Mettre en place une démarche de décarbonation des achats - Decision-achats.fr
Decision Achats
2 juin 2026, 10:30
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Accueil / #Stratégie achats / #RSE & Achats durables Étape 1 – Cartographier les émissions Scope 3 La première étape d’une démarche de décarbonation des achats est la cartographie des émissions Scope 3 par catégorie d’achat. Sans cette photographie initiale, impossible de prioriser et de mesurer les progrès. La cartographie se construit en croisant trois sources : la dépense par catégorie issue du spend analytics , les facteurs d’émission de référence (Base Empreinte® ADEME, GHG Protocol Spend-Based, Exiobase), et la liste des fournisseurs avec leur engagement carbone connu. Méthode spend-based : pour chaque catégorie d’achat (UNSPSC niveau 3 ou taxonomie maison), multiplier la dépense annuelle par le facteur d’émission moyen de la catégorie. Une dépense de 5 millions d’euros en prestations intellectuelles à un facteur de 250 gCO2e/€ produit 1 250 tonnes CO2e. Cette méthode est simple, rapide à déployer (deux à six semaines selon la qualité du spend analytics), et suffit pour identifier les catégories à fort impact (ce que l’on appelle parfois les hotspots carbone). Lire aussi : La décarbonation des achats : définition, périmètre et enjeux Sur un panel typique, deux à trois catégories portent souvent plus de 60 % des émissions Scope 3 amont . Pour une banque ou un assureur : l’IT (équipements et services), les prestations intellectuelles, l’immobilier. Pour une industrie légère : les matières premières, l’emballage, la logistique. Pour une entreprise de services : l’IT, les voyages, l’immobilier. Cette concentration justifie la priorisation : agir sur ces hotspots produit plus d’impact que disperser l’effort sur l’ensemble du panel. Étape 2 – Prioriser et qualifier les fournisseurs critiques Une fois les catégories prioritaires identifiées, la deuxième étape consiste à descendre au niveau fournisseur. Sur chaque catégorie à fort impact, identifier les fournisseurs qui captent l’essentiel de la dépense – généralement, 20 % des fournisseurs concentrent 80 % de la dépense d’une catégorie. Ce sont les fournisseurs sur lesquels l’effort de pilotage carbone doit se concentrer. Trois critères structurent la qualification de ces fournisseurs prioritaires. Le niveau de maturité carbone : ont-ils un bilan GES publié, un objectif validé SBTi, une trajectoire de réduction ? Le levier d’action disponible : leur prestation est-elle substituable par une alternative bas-carbone, le cahier des charges est-il modifiable, le contrat est-il renouvelable bientôt ? Et la dépendance réciproque : combien le donneur d’ordre pèse-t-il dans le chiffre d’affaires du fournisseur – déterminant pour la capacité de négociation. Cette qualification produit un panel critique carbone – typiquement 30 à 150 fournisseurs sur un panel de 5 000. Ce panel devient l’objet d’un dispositif spécifique : revues régulières, collecte de données activity-based , plans de réduction conjoints. Pour les autres fournisseurs, la méthode spend-based reste la base, avec parfois un questionnaire VSME annuel pour les fournisseurs structurants au-delà du top critique. Étape 3 – Collecter les données carbone fournisseurs La troisième étape – collecter les données carbone fournisseurs – est la plus opérationnellement exigeante. La méthode spend-based, à elle seule, ne permet pas de mesurer les progrès : si un fournisseur réduit ses émissions de 30 % mais que la dépense reste stable, le calcul spend-based ne le verra pas. Seule la collecte directe de données activity-based permet de mesurer l’effet des actions de décarbonation. Trois canaux structurent cette collecte. Premier canal : les questionnaires structurés . Aligner les demandes sur le VSME (publié par l’EFRAG le 17 décembre 2024 et recommandé par la Commission européenne le 30 juillet 2025) garantit une donnée comparable, proportionnée pour les PME et auditable. Les plateformes comme Sami , Greenly ou Sweep automatisent l’envoi, la relance et l’agrégation de ces questionnaires. Deuxième canal : les fiches produits ACV . Sur les catégories matures (agroalimentaire, BTP, packaging, IT), les fournisseurs disposent désormais d’ACV (Analyse de Cycle de Vie) conformes ISO 14040/14044 sur leurs produits clés. Carbon Maps structure ce canal pour l’agroalimentaire, en combinant données INRAE, IPCC (GIEC) et IA. Troisième canal : les bases publiques externes – bilans GES déposés sur la plateforme ADEME, rapports CDP, déclarations CSRD. Ces données enrichissent la vision sans solliciter le fournisseur. L’enjeu est triple : qualité (données auditables, méthodologie reconnue), complétude (couvrir au moins 80 % de la dépense des catégories prioritaires), fréquence (mise à jour annuelle a minima). Les plateformes IA, à l’instar de Greenly EcoPilot lancée en 2025, revendiquent désormais jusqu’à 90 % d’automatisation de la collecte sur les catégories indirectes – réduction substantielle annoncée du coût opérationnel. Étape 4 – Élaborer les plans de réduction et intégrer au sourcing La quatrième étape transforme la mesure en action. Pour chaque catégorie prioritaire, quatre familles de leviers de décarbonation structurent la réflexion. La substitution : remplacer un produit par une alternative bas-carbone (énergie renouvelable, biomatériaux, transport décarboné). L’ optimisation : réduire le volume consommé sans perte de valeur (mutualisation, dématérialisation, allongement de la durée de vie). La reconception : modifier le cahier des charges pour intégrer des spécifications bas-carbone (recyclé, éco-conçu, local). Le partenariat : co-développer avec les fournisseurs stratégiques des solutions plus sobres. Lire aussi : Décarboner ses achats : par où commencer Une fois les leviers identifiés, leur intégration au processus achats est déterminante. Trois insertions structurent cette intégration. Dans le cahier des charges : spécifications carbone, exigences ACV, objectifs de réduction sur la durée du contrat. Dans la grille d’évaluation des appels d’offres : pondération carbone (généralement 10 à 30 % de la note technique), avec scoring clair et reproductible. Et dans les clauses contractuelles : engagements de réduction, reporting carbone obligatoire, clauses de revue. Cette intégration structurelle change la nature de la fonction achats : le critère carbone passe du « bonus » différenciant à un critère opposable à parité avec le prix et la qualité. C’est ce passage qui distingue les organisations engagées d’une démarche cosmétique. Selon les retours sectoriels, les organisations qui ont structuré cette intégration sur trois ans constatent une réduction de 15 à 30 % des émissions Scope 3 amont sur leurs catégories prioritaires – sans dégradation des coûts ni de la qualité, parfois même avec gains, l’effort de reconception révélant des optimisations latentes. La cinquième et dernière étape, l’ animation continue , fait vivre la démarche au-delà du démarrage. Revues trimestrielles avec les fournisseurs critiques, scorecards carbone intégrées au SRM, communication interne sur les avancées, reporting annuel CSRD avec audit externe. Sans cette régularité, la démarche dérive en deux ans vers le déclaratif. Avec elle, elle devient un avantage compétitif extra-financier que les concurrents auront du mal à rattraper. Cette animation repose sur trois rituels structurants : un comité carbone achats trimestriel réunissant achats, RSE, finance et un sponsor comex ; des revues de catégorie intégrant systématiquement la dimension carbone aux côtés du prix et de la qualité ; et un dashboard partagé restituant en permanence les progrès vs trajectoire SBTi. Ce contenu est publié par Mentioned