Rapport final PDF Decarboner nos trajets du quotidien comprendre pour agir
The Shift Project Publications
11 juin 2026, 06:00
Texte de la source originale
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DANS LE CADRE DE NOTRE
PROGRAMME D’ACTION POUR 2027
DÉCARBONER NOS TRAJETS
DU QUOTIDIEN :
COMPRENDRE POUR AGIR
LE THINK TANK DE LA
TRANSITION BAS CARBONE
Note d’analyse - Décembre 2025
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 1
Avant-propos
La mobilité quotidienne se définit en France par les déplacements inférieurs à 80 km à vol
d’oiseau (environ 100 km par la route). Elle représente environ 99 % des déplacements
des personnes au niveau national, et 55 % des kilomètres parcourus.
Elle constitue un enjeu central pour la décarbonation puisque le secteur des transports
(personnes et marchandises) émet environ un tiers des émissions nationales, dont la moitié
(soit 15 % du total national) pour la mobilité locale.
La mobilité est aussi un enjeu sociétal majeur, tant elle façonne et structure nos modes
de vie, que ce soit pour des déplacements contraints (travail, rendez-vous administratifs,
accompagnement…) ou pour ceux que nous choisissons (loisirs, achats, activités diverses…).
L’organisation actuelle de la mobilité quotidienne autour de la voiture, comme le
développement de cette dernière sur des modèles lourds, puissants et chers, nous met
actuellement hors de portée d’une sortie de la double contrainte carbone dans les temps.
Décarboner nos modes de mobilité implique de généraliser les technologies et
solutions adaptées et disponibles : marche à pied, vélo, véhicules légers intermédiaires,
transports en commun, voiture électrique, …. Cela nécessite souvent de faire évoluer
l’environnement physique (routes, pistes cyclables, pôles intermodaux, infrastructures de
recharge…) et organisationnel (assurances, incitations…) pour permettre des changements
d’usages.
Enfin, lorsque ce sera nécessaire, il faudra proposer de réduire le nombre et la distance des
déplacements, notamment en contraignant les déplacements les plus carbonés, et travailler
sur l’organisation sociale de la mobilité (télétravail, rapprochement domicile-travail,
aménagement des territoires par exemple). Pour cela, il est préalablement nécessaire de
s’assurer que les désirs et besoins de mobilité des habitants soient satisfaits, à l’intérieur des
contraintes physiques (énergie, émissions, matières) qui s’imposent à nous.
Par ailleurs, l'adéquation des périmètres politiques avec les bassins de vie serait de nature à
faciliter l’indispensable mise en cohérence des politiques de mobilité, logement et urbanisme
à cette échelle.
Cette note s’inscrit dans la suite des travaux que The Shift Project a produit depuis 2017
sur la mobilité quotidienne, et dans la feuille de route 2024-2027 qui a vocation à peser
dans le débat public.
Elle formule un diagnostic à l’échelle du territoire français qui vise à alimenter, sous un angle
analytique quantitatif et qualitatif, les réflexions et propositions de décarbonation de ce secteur.
Elle n’a donc pas vocation à conclure sur des leviers spécifiques d’action, contrairement à
d’autres travaux du Shift Project.
Son objectif est d’apporter, dans sa 1ère partie, un éclairage fin sur les trajets longs du
quotidien tels qu’ils apparaissent dans les enquêtes, de manière à adresser l’offre de leviers
d’usage et techniques de la façon la plus efficace.
La seconde partie est une revue de littérature consacrée aux contraintes socio-économiques
pesant sur le budget des ménages, et aux freins au changement.
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Cette analyse s’adresse à l’ensemble des acteurs de la mobilité qui souhaitent s’en
emparer pour mieux comprendre les déplacements du quotidien et mettre en œuvre les
actions différenciées de leur décarbonation.
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Résumé pour les décideurs
Nous nous intéressons dans ce travail à la mobilité locale de plus de 10 km dans un
rayon de 80 km (soit environ 100 km par la route).
En effet, les déplacements entre 10 et 80 km représentent 80% des distances et des
émissions totales dues à la mobilité quotidienne et, à ce titre, recouvrent une classe de
déplacements particulièrement intéressante à viser si on souhaite décarboner
efficacement la mobilité.
Figure 1 : Chaînes de déplacements de la mobilité locale
Source : analyse The Shift Project sur données EMP 2019
De façon quantitative, une analyse basée uniquement sur les déplacements (et non sur les
kilomètres parcourus et les classes de distance) donne une vision partielle voire inadéquate
des émissions dans une optique de décarbonation des déplacements.
L’analyse montre également que les sorties moyennes-longues des Français sont
essentiellement réalisées pour un motif unique : 9 fois sur 10 les allers et retours ne
comportent qu’un seul déplacement (et environ 8 fois sur 10 parmi les sorties au-delà de 10
km). Cela laisse présager d’une capacité à agir sur la décarbonation de ces flux, à travers
notamment le report modal, si les conditions physiques d‘offre sont mises en place.
66% 45% 20% 20%
34% 55% 80% 80%
0%
100%
Déplacements Durée Distance Émissions
De 0 à 10 km Plus de 10 km
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Figure 2 : Répartition des allers et des retours en fonction du nombre de déplacements qui les structure
Lecture : 89 % des allers et retours ne comportent qu’un seul déplacement.
Source : analyse The Shift Project sur données EMP 2019
Les analyses comparées distances de déplacement / émissions mettent en évidence tout
l’intérêt des politiques de report modal vers les transports en commun qui ont eu lieu dans les
grands centres urbains dans les dernières décennies. En revanche, ces actions ont été plus
que contrebalancées par l’augmentation globale des kilomètres parcourus, qui s’est
souvent faite à l’extérieur des centres villes et au profit de la voiture.
Les rallongements de distances ont été particulièrement importants pour les déplacements
moyen longs : + 15% à 26% en 10 ans suivant les territoires.
Ces analyses font donc ressortir en creux la nécessité de maîtriser l’augmentation des
distances parcourues, et le potentiel qui reste encore à investir dès qu’on sort des centres les
plus denses vers les couronnes et encore plus vers les zones rurales et les bourgs. Cet objectif
doit être coordonné à l’échelle du bassin de vie par des instances de gouvernance
adaptées.
L’analyse des flux supérieurs à 10 km entre zones urbaines permet de discerner les pistes
pour la décarbonation des déplacements de moyenne-longue distance.
89%
9%
1% 0%
81%
15%
3% 1%
0%
100%
1 déplacement 2 déplacements 3 déplacements 4 déplacements et plus
Tous les allers et retours Allers et retours ≥ 10 km
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Figure 3 : Répartition des voyageurs-km selon l'origine et la destination
Source : analyse The Shift Project sur données EMP 2019
▪ Les émissions dues aux déplacements à destination des grands centres urbains (les
communes les plus densément peuplées) restent largement majoritaires : ce sont 1/3
des émissions dues aux déplacements moyen longs. Cela indique clairement un potentiel
important d’augmentation de la part des transports en commun pour assurer
o Les flux radiaux, ainsi que de rocade, dans les centres urbains,
o Les flux entre les couronnes et les grands centres urbains,
o Et aussi les flux en intermodalité à partir des bourgs ruraux et à destination des
centres urbains.
▪ Les déplacements internes aux zones rurales sont, bien que dans une moindre
mesure, de forts émetteurs : ce sont 1/5 des émissions dues aux déplacements moyens-
longs. Pour ces territoires, il est indispensable de trouver des solutions adaptées, basées
davantage sur
o L’utilisation de voitures plus sobres (électriques et légères),
o Là où c’est possible et pertinent, le covoiturage, l’utilisation de Vélos à Assistance
Electrique pour les moyennes distances, jusqu’à 10, voire 15 km), de véhicules
légers intermédiaires (pour des distances jusqu’à environ 30 à 35 km),
o La mise en place de navettes légères de transport en commun,
o Le rabattement vers des axes structurants de transport en commun pour les
déplacements vers des centres plus importants.
Ces résultats traduisent la forte interdépendance entre les grands centres urbains et les
centres urbains intermédiaires, qui concentrent une grande partie de l’activité économique,
avec les résidents du rural.
En cherchant à comprendre comment la population mobile se répartissait en fonction des
classes de distance, nous avons constaté que les ½ sorties de plus de 10 km étaient
effectuées par moins de la moitié de la population (46%), mais généraient 80% des émissions.
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De même, seulement 7% de la population mobile réalise des sorties à plus de 50 km du
domicile, mais ces sorties génèrent près d’un quart des émissions (22%). C’est une
opportunité pour réduire les émissions de GES et la consommation de pétrole de manière
importante avec un effort ne portant que sur un nombre de déplacements limité : par exemple,
se concentrer sur les 26% de la population mobile qui, se déplaçant à plus de 20 km,
représente 59% des émissions.
Figure 4 : Part de la population par classe de distance minimale et répartition des émissions associés
Lecture : 26 % de la population mobile réalise des allers et des retours de plus de 20 km. Ce quart de la population mobile
génère 59% des émissions.
Source : analyse The Shift Project sur données EMP 2019
Qualitativement, la revue des différentes publications socio-économiques montre à quel point
les dépenses de mobilité, et notamment celles liées aux trajets longs du quotidien, peuvent
grever le budget des ménages, avec une acuité particulière pour les ménages les moins aisés.
Les ménages situés hors zone dense se trouvent parfois pris en étau entre un rallongement
des distances à parcourir du fait de l’éloignement progressif des activités et des lieux de travail,
et un manque (réel ou perçu) d’alternative à l’utilisation de la voiture.
Cette situation risque de s’aggraver notablement face à des instabilités du prix des carburants
et des politiques publiques de décarbonation.
Ce rallongement des trajets semble d’ailleurs aller à l’encontre des souhaits d’une partie
importante de la population, jusqu’à devenir un facteur de pénibilité ayant un impact sur la
santé physique et mentale, et notamment pour les personnes qui travaillent loin de leur lieu de
domicile.
Les habitants du rural sont particulièrement touchés par ces constats, car leur mobilité reste
très majoritairement basée sur l’utilisation de la voiture, et comporte des distances de
déplacement plus longues que la moyenne. La nécessité de disposer d’un véhicule dans ces
territoires aboutit d’ailleurs à des situations d’isolement des personnes ou ménages les plus
fragiles (personnes âgées, situations de précarité économique et sociale).
100%
91%
83%
65%
46%
26%
13%
7%
100% 100% 99%
92%
80%
59%
36%
22%
0 km et plus 1 km et plus 2 km et plus 5 km et plus 10 km et plus 20 km et plus 35 km et plus 50 km et plus
0%
20%
40%
60%
80%
100%
Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2
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Par ailleurs, les études1 portant sur la mobilité des habitants des Quartiers Prioritaires de la
Politique de la Ville mettent en évidence que, dans ces quartiers, caractérisés par de forts taux
de pauvreté et de faibles taux d'emploi, c’est la question de l’accès aux emplois et aux activités
qui est la plus prégnante. Dans ces quartiers, l’accompagnement de la mobilité des habitants
et de leur accès aux emplois à travers une offre de transport alternative à la voiture individuelle
utilisée seule constituent les bases pour une mobilité à la fois moins contrainte, plus durable
et plus équitable.
D’une manière plus générale au niveau du territoire français, il émerge une nécessité
d’accompagner la mobilité des ménages les plus modestes, en particulier lors de la mise en
place de mesures contraignantes pour l’utilisation de la voiture, à travers une offre de transport
alternative et un accompagnement permettant de lever les différents types de freins au report
modal.
L’analyse des déterminants du choix du mode souligne en effet :
▪ L’imbrication des différents critères, qui nécessite d’avoir une approche jouant à la
fois sur la mise en place d’une offre bas carbone attractive (rapide, fiable et fréquente
par exemple pour les transports en commun, sécurisée pour les modes actifs, etc.) ;
d’un environnement favorisant les modes bas carbone, et l’influence au changement
des attitudes et représentations,
▪ L’importance non seulement d’informer des alternatives mais aussi de les faire
tester (poids des habitudes qui peuvent maintenir la personne dans des choix
prédéfinis au détriment d’autres possibilités qui pourraient être plus avantageuses),
▪ L’importance de coordonner les politiques de mobilité avec les facteurs liés à
l’aménagement et à la fiscalité qui influencent les choix résidentiels et de mode de
transport,
▪ L’importance d’influer sur l’image de la voiture individuelle (notamment via la
publicité).
En définitive, ces situations différenciées, qui nécessitent une analyse fine des raisons qui
conduisent les personnes à effectuer les déplacements, doivent conduire à des politiques
publiques différenciées et à apporter des réponses adaptées aux spécificités, à la fois
territoriales, sociales, et économiques.
Si on veut agir sur la mobilité quotidienne, il faut donc garder à l’esprit ce triple constat de
dépendance à la voiture, de pluralité de situations locales et de nécessité de mettre à
disposition une palette de solutions d’offre, appelant à des politiques adaptées.
L’élaboration de celles-ci présuppose de bien connaître les contraintes auxquelles la mobilité,
et notamment celle qui se déroule sur des moyennes-longues distances, est soumise.
Elle implique la mise en place de stratégies d’organisation territoriale qui visent à réduire ces
contraintes tout en satisfaisant les besoins et désirs des habitants autant qu'à leur proposer
des systèmes de déplacement alternatifs à la voiture thermique actuelle utilisée seul. En
particulier, il serait opportun que les périmètres administratifs soient mieux adaptés aux
bassins de vie des habitants, ce qui permettrait de mettre en place des politiques cohérentes
de mobilité, logement et urbanisme à cette échelle.
1 Cf. Section consacrée aux QPV
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Comité de rédaction
Les auteurs
Laura Foglia, Cheffe de projet, The Shift Project
Après une double formation en Économie Politique (Bocconi Milan) et Management (HEC
Paris), Laura Foglia a travaillé 25 ans dans le domaine des politiques de mobilité à différentes
échelles territoriales. Elle a été chercheuse (Bocconi, ECIS, IFSTTAR), consultante et
directrice de projets en France et à l’international chez SYSTRA, responsable du pôle mobilité
du Groupe ARTELIA et cheffe de mission auprès de l’autorité organisatrice des transports
franciliens. Elle rejoint le Shift en 2018 pour réaliser le Guide pour une Mobilité Quotidienne
Bas-Carbone. Elle a ensuite piloté le volet mobilité quotidienne du PTEF et a co-crée la
Fresque de la Mobilité. Elle est consultante en politiques de mobilité, enseignante à l’ENPC,
et cheffe de projets Mobilité Quotidienne au Shift Project.
Erwan Caro, Ingénieur de projet, The Shift Project
Ingénieur en optronique, Erwan Caro s’est spécialisé dans le secteur des télécoms, où il a
exercé d’abord comme ingénieur de recherche chez Alcatel puis comme commercial avant de
développer pendant 10 ans l’entreprise de distribution de matériels d’équipements
d’infrastructure réseau, Infractive. Depuis 2021, il pilote une entreprise d’analyse et de conseil
environnemental Poppmo, et a participé bénévolement au pilotage et au renforcement de La
Fresque de la Mobilité, en particulier la mise à jour et la fiabilisation des sources de données.
Laurent Perron, Coordinateur, The Shift Project
Ingénieur en Mécanique et Énergétique, Laurent Perron a fait sa carrière dans l’industrie et le
commerce automobile. Pendant 5 ans au sein du Groupe Volkswagen en France puis pendant
17 ans chez PSA, il a occupé des fonctions en qualité de service, en conception et
industrialisation de véhicules, et évaluations économiques. Il a rejoint pendant 6 ans l’institut
de recherche sur la mobilité durable Vedecom en 2017 où il a la charge de la qualité et de la
RSE. Engagé chez les Shifters depuis 2018, il a été chef de projet de la Fresque de la Mobilité
et co-chef de projet Industrie Automobile du PTEF. Il rejoint l’équipe salariée du Shift Project
en 2025 pour coordonner les travaux sur la mobilité, l’industrie automobile et les matières
La communication de ce projet est pilotée par Pauline Brouillard.
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Remerciements
Nous remercions l’ADEME, pour son soutien technique et financier, et sans laquelle ce travail
n’aurait pu avoir lieu.
Nous tenons à remercier le SDES, et plus particulièrement Guillaume Bayona et Constance
Hemmer, pour leur disponibilité et leur soutien pour ces travaux.
L’équipe Mobilité du Shift Project souhaite remercier les nombreux contributeurs et
contributrices ayant pris part au travail réalisé, pour la qualité de nos échanges, leurs
conseils, ou par leurs relectures attentives :
Jean Coldéfy, André Broto, Yves Crozet, Aurélien Bigo, Maël Bordas, Matthieu Chassignet,
Alain Besancon, Frédéric Héran, Xavier Brisbois, Charlotte Halpern, Gabriel Plassat, Laurent
Eisenman, Sylvie Le Guyader, Emma Léger, Axel Drochon et Florence Cousin, Marine Bruno,
Bastien Soyez, Martin Selz, Sébastien Bailleul, Mathieu Saujot, Pauline Chazal ;
ainsi que Rémy Le Boennec, , Baptiste Corno, Damien Verry, Gérard Hernja, Sigrid Clavieras,
Pierre Chaniot, Tom Dubois, Matthieu Bloch, Théo Debienne.
Merci aux membres de l’équipe du Shift et des Shifters qui ont également participé :
Matthieu Auzanneau, Jean-Elie Barjonet, Vinciane Martin, Clémence Vorreux, Maxime Efoui-
Hess, Guillaume Bresson, Valéry Pernot.
Nos excuses pour tout oubli potentiel.
Nota bene : les interprétations, positions et recommandations figurant dans cette note ne
peuvent être attribuées ni aux contributeurs, ni aux relecteurs, cités ci-dessus. Le contenu de
cette note n’engage que The Shift Project.
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Liste des abréviations
EMP Enquête Mobilité des Personnes (enquête statistique, qui a pris la suite de
l’ENTD)
ENTD Enquête Nationale sur les Transports et les Déplacements (enquête statistique
réalisée tous les 10 ans par l'INSEE, l'IFSTTAR et le ministère des transports)
SDES Service des Données et des Etudes Statistiques (service statistique des
ministères)
ANCT Agence Nationale de la Cohésion des Territoires
CEREMA Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et
l'aménagement
EMC² Enquête Mobilité Certifiée Cerema
ZFE Zone à Faibles Emissions
TICPE Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Energétiques
QPV Quartier Prioritaire de la Politique de la Ville
ASEV Affordable, Sustainable Electric Vehicle (Véhicule Electrique Abordable et
Sobre)
AVELI Association des Acteurs des Véhicules Légers Intermédiaires
VELIS Véhicules Légers Intermédiaires
VAE Vélo à Assistance Electrique
SNBC Stratégie Nationale Bas Carbone
BHNS Bus à Haut Niveau de Service
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Table des matières
Avant-propos ..........................................................................................................................1
Résumé pour les décideurs .................................................................................................. 3
Comité de rédaction ...............................................................................................................9
Remerciements.....................................................................................................................10
Liste des abréviations..........................................................................................................11
Table des matières ...............................................................................................................12
PARTIE 1 ÉTAT DES LIEUX DES TRAJETS MOYENS-LONGS DU QUOTIDIEN ... 14
I. Introduction ....................................................................................................................15
II. Méthodologie ..............................................................................................................18
III. Définitions ...................................................................................................................19
IV. Analyses et caractérisation quantitatives ................................................................ 22
A. Déplacements et demi-sorties ..................................................................... 22
B. Mobilité moyenne-longue du quotidien ........................................................ 23
C. Immobilité de la population française ........................................................... 23
D. Population étudiée ....................................................................................... 25
E. Analyse des sorties et demi-sorties ............................................................. 25
F. Chaînes de déplacements et émissions ...................................................... 28
G. Analyse par classe de distance ................................................................... 29
H. Analyse par lieu de résidence ...................................................................... 33
I. Analyse par région .......................................................................................... 41
J. Motifs de déplacement ................................................................................. 45
K. Répartition de la population ......................................................................... 48
L. Déplacements accompagnés ....................................................................... 49
M. Évolution des parts modales entre 2008 et 2019 ......................................... 51
N. Évolution de la population par classe de distance. ...................................... 54
PARTIE 2 REVUE STATISTIQUE DES CONTRAINTES SOCIOECONOMIQUES ET DES
FREINS AU CHANGEMENT ....................................................................................... 56
I. À quelles contraintes socio-économiques fait-on face sur ces trajets ? ................. 57
A. Introduction générale ................................................................................... 57
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B. Dépenses des ménages pour la mobilité et motorisation par classes de revenu
58
C. Contraintes socioéconomiques selon le territoire de résidence ................... 65
II. Quels sont freins au changement de comportement dans la mobilité ? ........... 78
A. Les déterminants du choix du mode de transport ........................................ 78
B. Les freins au changement de comportement de mobilité ............................ 81
C. Les conditions et leviers du changement ..................................................... 82
BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................................... 85
LISTE DES FIGURES .................................................................................................. 87
ANNEXES .................................................................................................................... 89
Autres analyses sociologiques par classe de distance ................................................... 89
A. Analyse par genre ........................................................................................ 89
B. Analyse par classe d’âge ............................................................................. 90
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Partie 1
État des lieux des
trajets moyens-longs
du quotidien
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I. Introduction
Pourquoi s’intéresser à la mobilité locale de plus de 10 km dans un rayon de 80 km (soit
environ 100 km par la route) ?
Les analyses de l’enquête mobilité des personnes 2019 indiquent que les déplacements
entre 10 et 80 km représentent 80% des km parcourus de la mobilité quotidienne. Et
83% des km effectués au quotidien en voiture le sont sur cette classe de distance.
Figure 5 : Répartition des distances annuelles parcourues par les résidents de France métropolitaine, par mode et par
classe de distance (y compris voyages à l’étranger).
Source : EMP 2019
Il s’agit donc d’une classe de déplacements particulièrement intéressante à viser si on
souhaite décarboner la mobilité.
Cette analyse est confirmée par l’étude de l’Enquête Mobilité des Personnes de 2019, qui
montre que les déplacements compris entre 10 km et 80 km, bien que ne constituant qu’un
tiers de l’ensemble des chaînes de déplacements dans un rayon de 80 km autour du domicile,
représentent plus de 80% des distances et des émissions totales.
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 16
Figure 6 : Chaînes de déplacement de la mobilité locale
Source : analyse The Shift Project sur données EMP 2019
En comparant l’évolution des distances parcourues pour les déplacements de plus de 10 km
(en voyageurs-kilomètre) entre les enquêtes de 2008 et de 2019, nous voyons une
augmentation forte des distances quelle que soit la typologie de territoires. L’augmentation la
plus forte est dans les territoires ruraux.
Figure 7 : Evolution des distances parcourues du lundi au vendredi (en million de km) par zone de densité communale,
pour les déplacements ≥ 10 km
Source : analyse The Shift Project sur données ENTD 2008 et EMP 2019
66% 45% 20% 20%
34% 55% 80% 80%
0%
100%
Déplacements Durée Distance Émissions
De 0 à 10 km Plus de 10 km
1240
1440
2380
1430
1670
3000
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
2008
2019
+26%
+16%
+15%
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Comme le montre l’analyse ci-dessous, menée par A. Bigo et F. Perez, sur la classe de
déplacements 10-100 km, il s’agit de déplacements bien représentés dans les territoires ruraux
(40% des déplacements qui y sont réalisés le sont pour cette classe de distance), alors qu’ils
représentent une proportion bien moindre en zone intermédiaire (26%) et dense (18%)2.
Figure 8 : Répartition du nombre de déplacements par classe de distance et selon la densité de la commune de
résidence, en %
Analyse : A. Bigo, F. Perez, Les pratiques de mobilité des Français, 05/11/2024
Les problématiques liées à ces déplacements ont été portées par les travaux d’André Broto3,
qui a mis en évidence la nécessité de s’y intéresser, ces déplacements « sortant des radars »
de la plupart des politiques publiques menées à l’échelle locale ou interurbaine.
En effet, les politiques publiques se seraient concentrées davantage sur les déplacements
courts réalisés dans les centres denses d’une part, avec le développement d’offres de
transport alternatives à la voiture comme le vélo, la marche, les bus ou les tramways, d’autre
part sur les déplacements interurbains avec une offre Intercités4. Sur le segment des 10-80
km, la voiture serait restée aussi massivement dominante faute de politiques ciblées d’offre
alternative à l’utilisation de la voiture, et du fait du développement incessant des infrastructures
routières favorisant un ”appel d’air” pour les voitures (+36.404 km de voiries supplémentaires
entre 2014 et 2023 (SDES).
2 Pour plus d’information, voir le document de travail de l’Insee 2022-18 « La grille communale de densité à 7 niveaux »
3 Voir en particulier : Broto, A., « Transports : les oubliés de la République », éditions Eyrolles, 2022
4 Voir aussi la note « Massifier pour décarboner », Alliance pour la décarbonation de la route, octobre 2024
https://www.alliancedecarbonationroute.com
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Ces déplacements moyens-longs du quotidien focalisent notre attention dans le
contexte de la nécessaire et urgente décarbonation de la mobilité, d’une situation
géopolitique et géologique faisant peser un risque sur les approvisionnements
pétroliers, et de ressources budgétaires publiques et privées limitées.
II. Méthodologie
Nous nous appuyons principalement sur l’Enquête Mobilité des Personnes (EMP)5 de 2018-
2019 , dont les résultats ont été enrichis par le Service des données et études statistiques
(SDES) des ministères en charge du logement, des transports, de l'énergie, de
l'environnement, du climat et du développement durable.
L’EMP 2019 est une enquête nationale sur la mobilité des Français de six ans et plus résidants
en métropole. Elle couvre la mobilité locale et la mobilité longue distance y compris les
voyages à l’étranger.
La mobilité locale est définie par les déplacements à moins de 80 km à vol d’oiseau du
domicile6.
Depuis la première publication en décembre 2021, le SDES a régulièrement enrichi les
résultats avec l’intégration de la nouvelle grille communale de densité, un travail sur les motifs
de déplacements et les séquences de déplacements et leur motif, l’estimation des émissions
de gaz à effet de serre des déplacements. Nous nous appuyons sur ces enrichissements dans
cette étude.
Ce type d’enquête nationale existe dans plusieurs pays en Europe et dans le monde, à des
fréquences, avec des approches très différentes7. En France, cette enquête est menée environ
tous les 10 ans, avec une méthodologie permettant de réaliser des comparaisons avec les
enquêtes précédentes.
La précédente enquête du même type a été l’Enquête Nationale Transport et Déplacements
(ENTD) de 20088, que nous exploiterons pour étudier certaines évolutions.
Une note méthodologique est disponible en complément de cette note, ainsi que les feuilles
de calculs.
5 Résultats disponibles sur : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/resultats-detailles-de-lenquete-mobilite-
des-personnes-de-2019
6 Une définition plus précise est détaillée dans l’annexe méthodologique
7 De nombreux exemples figurent dans ce rapport : Jimmy Armoogum, Jean-Paul Hubert, Patrick Bonnel, Jean-Loup Madre.
Préparer la prochaine enquête nationale transport avec un regard international. [Rapport de recherche] Rapport de convention
N° 03 MT 68, ISRN EQ-DRAST-PREDIT–07-06–FR, INRETS. 2007. halshs-00328692ff
8 https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/enquete-nationale-transports-et-deplacements-entd-2008
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 19
III. Définitions
• Déplacement
Nous reprenons la définition adoptée dans les principales enquêtes déplacements en France9:
Mouvement d’une personne, réalisé pour un certain motif, sur une voie publique, entre
une origine et une destination, selon une heure de départ et une heure d’arrivée.
• Déplacement de mobilité locale
Tout déplacement dont l’origine et la destination se situent dans un cercle de 80 km autour de
la centroïde de la commune de la résidence principale.
Figure 9 : Illustration d’un déplacement de mobilité locale entre un lieu de travail et un commerce, pour un motif
d’achat
Un déplacement de mobilité locale peut donc être plus long que 80 km tant qu’il reste à
l’intérieur du cercle de 80 km.
• Sortie du domicile
Nous analysons la mobilité du quotidien des Français à partir de leur domicile. En journée, ils
peuvent quitter ce domicile pour réaliser un ensemble d’activités puis revenir au domicile.
L’ensemble des déplacements entre ce départ et ce retour au domicile est ce que nous
appelons une sortie. Elle se caractérise par un motif principal : ce qui pousse une personne
à sortir de chez elle.
Plusieurs activités secondaires peuvent être réalisées en chemin, en plus de l’activité
principale. Ces motifs secondaires vont caractériser des déplacements secondaires qui
s’intègrent dans la sortie.
9 Par exemple les enquêtes ménage-déplacement ou les enquêtes mobilité certifiées Cerema (EMC2), selon le rapport d‘étude
du Cerema “Modélisation de la demande de déplacements. Étape de génération, principes méthodologiques et mise en œuvre”
(2023)
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La sortie est donc un enchaînement de déplacements pour des motifs principaux, secondaires
et le retour au domicile.
Plusieurs sorties peuvent bien sûr être réalisées une même journée.
Figure 10 : Illustration de trois sorties du domicile
• Demi-sortie
La sortie étant caractérisée par un motif principal, nous pouvons distinguer
- La séquence de déplacements aller depuis le domicile vers le lieu du motif de la sortie
- La séquence retour (depuis ce lieu).
L’aller et le retour constituent chacun une demi-sortie.
Il existe un troisième cas : une séquence de déplacement qui n’est pas liée au domicile, par
exemple depuis le lieu d’activité principal vers une activité secondaire puis retour vers l’activité
principale. On distingue alors deux demi-sorties de type “autre”.
Figure 11 : illustration de deux demi-sorties constituant une sortie
La demi-sortie aller est constituée d’un seul déplacement, la demi-sortie retour est une séquence de deux
déplacements
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La demi-sortie n’a pas a priori de limite de longueur, tant que l’origine et la destination de
chacun de ses déplacements se situe dans le rayon de 80 km à vol d’oiseau autour du
domicile.
Figure 12 : Illustration de demi-sorties longues
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 22
IV. Analyses et caractérisation
quantitatives
A. Déplacements et demi-sorties
Un écueil habituellement rencontré dans les analyses des enquêtes mobilités est la non
prise en compte des chaines de déplacements. En effet, plusieurs déplacements
successifs peuvent être liés entre eux et s’effectuer dans une séquence ordonnée. Certains
déplacements sont dépendants de la réalisation de déplacements antérieurs. Au contraire,
dans d’autres circonstances, certains déplacements pourraient ne pas se faire (une course
intermédiaire par exemple) sans que cela n’affecte le motif de la sortie ou les modes de
transport employés.
Illustration
Une personne qui se rend à son travail peut décider de s’arrêter en route pour réaliser une
course. Le but principal de la sortie du domicile est bien de se rendre à son travail, mais
l’enquête fera apparaître deux déplacements, l’un avec le motif achat et le second avec le
motif travail.
Si l’on regarde individuellement chaque déplacement : les distances, les durées et les
émissions vont être réparties entre les motifs achat et travail. Cependant, cette personne,
sans faire d’achat en route, aurait réalisé un seul déplacement avec le seul motif travail.
En ne prenant en compte que le motif principal de la sortie, les durées de déplacement,
les distances et les émissions sont alors intégralement affectées à ce motif.
Ce qui nous intéresse, ce sont bien les motifs principaux des sorties du domicile, qui
vont déterminer la portée des déplacements, leurs fréquences, leurs durées et leurs
émissions. Le lieu de résidence et le lieu du motif principal de la sortie vont également
déterminer les zones géographiques (par exemple la densité des territoires au lieu de
résidence et au lieu de sortie).
Analyser uniquement par déplacement nous donne une vision biaisée de la mobilité du
quotidien. Nous allons nous efforcer de quantifier ce biais afin de voir s’il introduit une erreur
importante.
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B. Mobilité moyenne-longue du quotidien
Cette étude se focalise sur les déplacements moyens-longs du quotidien.
En pratique, il s’agira de déplacements au sein de demi-sorties de plus de 10 km et se
situant dans un cercle centré sur le lieu de résidence et d’un rayon de 80 km.
Les déplacements qui constituent ces demi-sorties peuvent avoir une longueur inférieure à 10
km. Nous allons considérer le cumul des longueurs des déplacements pour déterminer si nous
sommes dans le cadre de la mobilité moyenne-longue du quotidien.
Par exemple, une personne qui réalise un premier déplacement de 4 km (pour faire un achat)
puis enchaîne avec un second déplacement de 7 km et atteint le motif principal de sa sortie
(rendre visite à des amis) réalise une demi-sortie de 11 km qui rentre bien dans le cadre de
cette étude.
C. Immobilité de la population française
Chaque jour, une partie de la population reste chez elle10.
Les données de l’enquête du SDES sont communiquées par rapport à l’ensemble de la
population française (mobile et immobile un jour donné).
Cependant elles sont très souvent interprétées par rapport à la population mobile : quand
quelqu’un sort de chez lui, quelle distance parcourt-il ? Combien de temps va-t-il passer dans
ses déplacements ?
Cela peut créer un biais d’interprétation que nous allons tenter de quantifier et de supprimer
en estimant systématiquement la population mobile.
Les valeurs de mobilité rapportées à la personne doivent donc être accompagnées du taux
d’immobilité pour appréhender correctement le comportement des personnes réalisant des
déplacements.
Ce taux est très variable : il dépend du groupe de personnes considéré, mais aussi du jour de
la semaine.
L’enquête mobilité des personnes permet de quantifier la population mobile et la population
immobile, pour un jour et un groupe d’individus donnés.
Par exemple, le mardi, sur l’ensemble de la population française de plus de 6 ans, le taux
d’immobilité est de 13,9 %. Cela signifie que le mardi sur 59,5 millions de français âgés de
6 ans et plus, 8,3 millions restent chez eux.
10 Plus précisément dans l’EMP : dans son logement et dans son jardin.
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Figure 13 : Taux d’immobilité de l’ensemble de la population française par jour de semaine
Une petite partie de la population (2,7%) est immobile en permanence (les 7 jours de la
semaine).
Nous remarquons une mobilité plus forte les jours de semaine que le week-end, en particulier
le dimanche. Le vendredi est le jour de la semaine où nous nous déplaçons le plus.
Si l’on restreint l’analyse à un sous-groupe, il est possible de calculer le taux d’immobilité. Par
exemple, toujours le mardi, le taux d’immobilité de la population âgée de 19 à 24 ans est de
5,6 %. Sur une population de 4,2 millions de français de cette tranche d’âge, 235 000 français
de 19 à 24 ans restent chez eux le mardi.
Exemple d’écart d’interprétation
Dans l’EMP 2019, sur une population de 59,5 millions de Français de 6 ans et plus, les
enregistrements concernant les déplacements de mobilité locale nous permettent
d’analyser le comportement de 55,6 millions de Français. Parmi cette population, une
partie reste immobile et 47,1 millions de Français se déplacent alors chaque jour en
moyenne.
La distance parcourue par personne est de 26,7 km mais la distance par personne mobile
est de 31,5 km (écart de 18%).
Chaque Français (mobile et immobile) consacre en moyenne 62 minutes à ses
déplacements quotidiens mais chaque Français mobile, dès qu’il sort de chez lui, se
déplace en moyenne pendant 73 minutes (écart de 18% également).
Encadré 1 : exemple d’écart d'interprétation
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D. Population étudiée
L’analyse détaillée des déplacements nous conduit à considérer plusieurs sous-groupes de
population. Pour chaque sous-groupe, nous calculons la population mobile.
Le groupe le plus général représente l’ensemble de la population française résidant en France
métropolitaine âgée de 6 ans et plus soit 55 482 366 personnes.
Nous constatons que sur l’ensemble d’une semaine, la population se déplaçant à plus de
10 km de son lieu de résidence, représente 22,3 millions de personnes soit 46 % de la
population mobile totale : un peu plus d’une personne sur deux reste à moins de 10 km de
chez elle sur l’ensemble des jours de la semaine.
E. Analyse des sorties et demi-sorties
La création des chaînes de déplacements, que nous appelons demi-sorties, nous permet
d’estimer le nombre de sorties du domicile réalisées par les Français un jour de semaine.
Figure 14 : Répartition de la population en fonction du nombre de sorties réalisées sur une journée
Lecture : sur une journée, en moyenne 13,1 % des personnes ne sortent pas de chez elles. 23,5% sortent deux fois de chez
elles.
La majorité des Français ne sort qu’une fois de chez elle dans la journée et il est très rare de
sortir plus de 4 fois.
Sur une semaine complète, les Français sortent environ 500 millions de fois de chez eux.
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Nous pouvons compter le nombre de déplacements au sein de la demi-sortie et évaluer les
durées, distances et émissions. Par souci de lisibilité, nous présentons uniquement le
décompte et les émissions en comparant les demi-sorties de plus de 10 km avec l’ensemble
des demi-sorties.
Répartition des demi-sorties en fonction Répartition des émissions en fonction
du nombre de déplacements chaînés du nombre de déplacements chaînés
Figure 15 : Répartition des demi-sorties et des émissions des trajets chaînés
Lecture : 89 % des demi-sorties ne comportent qu’un seul déplacement. Elles contribuent pour 81 % des émissions totales.
Parmi elles, les demi-sorties au-delà de 10 km contribuent à 79% des émissions totales.
Nous constatons que 9 demi-sorties sur 10 ne comportent qu’un seul déplacement.
Sur l’ensemble des demi-sorties : environ une demi-sortie sur 10 est chaînée, mais ces demi-
sorties représentent près de 20 % des émissions.
Si l’on examine uniquement les demi-sorties de plus de 10 km, les demi-sorties chaînées sont
plus fréquentes : 2 sur 10. Elles représentent également près de 20% des émissions.
Les demi-sorties avec des chaînages complexes (plus de 3 déplacements) sont
extrêmement rares.
Les demi-sorties de plus de 10 km sont plus souvent chaînées. Dans ce cas, elles sont
également un peu plus émissives.
89%
9% 1% 0%
81%
15%
3% 1% 0% 0% 0% 0%
1 2 3 4 5 6 7 8
Toute longueur 10 km et plus
81%
15%
3% 1%
79%
17%
3% 1% 0% 0% 0% 0%
1 2 3 4 5 6 7 8
Toute longueur 10 km et plus
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Le nombre de demi-sorties n’est pas constant tout au long de la semaine :
Figure 16 : Demi-sorties de plus de 10 km par jour de semaine (million). Tous motifs, toutes régions, personnes
mobiles
Nous observons une baisse significative le dimanche, en raison d’une immobilité plus forte ce
jour-là.
43
49 53
48 52
45
34
46
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche Moyenne
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F. Chaînes de déplacements et émissions
Avec les demi-sorties, nous disposons maintenant d’un outil plus précis que les déplacements
pour caractériser la mobilité. Ces demi-sorties nous permettent de savoir d’où viennent et où
vont les Français, les distances et durées des mouvements, les motifs de l’ensemble de la
chaîne de déplacements, les caractéristiques des populations et les modes de transports
utilisés.
Figure 17 : Répartition des demi-sorties de plus ou moins de 10 km, en %
Si environ un tiers des demi-sorties font plus de 10 km, elles représentent la très grande
majorité des émissions, plus de 80 %.
69% 66% 45% 20% 20%
31% 34% 55% 80% 80%
0%
100%
Demi-sorties Déplacements Durée Distance Émissions
De 0 à 10 km Plus de 10 km
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G. Analyse par classe de distance
Figure 18 : Répartition des déplacements par classe de longueur de la demi-sortie,
Lecture : 10% des déplacements sont dans des demi-sorties entre 20 et 35 km.
Figure 19 : Répartition des émissions(tCO2e) par classe de longueur de la demi-sortie,
Lecture : les déplacements dans les demi-sorties entre 20 et 35 km génèrent 23 % des émissions.
Si l’on étudie le nombre de demi-sorties, la majorité se concentre sur les classes de distance
les plus petites. Ainsi, moins d’un tiers dépassent les 10 km, et seules 4% déplacements sont
dans des demi-sorties qui dépassent 50 km.
15%
12%
22%
17% 16%
10%
4% 4%
0 à 1 km 1 à 2 km 2 à 5 km 5 à 10 km 10 à 20 km 20 à 35 km 35 à 50 km 50 km et plus
0,2% 0,9%
7%
12%
22% 23%
14%
22%
0 à 1 km 1 à 2 km 2 à 5 km 5 à 10 km 10 à 20 km 20 à 35 km 35 à 50 km 50 km et plus
Demi-sorties ≥ 10 km
Demi-sorties ≥ 10 km
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Si l’on regarde les émissions, c’est l’inverse : elles sont logées dans les demi-sorties les plus
longues. Les demi-sorties de plus de 10 km représentent 80% des émissions. Et parmi
celles-ci, les demi-sorties de plus de 50 km représentent presque un quart des émissions de
la mobilité locale (22%).
Les parts modales en déplacement par classe de distance montrent une prédominance de la
marche à pied pour les demi-sorties de moins de 2 km.
Mais au-delà, c’est la voiture qui est ultra-majoritaire.
Figure 20 : Part modale des déplacements sur une semaine, par classe de distance de demi-sorties.
Les transports en commun voient leur part modale en nombre de déplacements la plus élevée
pour les sorties entre 2 et 10 km.
0%
20%
40%
60%
80%
100%
0 à 1 km 1 à 2 km 2 à 5 km 5 à 10 km 10 à 20 km 20 à 35 km 35 à 50 km 50 km et plus
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
Demi-sorties ≥ 10 km
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On pourrait s’étonner de la présence de la marche à pied pour les demi-sorties longues. Il
s’agit en fait de demi-sorties chaînées dont l’un des déplacements est réalisé à pied.
Figure 21 : Part modale des distances parcourues sur une semaine, par classe de distance des demi-sorties. Toutes
régions et tous motifs
De nouveau, pour les sorties à plus de 2 km, la voiture est le mode de transport majoritaire en
termes de distances parcourues. Au-delà de 5 km, elle représente entre les trois quarts et les
neuf dixièmes des voyageurs-kilomètres parcourus.
0%
20%
40%
60%
80%
100%
De 0 à 1 km De 1 à 2 km De 2 à 5 km De 5 à 10 km De 10 à 20
km
De 20 à 35
km
De 35 à 50
km
50 km et plus
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
Demi-sorties ≥ 10 km
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 32
Si l’on regarde les émissions, la voiture est quasiment la seule et unique source, quelle
que soit la classe de distance :
Figure 22 : Part modale en émissions par classe de distance des demi-sorties, sur une semaine complète. Toutes
régions et tous motifs
Nous observons logiquement la disparition des émissions de la marche à pied et du vélo, et la
très forte baisse des émissions des transports en commun, proportionnellement aux émissions
totales de la classe de distance, en raison de transports en commun peu émissifs
(mutualisation du mode de transport, motorisation majoritairement électrique pour les
transports ferrés11).
11 Et d’une production électrique très faiblement carbonée
0%
20%
40%
60%
80%
100%
De 0 à 1 km De 1 à 2 km De 2 à 5 km De 5 à 10 km De 10 à 20 km De 20 à 35 km De 35 à 50 km 50 km et plus
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
Demi-sorties ≥ 10 km
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H. Analyse par lieu de résidence
Nous nous appuyons dans cette section sur la grille communale de densité à 7 niveaux, définie
par l’Insee en 202212.
La classification de chaque commune se fait en fonction de la densité de population résidente,
de la répartition de la population sur le territoire communal et également de la proximité à un
centre urbain.
Ces 7 niveaux se décomposent en :
● Un niveau pour les grands centres urbains (en orange).
● Trois niveaux pour les communes de moyenne densité (nuances de jaune)
● Trois niveaux pour les communes rurales (nuances de bleu)
Figure 23 : Densité des communes françaises
Cette subdivision permet de répartir la population en 3 groupes de tailles non identiques mais
comparables : 38 % de la population pour les grands centres urbains, 29 % pour les trois
niveaux de communes de densité intermédiaire et 33 % pour les trois niveaux de communes
rurales13.
12 Pour plus d’information, voir le document de travail de l’Insee 2022-18 « La grille communale de densité à 7 niveaux »
13 Pour la France métropolitaine qui est le périmètre de cette étude, les ratios sont quasi identiques : 39 % pour les grands
centres urbains, 28 % pour les communes de densité intermédiaire et 33 % pour les communes rurales.
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 34
Dans cette section, nous ne regardons que les demi-sorties de plus de 10 km qui représentent,
rappelons-le, environ 80 % des émissions de la mobilité locale.
Les trois prochains graphes montrent les parts modales en nombre de déplacements, en
distance et en émission en fonction de la densité de la commune de résidence.
Figure 24 : Déplacements (millions) par mode de transport et par densité communale, sur une semaine.
Nous observons la quasi-disparition de la marche à pied et du vélo comme mode de transport
à plus de 10 km du domicile. Là encore la voiture est prédominante, mais les transports en
commun représentent un peu plus de 20% des déplacements des résidents des grands
centres urbains.
Ils jouent un rôle beaucoup moins important dans les zones intermédiaires et les territoires
ruraux. Ils sont quasiment absents des communes rurales à habitat très dispersé.
Figure 25 : Distances parcourues (millions de km) par mode de transport et par densité communale, sur une semaine.
Toutes régions et tous motifs. Demi-sorties ≥ 10 km
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 35
Nous retrouvons la même répartition pour les distances parcourues.
Figure 26 : Émissions (tCO2e) par mode de transport et par densité communale, sur une semaine.
Quelle que soit la densité communale, les émissions sont essentiellement générées par la
voiture.
Figure 27 : Données de mobilité pour les 7 niveaux de densité communale
Moyenne 7 jours de la semaine, population réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Lecture : Les résidents des bourgs ruraux représentent 21 % des personnes mobiles se déplaçant à plus de 10 km de leur
domicile. Elles réalisent 22% des demi-sorties et contribuent à 24% des émissions de la mobilité moyenne-longue du quotidien.
Pour les déplacements moyens-longs du quotidien, les territoires ruraux présentent
une très forte mobilité (45% de la population mobile pour 33% de la population française). Il
29%
26%
22%
9% 9% 9% 10% 10% 10%
7% 8% 8%
21% 22% 24%
20% 21% 22%
4% 4% 5%
Population mobile Demi-sorties Émissions
Grands centres urbains Centres urbains intermédiaires Ceintures urbaines
Petites villes Bourgs ruraux Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
51% 27% 47% 27% 45% 26%
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 36
en résulte un plus grand nombre de demi-sorties et des émissions plus élevées c’est-à-dire
une dépendance beaucoup plus forte aux énergies fossiles.
Nous observons le phénomène inverse pour les grands centres urbains qui concentrent
seulement 29% de la population mobile française réalisant des déplacements longs (pour 38%
de la population totale). La part des émissions (22%) y est significativement plus faible que la
population mobile en raison de la disponibilité de modes de transports faiblement carbonés.
Enfin, les zones de densité intermédiaire présentent une grande homogénéité entre
population mobile, sorties et émissions. La contribution aux déplacements longs du quotidien
est globalement proche de la part de la population qui y réside (29%).
Figure 28 : Distance par jour selon la densité du lieu de résidence, demi-sortie > 10 km
Grille Insee 7 niveaux de densité. Moyenne 7 jours de la semaine, toutes régions, personnes réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Les distances parcourues sont très homogènes dans les territoires ruraux et de moyenne
densité, et un peu plus faibles pour les grands centres urbains et leurs ceintures.
47
56
49
60 57 57 60
Distance par personne mobile et par jour (km)
Grands centres urbains Centres urbains intermédiaires Ceintures urbaines
Petites villes Bourgs ruraux Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 37
Figure 29 : : Émissions des personnes mobiles par an (tCO2e) selon la densité de la commune de résidence, pour les
demi-sorties > 10 km
Les émissions par personne mobile suivent les distances parcourues sauf dans les grands
centres urbains où la part modale des transports en commun est plus importante.
Notons que ces chiffres d’émissions annuelles ne concernent que la mobilité moyenne-longue
du quotidien, c’est-à-dire qu’ils ne prennent pas en compte la mobilité du quotidien à courte
portée ni les voyages à plus de 80 km du domicile.
Les flux entre les territoires
La densité de la commune à l’origine et à la destination de la demi-sortie est recensée par
l’enquête sur la mobilité des personnes. Nous pouvons donc représenter les flux de personnes
entre zones de densité.
Nous avons décidé de ne regarder que les demi-sorties « aller », l’origine de la demi-sortie
étant par construction le domicile. Nous pouvons ainsi voir les densités des communes de
résidence et des communes de destination. Les graphiques ci-dessous ne concernent que la
mobilité moyenne-longue du quotidien (≥ 10 km) ; les déplacements locaux, à proximité du
domicile n’apparaissent pas.
1,8
2,6 2,4
2,8 2,8 2,8
3,1
Émissions (t CO2e) par personne mobile et par an
Grands centres urbains Centres urbains intermédiaires Ceintures urbaines
Petites villes Bourgs ruraux Rural à habitat dispersé
Rural à habitat très dispersé
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Figure 30 : : Flux des personnes entre les 7 zones de densité communales
Moyenne sur une semaine, toutes régions et tous motifs, demi-sorties ≥ 10 km, allers uniquement
Les répartitions à gauche représentent les personnes à l’origine des demi-sorties, là où elles
résident. Cependant une personne peut réaliser plusieurs sorties dans la journée, et elles
peuvent avoir pour destination des zones de densité différentes. C’est ce que montrent les
chiffres à destination, à droite.
Les valeurs ne sont pas à considérer précisément car nous ne travaillons pas à partir de
l’ensemble de la population française âgée de 6 ans et plus (59,4 millions de personnes) mais
des personnes ayant réalisé des déplacements locaux (55,9 millions de personnes). De plus
le graphique ne représente que les personnes mobiles ayant réalisé des allers de plus de 10
km (19,6 millions de personnes). Ce sont donc les ratios qui sont à analyser.
On observe que :
- Les grands centres urbains sont de loin la destination principale des sorties dans leur
ensemble
- Plus de la moitié (54%) des personnes se rendent dans des centres urbains (grands
et intermédiaires).
- Les bourgs ruraux sont la destination de 16% des personnes ce qui est significatif.
- Les territoires ruraux sont surreprésentés en termes de déplacements moyens-longs
(46% des personnes qui se déplacent) par rapport à la taille de leur population (33%).
- Les habitants des bourgs ruraux se répartissent entre grands centres urbains (24%),
zones de densité intermédiaire (24%) et d’autres bourgs ruraux (22%).
- Pour les habitants des trois zones de densité intermédiaire, la première destination est
les grands centres urbains (respectivement 30%, 43% et 21%).
À elles seules, les trois catégories des grands centres urbains, centres urbains
intermédiaires et couronnes sont la destination de près de 2/3 des personnes, traduisant
le poids très important des métropoles et des villes moyennes dans les déplacements moyens-
longs (qui font eux-mêmes 80% des émissions).
Ce constat est confirmé par l’analyse de la répartition des distances parcourues sur les allers :
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Figure 31 : Répartition des voyageurs-km selon l'origine et la destination des flux allers. Demi-sorties ≥ 10 km
Nous retrouvons cette répartition dans les émissions.
Nous présentons ici deux fois le même graphique (mêmes données) mais colorés du point de
vue de l’origine (à gauche) et de la destination (à droite).
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 40
Figure 32 : Répartition des émissions entre zone de densité communale, allers uniquement,
Flux colorés en haut en fonction de leur origine, en bas en fonction de leur destination
Les émissions sont générées en premier lieu et très majoritairement par les
déplacements à destination des grands centres urbains (en orange, figure de droite). Il se
répartissent ensuite entre centres urbains intermédiaires et bourgs ruraux.
Nous constatons que les émissions sont principalement réalisées à partir des territoires
ruraux (en bleu, figure de gauche). Les flux sont orientés vers les grands centres urbains, les
centres intermédiaires et les bourgs ruraux. Les déplacements à partir des bourgs ruraux
émettent plus que la totalité des déplacements des grands centres urbains, pour la mobilité
moyenne-longue du quotidien.
Les déplacements à partir des zones intermédiaires sont relativement moins émissifs en raison
à la fois d’une part plus faible de personnes mobiles et de distances plus courtes .
La majorité des émissions de mobilité moyenne-longue, générées par les grands
centres urbains, est issue de déplacements provenant de l’extérieur de ces grands
centres urbains.
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I. Analyse par région
Figure 33 : Données de mobilité par région
Moyenne 7 jours de la semaine, population réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Lecture : la région Auvergne-Rhône-Alpes représente 13% de la population mobile se déplaçant à plus de 10 km de son domicile
en France. 14% des demi-sorties y sont réalisés, générant 15% des émissions de la mobilité longue du quotidien.
13% 14% 15%
17%
16%
12%
10% 10% 10%
0%
5%
10%
15%
20%
Population mobile Demi-sorties Émissions
Auvergne-Rhône-Alpes Bourgogne-Franche-Comté Bretagne Centre — Val de Loire
Corse Grand Est Hauts-de-France Ile-de-France
Normandie Nouvelle-Aquitaine Occitanie Pays de la Loire
Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Ce graphique détaille la répartition des kilomètres parcourus selon les modes de transport
entre les régions (la largeur des colonnes est proportionnelle au nombre de kilomètres
parcourus par les habitants de la région), pour les demi-sorties de plus de 10 km.
Figure 34 : Distance parcourue par région et par mode de transport
Moyenne 7 jours de la semaine, population réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Lecture : 14 % des kilomètres parcourus en France métropolitaine sur une semaine sont réalisés par des habitants de la région
Auvergne-Rhône-Alpes. Au sein de cette région : 6% des kilomètres y sont parcourus en transport en commun et 92% en voiture.
Figure 35 : Émissions par région et par mode de transport
Moyenne 7 jours de la semaine, population réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Lecture : 15 % des émissions en France métropolitaine sur une semaine sont réalisées par des déplacements des résidents de
la région Auvergne-Rhône-Alpes. Au sein de cette région : 2% des émissions proviennent des transports en commun et 98%
proviennent de la voiture.
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Concernant la mobilité longue du quotidien, nous constatons que c’est en l’Île-de-France que
la population mobile et le nombre de sorties sont le plus importants. Cependant, en raison de
la part modale plus élevée des transports en commun, elle est la deuxième région la plus
émissive derrière Auvergne-Rhône-Alpes et quasiment à égalité (12%) avec la région Nouvelle
Aquitaine dont la population mobile est bien plus faible (17% de la population mobile est
francilienne, pour 10% résidant en Nouvelle Aquitaine).
Même si l’offre de transport en commun francilienne est exceptionnelle au niveau national et
même international, cela illustre la capacité des transports collectifs à réaliser en partie la
décarbonation de la mobilité.
Figure 36 : Distance par jour selon la région de résidence, demi-sortie ≥ 10 km
Moyenne 7 jours de la semaine, personnes réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Les distances parcourues quotidiennement sont variables entre les régions ce qui montre la
nécessité d’études plus localisées pour tenir compte des caractéristiques locales.
56 57 54
61
66 62
51 50 54 56
49 52 49
Distance par personne mobile et par jour (km)
Auvergne-Rhône-Alpes Bourgogne-Franche-Comté Bretagne Centre — Val de Loire
Corse Grand Est Hauts-de-France Ile-de-France
Normandie Nouvelle-Aquitaine Occitanie Pays de la Loire
Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Figure 37 : Émissions des personnes mobiles par jour selon région de résidence, demi-sortie > 10 km
Moyenne 7 jours de la semaine, personnes réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Alors que les distances parcourues en Île-de-France sont similaires à d’autres régions, on
retrouve des émissions par personne mobile nettement plus faibles.
7,6 7,2 7,1
7,8
10,8
8,3
6,7
4,8
6,6
8,1
6,7 6,5 5,9
Émissions par personne mobile et par jour (kg CO2e)
Auvergne-Rhône-Alpes Bourgogne-Franche-Comté Bretagne Centre — Val de Loire
Corse Grand Est Hauts-de-France Ile-de-France
Normandie Nouvelle-Aquitaine Occitanie Pays de la Loire
Provence-Alpes-Côte d’Azur
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J. Motifs de déplacement
Même si les déplacements chaînés ne représentent qu’une demi-sortie sur dix, l’analyse par
motif de demi-sortie nous permet de discerner une image plus précise de la demande de
transport pour la mobilité longue du quotidien.
Figure 38 : Répartition des demi-sorties et des émissions par motifs pour les demi-sorties ≥ 10 km
Cumul 7 jours de la semaine
Toutes régions et personnes, tous les types de demi-sorties ≥ 10 km
Les motifs de déplacement étant plus nombreux dans l’EMP 2019, nous en avons regroupés
certains. Ces regroupements sont précisés dans l’annexe méthodologique.
Sans surprise, dans le cadre de la mobilité moyenne-longue du quotidien, le travail et les
études sont la principale raison de sortir de chez soi.
En analysant selon les zones agrégées de la grille de densité communale, nous constatons
les très fortes émissions des habitants des espaces ruraux associées au motif travail.
Ces habitants représentent 33% de la population.
5%
13%
1%
18%
4%
5%
38%
1%
14%
4%
10%
1%
14%
4%
9%
44%
1%
13%
Accompagnement
Achats
Démarches
Loisirs
Soins
Tournées et autres motifs professionnels
Travail/étude
Vacances
Visites
Demi-sorties Émissions
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Figure 39 : Émissions (ktCO2e) par motifs et par zones de densité
Grille de densité 7 niveaux agrégée, pour les demi-sorties ≥ 10 km. Cumul sur 7 jours de la semaine
Toutes régions et personnes, tous les types de demi-sorties ≥ 10 km
Déplacements contraints et choisis
En agrégeant les motifs, on peut introduire un degré d’obligation des déplacements qui traduit
leur caractère choisi ou contraint.
Nous reprenons ici l’affectation proposée par A. Broto dans sa contribution à Ambition France
Transport de juin 2025, qui peut être modulée suivant les situations.
Figure 40 : : degré d'obligation des déplacements
En appliquant cette grille de lecture sur les déplacements de plus de 10 km, il ressort de cette
analyse que, quelle que soit la zone de densité, les émissions des déplacements contraints
sont sensiblement supérieures à celles des déplacements choisis, et dans le même rapport.
En effet, environ 65% des émissions de la mobilité longue du quotidien sont dues à des
déplacements non choisis, sur chacune des zones de densité.
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Figure 41 : Emissions (tCO2e) par motifs contraint ou pas et par zones de densité pour les demi-sorties ≥ 10 km
Cumul sur 7 jours de la semaine
Toutes régions et personnes réalisant des demi-sorties ≥ 10 km
Ce constat ouvre la possibilité de mise en œuvre de politiques et d’actions de réduction des
kilomètres parcourus sans entamer la capacité (ou la liberté) des Français à se déplacer. Cette
sobriété structurelle pourrait de ce point de vue être à la fois acceptable et souhaitable compte
tenu du caractère contraint de 2/3 des km.
143 277
84 564
186 889
106 955
179 514
Contraints
Choisis
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
367 779
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K. Répartition de la population
Nous avons cherché à comprendre comment la population mobile se répartissait en fonction
des classes de distance, sachant qu’une personne peut très bien réaliser deux sorties dans
deux classes de distance différentes la même journée.
L’objectif est de comprendre quelle part de la population réalise des déplacements moyens-
longs (au-delà de 10 km) ou extrêmement longs (plus de 50 km) et de déterminer les émissions
associées.
Figure 42 : Part de la population par classe de distance minimale et répartition des émissions associés
Lecture : 26% de la population mobile réalise des demi-sorties de plus de 20 km. Ce quart de la population mobile génère 59%
des émissions.
Nous constatons que les demi-sorties de plus de 10 km, le périmètre de cette étude,
concernent moins de la moitié de la population (46%) mais génèrent 80% des émissions.
Seule 7% de la population mobile réalise des sorties à plus de 50 km du domicile, mais ces
sorties génèrent près d’un quart des émissions (22%).
Nous allons essayer de cerner certains traits des personnes réalisant des déplacements à plus
de 10 km.
Nous pouvons également comparer population et émissions par classe de distance et de
zonage de densité communale.
100%
91%
83%
65%
46%
26%
13%
7%
100% 100% 99%
92%
80%
59%
36%
22%
0 km et plus 1 km et plus 2 km et plus 5 km et plus 10 km et plus 20 km et plus 35 km et plus 50 km et plus
0%
20%
40%
60%
80%
100%
Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2 Pop.
mob
CO2
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Figure 43 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon la densité du lieu de résidence
Lecture : 31% des personnes réalisant des demi-sorties entre 10 et 20 km résident dans un grand centre urbain. Elles émettent
moins d’un quart des émissions de cette classe de distance alors qu’elles représentent 38% de la population totale et 40% de la
population mobile. Grille communale de densité à 7 niveaux agrégée.
Les habitants des grands centres urbains réalisent relativement moins de déplacements au-
delà de 10 km.
L. Déplacements accompagnés
Un déplacement accompagné (ou avec accompagnement) est un déplacement où lors de
l’Enquête sur la Mobilité des Personnes, l’interviewé a déclaré être accompagné par au moins
une autre personne (faisant partie ou non du ménage).
Nous exploitons une variable de la table des déplacements qui spécifie si le déplacement est
accompagné ou pas. Nous avons cherché à évaluer, pour chaque classe de distances, la
proportion de demi-sorties impliquant au moins un déplacement accompagné, et s’ils sont
chaînés ou pas. Nous ne regardons pas ici le motif « accompagnement » des déplacements.
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Figure 44 : Nombre de demi-sorties (million) par classe de distance, cumul sur 7 jours de la semaine.
Lecture : sur 159 millions de demi-sorties dont la longueur est entre 10 et 20 km, 25 millions sont composées de plusieurs
déplacements chaînés. Parmi ces 159 millions de demi-sorties, 71 millions sont avec accompagnement. Parmi elles, 17 millions
sont composées de plusieurs déplacements chaînés.
Au-delà d’une portée de 10 km, le nombre de demi-sorties diminue mais une petite moitié
d’entre elles sont accompagnées sur au moins l’un des déplacements.
Figure 45 : Émissions des demi-sorties par classe de distance (tCO2e), cumul sur 7 jours de la semaine
Les émissions créées lors des demi-sorties accompagnées sont proportionnellement plus
faibles que leur nombre, en raison de la mutualisation du véhicule.
Ces émissions sont essentiellement réalisées lors de demi-sorties non chaînées, que celles-
ci comportent un accompagnement ou pas.
De 0 à 1 km De 1 à 2 km De 2 à 5 km De 5 à 10 km De 10 à 20 km De 20 à 35 km De 35 à 50 km 50 km et plus
0
50
100
150
200
250
De 0 à 1 km De 1 à 2 km De 2 à 5 km De 5 à 10 km De 10 à 20 km De 20 à 35 km De 35 à 50 km 50 km et plus
0
100 000
200 000
300 000
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M. Évolution des parts modales entre 2008 et 2019
La méthodologie et les enrichissements de l’Enquête mobilité des personnes nous
permettent de réaliser une comparaison entre les deux enquêtes EMP 2019 et ENTD
2018 à environ dix années d’écart.
La méthodologie diffère entre les deux enquêtes sur le traitement du samedi et du dimanche.
Nous avons décidé de comparer uniquement les jours de semaine (lundi à vendredi), en nous
restreignant à la mobilité locale (dans un rayon de 80 km autour du domicile) et en estimant
pour les deux enquêtes la population mobile.
La méthodologie nous permet de comparer les parts modales en fonction de la densité
communale agrégée (c’est-à-dire les grands centres urbains, les communes de densité
intermédiaires et les communes rurales). Ces parts modales sont estimées en déplacements
et en distance.
Nous n’avons pas la possibilité de recréer des demi-sorties pour l’ENTD 2008, les séquences
de déplacement n’étant pas définies. Nous présentons les comparaisons pour les
déplacements d’une longueur supérieure à 10 km pour chacune des enquêtes.
Nous l’avons vu, ces déplacements constituent une bonne estimation de la mobilité moyenne-
longue du quotidien, mais d’autres déplacements plus petits peuvent aussi s’intégrer dans les
chaînes de plus de 10 km. Ces déplacements ne sont pas comptabilisés ici ce qui explique
des parts modales légèrement différentes pour l’EMP.
Pour les déplacements :
Figure 46 : Évolution des parts modales de déplacements entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de densité
communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km
Dans les grands centres urbains, nous observons une légère progression des parts modales
de des transports en commun et des deux-roues motorisés. La baisse de la part modale de la
voiture masque une augmentation en valeur absolue (4%) plus faible que l’augmentation des
déplacements de plus de 10 km (9%). La voiture reste majoritaire dans les déplacements : 7
sur 10.
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
0%
100%
ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
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Dans les zones de moyenne densité, le nombre de déplacements en transports en commun
progresse en valeur absolue (+23%) comme en part modale (de 7 à 8%) mais restent très
minoritaires. 9 déplacements moyens-longs sur 10 sont réalisés en voiture.
Pour les communes rurales, les parts modales sont très stables, avec une dominance forte de
la voiture, utilisée un peu plus de 9 déplacements sur 10. En valeur absolue, le nombre de
déplacements en voiture suit exactement l’augmentation générale des déplacements (+ 22%).
Les graphiques d’évolution des parts modales en distance et en émission sont très similaires.
Figure 47 : Évolution des parts modales en voyageurs-kilomètres entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de densité
communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km
Figure 48 : Évolution des parts modales en émission entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de densité communale.
Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km
Les émissions sont quasi exclusivement réalisées par les voitures quel que soit le territoire
observé.
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
0%
100%
ENTD
2008
EMP 2019 ENTD
2008
EMP 2019 ENTD
2008
EMP 2019
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
0%
100%
ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
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L’analyse strictement en part modale masque cependant une évolution très claire entre les
deux enquêtes, que nous voyons apparaître en regardant les valeurs absolues des distances
parcourues :
Figure 49 : Évolution des distances parcourues en voyageurs-kilomètres entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de
densité communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km.
Les distances parcourues augmentent, surtout pour les résidents des communes rurales
(+26%).
Ces augmentations sont absorbées pour moitié par les transports en commun dans les grands
centres urbains et quasi intégralement par la voiture dans les communes de moyenne densité
(+17% de voyageurs-km) et rurales (+25% de voyageurs-km).
Enfin, nous ne publions pas de comparatif concernant les émissions en valeur absolue, les
méthodologies d’estimation étant différentes entre les deux enquêtes14.
14 Pour l’ENTD 2008 : émissions de CO2 basées sur la méthode COPERT IV et calculée par le LET et le CERTU.
Pour l’EMP 2019 : voir la note méthodologique « Calcul des émissions de gaz à effet de serre dans l'enquête mobilité des
personnes 2019 », juillet 2023 mise à jour en septembre 2023, Commissariat général au développement durable, Service des
données et études statistiques
Grands centres urbains Moyenne densité Rural
0
1 000
2 000
3 000
ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019 ENTD 2008 EMP 2019
Marche à pied Vélo Transport en commun Voiture Deux-roues motorisé Autre
+ 15%
+ 16%
+ 26%
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N. Évolution de la population par classe de distance.
Nous reprenons dans cette section l’analyse de la population réalisant des déplacements au-
delà d’une certaine distance pour isoler les personnes réalisant des déplacements moyens-
longs.
Afin de permettre la comparaison entre ENTD 2008 et EMP 2019, nous travaillons ici :
- À partir de la longueur des déplacements (et non pas des demi-sorties),
- Pour les déplacements réalisés du lundi au vendredi.
Figure 50 : Évolution de la population mobile par classe de distance minimale des déplacements,
Lecture : En 2008, 65% des personnes réalisaient un déplacement de plus de 5 km sur une semaine, cette proportion est
passée à 63% en 2019.
Pour toutes les classes de distance au-delà de 10 km, la proportion de personnes réalisant
ces déplacements moyens-longs a augmenté.
100%
91%
82%
65%
43%
22%
8%
4%
100%
91%
83%
63%
45%
24%
11%
5%
0 km et plus 1 km et plus 2 km et plus 5 km et plus 10 km et plus 20 km et plus 35 km et plus 50 km et plus
ENTD 2008 EMP 2019
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Figure 51 : Évolution de la répartition des voyageurs-km parcourus par classe de distance minimale
Lecture : En 2008, les déplacements de plus de 35 km représentent 28% des voyageurs-kilomètre réalisés sur une semaine.
Cette proportion passe à 33% en 2019.
Pour les déplacements jusqu’à 35 km, le nombre de voyageurs-kilomètre n’a pas évolué entre
2008 et 2019. Pour les déplacements au-delà de 35 km, nous notons une augmentation
significative des distances parcourues : les déplacements de plus de 35 km concentrent en
2019 33 % des voyageurs-km contre 28 % en 2008, révélant une augmentation des kilomètres
parcourus sur les déplacements les plus longs.
Nous ne comparons pas, à dessein, les émissions entre l’ENTD 2008 et l’EMP 2019 en raison
des méthodologies différentes entre les deux enquêtes.
100% 99% 97%
91%
78%
55%
28%
16%
100% 99% 97%
89%
77%
55%
33%
20%
0 km et plus 1 km et plus 2 km et plus 5 km et plus 10 km et plus 20 km et plus 35 km et plus 50 km et plus
ENTD 2008 EMP 2019
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Partie 2
Revue statistique
des contraintes
socioéconomiques
et des freins au
changement
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I. À quelles contraintes socio-
économiques fait-on face sur ces trajets ?
A. Introduction générale
Un certain nombre de mesures, élaborées dans une optique d’incitation / contrainte à adopter
des comportements plus vertueux, ont rencontré une importante opposition sur le terrain par
les habitants concernés.
Les exemples sont nombreux : de la contestation de la taxe sur les poids lourds en 2013 par
le mouvement des Bonnets Rouges au mouvement des Gilets Jaunes en 2018 suscité par
l’augmentation de la TICPE, à la fronde suscitée par la réduction des vitesses de 90 à 80 km/h
sur les routes hors agglomération, ayant finalement conduit in fine à l’abandon total ou partiel
de ces mesures.
Loin de vouloir analyser ces phénomènes déjà largement commentés par la presse, ces
mouvements mettent en évidence l’importance de concevoir la transition écologique à partir
de ses répercussions sociales, humaines et économiques.
Plus récemment, la création de Zones à Faibles Émissions dans les principales
agglomérations a fait l’objet de plusieurs alertes sur la création de potentielles inégalités
d’accès à la ville pénalisant les ménages les plus modestes15.
Pour une bonne partie des personnes concernées, les dépenses pour la mobilité, réalisée
essentiellement en voiture, représentent une part importante du budget du ménage, et sont
souvent synonymes de déplacements longs et pas forcément souhaités. Le chapitre qui suit
fait le point sur la place de la mobilité dans les dépenses des ménages sur la base des données
statistiques, et le vécu des personnes à partir de quelques enquêtes existantes. Suit une
analyse des dépenses pour la mobilité par territoire, avec un focus sur les territoires ruraux et
sur les quartiers de la politique de la ville, qui présentent des caractéristiques
socioéconomiques spécifiques.
15 Voir par ex. la tribune de J. Coldefy dans Le Monde, le 12 février 2021 : https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/02/12/les-
utilisateurs-de-la-voiture-au-dela-des-hypercentres-sont-tres-majoritairement-ceux-n-ayant-pas-de-solutions-
alternatives_6069736_3232.html
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B. Dépenses des ménages pour la mobilité et
motorisation par classes de revenu
1. La place de la mobilité dans les dépenses des ménages
Selon les statistiques INSEE16, les ménages ont consacré en 2017 en moyenne 4 700 euros
sur l’année aux transports, soit 14% de leur revenu disponible17.
81% de cette dépense est imputable aux transports individuels, soit 11% du revenu
disponible, consacrés principalement à la voiture. Si on rapporte cette dépense aux seuls
ménages équipés de voiture, ce pourcentage monte à 12,4%.
L’achat net de véhicules représente environ un tiers (31%) de la dépense pour les transports,
les carburants et lubrifiants environ un quart (24%). Une voiture, neuve ou d’occasion, est
achetée en moyenne 11 950€, mais revient à 9 000€ en moyenne en déduisant la valeur de
revente et l’indemnité versée par l’assurance de l’ancien véhicule.
Presque un cinquième des ménages français (19%) ne possède pas de voiture. Sur les
81% qui en possèdent, 35% en ont aux moins deux18.
Une part très faible du revenu disponible est consacrée aux transports en commun : 1,5%, soit
520€ en moyenne, dont 300€ pour la longue distance et 220€ pour le transport local.
2. Dépenses pour la mobilité selon le revenu des ménages
Les dépenses pour les transports augmentent, assez logiquement, avec la classe de
revenu des ménages : elles passent de 2 460€ pour les 10% de ménages les plus modestes
à 8 830€ pour les 10% de ménages les plus aisés.
En revanche, la part du transport dans le revenu disponible suit la tendance inverse :
elle passe d’un cinquième (21 %) du revenu disponible pour les ménages les plus
modestes à 11% pour les ménages les plus aisés19.
16 Les analyses suivantes proviennent de : « En 2017, les ménages consacrent 11 % de leur revenu disponible à la voiture »
INSEE PREMIERE n° 1855, Avril 2021
17 Le revenu disponible est le revenu à la disposition du ménage pour consommer et épargner. Il comprend les revenus
d’activité nets des cotisations sociales, les indemnités de chômage, les retraites et pensions, les revenus du patrimoine
(fonciers et financiers) et les autres prestations sociales perçues, nets des impôts directs. Ces derniers incluent l’impôt sur le
revenu, la taxe d’habitation, la contribution sociale généralisée – CSG –, contribution à la réduction de la dette sociale – CRDS
– et les prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine. Il comprend une partie du solde des transferts inter ménages.
Source : https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1458 consulté le 3/04/2025
18 « En 2017, les ménages consacrent 11 % de leur revenu disponible à la voiture » INSEE PREMIERE n° 1855, Avril 2021
19 Source : « En 2017, les ménages consacrent 11 % de leur revenu disponible à la voiture » INSEE PREMIERE n° 1855, Avril
2021
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5358250#:~:text=Insee%20Première%20·%20Avril%202021%20·%20n,revenu%20disponibl
e%20à%20la%20voiture&text=En%202017%2C%20les%20ménages%20consacrent%20en%20moyenne%204%20700%20eur
os,Depuis%202005%2C%20cette%20part%20diminue. Consulté le 15 mai 2025
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Les trajets moyens longs du quotidien I The Shift Project I Décembre 2025 59
Figure 52 : Dépenses de transports et part dans le revenu des ménages selon le niveau de vie, en 2017
Une analyse complémentaire croisant les classes de distance et les déciles de revenu sur la
base de l’Enquête Mobilité des Personnes (EMP) de 201920 montre que les trois premiers
déciles de revenus sont les moins contributeurs à la mobilité à plus de 10 km, tant en nombre
de personnes qu’en émissions. Les 4 derniers déciles sont globalement plus contributeurs.
Figure 53 : : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon les déciles de revenus.
Lecture : les Français du 6ème décile de revenus représentent 8 % des personnes qui se déplacent entre 0 et 1 km.
Ces résultats sont confirmés par l’analyse réalisée par A. Bigo et F. Perez sur la base des
données (EMP) de 2019, qui croise les classes de distance et les quartiles de revenu avec le
nombre de déplacements et les émissions.
20 https://chair-energy-prosperity.org/wp-content/uploads/2020/12/Les-pratiques-de-mobilite-des-Francais-Aurelien-Bigo.pdf
consulté le 7 avril 2025
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Figure 54 : Trajets et émissions par quartile de revenu
Source : A. Bigo, F. Perez, Les pratiques de mobilité des Français, 05/11/2024
Si on ne considère que les segments correspondant aux trajets moyens-longs, à savoir les
segments 5-20 km et 20-100 km, on constate la même dynamique d’augmentation du nombre
de déplacements avec la classe de revenu. Les émissions augmentent plus fortement que le
nombre de déplacements, en correspondance avec l’utilisation plus importante de la voiture
en proportion. Cela provient du fait que le quartile de revenus les plus bas utilise davantage
les transports en commun et le covoiturage, se situant par ailleurs davantage en zone
urbaine plus dense.
3. Parc de voitures des ménages selon le revenu
Il est intéressant de mettre les chiffres précédents en regard de ceux sur la possession d’une
voiture en fonction du revenu. En 202321, les 20% de ménages les plus aisés détiennent un
quart du parc automobile, alors que les 20% les moins aisés en détiennent 12%.
21 Les chiffres suivants proviennent du Ministère Aménagement du Territoire Transition Écologique « Le parc automobile des
ménages en 2023 : moins de voitures pour les plus modestes, plus souvent anciennes et diesel », 16 juillet 2025
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Figure 55 : Motorisation des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023 (en %)
Les voitures des ménages les moins aisés sont à la fois plus polluantes et plus âgées.
En 2023 encore, 2 voitures sur 3 des 10% de ménages les moins aisés sont diesel22, contre
42 % de celles détenues par les 10 % de ménages les plus aisés.
Pour les 10% de ménages les moins aisés, les voitures de plus de 15 ans représentent 43%
du parc, et les voitures de moins de 5 ans une automobile sur 10. Pour les 10% de ménages
les plus aisés en revanche, les voitures de moins de 5 ans représentent une automobile sur
trois et celles de plus de 15 ans moins d’une sur cinq.
22 Du strict point de vue des émissions CO2, le diesel est moins émetteur que l’essence car consomme moins. Le caractère plus
polluant du diesel est davantage dû aux émissions de NOx et particules.
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Figure 56 : Age des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023 (en %)
Ces chiffres sont confirmés par ceux sur la détention de voitures des différentes catégories
Crit’Air selon le revenu. La proportion de voitures classées Crit'Air 3, 4, 5 ou non-classées
augmente progressivement avec la diminution du niveau de vie : de 21% des voitures
détenues par le décile le plus aisé à 51% des voitures détenues par les 10% de ménages les
plus modestes.
Figure 57 : Catégorie Crit’Air des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023
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4. Ressentis et contraintes sur la mobilité selon le revenu des
ménages
Le Baromètre des mobilités du quotidien FNH-Wimoov23 a mis en évidence que 13,3 millions
de personnes (soit 27,6 % de la population des 18 ans et plus) sont, ou se perçoivent,
en situation de précarité ou de contrainte en matière de mobilité24.
Parmi cette population, 3,6 millions sont concernés par la "précarité carburant" : il s’agit des
personnes qui ont un bas revenu, des dépenses en carburant élevées et /ou qui doivent déjà
restreindre leurs déplacements25. Par ailleurs, selon le baromètre, 28% des demandeurs
d’emploi ont renoncé au moins à un emploi faute de solution de mobilité.
Du point de vue du ressenti, les personnes ayant des bas revenus vivent plus difficilement
leurs conditions de déplacement.
Selon une étude OBSOCO - Fabrique de la Cité,26 si 67% de ceux qui estiment vivre
confortablement sont satisfaits de leur mobilité, ce pourcentage tombe à 44% pour les
ménages disposant de moins de 1 000 € par mois et à 35% pour ceux qui sont en grande
difficulté financière.
Figure 58 : Satisfaction en fonction de la qualité de vie et de la distance maison - travail
De même, le taux de satisfaction diminue avec les kilomètres parcourus pour aller au
travail : pour les personnes devant parcourir plus de 30 km, elle tombe à 38%, confirmant
ainsi le caractère non souhaité de ces déplacements.
23 Le Baromètre des mobilités du quotidien FNH-Wimoov est une enquête, menée entre octobre et décembre 2021 auprès d’un
large panel de Français, répartis au sein des 13 régions métropolitaines et représentatifs de la diversité de la population
https://barometremobilites-quotidien.org consulté le 15 mai 2025. 12 387 personnes ont participé à cette enquête, un échantillon
choisi de manière à tenir compte de certaines catégories de population traditionnellement peu représentées en volume ou
encore des territoires moins denses. Il s'agit de perception des français sur leur mobilité du quotidien.
24 Une édition plus récente du Baromètre, basée sur les années 2023/24, fait état d’une augmentation de 13,3 à 15 millions de
personnes
25 Par ailleurs : 4,3 millions de Français sont concernés par la "vulnérabilité mobilité" : longues distances à parcourir, absence
d’alternative à la voiture, véhicules vieillissants ; 5,3 millions sont concernés par la "dépendance à la voiture" : automobilistes
qui, indépendamment de leur revenu, ont des dépenses élevées en carburants, et des conditions de mobilité contraignantes
comme les longues distances ou qui n’ont pas d’autre choix que la voiture.
26 Dégremont, M., « Pour une transition juste des mobilités », mai 2024 https://www.lafabriquedelacite.com/wp-
content/uploads/2024/05/Note-Transition-juste-des-mobilites-web.pdf consulté le 7/04/25
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Une étude menée par l’Institut Terram27 met en évidence l’impact très important de la mobilité
sur la santé mentale. Ainsi, plus de 40 % des personnes ayant connu des symptômes
dépressifs, de stress, d’anxiété, de burn-out, ou ayant été touchées par des troubles du
sommeil, estiment que leurs problèmes de déplacement en sont en partie la cause28.
Les personnes effectuant des déplacements longs sont particulièrement concernées : 67%
des personnes qui réalisent des trajets au-delà des 50 km sont touchées, ainsi que les
populations plus contraintes financièrement, pour lesquelles les problèmes liés aux
transports s’ajoutent à d’autres facteurs tels la surcharge domestique, la précarité, les
inégalités professionnelles, et parfois l’insécurité (notamment pour les femmes).
Les soucis associés aux déplacements diffèrent aussi selon l’environnement géographique :
si les urbains sont plus concernés que les ruraux par les problèmes d’anxiété, de fatigue ou
de colère en relation à leurs déplacements, les ruraux sont plus nombreux que les urbains à
être insatisfaits de leurs frais de transport (43% contre 35%).
Ces résultats sont à rapprocher de ceux obtenus en 2016 par le Forum Vies Mobiles29, 30, à
travers une enquête menée dans 6 pays, qui mettaient en évidence une forte aspiration à
ralentir31.
Ainsi environ 80% des répondants français estiment que le rythme de vie dans la société
actuelle est trop rapide et souhaitent personnellement ralentir ; un tiers jugent « très
important » de passer moins de temps dans les transports. Pour les personnes effectuant des
trajets supérieurs à 35 minutes, ce pourcentage avoisine 50% des répondants.
L’enquête met également en évidence que le souhait de raccourcissement des distances
parcourues est important : presque la moitié des personnes interrogées dans les 6 pays
souhaiteraient travailler à proximité de leur lieu de résidence.
27 Delage, V., Malâtre-Lansac, A. « Mobilités : la santé mentale à l’épreuve des transports », Institut Terram, avril 2025
28 Comme le mettent en évidence les auteurs du rapport Terram, ce phénomène est éclairé par la notion de fatigue
décisionnelle, développée par Daniel Kahneman pour indiquer l’altération des capacités de résilience psychologique due à une
accumulation de contraintes répétées (qui, dans le cas des transports, peut correspondre aux incertitudes ou à la surcharge
cognitive liée aux trajets du quotidien).
29 Forum Vies Mobiles, Aspirations liées à la mobilité et aux modes de vie - enquête internationale, Mai 2016,
https://forumviesmobiles.org/recherches/3240/aspirations-liees-la-mobilite-et-aux-modes-de-vie-enquete-internationale consulté
le 6 mai 2025
30 Forum Vies Mobiles, Aspirations liées à la mobilité et aux modes de vie - enquête internationale dans 6 pays, Mai 2016,
https://forumviesmobiles.org/recherches/3240/aspirations-liees-la-mobilite-et-aux-modes-de-vie-enquete-internationale consulté
le 6 mai 2025
31 A noter que l’enquête a été menée non seulement auprès d’un public français mais aussi allemand, espagnol et USA
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C. Contraintes socioéconomiques selon le territoire
de résidence
1. Dépenses des ménages pour la mobilité selon le territoire de
résidence32
Le budget consacré à la mobilité diffère sensiblement selon le territoire où résident les
ménages. Il est notamment plus important dans les communes situées dans les
couronnes des agglomérations et dans les zones moins denses (catégorie « hors
attraction des villes » dans la figure 51).
Figure 59 : Dépenses des transports et part dans le revenu disponible des ménages selon la catégorie de commune de
résidence en 2017
Les ménages habitant dans des aires de couronne sont ceux qui dépensent le plus en
transports : 5 240 €, soit presque 15% de leur revenu disponible, suivis par les communes
hors attraction de villes, où la dépense moyenne est de 5 060 €, mais le poids dans le revenu
disponible légèrement supérieur (16%), ces ménages étant en moyenne moins aisés.
Les transports individuels représentent par ailleurs une part bien plus importante du budget
dans ces deux catégories de communes : 90% du budget transport des ménages situés
dans une aire de moins de 200 000 habitants, ou hors d’attraction des villes, contre 63% dans l’aire
de Paris (voir fig. ci-contre).
Le taux de possession de la voiture est aussi très variable selon la localisation géographique
des ménages : si presque un tiers des ménages des pôles n’en ont pas, 50% des ménages
32 Source des données de ce paragraphe : « En 2017, les ménages consacrent 11 % de leur revenu disponible à la voiture »
INSEE PREMIERE n° 1855, Avril 2021
https://www.insee.fr/fr/statistiques/5358250#:~:text=Insee%20Première%20·%20Avril%202021%20·%20n,revenu%20disponibl
e%20à%20la%20voiture&text=En%202017%2C%20les%20ménages%20consacrent%20en%20moyenne%204%20700%20eur
os,Depuis%202005%2C%20cette%20part%20diminue. Consulté le 15 mai 2025
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qui habitent en couronne et 45% de ceux qui habitent hors aires d’attraction des villes
possèdent plusieurs voitures.
Figure 60 : : Dépenses de transports et part dans le revenu disponible des ménages selon la taille de l’aire d’attraction
des villes en 2017
Concernant la localisation sur le territoire des situations de précarité et de relégation, les
différents travaux de recherche, tout comme les prises de position publiques, identifient parfois
les zones périurbaines, parfois les quartiers pauvres au sein des métropoles, parfois encore
les territoires ruraux, et en particulier ceux qui sont aux prises avec le déclin industriel, comme
les espaces réunissant les situations les plus difficiles.
La revue de littérature suivante se focalise sur deux typologies de situation mieux documentés
que d’autres, à savoir les territoires ruraux et les Quartiers de Politique de la Ville (QPV)33.
2. Les territoires ruraux
Comme le constate une étude récente du CREDOC – ANCT consacrée aux territoires
ruraux34, contrairement aux idées reçues, les territoires ruraux français dans leur ensemble ne
sont pas marqués par un fort taux de pauvreté ni un taux de chômage significativement plus
élevé que la moyenne35. En revanche, le décile de revenus les plus élevés est sous-
33 Les territoires ruraux et les Quartiers de Politique de la Ville font par ailleurs l’objet d’analyses spécifiques de la part de
l’Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires en tant que « zones de fragilité »
34 HOIBIAN, S., BRICE MANSENCAL, L., FORCADELL, E., « Un marché de l’emploi moins diversifié, soubassement du
sentiment de relégation territoriale en zone rurale », CREDOC-ANCT avril 2023
35 90 % des actifs en emploi dans les bourgs ruraux ainsi que dans les communes rurales à habitat dispersé ou très dispersé,
contre 87 % dans les grands centres urbains, et un taux de pauvreté de 13 % dans les bourgs ruraux et 14% dans le rural à
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représenté (-30% par rapport au même décile dans les pôles urbains) et le décile des bas
revenus surreprésenté (+18% en zone rurale par rapport au même décile dans les pôles
urbains) 36.
Cette vision moyennée cache de nombreuses et parfois fortes disparités entre un territoire et
un autre, voire au sein d’un même territoire rural entre communes limitrophes.
Ainsi, des situations de grande précarité existent dans les zones rurales, comme attesté par
une présence importante de bénéficiaires de l’Allocation adulte handicapé (AAH) et du
minimum vieillesse, de logements indécents, d’agriculteurs et d’éleveurs en très grande
difficulté, et de situations de misère de certaines personnes âgées37.
Ces dernières y constituent d’ailleurs une catégorie bien représentée : en 2018, près d’un
habitant sur trois a plus de 60 ans dans les communes rurales à habitat dispersé38.
Aussi, le sentiment de devoir s’imposer des restrictions sur les dépenses est plus fort dans les
« zones rurales à habitat dispersé ou très dispersé » qu’ailleurs : il concernerait 62% des
personnes y résidant, contre 53 % pour les habitants des bourgs ruraux et des grands centres
urbains 39.
À côté des dépenses pour le chauffage, ce sont les dépenses pour la mobilité, essentiellement
portée par la voiture particulière, qui représentent un sujet particulièrement sensible, et
notamment dans un contexte d’éloignement toujours plus important des services et de
« déprise industrielle ».
Les chiffres de l’INSEE viennent étayer ces propos : le taux de possession de la voiture s’élève
à 94 % des ménages habitant les zones rurales en 201740, et la mobilité reste très fortement
basée sur ce mode de transport : 79% des habitants des communes rurales à habitat dispersé
se déplacent principalement en voiture, contre 69% dans les bourgs ruraux et 37% dans les
grands centres urbains41.
habitat dispersé ou très dispersé, légèrement inférieurs à ceux des grands centres urbains (15%). Source : CREDOC-ANCT
2023
36 MORIN Bruno, « Qui habite en milieu rural ? », Informations sociales, 2011/2 (n° 164), p. 11-22. DOI : 10.3917/inso.164.0011
37 Morin, B, ibid.
38 Étude Crédoc – ANCT, avril 2023, op. cit.
39 Source : Crédoc, Enquête Conditions de Vie et aspirations, vague de juillet 2022
40 Insee, “Tableaux de l'économie française Édition 2020”. Février 2020
41 HOIBIAN, S., BRICE MANSENCAL, L., FORCADELL, E., « Un marché de l’emploi moins diversifié, soubassement du
sentiment de relégation territoriale en zone rurale », CREDOC-ANCT avril 2023
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Figure 61 : Évolution des parts des modes de transport (en nombre de déplacements) par tranche d’unités urbaines
entre 2008 et 2019
Champ : déplacements des individus âgés de 6 ans ou plus résidant en France métropolitaine. - © Sources : SDES,
Enquête mobilité des personnes 2018–2019 ; Insee, Enquête nationale transports et déplacements 2007–2008
(SOeS – Insee – Inrets).
Dans les espaces ruraux, la voiture est utilisée pour 4 déplacements sur 5 en 2018 (voir fig.
ci-dessus) ; cet usage est stable par rapport aux données 2008, alors qu’il baisse sensiblement
dans les centres urbains de plus de 20 000 habitants, et encore plus en région parisienne, où
il représente un tiers des déplacements42.
Cette forte utilisation de la voiture est à rapprocher de distances de déplacements plus longues
que la moyenne dans les territoires ruraux, où les habitants parcourent au quotidien 33 % de
distances de plus que la moyenne des Français43.
Une partie des habitants des zones rurales semblent ainsi se trouver pris en étau entre la
nécessité de se déplacer loin (éloignement des lieux de travail et de services), la dépendance
à la voiture (peu ou pas d’alternatives de déplacement sur leurs trajets) et des conditions
d’utilisation de la voiture perçues comme étant plus difficiles (augmentation des prix des
carburants, limitations de vitesse, ZFE, …), dont une partie justifiée d’ailleurs par des objectifs
environnementaux.
Dans une étude sur les centralités locales, l’INRAE-CAESER et l’ANCT proposent une
typologie de communes en cinq catégories selon leur « niveau d’équipement et de services
42 Sources : SDES, Enquête mobilité des personnes 2018–2019 ; Insee, Enquête nationale transports et déplacements 2007–
2008 (SOeS – Insee – Inrets)
43 Chiffres 2019. Source : Ministère de la transition écologique, “Le quart des ménages les plus aisés à l’origine de 35 % des
émissions de gaz à effet de serre des mobilités”. Juillet 2023
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fréquentés par la population de la centralité, mais également par les habitants des communes
voisines qui ne possèdent pas d’équipements sur place »44.
Figure 62 : Niveau de centres d’équipements et de services des communes selon le type de territoire
Selon cette analyse, une part très faible des communes du rural dispersé ou très dispersé
disposent d’un nombre suffisant d’équipements et de services pour être considérés comme
des « centres locaux ».
Au-delà même du vécu des intéressés, la dépendance à l’utilisation de la voiture
s’accompagne non seulement de contraintes budgétaires fortes, mais aussi d’une vulnérabilité
face à la hausse des prix du carburant.
Ainsi, selon l’étude CREDOC-ANCT,45 « face à la hausse des prix du carburant au cours de
l’année 2022, les personnes habitant dans des communes rurales signalent plus souvent avoir
plus souvent laissé leur(s) voiture(s) au garage (45% dans le rural à habitat dispersé ou très
dispersé, 41% dans les bourgs ruraux, contre 35% dans les zones urbaines), ou avoir évité de
se déplacer (respectivement 16% et 19% contre 11%).
Tandis que les habitants des zones urbaines ont pu davantage utiliser les transports en
communs pour pallier cette hausse (10%, contre 3% dans les zones rurales), les habitants du
rural sont nombreux à n’avoir « pas vraiment changé » leurs comportements (27%, contre 20%
des urbains), en raison du manque d’alternatives. »
Ce constat est partagé par les enquêtes de terrain du Secours Catholique auprès de ses
bénéficiaires, qui font état d’un peu plus de la moitié des personnes se trouvant dans
44 HILAL M., LE BRIS E., TOUTIN G., BARBIER M., 2022, Centralités : comment les identifier et quels rôles dans les
dynamiques locales et intercommunales ? Synthèse, INRAE-CAESER, ANCT, URL : https://www.observatoire-des-
territoires.gouv.fr/sites/default/files/2020-10/202006_EtudeCentralites__Synthese.pdf consulté le 15 mai 2025
45 CREDOC-ANCT Avril 2023, op. cit.
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l’obligation de limiter leurs déplacements46. Environ 85% des microcrédits accordés avec le
soutien de l’association sont en lien avec la mobilité, un chiffre en augmentation.
Par ailleurs,10% des ménages ruraux précaires (premier quintile de revenu) ne disposent pas
de véhicule47 (voir fig. ci-dessous), ce qui conduit à des situations de ségrégation dans un
contexte de dispersion et d’éloignement des lieux de travail, d’étude et de services et
d’indisponibilité de transports en commun à proximité.
Figure 63 : Nombre de voitures particulières détenues par les ménages et part des ménages non motorisés selon
revenu et zone d’habitation
Conclusions
Si on veut agir sur la mobilité quotidienne, il faut garder à l’esprit ce double constat de
dépendance à la voiture et de pluralité de situations locales, appelant des politiques adaptées.
L’élaboration de celles-ci présuppose de bien connaître (pour les avoir écoutées, en
particulier des intéressés eux-mêmes) les contraintes auxquelles la mobilité, et
notamment celle qui se déroule sur des moyennes-longues distances, est soumise. Elle
implique la mise en place de stratégies d’organisation territoriale qui visent à réduire ces
contraintes tout en satisfaisant les besoins et désirs des habitants autant qu'à leur
proposer des systèmes de déplacement alternatifs à la voiture en solo.
46 Secours Catholique, “Statistiques d’accueil 2014 : La fracture mobilité”. Novembre 2015
47 Source : Ministère de la transition écologique, “Les voitures des ménages modestes : moins nombreuses mais plus
anciennes”. Décembre 2020
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3. Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)
Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont « des territoires d'intervention de
l’État et des collectivités territoriales définis par la loi de programmation pour la ville et la
cohésion urbaine du 21 février 2014 dans l’objectif commun de réduire les écarts de
développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines »48.
Leur définition est basée sur des critères de revenu et de densité urbaine :
● Regrouper au moins 1 000 habitants
● Être situé dans une unité urbaine de plus de 10 000 habitants
● Présenter un revenu inférieur à la moyenne nationale et à celle de l’unité urbaine49.
En 2024, 1609 quartiers prioritaires sont répertoriés en France métropolitaine et Outre-mer,
ce qui représente 6 millions de personnes50.
Ces quartiers présentent un taux de pauvreté presque 3 fois supérieur à la moyenne
nationale (44,3 % contre 14,9 %), ainsi que les caractéristiques suivantes :
● Taux de chômage de 27,5% (contre 12,3% à l’échelle nationale).
● Part des 16-25 ans non scolarisés et sans emploi : 26,8%.
● Part de la population sans diplôme : 43,7% (contre 20,7% à l’échelle nationale).
● Part des familles monoparentales : 32,8% (contre 16,3% à l’échelle nationale).
Les habitants des QPV présentent des caractéristiques spécifiques quant à leur
mobilité51.
Tout d’abord, leur taux de motorisation est inférieur à la moyenne : en particulier, la proportion
de ménages ne possédant pas de voiture est très forte, et d’autre part, la proportion de
ménages possédant 2 voitures et plus est très inférieure à la moyenne.
48 Source : INSEE Quartiers prioritaires de la politique de la ville – Définitions, 17/09/2024,
https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2114, consulté le 5/05/2025
49 Voir la définition sur https://anct.gouv.fr/programmes-dispositifs/politique-de-la-
ville#:~:text=Ces%20quartiers%20sont%20définis%20selon,celle%20de%20l'unité%20urbaine. , consulté le 23 mai 2025
50 Ces données et les suivantes sont issues du site de l’Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires :
https://anct.gouv.fr/programmes-dispositifs/politique-de-la-ville, consulté le 5/05/2025
51 Les données sur la mobilité qui suivent sont tirées de : La mobilité des résidents des QPV dans les EMD. 2e livrable –
Analyse en Statistiques descriptives. CEREMA et CGET, mai 2019
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Figure 64 : Part des ménages en fonction du nombre de voitures possédées dans les QPV
Deuxièmement, si le nombre de leurs sorties est très comparable à celui des habitants hors
QPV (voir figures ci-dessous), ils réalisent en revanche un nombre de déplacements inférieur,
quelle que soit la taille de l’unité urbaine. Ce résultat serait lié au fait que, lorsque ces habitants
sortent de chez eux, c’est pour effectuer un nombre moins élevé d’activités.
Cet effet est confirmé à l’échelle plus locale par les observations faites par exemple par
l’agence d’urbanisme de la Région Grenobloise52, qui retrouve dans les QPV une mobilité plus
faible et moins étendue et des activités peu diversifiées, avec moins de loisirs et d’achats.
Figure 65 : Nombre de déplacements et de sorties par personne dans les QPV
52 Enquête ménages déplacements [EMD] 2010—Habiter les quartiers politique de la ville
et se déplacer, Agence d’urbanisme de la Région Grenobloise, mai 2017.
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Exprimée en km parcourus, la mobilité des habitants est en effet, dans son ensemble,
inférieure à la moyenne.
Figure 66 : Distance quotidienne parcourue par personne dans les QPV
Les analyses réalisées localement par l’Observatoire National de la politique de la ville sur
l’agglomération toulousaine53 indiquent que, dans les QPV de l’agglomération, un tiers des
déplacements sont inférieurs à 1 km, contre 22% dans l’ensemble de l’agglomération.
Les habitants des QPV connaissent aussi des taux d’immobilité supérieurs à la moyenne, et
ce notamment du fait de l’immobilité des femmes54.
Figure 67 : Taux d’immobilité par sexe dans les QPV
Parmi les raisons avancées pour cette mobilité spatiale plus restreinte qui caractérise une
partie des habitants des QPV, le « manque de savoir-faire mobilité » de ces derniers, qui
contraindrait l’utilisation des transports en commun, de la voiture mais aussi du vélo. En effet,
53 Balmot, B. Les freins d’accès à la mobilité des habitants des quartiers prioritaires
de l’agglomération toulousaine. In OBSERVATOIRE NATIONAL DE LA POLITIQUE DE
LA VILLE RAPPORT 2019 Bien vivre dans les quartiers prioritaires, ANCT -
ONPV - AUAT. https://www.calameo.com/read/001641504ebb2eee88e2a? consulté le 6 mai 2025
54 Source : CEREMA et CGET, mai 2019, op.cit.
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celle-ci nécessite de développer des compétences spécifiques qui restent parfois moins
accessibles aux habitants de ces quartiers55.
D’autres sources mettent davantage en exergue les contraintes économiques fortes qui pèsent
sur les ménages des QPV56.
Enfin, les contraintes physiques seraient également de nature à freiner la mobilité, un certain
nombre de ces quartiers se situant dans des configurations topographiques parfois contraintes
ou enclavées, qui ne favorisent pas leur accessibilité57.
La répartition par modes58 des déplacements fait écho à ces constats, la marche y étant
beaucoup plus représentée en tant que mode de déplacement par rapport à la moyenne hors
QPV.
Les transports en commun sont également plus utilisés que la moyenne, ce qui reflète, d’une
part, l’effet des contraintes économiques et du moindre taux de motorisation, et d’autre part la
politique menée dans plusieurs agglomérations françaises dans les dernières décennies, qui
a visé à desservir ces quartiers par des moyens de transport de type tramway ou bus à haut
niveau de service afin de mieux les relier aux centres villes.
On peut également noter que l’utilisation du vélo reste très marginale, ce qui semble être le
résultat, au-delà d’un manque de savoir-faire, d’une image moins valorisante de ce mode de
transport auprès des habitants.
55 Quartiers populaires et politiques de mobilités : enjeux et retours d'expériences locales, ADCF, France Urbaine, Transdev,
Janvier 2021 https://www.intercommunalites.fr/app/uploads/2022/11/2021-01-adcf-fu-transdev-etude-quartiers-populaires-
politiques-mobilites.pdf consulté le 6 mai 2025
56 Voir par exemple Saint-Macary, D., Novelli, P., Mignot, B., & Euriat, D. Statistiques d’accueil
2014. La Fracture mobilité, Secours Catholique – Caritas France, 2015
https://www.secours-catholique.org/sites/default/files/03-Documents/rs2014-bd-2.pdf, consulté le 7 mai 2025
57 Dans son mémoire de recherche de mastère, T. Isambourg schématise deux types de contraintes auxquelles seraient
soumis les habitants des QPV : celles d’ordre individuel, avec un aspect sur les valeurs des individus et un autre sur leurs
faibles moyens économiques ; et les contraintes renvoyant à l’espace, ses formes, et la manière dont la société s’y organise.
Isambourg, T., « Une mobilité contrainte et contraignante : un enjeu pour les quartiers défavorisés », décembre 2021
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03474973v1/file/Thibault_Isambourg_Memoire_M2_TRT.pdf consulté le 6 mai 2025
Sciences de l’Homme et Société. 2021. dumas-03474973
58 Source : CEREMA et CGET, mai 2019, op.cit.
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Figure 68 : Nombre de déplacements par personne et par mode dans les QPV
Les analyses réalisées par The Shift Project sur les données de l’Enquête sur la Mobilité des
Personnes (EMP) de 2019 confirment au niveau national ce qui a été constaté sur le QPV
toulousain en termes de prépondérance des déplacements courts.
En effet, les habitants des QPV français se déplacent, en nombre de demi-sorties, très
majoritairement sur des courtes distances : 31% des demi-sorties ont lieu sur des distances
inférieures à 1km, 70% sur des distances inférieures à 5 km, à comparer à 16% et 50%
respectivement pour les habitants hors QPV.
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Figure 69 : Nombre de demi-sorties dans et hors QPV par classe de distance
Source: Analyse The Shift Project sur EMP 2019, 2025
Lecture : dans les QPV (France entière), les demi-sorties de 0 à 1 km représentent 31% des demi-sorties totales
dans les QPV
En revanche, l’analyse des émissions par classe de distance montre que les habitants des
QPV émettent plus que les habitants hors des QPV quand ils se déplacent très loin, au-delà
des 50 km.
Figure 70 : Répartition des émissions dans et hors QPV par classe de distance
Source : analyse The Shift Project sur EMP 2019, 2025
Lecture : dans les QPV (France entière), les émissions relatives aux demi-sorties de 0 à 1 km représentent 0%
des émissions totales dans les QPV
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Ce constat vient rejoindre l’observation partagée par plusieurs travaux de recherche que,
quand il s’agit des déplacements liés à des motifs contraints, et en particulier le travail, le
nombre de km parcourus par les habitants des QPV serait en revanche supérieur à la
moyenne. Le profil d’émissions indiquerait de plus que ces déplacements sont en bonne partie
réalisés en voiture (et probablement avec des véhicules plus émetteurs que la moyenne).
C’est la dissociation spatiale entre localisation des emplois et des lieux de résidence des
ménages moins aisés, mis en évidence à la fois aux USA et en France59, qui conduirait dans
de nombreux cas les salariés des QPV, surtout les moins qualifiés, à parcourir un nombre très
important de kilomètres chaque jour pour se rendre au travail.
Dès lors, à la fois les politiques menant à un rapprochement de la localisation des
emplois et des lieux de résidence des ménages moins aisés et l’accompagnement à leur
mobilité à travers une offre de transport alternative à la voiture constituent les bases
pour une mobilité à la fois moins contrainte, plus durable et plus équitable.
59 Ce phénomène a été mis en évidence d’abord aux USA sous le nom de « spatial mismatch », voir Kain, J. F. « Housing
Segregation, Negro Employment, and Metropolitan Decentralization. The Quarterly Journal of Economics, 1968.
https://doi.org/10.2307/1885893 consulté le 6 mai 2025. Il est également signalé en France dans les principales métropoles,
voir Duguet, E., L’Horty, Y., & Sari, F., Sortir du chômage en Île-de-France. Disparités territoriales, spatial mismatch et
ségrégation résidentielle. Revue économique, 60(4), 979‑1010, juin 2009. https://shs.cairn.info/revue-economique-2009-4-
page-979?lang=fr
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II. Quels sont freins au changement de
comportement dans la mobilité ?
Sans viser l’exhaustivité, il s’agit ici de procéder à une synthèse des principaux
déterminants et freins psychologiques au changement de comportement, appliqués à
la mobilité, tels que traités dans une partie de la littérature dédiée60.
Les leviers de changement mis en avant par la recherche et l’expérimentation seront résumés
de manière à identifier les actions qui peuvent être mises en œuvre dans les politiques pour
opérer efficacement le report modal ou l’adoption du véhicule électrique sur les trajets moyens-
longs du quotidien.
Il nous a en effet paru important de mettre ces éléments relatifs aux facteurs humains en
regard de l’analyse quantitative chiffrée de manière à avoir une photographie plus complète
des défis de la décarbonation de ces trajets. En effet, cette décarbonation ne saurait se réduire
à la mise en place de leviers purement techniques, en espérant qu’elle ait lieu, sans
accompagnement, sans identification et traitement fin des freins au changement de
comportement.
Ajoutons que la transition des mobilités ne saurait pour autant se réduire à un problème de
comportements, ni même de technique. Les enjeux de géographie et de gouvernance
territoriale sont également centraux, même s’ils ne sont pas traités ici.
A. Les déterminants du choix du mode de transport
Une sortie, au sens défini dans ce rapport, nécessite de la part de la personne qui l’effectue
de choisir le mode de transport pour la réaliser.
Ce choix modal est déterminé par un ensemble de facteurs qu’il convient de prendre en
compte pour pouvoir l’influencer dans le cadre de politiques ou d’actions de report modal.
Ces déterminants peuvent être classés en 5 catégories61 décrites ici.
1. Les caractéristiques du mode
Il s’agit de caractéristiques objectives des différents modes à disposition des individus.
Toutefois, la perception de ces caractéristiques peut varier suivant les personnes, en
surestimant ou sous-estimant des qualités ou des défauts de tel ou tel mode, ou en attribuant
à certaines caractéristiques une importance plus ou moins grande.
On trouve dans cette catégorie le temps et la capacité d’accès de porte-à-porte, la qualité
de service, sa fiabilité et le coût du trajet par l’utilisateur.
60 Voir par exemple aussi les travaux de recherches autour de la notion de MOTILITE et leviers et freins d'adoption de nouveaux
usages, qui n‘ont pas pu être examinés ici. Pour plus d‘information, voir la thèse d'Emérence GUITTON
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/17450101.2024.2449515#abstract;https://hal.science/hal-04645506v1/document
61 Institut Paris Région, 2020
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Le temps de trajet pourrait être considéré comme un déterminant fort, et présenter un avantage
concurrentiel important entre la voiture individuelle et les transports collectifs. Pour autant, il
peut être perçu de façon différenciée par les individus, le rendant moins décisif dans le choix
modal. De plus, la possibilité d’utiliser le temps de transport pour réaliser d’autres activités et
le confort influe sur la préférence modale.
La fréquence de passage est un critère important de choix modal pour les transports en
commun. Le niveau de service (qualité, sécurité, confort et fiabilité), s’il peut être objectivé, est
également un déterminant lié à la perception par les individus.
La perception du coût des trajets peut également être biaisée par la non prise en compte du
coût complet. Typiquement, la voiture individuelle, notamment en cas d’autosolisme, est le
mode le plus onéreux au kilomètre parcouru, pour peu que soient pris en compte l’ensemble
de ses coûts (achat, assurance, carburant…).
2. L’environnement
L’environnement urbain (bâti, forme des villes, occupation de l’espace, activités) a une
influence sur les choix modaux, sur 3 dimensions
La densité : plus elle est élevée, plus elle permet de concentrer les opportunités des origines
et destinations, rendant les trajets plus courts. Elle permet aussi de créer les conditions
nécessaires à une utilisation optimale des transports en commun.
La diversité : la mixité fonctionnelle (organisation de l’espace entre logements, lieux de travail
et commerces) favorise la proximité et permet, là aussi , de diminuer la distance des trajets,
et rend la voiture moins compétitive que les modes actifs ou les transports en commun.
Le design : la lisibilité de la ville, notamment au travers de la voirie, de la largeur des trottoirs
et du partage de la route et de sa perception, ainsi que son esthétique sont des éléments
importants dans le choix des modes actifs notamment.
Sur ce point, on peut également noter que le design concerne également le mobilier et les
infrastructures autour des modes de transport. C’est un champ d’expérimentation en milieu
rural62.
Ce critère peut être déterminant dans l’appréciation, réelle ou perçue, de la sécurité relative à
la voirie et à son partage. C’est particulièrement important pour le développement des modes
actifs.
3. Les caractéristiques socio-économiques
Le choix du mode de transport va varier en fonction de caractéristiques sociologiques, mais
aussi en fonction du temps pour les individus.
À ce titre, les travaux sur les trajectoires mobilitaires63 apportent un éclairage sur l’évolution
des modes de déplacements en fonction des différentes phases de la vie.
62 https://www.groupe-sncf.com/fr/innovation/mobilite-territoires/stations-rurales-mobilites
63 Forum Vies Mobiles | Préparer la transition mobilitaire
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Le taux de motorisation et l’usage de la voiture sur la longue distance vont s’amplifier avec
l’âge par exemple. En revanche, le report modal vers les transports en commun au quotidien
est plus fort en vieillissant.
D’autres contraintes sociologiques interviennent comme la profession et le niveau d’éducation
(l’usage de la voiture est plus important chez les ouvriers). À l’inverse, les revenus élevés
favorisent l’augmentation des distances annuelles en voiture (voir à ce sujet la partie sur les
contraintes socio-économiques).
Il est également constaté un usage plus important des modes individuels chez les hommes,
et une préoccupation sécuritaire plus forte chez les femmes.
4. Les attitudes et représentations
La psychologie sociale joue un rôle essentiel dans l'élaboration de problématiques spécifiques
liées au transport64. Avec les facteurs sociodémographiques, elle peut expliquer les choix
modaux des usagers.
3 facteurs psychologiques peuvent motiver les choix modaux :
- L’attitude qui représente la façon dont l’individu va juger son action et évaluer sa
réussite, suivant ses motivations, ses standards personnels ou sa sensibilité
environnementale.
- Les normes subjectives, qui représentent la façon dont l’individu dans son usage
sera perçu par les autres, renvoyant ainsi à la notion d’identité sociale. Cette perception
est façonnée par un ensemble de pressions sociales, de normes ou d’injonctions.
- Le contrôle perçu, qui est le niveau de perception de la faisabilité du comportement
de mobilité. En particulier, la perception du temps de trajet est un facteur important, et
souvent apprécié de façon subjective. Le temps de déplacement en voiture est, à ce
titre, souvent sous-estimé quand celui en transport en commun est surestimé. La
perception de la praticité du mode de déplacement (confort, sécurité, liberté) entre
dans ce champ de déterminants.
Dans la théorie du comportement planifié65, ces facteurs conditionnent l’intention qui pourra
précéder le changement de comportement.
5. Les modes de vie
Les choix de mode de vie et les habitudes de vie peuvent influencer les choix modaux. Le
choix de la localisation de la résidence, résultat d’arbitrage entre centralité géographique,
projet de vie et contrainte budgétaire, y compris au regard du prix du foncier, a des
conséquences importantes sur les modes de transport au quotidien66.
Compte tenu des contraintes ou possibilités d’activités et de modes de transports disponibles,
offertes par cette localisation, le choix résidentiel contraint partiellement le choix modal.
64 Schneider et al., 2018
65 Azjen, 1991
66 Le Boennec, 2014 et 2023
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L’ensemble des activités, choisies (loisirs par exemple) ou contraintes (travail ou courses),
et les déplacements éventuellement chaînés qui en résultent vont conditionner au moins
partiellement le choix du ou des modes de transport.
En ce sens, il ne sera pas toujours simple de distinguer dans le choix modal, ce qui relève des
modes de vie de ce qui est du ressort de l’environnement (voir point b.).
Enfin, le poids de l’habitude est déterminant dans le choix du mode de déplacement, et
efface partiellement l’influence des autres déterminants. L’habitude, en tant que réflexe,
permet de réduire la charge mentale et accentue la maîtrise perçue, elle-même confortée par
la recherche et l’acquisition d’optimisation d’utilisation du mode de transport67.
Cela n’empêche pas que l’expérimentation ou des événements de la vie puissent amener les
individus à envisager d’autres choix modaux.
C’est bien cet ensemble de déterminants nombreux et variés qu’il faudra pouvoir appréhender,
au niveau de gouvernance adéquat, pour mettre en œuvre les actions d’incitations et de
contraintes conduisant à des choix modaux moins carbonés.68
B. Les freins au changement de comportement de
mobilité
Si les externalités environnementales et sociétales de la voiture individuelle sont bien connues
et maintenant largement partagées, la traduction dans les pratiques de mobilité des
changements de comportement est encore très faible.
En complément des déterminants des choix modaux décrits plus haut, les actions de
changement se heurtent encore à des freins, individuels et collectifs, qu’il est nécessaire
d’appréhender pour les surmonter.
1. Freins extrinsèques
Ces freins69 résultent de contraintes ne dépendant pas du strict choix individuel. Il va s’agir ici
▪ Des contraintes de localisation et d’offres ou d’accessibilité des différents modes de
transport.
▪ Des contraintes familiales, liées à la composition du ménage et aux activités
correspondantes .
▪ Des contraintes professionnelles (nombreux déplacements, horaires décalés…).
▪ Des contraintes économiques.
Là encore, ces freins nécessitent d’être bien perçus par la collectivité et traités spécifiquement,
si ce n’est au cas par cas, a minima avec une proximité suffisante pour être pertinent.
67 Rocci, 2007
68 francemobilites.fr L’accompagnement au changement de mobilité, R. Le Boennec, Cerema, 2024
69 Analyse sociologique des freins et leviers au changement de comportement vers des mobilités plus durables A. Rocci
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2. Freins intrinsèques
D’autres facteurs davantage liés à l'individu constituent des freins indéniables au changement
de comportement de mobilité, et notamment pour utiliser d’autres modes que la voiture
individuelle, quand cela est objectivement possible.
On a vu précédemment que les perceptions des coûts, du temps de trajet ou de la praticité
des alternatives à la voiture peuvent être sources de biais rendant le changement difficile.
La force de l’habitude empêche ou en tout cas obère partiellement la capacité à envisager un
choix modal différent. Elle conduit en outre à survaloriser le mode utilisé et conforte ainsi
l’individu dans son choix (P. Frenay, 1997), notamment en restant dans la zone connue d’un
mode qui donne globalement satisfaction et dont les aléas sont maîtrisés.
A contrario, les modes non encore expérimentés sont sources d’incertitude, de charge mentale
supplémentaire et de stress. Ces appréhensions peuvent conduire à maintenir les individus
dans des situations désavantageuses (en coût et en temps).
Le rapport à la voiture individuelle, largement présentée comme un objet de liberté et comme
une bulle “protectrice”, et le marqueur social qu’elle peut représenter pour certains sont des
freins importants au report modal, même si ces facteurs semblent moins importants qu’avant
jusqu’à 25 ans.
Enfin, un des principaux freins au changement de mode est la compétence des individus et
leur connaissance de la mobilité. Il s’agit ici non seulement de la connaissance de l’offre
mais du système de mobilité dans sa globalité (compréhension des horaires, des trajets, des
plans, des alternatives possibles, des garanties de retour…).
Cela requiert un véritable savoir-faire qui nécessite informations, apprentissage et
expérimentation.
C. Les conditions et leviers du changement
On l’a dit, et les nombreux déterminants et freins au changement de mode de transport le
montrent, la seule conscience environnementale n’est pas suffisante pour opérer des choix
modaux différents.
Si 73% des Français considèrent la situation environnementale (pollution, ressources,
dérèglement climatique, biodiversité…) comme alarmante ou très préoccupante, 82%
estiment qu’ils ont déjà un mode de vie tout à fait ou plutôt sobre70. Sur l’utilisation de
la voiture, seuls 19% de ceux qui l’utilisent au quotidien estiment qu’ils ont tendance à
trop l’utiliser.
Ce décalage entre les aspirations individuelles et la nécessité de la décarbonation est confirmé
par une autre étude71 portant sur la relation aux modes de transport qui montre :
- Un attachement fort au mode individuel et à la possession de la voiture.
- Une faible appétence pour les modes partagés et collectifs.
70 Baromètre Sobriété et Mode de vie, ADEME, 2023
71 Étude ObSoCo-La Fabrique de la Cité https://lobsoco.com/comment-les-francais-souhaitent-ils-et-imaginent-ils-leurs-
mobilites-dans-le-futur/, 2023
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Les changements, nécessairement longs, requièrent la réunion des conditions permettant de
lever les freins identifiés :
▪ Des politiques collectives permettant
o La mise en place des solutions socio techniques alternatives à la voiture solo.
o L’accompagnement matériel et social des individus, selon leur situation.
▪ L’enclenchement de processus de changement individuel, résultat d’un parcours de
compréhension des enjeux, de réflexion et d’acceptation déclenchant l’intention puis
l’action.
C’est la combinaison des 4 leviers suivants qui ouvrira la possibilité du changement modal72 :
Figure 71 : Les leviers du changement
72 Peut-on changer notre rapport à la voiture, A. Rocci, IHEDATE, 2023
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Freins au remplacement de la voiture thermique par la voiture électrique
Sur les trajets moyens-longs du quotidien, là où les transports en commun n’auront pas de
pertinence économique et où les modes actifs ne seront pas adaptés, le report modal ne
pourra pas s’effectuer : une partie importante des déplacements restera alors assurée par
la voiture.
Pour ces déplacements, la solution sera alors de remplacer l’utilisation de la voiture
thermique par celle d’une voiture électrique et légère, et idéalement partagée.
Une étude menée en décembre 2024 pour ROOLE73 éclaire sur les freins à son acquisition,
qui sont de natures diverses et appellent donc des réponses différenciées :
Le problème du prix d’achat est clairement identifié par les acteurs et renvoie, plus qu’au
coût de la technologie, au manque d’offres de petits véhicules électriques accessibles. Ce
constat implique la nécessité de recréer au niveau européen et français les conditions d’un
segment de véhicules à des prix inférieurs à 15 000 € hors aides. Ce type de véhicules,
avec un niveau d’équipements et une autonomie adaptés aux usages du quotidien, pourrait
remplacer une part importante des kilomètres parcourus en voiture thermique
actuellement74. Certains VELIS75 (Véhicules Légers Intermédiaires) peuvent également
répondre à un certain nombre d’usages sur les trajets moyens-longs du quotidien.
La 2 ème raison de non-achat est l’absence de nécessité de remplacer son véhicule actuel,
celui-ci étant encore dans un état satisfaisant pour répondre aux besoins de mobilité.
Le manque de conviction écologique, 3ème frein significatif, constitue un réel challenge
collectif pour réussir à convaincre de l’urgence climatique et écologique, mais souligne
aussi la nécessité de pédagogie autour de la pertinence scientifique de l’électrification pour
répondre à ces enjeux.
À ce sujet, un des résultats prégnants de cette étude est le recul significatif de l’intention
d’achat de véhicule électrique (22% contre 32% en 2022), reflétant la mauvaise image que
la grande majorité des répondants ont de cette solution technique.
73 Les Français et la voiture électrique : étude IFOP & ROOLE
74 Gerpisa ASEV_report_16_09_mef.docx
75 AVELI
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Liste des figures
Figure 1 : Chaînes de déplacements de la mobilité locale ...................................................................................... 3
Figure 2 : Répartition des allers et des retours en fonction du nombre de déplacements qui les structure ............. 4
Figure 3 : Répartition des voyageurs-km selon l'origine et la destination ................................................................ 5
Figure 4 : Part de la population par classe de distance minimale et répartition des émissions associés ................ 6
Figure 5 : Répartition des distances annuelles parcourues par les résidents de France métropolitaine, par mode et
par classe de distance (y compris voyages à l’étranger). ...................................................................................... 15
Figure 6 : Chaînes de déplacement de la mobilité locale ...................................................................................... 16
Figure 7 : Evolution des distances parcourues par semaine (en million de km) par zone de densité communale,
pour les déplacements ≥ 10 km ............................................................................................................................. 16
Figure 8 : Répartition du nombre de déplacements par classe de distance et selon la densité de la commune de
résidence, en % ..................................................................................................................................................... 17
Figure 9 : Illustration d’un déplacement de mobilité locale entre un lieu de travail et un commerce, pour un motif
d’achat ................................................................................................................................................................... 19
Figure 10 : Illustration de trois sorties du domicile ................................................................................................. 20
Figure 11 : illustration de deux demi-sorties constituant une sortie ....................................................................... 20
Figure 12 : Illustration de demi-sorties longues ..................................................................................................... 21
Figure 13 : Taux d’immobilité de l’ensemble de la population française par jour de semaine ............................... 24
Figure 14 : Répartition de la population en fonction du nombre de sorties réalisées sur une journée ................... 25
Figure 15 : Répartition des demi-sorties et des émissions des trajets chaînés ..................................................... 26
Figure 16 : Demi-sorties de plus de 10 km par jour de semaine (million). Tous motifs, toutes régions, personnes
mobiles .................................................................................................................................................................. 27
Figure 17 : Répartition des demi-sorties de plus ou moins de 10 km, en % ......................................................... 28
Figure 18 : Répartition des déplacements par classe de longueur de la demi-sortie,............................................ 29
Figure 19 : Répartition des émissions(tCO2e) par classe de longueur de la demi-sortie, ..................................... 29
Figure 20 : Part modale des déplacements sur une semaine, par classe de distance de demi-sorties. ................ 30
Figure 21 : Part modale des distances parcourues sur une semaine, par classe de distance des demi-sorties.
Toutes régions et tous motifs................................................................................................................................. 31
Figure 22 : Part modale en émissions par classe de distance des demi-sorties, sur une semaine complète. Toutes
régions et tous motifs ............................................................................................................................................ 32
Figure 23 : Densité des communes françaises ...................................................................................................... 33
Figure 24 : Déplacements (millions) par mode de transport et par densité communale, sur une semaine. ........... 34
Figure 25 : Distances parcourues (millions de km) par mode de transport et par densité communale, sur une
semaine. Toutes régions et tous motifs. Demi-sorties ≥ 10 km ............................................................................. 34
Figure 26 : Émissions (tCO2e) par mode de transport et par densité communale, sur une semaine. ................... 35
Figure 27 : Données de mobilité pour les 7 niveaux de densité communale ......................................................... 35
Figure 28 : Distance par jour selon la densité du lieu de résidence, demi-sortie > 10 km ..................................... 36
Figure 29 : : Émissions des personnes mobiles par an (tCO2e) selon la densité de la commune de résidence, pour
les demi-sorties > 10 km........................................................................................................................................ 37
Figure 30 : : Flux des personnes entre les 7 zones de densité communales ........................................................ 38
Figure 31 : Répartition des voyageurs-km selon l'origine et la destination des flux allers. Demi-sorties ≥ 10 km .. 39
Figure 32 : Répartition des émissions entre zone de densité communale, allers uniquement, ............................. 40
Figure 33 : Données de mobilité par région ........................................................................................................... 41
Figure 34 : : Distance parcourue par région et par mode de transport. ................................................................ 42
Figure 35 : Distance parcourue par région et par mode de transport ................................................................... 42
Figure 36 : Distance par jour selon la région de résidence, demi-sortie ≥ 10 km .................................................. 43
Figure 37 : Émissions des personnes mobiles par jour selon région de résidence, demi-sortie > 10 km .............. 44
Figure 38 : Répartition des demi-sorties et des émissions par motifs pour les demi-sorties ≥ 10 km .................... 45
Figure 39 : Émissions (ktCO2e) par motifs et par zones de densité ...................................................................... 46
Figure 40 : : degré d'obligation des déplacements ............................................................................................... 46
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Figure 41 : Emissions (tCO2e) par motifs contraint ou pas et par zones de densité pour les demi-sorties ≥ 10 km
.............................................................................................................................................................................. 47
Figure 42 : Part de la population par classe de distance minimale et répartition des émissions associés ............ 48
Figure 43 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon la densité du lieu de résidence
.............................................................................................................................................................................. 49
Figure 44 : Nombre de demi-sorties (million) par classe de distance, cumul sur 7 jours de la semaine. ............... 50
Figure 45 : Émissions des demi-sorties par classe de distance (tCO2e), cumul sur 7 jours de la semaine .......... 50
Figure 46 : Évolution des parts modales de déplacements entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de densité
communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km...................................................................... 51
Figure 47 : Évolution des parts modales en voyageurs-kilomètres entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de
densité communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km ......................................................... 52
Figure 48 : Évolution des parts modales en émission entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone de densité
communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km ...................................................................... 52
Figure 49 : Évolution des distances parcourues en voyageurs-kilomètres entre l'ENTD 2008 et l'EMP 2019 par zone
de densité communale. Tous motifs et toutes régions. Déplacements ≥ 10 km. ................................................... 53
Figure 50 : Évolution de la population mobile par classe de distance minimale des déplacements, ..................... 54
Figure 51 : Évolution de la répartition des voyageurs-km parcourus par classe de distance minimale ................. 55
Figure 52 : Dépenses de transports et part dans le revenu des ménages selon le niveau de vie, en 2017 .......... 59
Figure 53 : : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon les déciles de revenus. .... 59
Figure 54 : Trajets et émissions par quartile de revenu ......................................................................................... 60
Figure 55 : Motorisation des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023 (en %) ................................. 61
Figure 56 : Age des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023 (en %)............................................... 62
Figure 57 : Catégorie Crit’Air des voitures selon le niveau de vie des ménages en 2023 .................................... 62
Figure 58 : Satisfaction en fonction de la qualité de vie et de la distance maison - travail .................................... 63
Figure 59 : Dépenses des transports et part dans le revenu disponible des ménages selon la catégorie de commune
de résidence en 2017 ............................................................................................................................................ 65
Figure 60 : : Dépenses de transports et part dans le revenu disponible des ménages selon la taille de l’aire
d’attraction des villes en 2017 ............................................................................................................................... 66
Figure 61 : Évolution des parts des modes de transport (en nombre de déplacements) par tranche d’unités urbaines
entre 2008 et 2019 ................................................................................................................................................ 68
Figure 62 : Niveau de centres d’équipements et de services des communes selon le type de territoire ............... 69
Figure 63 : Nombre de voitures particulières détenues par les ménages et part des ménages non motorisés selon
revenu et zone d’habitation ................................................................................................................................... 70
Figure 64 : Part des ménages en fonction du nombre de voitures possédées dans les QPV .............................. 72
Figure 65 : Nombre de déplacements et de sorties par personne dans les QPV .................................................. 72
Figure 66 : Distance quotidienne parcourue par personne dans les QPV ............................................................. 73
Figure 67 : Taux d’immobilité par sexe dans les QPV ........................................................................................... 73
Figure 68 : Nombre de déplacements par personne et par mode dans les QPV................................................... 75
Figure 69 : Nombre de demi-sorties dans et hors QPV par classe de distance.................................................... 76
Figure 70 : Répartition des émissions dans et hors QPV par classe de distance .................................................. 76
Figure 71 : Les leviers du changement .................................................................................................................. 83
Figure 72 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon le genre .............................. 89
Figure 73 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon la classe d'âge .................... 90
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Annexes
Autres analyses sociologiques par classe
de distance
A. Analyse par genre
Figure 72 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon le genre
Pour les demi-sorties au-delà de 5 km, les femmes sont minoritaires et elles émettent
beaucoup moins en proportion.
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B. Analyse par classe d’âge
Figure 73 : Répartition de la population et émissions par classe de distance, selon la classe d'âge
Nous observons très nettement que ce sont les personnes entre 35 et 64 ans qui vont être
plus fortement contributrices en nombre et en émission aux demi-sorties à plus de 10 km. A
contrario, les enfants et les personnes de plus de 65 ans le sont proportionnellement beaucoup
moins.
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The Shift Project est un groupe de
réflexion qui vise à éclairer et influencer
le débat sur les défis climat-énergie.
Nous sommes une association d’intérêt
général. Nos membres financeurs sont
pour la plupart des entreprises. Guidé par
l’exigence de rigueur scientifique et
technique, notre regard sur l’économie
est avant tout physique et systémique.
www.theshiftproject.org
Contacts
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Cheffe de projet Mobilité quotidienne
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Laurent Perron
Coordinateur Transports
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