Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux

Ifri Publications
17 avr. 2026, 12:00

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Centre Asie Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE Points clés La crise du détroit d’Ormuz met en évidence une surexposition structurelle de Taïwan au Moyen-Orient, dont les hydrocarbures représentaient en 2025 16 % de la production électrique taïwanaise et dont est importé plus de 80 % de l’hélium nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs. À court terme, la vulnérabilité de Taïwan est avant tout économique : l’approvisionnement a été maintenu grâce à la redirection de cargaisons initialement à destination d’autres clients, mais au prix de surcoûts significatifs supportés par les énergéticiens publics. La crise va accélérer des réorientations plus larges du système énergétique taïwanais : réduction de la dépendance au Moyen-Orient au profit du GNL américain, relance du nucléaire et recours ponctuel au charbon pour stabiliser les prix. Les renouvelables, quant à eux, ne bénéficient pas pour l’heure du même effet d’entraînement. L’industrie taïwanaise des semi- conducteurs, à laquelle toutes les économies numériques dépendent, est elle aussi menacée en raison de sa dépendance à l’hélium qatari. La prise de conscience de cette vulnérabilité devrait d’autant plus justifier l’extension du concept de sécurité énergétique à la sécurité industrielle à Taïwan. 17 AVRIL 2026 -- 1 of 12 -- 1Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE Introduction L’opération militaire de grande ampleur menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a entraîné une riposte iranienne ayant provoqué la destruction partielle d’infrastructures de liquéfaction de gaz naturel et une perturbation sévère du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Les économies d’Asie de l’Est – la Corée du Sud, le Japon et Taïwan en particulier – sont fortement exposées à cette crise en raison de leur dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié (GNL) pour leur production d’électricité. À Taïwan, archipel de 24 millions d’habitants revendiqué par la Chine, cette crise est notable à deux titres. D’une part, elle intervient au moment où le système électrique taïwanais est engagé dans une transformation visant à répondre simultanément à une forte demande en électricité, aux objectifs de réduction des émissions de gaz à effets de serre, et à une quête de résilience face aux pressions hybrides exercées par la Chine. D’autre part, l’archipel est le leader mondial des semi-conducteurs dits « logiques » à la base des applications d’intelligence artificielle (IA) : toute perturbation de leur production, très intensive en électricité et en hélium, un co-produit de certains champs gaziers, est susceptible d’avoir des répercussions globales. La crise au Moyen-Orient constitue dans ce contexte un test grandeur nature pour la résilience industrielle et énergétique de Taïwan. Un mix électrique dépendant des hydrocarbures du Moyen-Orient Le système électrique taïwanais repose majoritairement sur l’importation de GNL, qui représentait en 2025 près de 48 % du mix électrique1. Cette place grandissante du GNL s’inscrit dans une transition énergétique qui vise à assurer une fourniture stable d'électricité dans un contexte de sortie progressive du charbon et du nucléaire. Elle expose néanmoins particulièrement Taïwan aux chocs externes au moment où la consommation électrique est en forte hausse, en raison d’une demande inédite de semi- conducteurs qui tire la production industrielle. À lui seul, le Qatar représentait 34 % des importations taïwanaises de GNL en 20252, soit l’équivalent d’environ 16 % de la production électrique totale de l’île. 1. Ministry of Economic Affairs (MOEA) / Taipower (production 2025, GWh). 2. Ibid. -- 2 of 12 -- 2Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE Tableau 1 : Importations de GNL de Taïwan par pays fournisseurs en 2025 (en part du volume total des importations) Pays Part des importations totales de GNL Qatar 33,7 % Australie 33,5 % États-Unis 9,9 % Papouasie-Nouvelle- Guinée 7,9 % Autres (Nigeria, Indonésie, Russie…) 15 % Source : CPC / MOEA, données consolidées par l’auteur. Le blocage partiel du détroit d’Ormuz et les dommages causés aux infrastructures énergétiques régionales ont confirmé l’exposition de Taïwan. En particulier, les frappes sur le complexe de Ras Laffan ont endommagé des installations de liquéfaction, entraînant une réduction nette d’environ 17 % de la capacité d’exportation de GNL du Qatar, avec une mise à l’arrêt temporaire de certaines unités de production. QatarEnergy a déclaré un cas de force majeure sur certains contrats de long terme pour une durée pouvant atteindre cinq ans, affirmant que la réparation de ces infrastructures pourrait prendre entre trois et cinq ans3. Taïwan se voit directement affecté, ayant signé en juin 2024 un contrat de 27 ans avec QatarEnergy4 et ayant augmenté ces dernières années la part des importations sous contrat à long terme, précisément afin de se prémunir des fluctuations de prix5. Le choc des prix absorbé par l’État CPC Corporation Taiwan, l’entreprise publique et unique importateur de GNL, a ainsi été confrontée à une pression considérable pour garantir la sécurité de l’approvisionnement. Des cargaisons en provenance d’autres pays producteurs, tels que les États-Unis et l’Australie, ont été détournées vers Taïwan, dont une partie était 3. « H.E. Minister Saad Sherida Al-Kaabi: The Missile Attacks Reduced Qatar’s LNG Export Capacity By 17% and Caused an Estimated Loss of $20 Billion In Annual Revenue », QatarEnergy, 19 mars 2026, disponible sur : www.qatarenergy.qa. 4. « Natural Gas Supply Stable Despite Rising Concerns About Qatari LNG: Ministry », Taipei Times, 24 mars 2026, disponible sur : www.taipeitimes.com. 5. A. Simorre, « L’approvisionnement énergétique de Taïwan. Talon d’Achille de la sécurité nationale », Asie.Visions, n° 142, Ifri, octobre 2024, disponible sur : www.ifri.org. -- 3 of 12 -- 3Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE initialement destinée au Japon et à la Corée du Sud6, deux autres grands importateurs asiatiques de GNL. Ces ajustements auraient été réalisés de concert avec ces pays qui entretiennent de bonnes relations avec Taïwan et ont intérêt à voir la production de semi-conducteurs se maintenir7. Ces actions rapides ont permis au gouvernement taïwanais de multiplier rapidement les messages de confiance à destination de l’industrie et de la population, affirmant avoir sécurisé ses approvisionnements en GNL pour les mois d’avril et de mai, et être en voie de finaliser ceux de juin8. L’adaptation du gouvernement, aidé par des fournisseurs extérieurs, s’est toutefois faite à un coût considérable. CPC Corporation Taiwan a été contraint de se tourner vers le marché spot dont les prix ont explosé depuis le début de la crise. Selon le ministère des Affaires économiques, CPC devrait supporter un surcoût total d’environ 6,5 milliards de dollars américains d’ici juin-juillet lié à la hausse des prix du GNL et du pétrole9. Cette hausse des coûts a été en grande partie absorbée par les producteurs d’électricité, et notamment l’énergéticien étatique Taipower, qui a vu le prix du gaz à destination des centrales électriques augmenter de 41,58 % au 1er avril10. Taipower estime que cette hausse entraînera un surcoût d’environ 315 millions de dollars américains par mois sur le reste de l’année, soit entre 2,8 et 2,9 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année11. Bien que la loi taïwanaise permette une révision deux fois par an des tarifs afin de refléter les fluctuations des prix mondiaux des combustibles, le gouvernement a déjà annoncé ne pas vouloir répercuter cette hausse des prix sur les consommateurs, ce que l’on comprend aisément considérant les élections locales qui se tiendront en novembre. Bien qu’efficace à court terme, cette stratégie fragilise toutefois la situation financière des deux principaux opérateurs publics de l’énergie, limitant leur capacité d’investissement dans la résilience du système. Ces investissements, notamment en matière de stockage, d’amélioration des infrastructures de transmission électrique, de développement du renouvelable ou encore de lutte contre les cyberattaques, sont pourtant jugés nécessaires par une partie des experts taïwanais dans un contexte 6. « Réponse aux évolutions de la situation au Moyen-Orient : le gouvernement a activé un groupe de coordination et préparé des solutions de secours pour l’approvisionnement en gaz naturel, appelant la population à rester rassurée » (因應中東情勢變化 政府已啟動應變小組 備妥天然氣備援方案 請民眾放心), Ministry of Economic Affairs (Taiwan), 3 mars 2026, disponible sur : www.moea.gov.tw. 7. « Taiwan Says It Has Assurances Over LNG Supplies from ‘‘Major’’ Country », Reuters, 4 avril 2026, disponible sur : www.reuters.com. 8. « Zheng Lijun : pas de hausse des tarifs des transports publics ; l’ajustement des prix des billets sur les lignes aériennes intérieures est reporté » (鄭麗君:公共運輸不漲價 航空國內線票價暫緩調整), Central News Agency (CNA), 2 avril 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 9. « Le conflit au Moyen-Orient fait grimper les prix du pétrole et du gaz ; le ministère de l’Économie indique que CPC supporte un surcoût de 6,5 milliards de dollars » (中東戰火推升油氣大漲 經部:中油多負擔65億美元), CNA, 1er avril 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 10. Ibid. 11. Ibid. -- 4 of 12 -- 4Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE géopolitique incertain12. Cette stratégie soulève également une question d’équité, dans la mesure où les pertes des entreprises publiques ne sont pas répercutées sur les gros consommateurs industriels d’électricité, mais compensées par l’État, et donc, in fine, par le contribuable taïwanais. Dans la foulée des annonces de surcoûts induits, le gouvernement a d’ailleurs défendu au Parlement un dispositif de soutien à CPC composé d’une recapitalisation de 11 milliards de dollars étalés sur quatre ans, de financement bancaire et d’un mécanisme de compensation budgétaire13. Des effets durables sur le système énergétique taïwanais La crise devrait avoir des effets plus profonds sur le système énergétique taïwanais, en mettant en évidence les limites de la transition énergétique portée par le Parti démocrate progressiste (PDP) au pouvoir, qui avait décidé de recourir davantage au GNL dans le contexte de sortie du nucléaire et d’augmentation de la demande électrique. La Chine a d’ailleurs rapidement exploité cette faille en affirmant, au plus haut de la crise d’Ormuz, que l’unification permettrait de réaliser « une interconnexion complète » à même de « combler les insuffisances de Taïwan en électricité, gaz naturel et pétrole brut ». La vulnérabilité énergétique de Taïwan constitue en effet un élément structurant du déficit de confiance de la population dans la résilience du pays en cas de crise majeure14. Dans ce contexte, plusieurs évolutions significatives sont attendues. En premier lieu, les importations de GNL vont connaître un rééquilibrage susceptible de bénéficier aux exportations américaines. Le gouvernement taïwanais a ainsi indiqué vouloir réduire, après juin, la part des approvisionnements de GNL en provenance du Moyen-Orient15, avec pour objectif de porter la part du GNL américain à 15-20 % d’ici 2029, contre environ 10 % aujourd’hui16. En début d’année, CPC avait déjà signé un contrat de long terme avec un fournisseur américain pour l’importation jusqu’en 2050 de 1,2 million de tonnes par an de GNL. Bien que Taïwan n’ait pas imposé d’interdiction générale sur les importations énergétiques russes à la manière de l’Union européenne, le gouvernement affirme pour l’heure ne pas 12. C. W. Chao, « Taiwan’s Energy Resilience: Security, Innovation, and Policy », Global Taiwan Institute, 25 septembre 2025, disponible sur : https://tcan2050.org.tw. 13. « Le ministère de l’Économie indique que l’arrêt de la production de GNL au Qatar relève de mesures préventives ; l’approvisionnement à court terme de Taïwan reste assuré » (經部:卡達暫停LNG生產屬預防性措施 台灣短期供應無虞), CNA, 8 avril 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 14. A. Simorre, « L’approvisionnement énergétique de Taïwan. Talon d’Achille de la sécurité nationale », op. cit. 15. « Le ministère de l’Économie indique que l’arrêt de la production de GNL au Qatar relève de mesures préventives ; l’approvisionnement à court terme de Taïwan reste assuré », op. cit. 16. Réponse écrite à l’auteur du Bureau de l’énergie du ministère de l’Économie (Taïwan), 31 mars 2026. Les importations de GNL vont connaître un rééquilibrage susceptible de bénéficier aux exportations américaines -- 5 of 12 -- 5Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE souhaiter recourir au gaz russe, qui représentait en 2025 1,8 % des importations taïwanaises, une décision susceptible de changer en cas de prolongation des perturbations de l’approvisionnement. Deuxièmement, la crise fournit un argument supplémentaire à l’administration du président taïwanais William Lai pour accélérer la relance du nucléaire déjà timidement annoncée l’an dernier. Ce virage restait politiquement délicat à reconnaître pour le PDP car il représente un virage par rapport à son engagement historique de sortir du nucléaire, promesse réalisée avec succès en mai 2025 et soutenue par une partie de son électorat. En décembre 2025, le ministère de l’Économie avait déjà validé l’évaluation de Taipower concluant à la faisabilité d’un redémarrage des centrales de Kuosheng et de Maanshan. Peu après le début de la crise, à la mi-mars, le président William Lai a justifié la remise en service des centrales nucléaires par un triple contexte de croissance de la demande électrique liée à l’IA, de réduction des émissions carbone notamment en raison du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne, et de bouleversements géopolitiques exigeant le renforcement de la « résilience énergétique17 ». Quelques jours plus tard, Taipower a officiellement déposé auprès de la Commission de sûreté nucléaire une demande de renouvellement de licence pour Maanshan, dont la dernière unité avait été mise à l’arrêt en mai 202518. Ce contexte de crise semble fournir un argument supplémentaire au PDP pour justifier son virage par un argument pragmatique auprès de son électorat tout en limitant les critiques de l’opposition pro-nucléaire dénonçant l’inconsistance du PDP. Des sources industrielles soulignent qu’un redémarrage effectif nécessitera un délai de plusieurs mois à environ un an et demi, ce qui pourrait contribuer à atténuer les effets d’une hausse prolongée des prix du GNL. Troisièmement, afin de contenir l’impact de la hausse des prix, le charbon pourrait être un recours temporaire, à l’instar de ce que l’on observe dans d’autres pays asiatiques tels que le Japon, la Corée du Sud ou les Philippines. Après avoir initialement affirmé, en mars et avril, qu’une augmentation de la production électrique à base de charbon n’était « pas nécessaire19 », le gouvernement taïwanais a finalement demandé début avril d'accroître « temporairement » la production de la centrale à charbon de Mailiao20. Cette 17. « Le président Lai : l’examen d’un redémarrage du nucléaire est compatible avec la promotion des énergies renouvelables » (賴總統:檢討核電是否重啟 與推動綠能產業並行不悖), CNA, 22 mars 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 18. « La Commission de sûreté nucléaire a reçu le 27 mars une demande de renouvellement de licence d’exploitation pour la centrale nucléaire n° 3 déposée par Taipower et procédera à son examen conformément aux procédures » (核安會於3月 27日收到台電公司提出核三廠運轉執照換照之申請,將依程序進行審查作業), Nuclear Safety Commission (Taiwan), 27 mars 2026, disponible sur : www.nusc.gov.tw. 19. « Le conflit au Moyen-Orient se poursuit ; Kuo Jyh-huei indique que la mobilisation de 20 cargaisons de gaz naturel garantit l’approvisionnement jusqu’en avril » (中東戰事持續 龔明鑫:天然氣調度到20船4月前供氣無虞), CNA, 9 mars 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 20. « Finalisation de la programmation des cargaisons de gaz naturel pour mars–avril : le ministère de l’Économie s’engage à stabiliser l’approvisionnement électrique et les prix afin d’atténuer l’impact de la guerre au Moyen-Orient » (完 -- 6 of 12 -- 6Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE tendance pourrait se prolonger en cas de choc durable sur les prix, Taïwan disposant d’unités mises à l’arrêt mais préservées pour une utilisation en cas de crise, comme les deux unités de la centrale de Hsingda (興達) d’une capacité totale de 2,1 gigawatts21. Une telle évolution, si elle se confirme, pourrait compromettre les objectifs climatiques de Taïwan, qui s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050. Les grandes absentes de cette reconfiguration sont les énergies renouvelables, qui auraient pu bénéficier d’un regain d’intérêt dans un contexte de crise. En dépit du lancement du troisième cycle d’appels d’offres pour le développement de l’éolien offshore, nombre d’acteurs du secteur déplorent des conditions économiques peu attractives et une baisse notable du soutien politique pour le renouvelable depuis l’arrivée au pouvoir de William Lai. Le sujet est en effet devenu politiquement sensible en raison de scandales de corruption, de conflits locaux autour de projets solaires et éoliens, ainsi que d’enjeux de planification non résolus22. Un risque sectoriel majeur : les semi-conducteurs En termes d’impact de la crise du Moyen-Orient sur le reste du monde, le cas taïwanais présente une dimension toute particulière liée à sa centralité dans l’industrie des semi- conducteurs. L’hélium, co-produit de certains gisements de gaz naturel, est indispensable à la fabrication des puces, notamment dans les procédés de refroidissement et de détection de fuites, et ne dispose pas de substitut viable à grande échelle. De la même manière que pour le GNL, les fabricants taïwanais sont particulièrement exposés au Moyen-Orient. En 2025, environ 86 % de leurs importations d’hélium provenaient du Qatar, contre des parts marginales pour la Chine (5,24 %), les États-Unis (4,31 %) et la Russie (3,69 %) (voir Tableau 2). La part considérable du Qatar s’explique par la richesse du gisement en hélium et par son coût compétitif23. Les dommages causés aux infrastructures de Ras Laffan ont entraîné une perte nette estimée à environ 14 % des exportations qataries d’hélium24, à laquelle 成3-4月天然氣船調度 經濟部:全力穩定供電及物價以降低中東戰爭影響), Ministère de l’Économie (Taïwan), 10 mars 2026, disponible sur : www.moea.gov.tw. 21.« Le ministère de l’Économie : l’approvisionnement énergétique national est suffisant ; face au conflit entre les États- Unis et l’Iran, le gouvernement a déjà mis en place des mesures de diversification énergétique et continue de suivre l’évolution de la situation pour adapter ses réponses » (經濟部︰國內能源供應充足 針對美伊戰事 政府已採能源分散措施 並持續關注後續發展提出應變措施), Ministère de l’Économie (Taïwan), 2 mars 2026, disponible sur : www.moea.gov.tw. 22. A. Simorre, « L’approvisionnement énergétique de Taïwan. Talon d’Achille de la sécurité nationale », op. cit. 23. Réponse écrite à l’auteur, Administration du développement industriel, Ministère de l’Économie (Taïwan), avril 2026. 24. « H.E. Minister Saad Sherida Al-Kaabi », op. cit. Malgré les difficultés d’approvisionnement, les mastodontes du secteur apparaissent résilients à court terme -- 7 of 12 -- 7Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE s’ajoutent les perturbations logistiques liées au blocage du détroit d’Ormuz, central dans l’approvisionnement d’hélium25. Comme pour le GNL, QatarEnergy a déclaré un cas de force majeure, remettant en cause la garantie des approvisionnements contractuels. Air Liquide, l’un des principaux fournisseurs d’hélium de Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), a averti fin mars d’une tension sur le marché mondial et prévoit de compenser en redirigeant des volumes depuis d’autres régions, notamment en mobilisant ses stocks souterrains en Europe26. Tableau 2 : Répartition des importations d’hélium de Taïwan par pays d’origine en 2025 Pays Part dans les importations d’hélium Qatar 86 % Chine 5,24 % États-Unis 4,31 % Russie 3,69 % Autres 0,76 % Source : données des douanes taïwanaises consolidées par l’auteur27. Malgré les difficultés d’approvisionnement, les mastodontes du secteur apparaissent résilients à court terme, à l’image de TSMC qui affirme n’observer « aucun impact significatif à ce stade28 ». Les crises passées d’approvisionnement d’hélium, notamment celle de 2021, ont conduit TSMC à renforcer ses capacités de recyclage de l’hélium, avec des taux de récupération pouvant atteindre 80 à 90 %29. Selon la filiale taïwanaise de l’association Semiconductor Equipment and Materials International (SEMI), l’industrie a pu s’appuyer sur des sources alternatives comme les États-Unis ou le Canada permettant aux usines de semi-conducteurs de ne pas connaître d’arrêts de production30. Taïwan n’ayant pas imposé d’interdiction générale sur les importations 25. A. Reys et V. Bos, « Hélium : les nouvelles géographies d’une ressource critique », Briefings de l’Ifri, 16 juin 2022, disponible sur : www.ifri.org. 26. « Hélium : Air Liquide met en garde sur l’approvisionnement mondial », La Tribune, 30 mars 2026, disponible sur : www.latribune.fr. 27. Le code HS 280429 utilisé par les douanes taïwanaises inclut officiellement plusieurs gaz nobles, mais est en réalité très majoritairement composé d’hélium. 28. Réponse écrite à l’auteur, avril 2026. 29. Données fournies à l’auteur par le Taiwan Institute of Economic Research (TIER). 30. « CPC maintient inchangé le prix du gaz naturel pour les ménages en avril ; hausse de 5 % pour les industriels et de 41,58 % pour le secteur électrique » (中油4月民生天然氣價不調整 工業用戶漲5%、電業漲41.58%), CNA, 31 mars 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. -- 8 of 12 -- 8Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE d’hydrocarbures russes, les fabricants taïwanais pourraient théoriquement augmenter leur approvisionnement en hélium russe. Comme pour le GNL, l’impact attendu est donc avant tout une augmentation des coûts de production, le prix de l’hélium ayant presque doublé dans certains cas31. Il n’est pour l’instant pas clair si cette hausse sera répercutée sur les marges de TSMC ou sur le prix des puces, mais elle devrait rester relativement marginale au vu de la faible part de l’hélium dans le coût total de produits à très forte valeur ajoutée. La situation est plus compliquée pour les plus petites entreprises du secteur, qui produisent des puces plus matures et à plus faible valeur ajoutée et ne disposent pas nécessairement de capacités de recyclage. Ces acteurs sont déjà confrontés à un allongement des « délais logistiques, une augmentation significative des coûts de production, et, dans certains cas, une érosion directe de leurs marges en raison de la flambée des coûts de l’hélium », selon Liu Pei-Chen, experte des semi-conducteurs au sein du Taiwan Institute of Economic Research (TIER)32. Si la crise devait se poursuivre, la situation pourrait conduire à des arbitrages des fabricants en faveur des clients à forte valeur ajoutée, avec des conséquences pouvant aller jusqu’à une pénurie de semi-conducteurs sur des segments moins rentables tels que l’électronique grand public ou l’automobile33. Certains observateurs au sein de l’industrie estiment que ce type d’effet pourrait intervenir si les perturbations dans le détroit d’Ormuz s’étendaient au-delà du troisième ou du quatrième trimestre de l’année34. Dans ce contexte, certaines voix à Taïwan ont appelé à une intervention gouvernementale pour renforcer la résilience de Taïwan en la matière. Le directeur exécutif de l’Association de l’industrie des semi-conducteurs de Taïwan (TSIA), Wu Chih-yi, a ainsi suggéré la mise en place de stocks stratégiques d’hélium, sur le modèle de ceux existants pour le pétrole35. Liu Pei-Chen insiste : « Les effets de cette crise sur la chaîne d’approvisionnement taïwanaise ne se limitent plus à la perception traditionnelle des prix du pétrole brut, mais touchent désormais en profondeur les matières premières essentielles et la structure énergétique au cœur de la fabrication des semi-conducteurs36. » 31. « Helium Prices Soar As Qatar LNG Halt Exposes Fragile Supply Chain », Reuters, 12 mars 2026, disponible sur : www.reuters.com. 32. Entretien avec l’auteur à Taipei en avril 2026. 33. Entretiens avec des acteurs de l’industrie à Taipei en avril 2026. 34. Entretiens avec des acteurs de l’industrie à Taipei en avril 2026. 35. « CPC maintient inchangé le prix du gaz naturel pour les ménages en avril ; hausse de 5 % pour les industriels et de 41,58 % pour le secteur électrique » (中油4月民生天然氣價不調整 工業用戶漲5%、電業漲41.58%), CNA, 31 mars 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. 36. Entretien avec l’auteur à Taipei en avril 2026. -- 9 of 12 -- 9Crise dans le détroit d ’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux Adrien SIMORRE Conclusion La crise dans le détroit d’Ormuz démontre que Taïwan est capable d’absorber un choc de court terme, en priorisant la fourniture d’une électricité bon marché et stable à l’appareil productif industriel. Cette capacité de résilience se réduit néanmoins à mesure que la crise se prolonge. À moyen terme, cette crise va contribuer à reconfigurer le mix électrique taïwanais en faveur d’un recentrage des approvisionnements depuis les États- Unis, de la relance du nucléaire et du recours ponctuel au charbon. La place centrale du GNL devrait néanmoins se maintenir au vu d’une demande électrique en expansion. Pour l’heure, et de manière contre-intuitive, les renouvelables n’ont pas bénéficié d’un regain d’intérêt provoqué par la crise. Les difficultés liées à l’approvisionnement en hélium vont probablement contribuer à élargir à Taïwan la compréhension de la résilience au-delà de l’approvisionnement énergétique, une dynamique déjà à l’œuvre à l’image des programmes de sécurisation de l’approvisionnement et de stockage de denrées alimentaires37 ou de médicaments portés par le gouvernement38. Adrien Simorre est chercheur associé au Centre Asie de l’Ifri. Comment citer cette publication : Adrien Simorre, « Crise dans le détroit d’Ormuz : un stress test pour Taïwan aux enjeux globaux », Briefings de l’Ifri, Ifri, 17 avril 2026. ISBN : 979-10-373-1208-2 Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que la responsabilité de l’auteur. © Tous droits réservés, Ifri, 2026 Couverture : Lignes à haute tension, Taipei, Taïwan © Shutterstock.com 37. « Emergency Food Supplies ‘‘Fully Planned’’, MOA Says », Taipei Times, 28 mars 2025, disponible sur : www.taipeitimes.com. 38. « CPC absorbe les coûts ; les tarifs du gaz pour les ménages restent inchangés en avril » (中油吸收成本 4月民生用氣不 調整), CNA, 31 mars 2026, disponible sur : www.cna.com.tw. -- 10 of 12 -- -- 11 of 12 -- institut français des relations internationales 27 rue de la Procession 75740 Paris cedex 15 – France Ifri.org -- 12 of 12 --