Structurer un plan de formation achats : méthode en quatre étapes

Decision Achats
11 juin 2026, 03:00

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Étape 1 – Définir un référentiel de compétences achats La première étape d’un plan de formation achats structuré est la définition d’un référentiel de compétences propre à l’organisation. Sans cette photographie cible, le plan de formation reste un catalogue d’inscriptions individuelles sans cohérence d’ensemble. Le référentiel s’organise généralement autour de six dimensions complémentaires. Dimension 1 – compétences techniques fondamentales : négociation, analyse des coûts (TCO, should-cost, target costing), rédaction de cahier des charges, conduite d’appels d’offres, gestion contractuelle, qualification fournisseurs. Dimension 2 – compétences digitales : maîtrise des outils Source-to-Pay (SAP Ariba, Coupa, Ivalua, Jaggaer), analyse de données et spend analytics, usage de l’IA générative pour le sourcing et l’analyse, automatisation des processus. Dimension 3 – compétences stratégiques : category management, supplier relationship management (SRM), gestion des risques fournisseurs, stratégie d’achats sectorielle, panel management. Dimension 4 – compétences transversales (soft skills) : leadership, gestion de projet, communication, influence sans autorité, négociation avancée, intelligence émotionnelle, capacité de prise de décision en environnement incertain. Dimension 5 – compétences réglementaires et ESG : CSRD, CS3D, devoir de vigilance, Sapin 2, achats responsables, Bilan Carbone® et Scope 3, taxonomie verte, conformité sectorielle. Dimension 6 – compétences sectorielles et techniques : connaissance des marchés fournisseurs prioritaires de l’entreprise, vocabulaire technique des produits achetés, normes sectorielles. Le référentiel doit ensuite être gradué par niveau de maîtrise – typiquement quatre niveaux : sensibilisation, application encadrée, maîtrise autonome, expertise. Cette grille à deux dimensions (compétences × niveaux) constitue le socle qui orientera l’assessment des collaborateurs et la construction des parcours individuels. Étape 2 – Réaliser un assessment individuel et collectif La deuxième étape consiste à réaliser un assessment positionnant chaque collaborateur sur le référentiel. Trois approches coexistent. L’auto-évaluation guidée : chaque acheteur se positionne lui-même sur la grille, complétée par une revue avec son manager direct. Avantage : implication forte, faible coût. Limite : biais d’auto-évaluation (sur ou sous-évaluation). La revue managériale 360° : croisement de l’auto-évaluation avec celle du manager, des pairs et des clients internes (utilisateurs métiers). Avantage : robustesse de la photographie. Limite : effort organisationnel significatif. L’assessment externe : recours à un prestataire spécialisé (CDAF, EIPM, ou cabinet conseil) qui réalise un diagnostic indépendant. Avantage : neutralité, benchmark sectoriel possible. Limite : coût, durée d’exécution. La pratique observée chez les grands comptes français combine souvent les trois : assessment externe initial (référence à un moment T), puis auto-évaluation et revue managériale annuelles pour le suivi de progression. L’analyse de l’assessment produit deux outputs structurants. Output individuel : carte de compétences de chaque collaborateur, avec écarts prioritaires par rapport au profil cible de son poste. Output collectif : carte de compétences de l’équipe, mettant en évidence les angles morts (compétences critiques sous-développées globalement) et les forces (compétences déjà solides à valoriser). Ces deux outputs alimentent respectivement les plans individuels de développement et le plan de formation collectif. Étape 3 – Construire des parcours différenciés par niveau et profil La troisième étape – la construction des parcours – combine la photographie collective et les besoins individuels en programmes cohérents. La pratique observée structure trois grands parcours-types selon le niveau. Pour les acheteurs juniors (0 à 3 ans d’expérience), le parcours combine généralement : une formation diplômante de référence (Master 2 DESMA, Kedge MAI, Audencia MS Achats) en formation initiale ou en alternance pour ceux qui démarrent ; les fondamentaux du métier via les modules CDAF/ESAP (négociation, analyse coûts, cahier des charges) ; une initiation à l’écosystème achats (introduction au category management, fondamentaux S2P, premier contact avec les outils internes). Investissement typique : 7 à 10 jours de formation la première année, complétés par un mentor confirmé. Pour les acheteurs confirmés (3 à 10 ans d’expérience), le parcours bascule vers la spécialisation. Trois axes principaux : spécialisation catégorielle ou sectorielle (achats indirects, achats de production, achats internationaux, achats publics, achats responsables) via modules CDAF, certifications spécialisées ou Mastère MAI ; certification professionnelle internationale (CIPS Level 4-5, EIPM CAPC) pour les profils à vocation internationale ; développement des soft skills (négociation avancée, leadership, influence). Investissement typique : 5 à 7 jours de formation par an, structurés par plan individuel de développement. Pour les responsables et directeurs achats (10+ ans d’expérience), le parcours devient stratégique et leadership. Options principales : Executive MBA généraliste (ESCP, HEC, EM Lyon) ou spécialisé (EIPM Global Executive MBA) ; certifications senior (CIPS Level 6 Professional Diploma, FCIPS) ; immersion auprès de pairs (clubs Décideurs achats, EIPM Senior Executives Roundtable, conférences CNA) ; coaching individuel et accompagnement à la transformation. Investissement typique : 10 à 30 jours par an sur trois ans pour un Executive MBA, complétés par les sessions de pairs. Étape 4 – Ancrer la formation et mesurer l’impact La quatrième étape – souvent négligée – est l’ancrage dans la durée et la mesure de l’impact. Une formation sans ancrage perd une part importante de son effet en quelques mois (selon les études classiques en sciences cognitives). Trois leviers structurent l’ancrage. Premier levier : la mise en application immédiate. Chaque formation doit être suivie d’un projet d’application sur le poste du collaborateur, dans les 30 jours suivant la session. Le manager direct supervise cette application, et le résultat est documenté. Cette discipline transforme la formation en investissement business identifiable. Deuxième levier : la communauté apprenante. Sessions de partage entre pairs sur les apprentissages, université achats interne (déployée par exemple chez Orange, Michelin, L’Oréal, Carrefour, Sanofi), mentorat structuré entre seniors et juniors, plateforme LMS (Humanperf ou équivalent) pour les modules digitaux. Troisième levier : la mesure de l’impact. Les indicateurs traditionnels (taux de complétion des formations, satisfaction des participants) restent nécessaires mais insuffisants. Les organisations matures suivent également des indicateurs business : évolution de la productivité achats (économies générées par acheteur), de la complétude du portefeuille catégoriel couvert, du taux de satisfaction des clients internes, de la fluidité des cycles P2P. Sur trois ans, ces indicateurs permettent de chiffrer le ROI du plan de formation et de défendre l’investissement auprès de la direction générale. Au-delà de la mesure, l’inscription dans la durée repose sur trois rituels managériaux. Un entretien annuel de développement dédié à la trajectoire de compétences, distinct de l’entretien de performance. Une revue trimestrielle du plan collectif par la direction achats : avancement, ajustements, nouveaux besoins identifiés. Un comité formation annuel réunissant la direction achats, la DRH et un sponsor exécutif, pour articuler le plan de formation avec la stratégie de l’entreprise. C’est cette discipline managériale dans la durée – plus que la sophistication du catalogue de formation – qui distingue les directions achats qui transforment réellement leurs équipes des autres. Ce contenu est publié par Mentioned