Daniel Hubé : "la pollution héritée de la Première Guerre mondiale dépasse aujourd’hui encore toute pollution d’origine industrielle plus récente" | BRGM
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8 juin 2026, 06:01
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Au-delà des populations, les guerres modernes affectent aussi l'environnement. Depuis quand et comment cet impact environnemental se caractérise-t-il ? Daniel Hubé : La Première Guerre Mondiale marque incontestablement un tournant majeur en matière d’impact environnemental. Cela s’explique par la mécanisation et le développement massif de l’artillerie au cours de ces quatre années de conflit. Des quantités astronomiques d’obus, de projectiles de mortiers et de grenades ont été tirées, disséminant débris métalliques et résidus d’explosifs sur la ligne de front, sans compter les munitions tirées et non explosées. Celles-ci, encore présentes en grand nombre dans les sols, se corrodent et libèrent progressivement des substances polluantes qui, via les eaux infiltrées, rejoignent les nappes phréatiques. Des analyses de l’eau du robinet ont d’ailleurs mis en évidence la présence de perchlorates et de dinitrotoluène, des composés hérités de la guerre de 14-18. Ce n’est toutefois pas l’unique source de pollution. Au sortir de la guerre, il a fallu en effet collecter, rassembler et détruire d’énormes stocks de munitions. Ces opérations ont entrainé une pollution extrême très localisée. Plus d'un siècle après la fin de cette guerre, la pollution est-elle encore significative ? D. H. : Oui ! Sur certains sites, la pollution héritée de la Première Guerre mondiale dépasse aujourd’hui encore toute pollution d’origine industrielle plus récente. On y trouve d’énormes quantités d’arsenic et de métaux lourds, qui rendent les sols toxiques. Plus aucune végétation ne pousse. L’expertise du BRGM est utile pour surveiller ces sites, caractériser ces pollutions et évaluer leur impact. Une réflexion est d’ailleurs en cours avec l’État pour mettre en place des actions de gestion et, si nécessaire, de dépollution et de réhabilitation.