Face aux géants tech, la France peut-elle encore reprendre la main ? - Decision-achats.fr

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16 avr. 2026, 15:50

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Accueil / #Stratégie achats Le think tank Géopolitique du numérique , présidé par Sébastien Crozier (président de la CFE-CGC Orange), est né d’un triple choc : le Covid 2020 qui a révélé les fragilités des chaînes logistiques mondiales, l’invasion de l’Ukraine en 2022, et l’élection de Donald Trump fin 2024 qui a réouvert la question des dépendances technologiques occidentales. Son premier baromètre de la souveraineté numérique , réalisé avec l’Institut Verian sur un échantillon de 1 003 Français représentatifs (du 29 au 31 mars 2026), fixe l’état des lieux. Outre les 86 % de Français jugeant la France trop dépendante des géants étrangers , 78 % estiment qu’elle manque de moyens pour faire respecter sa réglementation, et 64 % considèrent qu’elle pèse davantage en régulation qu’en innovation . «  Le numérique n’est plus un secteur parmi d’autres, il est devenu un espace de confrontation, au cœur de la souveraineté, de la sécurité et de la puissance » . Seuls 16 % des répondants estiment d’ailleurs que la France a perdu trop de terrain pour revenir dans la course ; la majorité croit encore au rebond, à condition d’une stratégie lisible. 35 % en réclament une, comparable à une doctrine de défense nationale ; 27 % appellent à des investissements massifs dans les technologies stratégiques. Embargo, faillite d’éditeur, clé numérique : trois risques fournisseurs Pour les directions achats, le basculement opérationnel que décrit Sébastien Crozier tient à une catégorie de risque mal intégrée dans les grilles d’évaluation fournisseurs, la dépendance logicielle involontaire . « Ce que j’achète pour faire fonctionner mes outils, ce que j’achète pour faire fonctionner mon usine, mon entreprise, peut-il être impacté par des logiciels ou des outils qui vont être frappés d’embargo, frappés d’interdiction, frappés de droits d’usage ou de clés numériques qui vont faire que finalement je ne vais pouvoir plus les utiliser ? » Premièrement, dans l’hypothèse d’un embargo géopolitique ou de sanction — l’exemple du bannissement des équipements télécom chinois (ndlr : la Commission européenne a adopté le Digital Networks Act le 21 janvier 2026) en est la version institutionnalisée. Deuxièmement, dans l’hypothèse de la faillite d’un éditeur, qu’advient-il ? «  Quand vous achetez des logiciels et que l’éditeur fait faillite. Vous ne bénéficiez plus de la maintenance des logiciels, qu’en ferez-vous ? ». Enfin, troisième situation, à savoir l’hypothèse d’un rachat stratégique d’un fournisseur commun par un de ses concurrents — l’acteur est monté par la chaîne de valeur, a acheté l’éditeur de solutions partagé par plusieurs concurrents, et a décidé de ne plus les servir,  «  Ce n’est plus maximiser le profit de l’entreprise qu’on achète, mais affaiblir les concurrents, parce que les concurrents se fournissent dans cette entreprise »  . L’affaire Alstom reste la référence de la version industrielle de ce phénomène. Sa version logicielle, plus diffuse, touche directement les acheteurs de prestations intellectuelles IT , de solutions ERP , de plateformes SaaS et d’infrastructures cloud. Autonomie stratégique : ce que le think tank prépare Sébastien Crozier distingue soigneusement souveraineté et autonomie stratégique . La première renvoie à une logique d’autarcie «  un peu illusoire dans un monde très interconnecté » ; la seconde, plus opérationnelle, consiste à identifier et gérer ses dépendances plutôt qu’à les supprimer. «  La souveraineté numérique ne peut plus être pensée uniquement en termes de normes. Elle suppose désormais des capacités industrielles, technologiques, infrastructurelles, capables de soutenir une véritable autonomie stratégique » , complète Christian Harbulot , directeur de l’École de Guerre Économique. Pour les entreprises, cette logique se traduit concrètement par tester plusieurs fournisseurs pour éviter les verrous, intégrer le coût de la dépendance dans les évaluations achats, anticiper les clauses de réversibilité et de portabilité des données dès la négociation contractuelle. Le think tank, qui a réuni le 8 avril une première journée à l’Alliance Française, intitulée « Géopolitique du numérique : se réarmer dans les nouveaux rapports de forces », avec des intervenants issus de Samsung, Orange Marine, Eutelsat, la députée Isabelle Rauch, ou le Ministre délégué à l’Europe Benjamin Haddad, prévoit déjà une deuxième édition au premier trimestre 2027 en contexte pré-présidentiel, pour interpeller les candidats sur leur stratégie numérique. Un format à destination des parlementaires (Assemblée nationale ou Sénat) est annoncé pour la rentrée 2026. Des baromètres segmentés — par secteur, par type d’acteur, non plus sur le grand public — sont prévus avec Verian. Une charte d’engagement est en cours d’élaboration pour les entreprises membres, fondée sur le principe d’autonomie stratégique pan-européenne et pas seulement une logique purement franco-française, même si cette dimension ne doit pas être oubliée.