique sportive. Ne plus prendre de plaisir sur un terrain de football mais subir les assauts d’un corps épuisé par des chaleurs excessives ; devoir rogner sur son temps d’entraînement ou le décaler au gré des épisodes caniculaires, ou encore voir ses performances s’éroder à mesure que le mercure grimpe, sont des sources de frustration voire de colère. 94 % des responsables de club se déclarent vulnérables aux chocs énergétiques et climatiques Nous avons défini 14 scénarios de chocs climatiques ou énergétiques10 et avons demandé aux responsables de clubs le niveau de risque que chaque scénario faisait peser sur leur club. La quasi-totalité des responsables de clubs reconnaît au moins un des 14 scénarios climatiques auxquels nous les avons confrontés comme risqué/très risqué pour l’activité de leur club. 10 Fortes chaleurs/canicule, manque de neige, fonte des glaciers/permafrost, tempêtes/phénomènes météorologiques extrêmes, fortes précipitations/inondations, sécheresse et niveau d’eau faible, incendies, hausse du coût des énergies fossiles, risques sanitaires, augmentation du taux d’humidité, chute de la biodiversité, raréfaction des énergies fossiles, maladies animales/espèces invasives, hausse du niveau de la mer 18 -- 18 of 51 -- En particulier, ils sont une très grande majorité à considérer le risque comme élevé ou très élevé pour les fortes chaleurs / canicules (88,7 %), le manque de neige (85,1 %), la fonte des glaciers et du permafrost (75,1 %), les tempêtes / phénomènes extrêmes (75,1 %), les fortes précipitations et inondations (72,3 %) et enfin, la sécheresse ou la baisse du niveau d’eau (70,9 %). Certains sports pourraient ne plus être pratiqués, sinon le temps de pratique très fortement réduit. Plus de 75 % des responsables de clubs déclarent une forme de vulnérabilité qui les forcerait à adapter ou arrêter leur pratique 19 -- 19 of 51 -- Le changement climatique est déjà bien identifié comme facteur de risques sur la pratique sportive par les pratiquants et les responsables de club, notamment à travers ses effets concrets : vagues de chaleur, sécheresses, inondations, manque de neige, de glace ou d’eau. Ses effets suscitent à la fois de l’inquiétude et de l’impuissance. Cela provoque une remise en cause de la faisabilité même de la pratique, en raison de l’inconfort, l’impossibilité d’accès aux terrains, les risques pour la santé des pratiquants ou l’annulation de compétitions. Plus de 89 % des responsables de clubs déclarent qu’ils devraient arrêter, réduire ou adapter la pratique sportive en raison de chocs climatiques. Ces chocs ne sont pas hypothétiques mais de plus en plus réels, et les clubs les ressentent. Dans un monde à + 4 °C, comme le prévoient certains scénarios du GIEC, nous pourrions perdre jusqu’à deux mois de conditions favorables à la pratique sportive. Les sports de plein air comme le trail, le canoë, le ski, l’escalade, y sont particulièrement exposés. “Je commence à avoir peur sur certains sentiers en montagne [avec la déstabilisation des sols]” remonte une traileuse amateure. Certains acteurs s’adaptent en modifiant les horaires et calendriers, ou en mettant en place des nouvelles pratiques. “Les trails en montagne que l'association organise devront de plus en plus être annulés ou adaptés en fonction de la fréquence et de l'intensité de ces évènements [climatiques]”. D’autres acteurs semblent résignés face à des phénomènes qu’ils jugent inéluctables comme la fin possible de certaines pratiques : ski, sports d’hiver, sports aquatiques extérieurs. “Une horreur, il n'y aura plus de sport d'hiver et on ne fait rien pour changer, au contraire on continue à développer les constructions”. Concrètement, à +4°C, il ne resterait aucune station de ski naturellement exploitable dans les Pyrénées. Et sur le littoral, 131 des 576 clubs de voile français seraient menacés par le recul du trait de côte11. La hausse du prix des carburants, des équipements ou de l’énergie revient fréquemment aussi comme inquiétude. Ces risques impacteraient directement la mobilité des pratiquants, la logistique des clubs, l’accès aux compétitions, les coûts de fonctionnement des infrastructures et par conséquent la viabilité économique des clubs. Si le prix de l’essence atteignait 5€/litre, seulement 22 % des répondants maintiendraient leur pratique sportive inchangée, et 78 % devraient arrêter, réduire ou s’adapter12. Cette proportion est naturellement corrélée à la distance hebdomadaire parcourue pour se rendre sur le lieu de l’entraînement. Plus la distance est longue, plus la vulnérabilité perçue est forte. 12 On considère la vulnérabilité à l’augmentation du prix de l’essence en fonction de la réponse au scénario présentant une augmentation du prix de l’essence à 5€/l. Si les répondants n’ont pas répondu ou je ne changerai rien ou je ne suis pas concerné alors on considère qu’ils sont vulnérables. 11WWF France, juillet 2021, “Dérèglement Climatique. Le Monde du Sport A +2°C et +4°C”, 64 p. [en ligne]. Disponible sur internet [Dérèglement Climatique. Le Monde du Sport A +2°C et +4°C] 20 -- 20 of 51 -- Les clubs modestes, les pratiquants isolés et les structures rurales y sont particulièrement vulnérables : si le prix de l’essence atteint 5€/litre, seulement 14 % des responsables de clubs de territoires ruraux13 affirment pouvoir continuer leur activité de manière inchangée. Ces risques conduisent déjà certains clubs ou pratiquants à réduire ou adapter leurs déplacements (covoiturage, pratiques locales) ou à mutualiser ou réduire leur consommation de matériel. Les personnes expriment la crainte d’une perte d’attractivité du sport à cause du coût croissant des ressources, dont les ressources fossiles. 13 Zones rurales définies en reliant les codes postaux des répondants à la grille de densité de l’INSEE (https://www.insee.fr/fr/information/8571524) 21 -- 21 of 51 -- Nous avons demandé aux responsables de clubs si des adaptations seraient nécessaires pour répondre à nos 14 scénarios de chocs climatiques ou énergétiques14 ou si la pratique pourrait rester inchangée. Les responsables de clubs déclarent que chaque club devra faire face à plusieurs chocs en parallèle, et leurs responsables en sont conscients.: 86 % des clubs se déclarent vulnérables à au moins 9 de nos 14 scénarios. La diversité des vulnérabilités rend complexe une réponse unique. Une salle urbaine, un club de montagne, ou une entreprise de canoë, perçoivent des risques différents. Cette hétérogénéité souligne l’urgence de développer une cartographie fine des risques, accompagnée de stratégies différenciées puis coordonnées. De nombreux rapports ont été réalisés sur les vulnérabilités du sport15, ces efforts sont à poursuivre et à diffuser, pour encourager une planification résiliente. Mais la conscience des risques et des vulnérabilités est claire, et les réactions qu’elle suscite peuvent être de formidables leviers pour passer à l’action. Des impacts de la pratique sportive encore mal cernés par les responsables de clubs et les pratiquants Les répondants sont très largement majoritaires à être sensibles aux conséquences du réchauffement climatique et de la dégradation de l’environnement, et la responsabilité de 15 Par exemple AXA Climate & Sport 1.5, Quel sera l’impact du changement climatique sur le sport en 2050?, 2025 ou World Rugby, Rugby et le changement climatique, 2024 14 Fortes chaleurs/canicule, manque de neige, fonte des glaciers/permafrost, tempêtes/phénomènes météorologiques extrêmes, fortes précipitations/inondations, sécheresse et niveau d’eau faible, incendies, hausse du coût des énergies fossiles, risques sanitaires, augmentation du taux d’humidité, chute de la biodiversité, raréfaction des énergies fossiles, maladies animales/espèces invasives, hausse du niveau de la mer 22 -- 22 of 51 -- l’Homme (96 % des répondants pensent que l’homme est “majoritairement” ou “exclusivement” responsable du changement climatique). Néanmoins, les répondants sont plus ambivalents sur l’impact environnemental de leur pratique sportive. Une majorité des répondants considèrent que l’impact environnemental de leur pratique sportive est faible ou nul, Cette perception se vérifie pour chacun des 4 principaux impacts environnementaux listés : émissions de gaz à effet de serre (46 % des responsables de clubs), pollution (65 % des responsables de clubs), écosystème (66 % des responsables de clubs) et cycle de l’eau (65 % des responsables de clubs). Cette perception concerne tous les responsables de clubs, peu importe le territoire, est est particulièrement marquée sur certains sports. 65 % des responsables de clubs d’arts martiaux 23 -- 23 of 51 -- et sports de combat par exemple considèrent que la pratique de leur sport n’a qu’un impact faible ou nul. En revanche, les sports de nature reconnaissent plus facilement leur impact. Par exemple, 68 % des responsables de clubs de sports d’hiver et montagne, 67 % de sports aériens, 62 % de sports aquatiques et nautiques considèrent que leur impact est moyen à très fort. “La fréquentation humaine de la montagne perturbe l'écosystème et détruit la biodiversité”. La réponse reste difficile à analyser, car les termes utilisés (“Faible”, “Moyen” etc.) impliquent une connaissance de l’impact relatif d’autres activités et/ou de la gravité des enjeux pour les quatre types d’impact considérés. Dans son rapport Décarbonons Le Sport16, le Shift Project calculait que les émissions pour les seuls football et rugby amateurs s’élèvent à 1.75M de tonnes de CO₂e, soit l’équivalent des émissions annuelles d’une ville comme Toulon. Des calculs préliminaires17, limités à la mobilité vers et depuis les lieux d’entraînement et de compétition, sur la base des fréquences, modes et durées/longueurs de déplacement déclarés par les répondants, laissent penser que l’impact carbone des déplacements des autres sports pourrait être au moins équivalent à ceux du football et du rugby, voire très largement supérieur pour certains sports (de -25 % à +300 % par rapport au football selon la catégorie de sport). D’autres sports pourraient ainsi avoir des empreintes carbone significatives. Ces calculs seront à préciser avec plus de données et une plus grande granularité dans l’analyse, et pourraient faire l’objet d’une publication dédiée. Cet impact ne semble pas perçu par les répondants, mais leur analyse reste souvent intuitive et partielle, en l’absence d’instruments de mesure et d’informations adaptées à leurs besoins.. Bien que 70 % des responsables de clubs affirment avoir un bon niveau de connaissance du changement climatique, 98 % n’ont jamais réalisé de bilan carbone pour leur structure. Or, le bilan carbone constitue un outil de vulgarisation précieux pour prendre conscience de l'étendue réelle de son impact climatique. La perception spontanée peut s'avérer trompeuse : juger une pratique anodine au motif qu'elle est locale ou sans compétition, sans intégrer les facteurs indirects qui peuvent peser lourd dans la balance (chauffage des piscines, fabrication du matériel, organisation d'événements, alimentation, mobilité) peut générer des biais. Lorsqu’ils ont réalisé un bilan carbone, les responsables de clubs sont en tendance 33 % plus susceptibles de penser que leur impact est fort. 17 Les répondants précisent le nombre de km parcourus par semaine, mois ou année pour rejoindre leurs lieux d’entraînements ou leurs compétitions, ainsi que les minutes passées dans les transports en commun ou les heures d’avion, par semaine. Ces chiffres sont ramenés à des distances par an par moyen de transport, en prenant certaines hypothèses (vitesse moyenne des transports en commun : 50 km/h; vitesse moyenne d’un avion : 800 km/h). On obtient ensuite l’empreinte carbone de ces transports en kgCO₂eq/an à l’aide des facteurs d’émissions fournis par l’ADEME dans son calculateur “Calculez les émissions de carbone de vos trajets” publié en novembre 2025. 16 The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby”, The Shift Project 24 -- 24 of 51 -- Globalement, le manque d'indicateurs clairs freine la compréhension de leur impact. “Je ne me sens pas du tout concerné” exprime un dirigeant d’un club de danse. Un grand nombre d’entre eux relativisent leur contribution au changement climatique tout en témoignant d’une conscience de différences entre les pratiques ("on n’est pas les pires") ou d’une certaine connaissance des postes d’émission les plus importants ("on ne prend pas l’avion"). “Je sens que ma part et celle de l'asso sont infimes comparé à l'empreinte carbone des paquebots, des avions, du transport de marchandises pour lesquels l'empreinte est astronomique”, malgré l’organisation de voyages annuels lointains en avion dans le cadre de la pratique sportive du répondant18. « L’aviron en tant que tel n’a pas forcément d’impact. Par contre, le bateau à moteur du coach, oui ! », « Un peu de dérangement de la faune par mes sports nature, mais très loin des sports motorisés et de la chasse ! » Par ailleurs, certains répondants relativisent leur empreinte environnementale, tenant compte des apports positifs de la pratique sportive. Les enjeux climatiques sont parfois perçus comme lointains ou accessoires, parfois même comme incompatibles avec les priorités immédiates du sport (performance, accessibilité, plaisir), considéré comme une activité “vertueuse” étant donné son impact positif pour la santé par exemple. « Un impact positif pour ma condition physique, ce qui devrait m'aider à mieux supporter certains désagréments dus au dérèglement climatique », « Les impacts positifs, tels que la découverte du milieu naturel et de sa fragilité, la veille sur le milieu naturel (les pratiquants sont les sentinelles du milieu) ». Plus rarement, certains estiment que ce sera plutôt aux générations suivantes de faire les efforts, et “[qu’]on s’adaptera, comme toujours”. 18 L’avion est le mode de transport le plus émissif en gCO₂eq/voy.km, https://theshiftproject.org/app/uploads/2025/02/Presentation_Voyager-bas-carbone_Webinaire-7-avril.pdf 25 -- 25 of 51 -- Une perception des impacts limitée aux impacts matériels de la pratique Lorsqu’ils sont interrogés sur la nature de leur impact, les répondants reconnaissent plus facilement un impact visible, lié aux équipements ou à la dégradation des milieux naturels. Dérangement de la faune, érosion des sols, pression sur les milieux naturels sont autant de sujets cités par les répondants, témoignant d’une sensibilité à l’enjeu de préservation de la biodiversité et des écosystèmes. « Les trails nocturnes ont un impact sur la faune et la flore des terrains qui sont traversés », « Les lampes frontales dans les forêts et l’érosion des chemins fréquentés », « Les trous des bâtons en marche nordique ». Pour ce qui est de l’impact carbone, l’analyse de leurs réponses dévoile un décalage entre les sources perçues d’impact, et l’impact carbone réel de chaque catégorie. L’impact de la mobilité est bien identifié par les responsables de clubs avec 38 % des impacts perçus vs 42 % de l’impact “réel”. La consommation d’équipements et de matériel attire l’attention avec 30 % des impacts cités, alors que les équipements représentent ~20 % de l’impact carbone de la pratique. L’achat de chaussures (running, randonnée, indoor) est souvent cité par exemple mais aussi le matériel spécifique jugé par les répondants comme ayant une forte empreinte (bâton de randonnée, skis, vélo, aviron). « Beaucoup de vêtements avec du Gore-Tex », « L’usure du matériel qui oblige à des achats récurrents », « Utilisation de dérivés de pétrole, ballons, résine, textile, revêtements, plastique, etc. ». La production de déchets est par ailleurs citée de façon indirecte via la consommation de matériel, et capte 11 % des mentions d’impacts. « Déchets liés aux soins et protections (strapping) », « Déchets difficilement recyclables comme les montres connectées ». En revanche, les impacts de l’alimentation et des infrastructures paraissent sous-estimés. Il semble donc nécessaire de sensibiliser le sport amateur aux impacts immatériels et donc “invisibles” de la pratique sportive par la communication des enjeux, leur vulgarisation, la formation et de la pédagogie. 26 -- 26 of 51 -- L’opinion des pratiquants Lucas, 23 ans (Foot, Hauts-de-France) « Les canicules sur le terrain, c’est clair que ça change tout. Le manque d’eau va aussi nous faire du mal. Mais mon foot à moi… franchement, je vois pas en quoi ça pollue plus qu’autre chose. » Manon, 29 ans (VTT, AURA) « Entre les sentiers ravagés par les pluies et les stations de ski qui ferment, le changement climatique, je le ressens. Mon VTT à côté des usines ? Une goutte d’eau, mais je sais que chaque détail compte. » Sylvie, 64 ans (Randonnée, Bouches-du-Rhône) « Les collines ravinées et les pins jaunis, ça me serre le cœur. Mon vélo électrique et mes déchets ramassés ? Une goutte d’eau je pense, les vrais problèmes viennent d’ailleurs. » Nicolas, 44 ans (Tennis, Île-de-France) « La biodiversité qui s’effondre, ça me préoccupe. Mais le tennis des enfants ou mes tournois ? À côté des industries, c’est dérisoire. Même si je sais qu’on peut faire mieux. » 27 -- 27 of 51 -- L’opinion des responsables de clubs Jean, 63 ans (Basket, Gironde) « Les canicules épuisent nos joueurs. Les déplacements en voiture ? On n’a pas le choix sans budget pour un minibus. Notre impact est faible, mais on pourrait faire mieux. » Sophie, 34 ans (Gymnastique, Alsace) « Ils ont mis des LED et on trie les déchets, mais l’amélioration du gymnase ? C’est à la mairie de jouer. Sans eux, on est bloqués. » Karim, 29 ans (Ski, Haute-Savoie) « Le manque de neige est notre plus grosse menace. On a les canons, mais sans neige naturelle, la saison est en danger. » Marc, 47 ans (Voile/Kayak, Morbihan) « La plage rétrécit chaque année. Dans cinq ans, il n’y aura plus assez d’espace pour les kayaks. Et ce sera la fin. » 28 -- 28 of 51 -- 2. Une forte volonté d’agir, mais des obstacles structurels à la transition Une forte volonté d’agir pour réduire l’impact de la pratique Bien qu’ils soient minoritaires à reconnaître un impact moyen ou fort de leur pratique, la volonté d’agir des répondants est sans équivoque. Plus de 85 % des responsables de clubs souhaitent réduire l’impact de leur structure en moyenne dont plus de 60 % franchement ou fortement, malgré quelques nuances par sport (moins de volonté d’agir pour les arts martiaux et sports de combat, plus pour les sports de nature ou de plein air). 29 -- 29 of 51 -- De nombreuses actions déjà mises en place La plupart des répondants ont déjà engagé des actions concrètes pour ou réduire l’impact de leur pratique sportive et souhaitent poursuivre leurs efforts. Partout sur le territoire, des initiatives émergent. Bien qu'encore souvent isolées, elles témoignent d’un engagement sincère, à l’image de ces acteurs qui « [font leur] colibri au quotidien » ou adaptent leur mode de vie : « je suis fière d’avoir adapté mon parcours de vie pour être au plus proche du vivant ». Les actions les plus fréquentes concernent: ● l’alimentation : Une majorité de responsables de clubs ont déjà engagé ou pourraient engager des actions comme la priorisation des produits locaux et de saison (97 %), la réduction de la consommation de produits alimentaires hautement consommateurs en eau (87 %), la décarbonation de l’alimentation (83 %), la réduction de la consommation de produits animaux (80 %). Ces actions semblent être les plus facilement actionnables avec un impact direct. ● la mobilité : 85 % ont déjà mis en place ou envisagent le report modal ● l’énergie : 77 % ont déjà baissé ou pourraient baisser la température de chauffage et moins utiliser la climatisation ● Le matériel et les équipements : plus des ¾ des pratiquants ont déjà engagé ou pourraient engager des actions comme la baisse de la consommation (78 %), la réparation et le recyclage (89 %) et le choix d’options plus responsables (85 %) 30 -- 30 of 51 -- ● La réduction de la pollution : 86 % ont adopté ou envisagent d’adopter une approche zéro déchets. Toutes les actions qui devraient être menées le sont déjà partiellement ou pourraient l’être, le sujet principal à creuser concerne donc la capacité d’adoption récurrente à grande échelle de ces pratiques. Plus de 1 700 propositions concrètes pour le sport amateur Les responsables de clubs ont fait preuve de beaucoup de volontarisme en mettant sur la table spontanément plus de 1700 propositions. 75 % des responsables de clubs ont souhaité partager une idée pour réduire l’impact et adapter le sport amateur aux chocs à venir. Si cela ne traduit pas l'existence d'un plan structuré ou d'une stratégie formalisée, c'est néanmoins un signal positif : les dirigeants de clubs sportifs ne sont pas dans une posture d'attentisme. Au contraire, ils se sentent suffisamment concernés pour envisager de manière proactive des leviers d'action environnementale. Ils privilégient les mesures opérationnelles aux orientations stratégiques, et priorisent en particulier les actions qui entraîneraient des co-bénéfices économiques ou qui sont visibles. ● La mobilité (30 % des propositions) représente le poste sur lequel les responsables de clubs émettent le plus de propositions. Ils souhaitent développer la pratique du covoiturage (près de 20 % des propositions) et optimiser les déplacements. Si 95 % des dirigeants l'utilisent déjà pour les compétitions, le besoin de créer du lien social est souligné : « Il faut créer du lien pour augmenter le covoiturage ». La mobilité électrique et douce (10 %) reste timide, surtout en milieu rural. Ces propositions sont tout à fait alignées avec les attentes des pratiquants, qui plébiscitent le covoiturage et les minibus associatifs. Ils recommandent de réorganiser et relocaliser les compétitions pour resserrer les zones géographiques: « Adapter les championnats amateurs en regroupant les équipes par zone géographique », « Il faut arrêter de faire traverser la France à des amateurs pour un match ou une course » nous rapporte XX. Ils souhaitent des incitations financières pour l’utilisation de mobilités douces ou des restrictions d’accès aux compétitions : « Diminuer fortement le prix d’inscription si on se rend à l’entraînement à pied ou à vélo » ● La sensibilisation (15 % des propositions) : les responsables sont conscients de la nécessité de sensibiliser leurs licenciés (30 % de ce volet) : « Sensibiliser les 31 -- 31 of 51 -- adhérent.es sur leur impact individuel ». Sensibilisation, formation, exemplarité font partie des prescriptions essentielles pour prendre conscience et passer à l’action et elles doivent s’adresser à toute la chaîne de décisions : dirigeants, coachs, et pratiquants. La première étape souhaitée semble être la conduite de bilans carbone : « Aider les clubs dans leur comptabilité carbone et leurs plans d’actions ». Mais les responsables et leurs licenciés souhaitent utiliser tous les leviers à disposition pour permettre au plus grand nombre de comprendre les enjeux : exemplarité des sportifs connus, labels d’évènements écoresponsables, etc. « La prise de conscience, c’est le principal obstacle », « Continuer la communication de masse sur l’impact de la surconsommation ». ● Le matériel sportif (14 % des propositions): les répondants soulignent l’importance de lutter contre la surconsommation de matériel, de textile et de gadgets. Ils appellent à une plus grande responsabilité des fabricants, mais aussi des fédérations : stopper les goodies (t-shirts, médailles), encourager la seconde main et les bourses aux vêtements, produire localement et réparable, calmer le marketing autour du matériel high-tech. « Arrêter de faire croire que la performance dépend du prix du matériel », « Supprimer les t-shirts offerts lors des courses », « Le sport amateur veut se calquer sur le sport professionnel, c’est une catastrophe ». Les logiques de recyclage, de réemploi et de mutualisation progressent : « Il faut arrêter la course au matériel neuf et s’engager dans des logiques d’achat de seconde main ». La mutualisation des équipements fait partie des leviers récurrents car sa mise en œuvre est directement opérable par les clubs, et génère souvent une double récompense environnementale et économique. ● L’énergie (11 % des propositions) : les mesures sur les installations sportives apparaissent comme des leviers incontournables de la décarbonation pour les responsables de clubs. Ils préconisent la sobriété avec l’isolation et la rénovation de leurs infrastructures, la mise en place d'éclairage LED, et l'optimisation du chauffage : « Mieux gérer le chauffage pour réduire nos consommations en installant des thermostats ». « Adapter les éclairages pour les gros projecteurs sur les stades », Ces mesures permettent à la fois de réduire l’impact carbone du sport, mais engendrent aussi des co-bénéfices économiques en réduisant les factures, et améliorent la viabilité économique des structures. Si ces actions ont une réelle efficacité à long terme, en particulier parce que près des 2/3 du mix énergétique des infrastructures sportives françaises est d’origine fossile19 et que près de 50 % des salles de pratiques sportives ont été construites avant 198720, leur faisabilité opérationnelle reste souvent conditionnée à la capacité financière des clubs mais surtout à la volonté des collectivités propriétaires des infrastructures d’engager les rénovations énergétiques. ● La réduction des déchets (9 % des propositions) : les mesures sur les déchets sont valorisées, car visibles et communicables, malgré un impact carbone limité: « Cibler le zéro déchet et trier ce qui reste » 20 Rapport WWF France 2021 | Dérèglement climatique: le monde du sport à +2°C et +4°C, page 10 19 The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby”, The Shift Project 32 -- 32 of 51 -- ● La gestion de l’eau (7 % des propositions): récupération de pluie, réduction de consommation ● L’alimentation (5 % des propositions): moins fréquemment citée comme levier : promouvoir l’alimentation végétale, supprimer les produits ultra-transformés aux ravitaillements, favoriser les produits locaux). Pourtant les leviers liés à l’alimentation sont les plus adoptés actuellement par les répondants Les propositions sont globalement alignées avec le potentiel de chaque catégorie dans la réduction de l’impact carbone total du sport amateur dans le rapport Décarbonons le Sport du Shift Project21. Si les répondants tendent à mettre en œuvre les actions visibles, et/ou qui leur semblent en leur contrôle, ils ont globalement conscience des solutions qui devraient être priorisées. Des obstacles structurels à la transition 3 grandes catégories d’obstacles à l’action sont partagées par les personnes interrogées : le manque de moyens, un manque de soutien, et un blocage culturel : 21 The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby”, The Shift Project 33 -- 33 of 51 -- Le premier frein exprimé est le manque de moyens (financiers, humains, temporels). “Il peut y avoir un peu de frustration parce que ce que tu fais ne semble jamais assez. Tu pourrais faire plus, mais à quel prix ?“. Cette perception des moyens financiers semble imprécise étant donné que le niveau d'action possible ne semble pas dépendre du budget disponible par licencié. En effet, nous ne trouvons aucune corrélation entre le budget par licencié et le % des répondants qui déclarent déjà mettre en œuvre ou pouvoir mettre en œuvre les initiatives de décarbonation proposées. Les clubs sportifs amateurs fonctionnent en tension budgétaire chronique – exprimée par le manque de budget, des aides budgétaires limitées, la hausse des coûts énergétiques. Il peut y avoir un réflexe de rejet pour raison budgétaire chez les responsables de clubs lorsqu’on leur demande de réaliser un effort additionnel. La transition peut être perçue comme une contrainte supplémentaire, sinon un risque pour l’équilibre humain et financier du club, et moins comme un 34 -- 34 of 51 -- investissement pour sa pérennité. La priorité des clubs reste avant tout la continuité de l’activité. Leur perception des moyens financiers nécessaires peut également concerner d'autres acteurs. Par exemple, les répondants souhaiteraient que leurs infrastructures soient rénovées en sorte de les rendre durables et choisir des équipements responsables mais ils signalent une dépendance aux infrastructures publiques, parfois vétustes et non rénovées avec des coûts perçus comme trop élevés. Les clubs expriment ensuite un besoin de soutien et un manque d’accompagnement. 86 % des associations sportives sont gérées uniquement par des bénévoles22, et les initiatives écologiques dépendent d’une ou deux personnes motivées, souvent isolées, sans appui institutionnel. Pour les infrastructures publiques, seules les collectivités gérant l’infrastructure peuvent mener ces rénovations, ce qui est un frein majeur pour les clubs et associations. « Je n’ai pas la main sur la température dans mes salles de sport ». « Nous ne sommes pas décisionnaires quant à la rénovation énergétique du gymnase ». Le sentiment d’un faible pouvoir d’action, jusqu’à l’absence de maîtrise des consommations énergétiques, est largement exprimé par les dirigeants de clubs. De manière similaire, le cas de la mobilité est largement cité, les répondants déplorent la faiblesse des offres de transports en commun (fréquences, routes, horaires), en particulier lorsque le lieu de pratique sportive est en territoire rural, obligeant à recourir à la voiture. « Le déplacement en voiture est quasi obligatoire en zone rurale », « Absence de solution de mobilité douce en sécurité. Circuler à vélo sur route est très dangereux. Transport en commun par bus ou train devenu inexistant ». Ils déplorent également le format des compétitions : « L’organisation des compétitions est fondée sur des déplacements obligatoires ». Sur le matériel sportif, les pratiquants pointent la quasi-inexistence, sinon sa faiblesse organisationnelle, des filières de recyclage ou de seconde main. « Difficile de trouver du bon matériel éco-responsable », « La seconde main sur les baskets, pas évident à trouver » Les pratiquants se sentent piégés par une offre de marché pas toujours alignée avec leurs intentions, voire indisponible, et pointent la responsabilité des industriels notamment. 22 https://www.sports.gouv.fr/journee-internationale-du-benevolat-5-decembre-2023-2430 35 -- 35 of 51 -- Enfin le manque d’informations est mentionné : ils attendent des outils pratiques et adaptés aux spécificités sportives (fiches actions, bilans carbone simples, guides). Les personnes interrogées pensent qu’il sera difficile de changer les habitudes et les cultures sportives (choix des équipements, modèles de compétitions, options de mobilité, confort), et alertent sur la difficulté de soutenir une dynamique sur le long-terme, sans campagne de sensibilisation d’ampleur. “La bonne volonté ne s'achète pas... comment toucher le/la licencié(e) convaincu qui va porter les actions et convaincre à son tour ?”. La dynamique actuelle repose sur des initiatives personnelles, sans que cela ne suffise à enclencher une transition systémique. Les initiatives recensées relèvent majoritairement d’actions locales, isolées, et souvent portées par la motivation individuelle d’un ou deux membres actifs. Cela montre à la fois un potentiel de mobilisation et une grande fragilité : la transition repose trop souvent sur des engagements volontaires, sans cadre ni structuration suffisante pour garantir leur pérennité, leur ampleur à l’échelle, ou leur généralisation. Le cadre d’action reste trop flou : absence de feuille de route, d’objectifs partagés ou d’indicateurs simples. Les pratiquants ne semblent donc globalement pas faire preuve de mauvaise volonté, ils regrettent un environnement matériel et institutionnel qu’ils jugent non aligné avec les objectifs de la transition. En réponse, ils expriment une forte demande d’action collective structurante. 36 -- 36 of 51 -- L’opinion des pratiquants Lucas, 23 ans (Foot, Hauts-de-France) « J’aimerais bien faire autrement, mais entre le prix du matos et l’absence de transports, t’es coincé. Je pourrais réparer mes crampons ou en trouver en seconde main, et essayer de prendre moins la voiture, mais c’est pas gagné, j’ai pas trop le choix » Manon, 29 ans (VTT, Auvergne-Rhône-Alpes) « J’ai réduit ma consommation de viande, je prends le train, et j’achète du matos d’occasion. Mais faire tout parfaitement 100 % écolo, c’est la galère. Et certains me prennent pour une donneuse de leçons. » Sylvie, 64 ans (Randonnée, Bouches-du-Rhône) « J’ai vendu ma voiture, je prends le train, et je donne ce que je n’utilise plus. Mais me priver de mes randonnées ou réparer du matériel usagé ? À mon âge, j’ai le droit à mes plaisirs ! » Nicolas, 44 ans (Tennis, Île-de-France) « On a installé des panneaux solaires à la maison et on achète du matos d’occasion. Mais pour les déplacements, la voiture reste indispensable. Les autres parents ne sont pas toujours prêts à s’organiser. » 37 -- 37 of 51 -- L’opinion des responsables de clubs Jean, 63 ans (Basket, Gironde) « Sur les transports je ne vois pas ce qu’on pourrait faire de plus, on encourage déjà le covoiturage, mais l’électrique c’est cher. Par contre, on sait qu’on peut faire mieux sur la gestion de l’énergie. La mairie parle de rénovation énergétique depuis des années. On attend toujours. Sans eux, on ne peut rien faire de concret. » Sophie, 34 ans (Gymnastique, Alsace) « On a déjà fait le maximum : covoiturage, matos d’occasion. Mais isoler le gymnase ? Ce n’est pas nous qui décidons. » Karim, 29 ans (Ski, Haute-Savoie) « On covoiture, mais les remontées et les voitures restent très polluantes. Sans aides, on ne peut pas tout changer. » Marc, 47 ans (Voile/Kayak, Morbihan) « J’ai investi dans du matos durable, mais passer à l’électrique ? Trop cher sans aides. Les dossiers sont trop complexes. » 38 -- 38 of 51 -- 3. L’espoir d’une dynamique collective pour surmonter les obstacles Le souhait d’une dynamique collective pour la transition Les responsables de clubs souhaitent avant tout que la transition soit un effort collectif. Environ 60 % souhaitent collaborer avec des partenaires (collectivités, Etat, fédérations, associations, entreprises, autres clubs), 57 % que leurs licenciés s’emparent des sujets de transition et 30 % que des sportifs professionnels participent aux efforts. Seuls 3 % ne souhaitent pas engager la transition de leur structure. Les parties prenantes les plus mentionnées spontanément dont ils attendent un soutien sont les collectivités, les fédérations et l’Etat. 39 -- 39 of 51 -- Ils souhaitent souvent être reconnus et appuyés à l’échelon national ou fédéral : référentiels réglementaires clairs, formations, ou encore coordination entre structures pour mutualiser les efforts, et orienter les choix. "Mon sentiment, c’est qu’aujourd’hui il y a un énorme décalage entre les instances du sport, l'administration et puis la réalité pratique du terrain". Le souhait prioritaire exprimé consiste en l’élaboration d’une stratégie de développement durable par un échelon supérieur. La structuration des démarches RSO est souvent lacunaire à l’échelle des clubs ou associations et tributaire de l’initiative de personnes motivées localement et qui ont l’impression de ne pas être soutenues politiquement. Le fait que les clubs/associations évoluent dans des écosystèmes très hétérogènes, selon les territoires, avec l’implication de plusieurs types de parties prenantes sur les sujets environnementaux et énergétiques (collectivités, OMS, CDOS, CROS, ligues, comités, fédération, etc) peut créer une confusion. L’ensemble de la gouvernance du sport doit pouvoir agir de manière coordonnée, pour diffuser des plans d’actions qui prennent en compte les dynamiques locales. Les collectivités territoriales : une responsabilité dans la rénovation des infrastructures et la formation des responsables La dépense publique annuelle dirigée vers le sport atteint environ 20 milliards d’euros selon une estimation réalisée en 2022 par l’Observatoire de l’économie du sport du groupe BPCE23: dont 6,7 milliards d’euros contribués par l’Etat essentiellement pour les salaires des professeurs d’éducation physique et sportive, le financement de la filière Sciences et Techniques des 23 BPCE L’Observatoire de l’économie du Sport, Etude sur la filière sport https://www.groupebpce.com/la-banque-du-sport/acteur-de-leconomie-du-sport/notre-etude-sur-la-filiere-sport/la-filiere-s port-les-challenges-dune-championne/ 40 -- 40 of 51 -- Activités Physiques et Sportives (STAPS) et les subventions à l’Agence Nationale du Sport (ANS). Les collectivités territoriales soutiennent le sport à hauteur de 12,5 milliards d’euros, principalement contribués par le bloc communal avec les communes et les intercommunalités (11,1 milliards d’euros en 2022), dont le sport est le 2e poste de dépenses. Les régions (600 millions d’euros) et les départements (800 millions d’euros) contribuent dans une moindre mesure au financement du sport. Les répondants sont conscients de l’importance relative des différents financeurs, et citent majoritairement, les collectivités territoriales comme un acteur clé de la transition écologique du sport amateur, en particulier les responsables de club (33 % de mentions, toutes questions ouvertes confondues). Le sport amateur étant structurellement dépendant des équipements publics, des financements locaux et de l’aménagement du territoire, le rôle des collectivités est déterminant dans sa transition. En premier lieu, c’est le rôle des collectivités dans la gestion des infrastructures qui est cité (plus de 14 % de mentions24). Les infrastructures représentent un frein dans la transition écologique des clubs amateurs. Les répondants responsables de clubs déplorent notamment leur impossibilité d’agir en faveur d’une meilleure isolation ou d’une meilleure gestion de l’eau de ces bâtiments, propriétés des municipalités « dépendance avec les infrastructures », « Nous ne sommes pas propriétaires de l'infrastructure », « gestion municipale de l'infrastructure ». Du point de vue des élus25, la rénovation énergétique constitue la pierre angulaire des actions locales. En pratique, les communes interviennent d’abord sur les écoles, bâtiments les plus énergivores et les plus utilisés. Beaucoup d’élus confient que sans aide financière, ces travaux resteraient hors de portée ; et même avec aide, ils doivent étaler les chantiers sur plusieurs années. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, la capacité d’action est faible et l’interdépendance avec l’intercommunalité maximale. On progresse par « petits pas » : LED, petites rénovations, … Entre 2 000 et 10 000 habitants, c’est le segment sous tension : assez grand pour cumuler équipements et attentes, trop petit pour financer une direction climat‑énergie robuste. Au-delà de 10 000 habitants, les programmes sont plus structurés. La seconde attente des responsables de club envers les collectivités concerne la formation. Ils sont plus de 60 % à désigner les collectivités comme les meilleurs acteurs pour les former aux enjeux climatiques et énergétiques, avant les Fédérations et les acteurs privés. 25 Grande Consultation des Maires et des élus municipaux, The Shifters, The Shift Project, février 2026 24 dans les questions Q29 et Q8 « Et concrètement, s'agissant de votre club, quels sont les trois principaux freins qui vous empêchent d’agir pour faire face aux changements climatiques et aux crises énergétiques et réduire les impacts du club et des licenciés » et Q29 Auriez-vous une demande à formuler pour vous aider dans votre transition énergétique et climatique) 41 -- 41 of 51 -- Les Fédérations : un rôle de cadrage de la transition, et de sensibilisation des licenciés Les responsables relèvent tout d’abord le rôle des fédérations dans la réduction de l’impact carbone du sport amateur via la mobilité, en repensant le format des compétitions et l’organisation des lieux de compétition et en promouvant le covoiturage et les transports en commun (« Sur les évènements sportifs et compétition, développer et rendre régulier le covoiturage ou transport en commun »). Le format et l’organisation des compétitions sont typiquement à la main des structures déconcentrées des fédérations, ligues, comités départementaux, etc, une nuance qui n’est pas exprimée par les répondants qui voient les fédérations comme principaux responsables. Certains pratiquants pointent la tendance croissante à la promotion de grandes compétitions sportives à l’échelle mondiale et aux déplacements des sportifs amateurs que cela implique pour y participer. Les répondants identifient l’influence de ces communications sur les populations amateurs : « arrêter de rendre sexy les courses à l’autre bout du monde » (la formulation « l’autre bout du monde » est citée plusieurs fois chez les pratiquants), « on n’est pas des pro ». Pratiquants comme responsables de club évoquent ensuite leur besoin de sensibilisation par les Fédérations : « plus de communications de la part des différentes fédérations sur l'ensemble des impacts liés à la pratique du sport » (pratiquant), « Formation spécifique encouragée par la fédération pour une gestion plus durable de notre sport » (responsable de club). Ils souhaitent que les Fédérations jouent un rôle dans la motivation, et l’impulsion du mouvement de transition : « les Fédérations devraient être motrices et faire leur bilan carbone » (pratiquants), « les fédérations doivent initier le mouvement nationalement » (responsable de 42 -- 42 of 51 -- club), « Nous sommes un peu seul au monde, difficile d'échanger/ partager les bonnes pratiques entre club au sein de la fédération » (responsable de club). Pourtant, la plupart des fédérations se sont déjà dotées d’équipes prenant en main les sujets RSO y compris environnementaux, et nombreuses d’entre elles ont développé un plan ou une stratégie RSO, ce qui est globalement encore peu perçu au niveau local. Les efforts réalisés au niveau fédéral peinent à infuser, alors qu’ils sont plutôt bien accueillis lorsqu’ils sont diffusés (e.g. ateliers de sensibilisation menés par la Fédération Française de Handball). Cela conduit à une forme d’engagement “artisanal” des clubs, qui, bien que sincère, reste vulnérable à l’épuisement ou à la démobilisation, et un effet de plafond : les acteurs volontaires sont vite confrontés à des limites matérielles, culturelles ou institutionnelles. Partenaires privés : des freins à lever pour permettre la transition Certains pratiquants abordent le rôle et l’impact des marques de textile sportif ou de nutrition. Les plus informés recherchent des matériaux plus durables, encouragent les marques à l’éco-conception et souhaitent voir se développer la réparation et le réemploi. Ils recherchent également une plus grande traçabilité (« ecoscore », « relocalisation de la fabrication des vêtements ou équipements », « meilleure transparence sur les origines des vêtements ou équipement »).26 Toutefois, ils mettent en évidence que les sportifs n’ont pas tous le même niveau de connaissance au moment de s’équiper (« je crois réellement que beaucoup de personnes font des choix non informés, car on ne peut pas penser à tout ») ou qu’ils n’ont parfois tout simplement pas le choix (« Choix de vêtements éco-responsables », responsable de club). 26 Un kilogramme de textile intégralement produit en France près de deux fois moins de GES qu’un kg produit en Chine. (Source : Évaluation de l’empreinte carbone du secteur textile en France, Cycleco, 2021, d’après le rapport intermédiaire du Shift Project 2024) 43 -- 43 of 51 -- L’opinion des pratiquants Lucas, 23 ans (Foot, Hauts-de-France) « Si le club proposait du covoiturage ou du matériel recyclé, je foncerais. En plus ça me revient moins cher. Mais j’aimerais ne pas être le seul à le faire. À plusieurs, on pourrait vraiment changer les choses, j’ai pas envie d’être pointé du doigt par mes coéquipiers parce que je fais les choses différemment. » Manon, 29 ans (VTT, Auvergne-Rhône-Alpes) « Si les clubs proposaient des navettes ou des ateliers de réparation, ce serait bien plus simple. Là, on a l’impression de se battre seuls. Si on était plus à comprendre les enjeux je pense que ce serait plus motivant » Sylvie, 64 ans (Randonnée, Bouches-du-Rhône) « Dans le club, on montre l’exemple : covoiturage pour ceux qui veulent, repas locaux. Il faut surtout la volonté. Mais je ne vais pas faire la morale. Chacun fait ce qu’il peut, et le sport c’est quand même bon pour la santé! » Nicolas, 44 ans (Tennis, Île-de-France) « Si les clubs intégraient plus d’éco-gestes – covoiturage, équipements recyclés – ça créerait une dynamique. Nos enfants sont réceptifs, c’est maintenant qu’il faut agir. » 44 -- 44 of 51 -- L’opinion des responsables de clubs Jean, 63 ans (Basket, Gironde) « Si la fédération ou la ville nous aidait, on pourrait embarquer les joueurs. Mais là, on est seuls. Il faut que les pratiquants prennent conscience du sujet, et qu’on nous aide à les sensibiliser, sinon on combat des moulins à vent » Sophie, 34 ans (Gymnastique, Alsace) « Si les collectivités nous aidaient, on irait plus loin. Mais aujourd’hui, on fait avec ce que l’on a. » Karim, 29 ans (Ski, Haute-Savoie) « Si l'État et les institutions s’investissent, on pourrait avancer ensemble. Là, on se sent seul face au problème. » Marc, 47 ans (Voile/Kayak, Morbihan) « Si les pros du nautisme et les collectivités travaillaient ensemble, on trouverait des solutions. Mais il faut agir maintenant pour s’adapter. » 45 -- 45 of 51 -- 4. Notre proposition de plan d’action pour la transition Proposition préliminaire de plan d’action pour la transition du sport amateur fédéral, The Shifters Les répondants à la Grande Consultation du Sport souhaitent que la transition soit collective et planifiée. Une coordination des parties prenantes est donc souhaitée pour atteindre l’objectif d’un sport amateur résilient aux chocs et ayant fait sa part dans la trajectoire de décarbonation nationale. Chaque acteur jouera un rôle essentiel: - Les fédérations tout d’abord peuvent jouer un rôle de garant, et impulser une nouvelle dynamique comme le souhaitent les répondants. Elles peuvent mener des actions à l’échelle de leur sport, mais aussi collaborer avec d’autres fédérations pour impulser cette dynamique. Des ponts peuvent être renforcés entre les fédérations avec des mécanismes d’alignement, et d’engagement réciproques qui pourraient soutenir la transition collective, et leur permettre de parler d’une seule voix auprès des partenaires publics et privés et des clubs, et de rassembler leurs forces pour créer des synergies et maximiser leur impact potentiel. C’est en premier lieu via un alignement des stratégies 46 -- 46 of 51 -- de transition - qui existent déjà dans de nombreuses fédérations - que cette union pourrait démarrer. Cette nouvelle stratégie unifiée devrait ensuite être diffusée dans les structures déconcentrées des fédérations (ligues, comités départementaux) puis communiquée aux clubs via des ateliers de sensibilisation fréquents, dont l’utilité est soulignée par les pratiquants (e.g. Fédération Française de Handball). Les pratiquants et les responsables de clubs souhaitent être formés, et disposer de guides officiels des bonnes pratiques. Les fédérations ont probablement aussi un rôle à jouer comme représentants du sport amateur auprès de partenaires privés, à commencer par leurs sponsors, mais aussi des nouveaux partenaires (transport, énergie, banques, etc) qui pourraient accompagner la transition en faisant évoluer leurs offres, consentant à des tarifs préférentiels, etc. Vis-à-vis du sport professionnel enfin, elles pourraient peser pour sensibiliser les athlètes, et encourager à la responsabilité dans les communications sur les compétitions. - Les clubs ensuite pourraient formellement matérialiser leur engagement en faveur de la transition, non seulement vouloir agir mais s’y engager par des prises de position symboliques, en signant la charte fédérale, en accueillant des ateliers et en déployant les actions recommandées par les guides de bonnes pratiques. De nombreuses actions sont déjà conduites, pour leur mise à l’échelle, une feuille de route devrait être planifiée et prioriser les actions sur la base non seulement des impacts environnementaux, mais aussi de co-bénéfices économiques, qui permettraient de soutenir les actions dans la durée. - Les collectivités enfin pourraient accompagner la transition: être impliquées et participer d’abord aux réflexions et aux efforts de sensibilisation pour mieux comprendre leur responsabilité. Les communes et les intercommunalités sont les premiers financeurs du sport amateur, et portent donc une influence significative sur les autres acteurs. L’éco-conditionnement des subventions en intégrant des critères de décarbonation et d’adaptation dans l’attribution des subventions permettrait par exemple de guider l’action des clubs et fédérations. Afin de clarifier ensuite les efforts requis, des diagnostics pourraient être conduits sur les infrastructures sportives mais aussi les réseaux de transport, d’énergie et de déchets qu’elles gèrent ou co-gèrent. En conséquence, des ajustements pourraient être réalisés sur les infrastructures (rénovation), les réseaux de transport (e.g. adaptation des horaires et des routes, création de pistes cyclables), d’énergie (e.g. installation d’équipements à faible consommation, collecte de l’eau) et de déchets (e.g. mise à disposition d’équipements pour le recyclage). Les collectivités déclarent souhaiter un accompagnement de l’Etat et notamment des Ministères compétents sur les différentes problématiques. L’Etat aura donc un rôle à jouer pour la création de mécanismes d’incitation, l’adaptation du cadre réglementaire, et le déblocage de crédits pour les rénovations. Cette première proposition de plan d’action, bâtie sur la base des retours des pratiquants et responsables de clubs amateurs devra nécessairement être revue, amendée et ajustée pour prendre en compte les retours de toutes les parties prenantes: les fédérations et leurs structures déconcentrées, les collectivités, le secteur privé. 47 -- 47 of 51 -- Conclusion: et maintenant? La consultation révèle une prise de conscience encore inégale mais bel et bien présente face aux enjeux climatiques. Si les vulnérabilités identifiées — accès aux infrastructures, déplacements, faisabilité des compétitions — posent des défis importants, elles mettent aussi en lumière les leviers d’action prioritaires. Des cadres d’action sont attendus par les différents acteurs du secteur, qui souhaitent chacun être accompagnés dans leur transition. Les besoins exprimés (outils concrets, formation, financements, appui politique) sont convergents et lucides. Ce consensus sur les freins et leviers doit désormais être transformé en plan d’action clair, avec des responsabilités mieux réparties entre acteurs locaux, fédérations, ligues, comités, partenaires privés, et pouvoirs publics. L’écrasante majorité des personnes interrogées exprime une réelle ouverture à la transition, voire un souhait : à condition qu’elle soit rendue cadrée, accompagnée, et en phase avec les réalités du terrain. Les freins culturels, financiers et structurels identifiés ne sont pas des fatalités mais ne pourront être dépassés que par une dynamique collective. Aucun acteur seul (fédération, collectivité, club, pratiquant) ne pourra engager la transition, mais chaque acteur a un rôle à jouer, et ne peut pas rejeter la responsabilité sur les autres. A compter de 2026, chez les Shifters nous souhaitons apporter notre aide aux acteurs du secteur, et mettre à disposition à la fois notre expertise et nos relations, à travers les secteurs, pour faciliter la coordination des acteurs, et la priorisation des initiatives qui feront bouger les choses. Nous souhaitons contribuer à la coordination des stratégies de transition des fédérations, faciliter les échanges entre les fédérations, travailler sur la charte commune et sur les guides de bonnes pratiques, mobiliser nos partenaires associatifs et suivre l’avancement de la transition. Nous organisons tout d’abord des événements de restitution des résultats dans toute la France à partir d’avril 2026, en collaboration avec les fédérations nationales. Chaque événement devra représenter le lancement officiel de cette transition à l’échelle d’un territoire, convier des clubs de sport amateurs, des partenaires privés et des représentants de collectivités. Chaque session permettra de présenter les principaux résultats des travaux, notamment à travers des focus par discipline sportive, qui seront suivis d’ateliers, dédiés à l’idéation de solutions adaptées au territoire et aux sports concernés. A la suite de chaque atelier, nous souhaitons que les fédérations associées, en partenariat avec les collectivités, des associations et organisations privées, puissent annoncer des initiatives de transition, à déployer auprès de clubs pilotes. 48 -- 48 of 51 -- Cartographie non exhaustive des événements Shifters en cours d’organisation (à fin mars 2026) Si vous souhaitez participer à un événement de restitution, vous pouvez vous inscrire sur : les évènements de présentation des résultats de la Grande Consultation du Sport. Pour solliciter l'intervention de Shifters pour l'organisation d’un événement de restitution de la Grande Consultation du Sport sur votre territoire, contactez [email protected]. Le sport peut devenir un levier puissant de transformation écologique, par son maillage territorial et sa capacité à mobiliser des communautés entières “Le sport c'est ma vie, mon pilier”, il peut jouer un rôle central pour diffuser les enjeux énergie et climat, à la fois au sein des structures sportives et auprès des pratiquants. Grâce à sa capacité à rassembler, à inspirer et à créer du lien, il offre des opportunités uniques pour vulgariser, former et mobiliser, en s’appuyant sur la force de l’exemple, le collectif et l’émotion. Chez les Shifters, c’est notre conviction. 49 -- 49 of 51 -- Sources Données collectées lors de ~100 entretiens réalisés par Les Shifters (novembre 2024 à avril 2025), et d’un questionnaire publié en ligne par Les Shifters (mai à décembre 2025). Observatoire des Métiers du Sport, janvier 2025, “Synthèse du rapport de l’impact social, sociétal et économique du sport” WWF France, juillet 2021, “Dérèglement Climatique. Le Monde du Sport A +2°C et +4°C” DELANOE, P. et LEPAGE, A., juin 2024, “Jeux Olympiques et Paralympiques : faire face au défi climatique et énergétique des déplacements internationaux”, Cercle Thématique Sport, The Shifters Ministère de la Transition Ecologique, de l’Energie, du Climat et de la Prévention des risques, mars 2025, “Plan National d’Adaptation au Changement Climatique 3”, Ministère The Shift Project, février 2025, “Décarbonons le Sport. Un premier applicatif au Football et au Rugby” The Shift Project, décembre 2024, “La Grande Consultation des Agriculteurs” The Shift Project, février 2026, “La Grande Consultation des Maires et des élus municipaux” Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire, décembre 2024, “Baromètre National des Pratiques Sportives 2024” Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire, juillet 2025, “Recensement des licences et clubs sportifs 2024” Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, juillet 2025, “Estimation de la population au 1er janvier 2025” 15e Baromètre Sport Santé FFEPGV x IPSOS-BVA, janvier 2026 50 -- 50 of 51 -- 51 -- 51 of 51 --