Marc-Antoine Eyl-Mazzega & Emmanuel Hache : "Avec le retour des matières premières dans le grand jeu géopolitique, les métaux sont un sujet crucial !" | BRGM

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22 avr. 2026, 06:00

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Extrait de l’interview de Marc-Antoine Eyl-Mazzega & Emmanuel Hache, à retrouver en intégralité dans la revue Géosciences n°29 du BRGM : "Raconter la Terre". Les transitions énergétique et numérique, qui nécessitent de nombreuses ressources minérales, recouvrent de forts enjeux géopolitiques et géoéconomiques. Pourquoi ?  Marc-Antoine Eyl-Mazzega :  Les transitions bas carbone et numériques nécessitent un grand nombre de matières premières dont la demande ne cesse d’augmenter. Ainsi, les métaux sont apparus dès 2010 comme un sujet d'importance lorsque la Chine a rompu certains approvisionnements au Japon et depuis 2021 comme un sujet crucial car des pénuries et restrictions aux exportations ont été progressivement constatées, tandis que les analyses montrant l’ampleur de l’accroissement des besoins à venir se sont multipliées. Les États européens, importateurs de 70 à 100% des métaux qu'ils consomment, payent aujourd’hui le prix de leur négligence industrielle au cours des dernières décennies et n’ont pas assez prêté attention au renforcement systématique des positions chinoises pendant ce temps, notamment dans le segment très sensible du raffinage. En même temps, les hydrocarbures continuent de dominer les bouquets énergétiques mondiaux et européens. Il y a donc une double géopolitique : à la fois des métaux et des hydrocarbures. Comment expliquez-vous la prédominance économique de la Chine dans la production de métaux ?  Emmanuel Hache : La Chine assure par exemple près de 70% de l'extraction minière des métaux appelés « terres rares » et plus de 90% de leur raffinage à l'échelle mondiale. La domination chinoise sur les marchés de métaux est désormais globale et elle est présente sur l’ensemble des chaînes de valeur des métaux. Ce positionnement résulte d’un choix délibéré, amorcé dans les années 1980 par les pays industrialisés qui ont préféré transférer leurs industries les plus consommatrices d’énergie et les plus polluantes vers la Chine. Elle est ainsi devenue importatrice sur de nombreux marchés de métaux (cuivre, alumine, bauxite, plomb, zinc, étain…), en développant à partir des années 2000, une diplomatie minière basée sur la conquête de marchés étrangers et la garantie d’approvisionnements à moindre coût.