NextStep Table ronde Fonds de continuation AVRIL26
France Invest Espace Presse
11 juin 2026, 06:00
Texte de la source originale
TABLE RONDE
Fonds de continuation :
l’art de concilier liquidité
des LPs et engagement
du management
PROPOS RECUEILLIS PAR ONDINE DELAUNAY
Selon les données récemment publiées par France Invest et Grant Thornton,
le nombre de cessions des acteurs du capital-investissement français en 2025 était
en retrait par rapport au niveau observé depuis 2015. Les montants cédés ont
cependant atteint un niveau historiquement élevé, notamment portés par l’activité
des fonds de continuation. Ceux-ci sont devenus un outil stratégique permettant
de prolonger la création de valeur dans des entreprises déjà performantes et portées
par un management solide. Mais comment assurer un alignement clair et durable
des intérêts entre les managers en place, les nouveaux LPs et le sponsor historique ?
FONDS DE CONTINUATION :
L’ART DE CONCILIER LIQUIDITÉ DES LPS ET ENGAGEMENT DU MANAGEMENT
[ BENJAMIN BIGNIER,
AVOCAT, KIRKLAND
& ELLIS
[ NICOLA DI GIOVANNI,
ASSOCIÉ, SKADDEN ARPS
[ FRANÇOIS AGUERRE,
VICE-PRÉSIDENT DE FRANCE
INVEST ET CO-PRÉSIDENT
DU CLUB SECONDAIRE
[ MARIE AUBARD,
ASSOCIÉE, WILLKIE
FARR & GALLAGHER
[ LUCIE BOCEL,
HEAD OF FRANCE,
HOWDEN M&A
[ ALEXIS VEYSSET,
DEPUTY CEO & CFO,
GUTOR ELECTRONIC
[ NATHALIE DUGUAY,
ASSOCIÉE, WILLKIE
FARR & GALLAGHER
[ THOMAS FORIN,
ASSOCIÉ, HFW
NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 [ 41 40 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026
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FONDS DE CONTINUATION :
L’ART DE CONCILIER LIQUIDITÉ DES LPS ET ENGAGEMENT DU MANAGEMENTTABLE RONDE
[restructuring
[restructuring
[ 42 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 [ 43
LE CONTEXTE
DU DÉVELOPPEMENT
DES FONDS
DE CONTINUATION
EN FRANCE
Nathalie Duguay : Le développement des
fonds de continuation est, comme souvent,
parti des États-Unis. Il s’agissait au début
d’une manière de se départir de certains
actifs que les fonds n’arrivaient pas à céder,
ou qu’ils souhaitaient vendre de manière
différente. Le phénomène s’est rapidement
propagé en France. De mémoire, la première
opération publique a été celle de PAI
Partners pour Stensmolla. À partir de là, le
marché s’est décomplexé. Il ne s’agissait
plus d’opérations dites « problématiques »,
ni de deals susceptibles de refléter
négativement le travail du GP. Au contraire,
elles sont désormais perçues comme
stratégiques et une opportunité de réaliser
une cession. Elles permettent d’apporter
de la liquidité, tout en conservant les actifs
que le fonds souhaite garder sous gestion.
Thomas Forin : Aujourd’hui, les opérations
s’inscrivent dans une logique de
développement, avec une approche
de trophy asset. Le GP témoigne ainsi
son souhait de poursuivre la stratégie
avec le management et de partager le
projet commun de création de valeur. La
philosophie a totalement changé et ce
type d’opérations s’impose aujourd’hui
comme voie de sortie. Le pourcentage
de fonds de continuation dans les
exit a incroyablement augmenté.
Nathalie Duguay : On voit
même aujourd’hui des fonds
de continuation de fonds de
continuation i.e. les CV-squared.
François Aguerre : Le
phénomène aurait pu émerger
dans les années 2003, au
moment où les fonds de venture
capital connaissaient des
difficultés après l’explosion
de la bulle internet. Nombre
d’entre eux ont alors tenté de
créer des fonds pour racheter
des actifs issus d’autres fonds
dont la performance était
mauvaise. Le mouvement autour
du FCPI (Fonds Commun de
Placement dans l’Innovation) a
également cherché à structurer
ce type d’initiative. Si ce phénomène
avait réellement pris, il aurait sans doute
créé un label de fonds de continuation.
Tel n’a pas été le cas, car la plupart des
acheteurs n’étaient que marginalement
intéressés par ce type d’actifs.
Au moment de la crise financière globale
de 2015, la tendance a repris dans une
dynamique similaire. Quelques transactions
se sont nouées sur des fonds qui avaient
mal performé, sans que cela signifie
nécessairement que les gérants étaient
mauvais. Puis certains gérants reconnus
se sont lancés, avec au départ de beaux
actifs, mais des sorties non triviales, des
situations qui n’étaient pas complètement
alignées avec les pratiques habituelles.
L’effet domino a ensuite joué.
Je ne pense pas que le phénomène
soit né aux États-Unis. Si c’est le cas,
le développement européen a été
concomitant. Et en l’espace de 12 à 18 mois,
tous les acteurs du monde du private
equity, même dans des économies où
le secteur est moins mature, étaient
intrigués, voire intéressés par le concept.
Nathalie Duguay : Du côté des LPs, ils
ont d’abord eu certaines interrogations
sur les potentiels conflits d’intérêts
générés par ce type d’opération. Mais
dès lors qu’une pratique de marché s’est
établie, ils ont saisi l’opportunité et la
situation a évolué très rapidement.
Nicola Di Giovanni : Pendant longtemps,
le fonds de continuation a été perçu
comme une solution de second
rang, une sortie imparfaite relevant
d’un marché contraint. Cette vision
appartient désormais au passé.
Aujourd’hui, il est reconnu comme
un outil sophistiqué permettant
de préserver la détention d’un
actif de qualité, tout en offrant aux
LPs désireux de sortir une option
de liquidité structurée. Certains
investisseurs institutionnels ont
même développé une stratégie
de levée de fonds spécifiquement
dédiée aux continuation vehicles
(VC), ce qui témoigne de l’intégration
croissante de ces instruments dans
la gestion de leurs portefeuilles.
Benjamin Bignier : Un autre élément
qui mérite d’être souligné est que l’on
observe une augmentation du taux de
réinvestissement chez les investisseurs
des fonds vendeurs dans le cadre de ces
transactions. Cela témoigne d’une certaine
forme de confiance et d’un engouement
autour de ces transactions. Les garde-fous
visant à encadrer les conflits d’intérêt et
mis en place dans le cadre d’une pratique
de marché de plus en plus établie sont
de mieux en mieux appréhendés par les
investisseurs. Cela contribue à améliorer
leur perception de ces transactions qui
constituent désormais une véritable
opportunité de liquidité pour eux.
Nicola Di Giovanni : En France, ces véhicules
ont représenté 4,3 mds€ d’investissements
en 2025, soit près de 22 % des sorties en
valeur, selon les statistiques relayées
par le marché. Cette structuration
du marché, qui s’est nettement
accélérée au cours des 12 à 18
derniers mois, est également
portée par la professionnalisation
des conseils, aussi bien des
banques d’affaires dédiées
que des équipes d’avocats
qui développent des
expertises hybrides entre
structuration de fonds et
M&A. Le processus se structure
progressivement et donne de la
confiance au marché et aux LPs.
François Aguerre : Le marché a
également bénéficié du contexte
macro. En 2022, l’industrie du
private equity s’est retrouvée
confrontée à une situation dans
laquelle les LPs ont cessé d’être
cash positifs sur leurs portefeuilles.
Ils ont alors plus facilement
accepté cette solution « imprévue » pour
préserver leurs distributions. Après plusieurs
années durant lesquelles les pratiques se sont
relativement stabilisées, ils ont désormais
intégré cette nouvelle option, même si
ce n’est toujours pas leur voie préférée.
L’ALIGNEMENT
DES INTÉRÊTS
ENTRE GPS,
LPS ET MANAGERS
Barthélemy Grave : Un GP passe
un temps considérable à sourcer
des nouvelles opportunités
d’investissement. Dès lors, lorsqu’il
accompagne un actif de qualité, les
fonds de continuation constituent
un outil extrêmement efficace pour
générer de la performance tout en
évitant de consacrer du temps et des
ressources à la recherche de nouvelles
opportunités. Le gérant peut ainsi
conserver cet actif plus longtemps
et écrire une nouvelle page de son
histoire. À mes yeux, c’est cela
qui transforme, d’une certaine
manière, le marché pour les GPs.
Alexis Veysset : Gutor Electronic
est une société suisse détenue,
depuis 2023, par le fonds français
Latour Capital. Nous évoluons sur
le marché de l’électrification et de
la sécurité énergétique, qui est en
[ ALEXIS VEYSSET, DEPUTY
CEO & CFO, GUTOR ELECTRONIC
[ NATHALIE DUGUAY,
ASSOCIÉE, WILLKIE
FARR & GALLAGHER
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forte croissance,
avec un périmètre
mondial. Nous
réalisons environ
230 M€ de chiffre
d’affaires – chiffre
qui a été plus que
doublé en trois
ans. Évidemment,
lorsqu’un actif
surperforme à
ce point, tout
le monde est
davantage aligné.
Les zones de
conflit d’intérêt
s’amenuisent,
puisque
chacun y trouve
son compte, y compris financier.
Durant cette période, la question était de
savoir si notre GP allait nous orienter vers
une sortie ou vers un fonds de continuation.
Le sujet de la valorisation était bien sûr
important, car dans un fonds de continuation
on vend théoriquement à une décote plutôt
qu’a un vrai multiple de marché, résultat d’un
procès concurrentiel. Autre facteur manifeste
pour le GP, c’est effectivement l’envie de
rester investi dans un actif connu plutôt que
d’aller en rechercher un autre. Et puis il y a
la question de la liquidité des LPs, qui est
absolument centrale dans un contexte
où le capital qui leur est renvoyé est
de plus en plus rare et où les fonds
de private equity primaires sont
parfois sous pression. Or ce sont,
et en apparence paradoxalement,
souvent ces mêmes investisseurs
qui recherchent de la liquidité qui
réinvestissent significativement
dans les véhicules de
continuation. C’est d’ailleurs
ce qui s’est passé dans
notre dossier. Il y a donc
à la fois une rotation du
capital, le déploiement, et
la cristallisation de la plus-
value sur le LBO précédent.
Ce qui nous a conduit
à privilégier le fonds de
continuation est cette
nécessité de liquidité pour
les LPs du fonds III de Latour
Capital, dont la levée datait
de 2019 et dont Gutor était
le dernier actif à avoir été
investi. S’est ensuite posée la
question du multiple et de la
valorisation. Face
à la contraction
des multiples sur
le marché, on peut
s’attendre sur
certains dossiers à
une convergence
entre la décote
‘théorique’ de
valorisation
d’un fonds de
continuation et un
processus M&A
classique sell-side
fonds, sachant
que les industriels
paient de plus
en plus rarement
des primes
substantielles en comparaison des
investisseurs financiers dont l’objectif
premier est le déploiement du capital levé.
En réalité, entre le prix de marché et un
fonds de continuation, en particulier pour
un actif en performance, il peut y avoir un
alignement des valorisations, donc une
décote faible, voire même pas de décote
du tout compte tenu du capital disponible
au niveau des fonds secondaires et des
fonds désormais dédiés à la continuation.
Au-delà de cet aspect financier, il y a une
logique stratégique et entrepreneuriale. Le
management resigne pour quatre ou cinq
ans avec la même équipe de gestion, les
mêmes partenaires que nous connaissons
parfaitement. Il est donc plus simple
de poursuivre que de reconstruire, de
réécrire une gouvernance et de redéfinir
une stratégie en ligne avec les attentes
du nouveau fonds. La poursuite de
l’aventure avec Latour Capital constituait
objectivement une bonne décision pour
la société dans un moment de forte
croissance où la stabilité est préférable.
Concernant le rôle du management
dans les situations de continuation,
le management peut se retrouver mis
en avant dans cet environnement où
tout le monde s’apprécie mais en même
temps chacun cherche à s’assurer qu’il
réalise le bon deal. Il constitue un lien
utile et structurant entre les différentes
parties prenantes de la transaction.
Dans le cadre du fonds de continuation
de Gutor, nous avons échangé avec
les dirigeants des fonds secondaires
notamment Ardian, Hamilton Lane et
Patria en lead. C’était très intéressant car
ce sont souvent des acteurs qui ne font
pas de primaire, ou qui interviennent via des
équipes de co-investissement. Les discussions
sont donc plus ouvertes, moins centrées
sur les aspects purement transactionnels,
et davantage orientées vers les équipes,
le marché, la société et les perspectives.
Marie Aubard : Je partage votre avis sur le
rôle de boussole du management. Nous avons
accompagné le fonds Hivest Capital Partners
sur un dossier de fonds de continuation dans
lequel le rôle du management a également
été central. Dans les deals de LBO dits
« classiques », les LPs n’interviennent jamais.
Or dans les dossiers impliquant des fonds
de continuation, un lead investor qui prend
la majorité des parts du fonds, s’invite à la
table des négociations du SPA et va même
jusqu’à regarder le pacte d’actionnaires et
les accords avec le management. Il vérifie
également que le management a bien
revu les déclarations et garanties business
consenties par les vendeurs et a été impliqué
dans la mise en place d’une W&I insurance.
Les accords de management incentive
plan (MIP) que nous regardons aujourd’hui
pour les sorties datent en moyenne de 2021
et ne traitent pas l’hypothèse d’un fonds
de continuation acheteur. Ainsi, la sortie
par cession à un fonds de continuation
contrôlé par la même société de gestion
que le fonds cédant ne déclencherait pas
le MIP et donc le management ne serait
pas intéressé lors de l’opération. C’est la
plupart du temps inenvisageable pour
les sponsors qui sont bien conscients
que le management est clé dans une
telle opération. En définitive, tout le
monde a intérêt à ce que les managers
continuent à être motivés pendant la vie
du deal avec le fonds de continuation.
Barthélémy Grave : Pour aligner les
intérêts des managers de l’entreprise
avec ceux du fonds, il est important
de considérer le second deal
comme un pur LBO secondaire.
Dès lors, il convient de mettre en
place un nouveau management
package, une gouvernance
légèrement modifiée, être
sensible à l’investissement
du management mais
aussi à son cash out, à ses
risques. Rappelons que le
lead investor est un LP et,
de temps en temps, le GP,
qui est à la fois acheteur et
vendeur, se retrouve en
quelque sorte à négocier
contre lui-même.
Dans l’hypothèse où le lead investor a des
vues très claires sur certains sujets avec des
demandes affirmées, alors les négociations
sont assez classiques avec un acheteur et
un vendeur. Mais sur d’autres points, le LP
peut avoir une vision un peu moins claire et il
faudra alors trouver des solutions équilibrées
pour tous, ce qui peut se révéler être un
exercice intéressant. Le rôle des conseils
juridiques et financiers est alors essentiel
pour équilibrer les pratiques de marché
sur une exit entre fonds. Des déviations
ont malheureusement été constatées, sur
la GAP notamment. Généralement, dans
le cas d’une cession entre fonds, le fonds
précédant refuse de donner une garantie
et l’acquéreur doit s’en arranger.
En présence d’un lead investor, il
n’est pas rare que celui-ci insiste
pour avoir un SPA avec une
assurance de GAP déjà placée.
LE RECOURS
AUX ASSURANCES
WARRANTIES &
INDEMNITIES (W&I)
Lucie Bocel : Le marché des fonds
de continuation est particulièrement
dynamique en matière d’assurance.
[ MARIE AUBARD,
ASSOCIÉE, WILLKIE
FARR & GALLAGHER
[ BARTHÉLÉMY GRAVE,
PRINCIPAL, HIVEST
CAPITAL PARTNERS
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[ 46 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 [ 47
Sur le marché des secondaries européen et
depuis 2019, Howden a placé des assurances
W&I sur 87 opérations, dont 38 uniquement
en 2025. Nous estimons que 70 % des
opérations secondaires sont assurées, et la
France a représenté, en 2025, quasiment le
quart des opérations secondaires assurées
en Europe. C’est surprenant, car en dehors
des opérations secondaires, la France
est plutôt en bas du tableau en
matière d’utilisation de l’assurance
W&I et fait partie des pays assurant
moins de 30 % des transactions.
Il est assez courant que les
discussions sur les assurances
soient à l’initiative du GP qui
aura préalablement approché
le marché des assurances
W&I et proposera aux LPs
entrants de la négocier.
Alexis Veysset : Il est
intéressant que la France
soit un pays européen très
actif pour négocier une
W&I car cela suit la taille des
marchés de fonds de private
equity. Dans un process
de fonds continuation, il
est quasiment impossible
de se départir de la mise
en place d’une assurance.
Une négociation de garantie
actif/passif dans le cadre d’un
fonds de continuation semble
difficile à imaginer : cela
reviendrait à négocier contre
soi-même (fonds primaire
sortant contre fonds de continuation acheteur
opéré par la même équipe de gestion) ?
Barthélémy Grave : Nous l’avons fait,
avec l’aide de Willkie Farr & Gallagher.
Marie Aubard : Le fait pour un fonds cédant
de consentir des garanties business à la sortie
et de prévoir la mise en place d’une W&I
insurance est arrivé en France sous l’influence
du marché anglosaxon. La plupart des lead
investors étant localisés en Grande-Bretagne
ou aux États-Unis, ils ont souhaité, comme
sur les marchés UK et US, bénéficier de ces
garanties. Les acteurs de la place de Paris
ont donc dû s’adapter à cette demande et
pour rendre l’exercice moins chronophage
et contraignant pour le management, il
est même dorénavant possible d’avoir une
assurance sans même prévoir de rapport
d’audit. Le lead investor s’invite à la table
des négociations du SPA pour défendre les
intérêts du fonds de continuation acheteur
« contre » le fonds vendeur représenté par
le GP. L’objectif est toujours d’obtenir des
clauses équilibrées pour les deux parties.
Nicola Di Giovani : C’est le travail que
nous avons mené lorsque nous sommes
intervenus pour le compte de lead investors
qui ont négocié « contre » le GP pour avoir
une couverture satisfaisante. C’est l’une des
traductions de l’exigence et de la complexité
des opérations de CV qui doivent être
packagées avec précaution dès le début, avec
un accès à l’information essentiel tant pour les
LPs sortants que pour ceux qui réinvestissent.
Benjamin Bignier : Nous observons
également ces tendances sur le marché
européen. Entouré de ses propres conseils,
notamment juridiques, le rôle du lead
investor dans le cadre de ces transactions
est véritablement de négocier les termes
de la vente du/des actifs entre les fonds
ainsi que ceux du fonds de continuation
pour le buy-side, participant à réduire
les risques de conflit d’intérêt.
Thomas Forin : Le niveau de
réinvestissement des LPs du fonds sortant
commande aussi la place du GP en
position acheteur. En termes de process,
les fonds de continuation présentent
certaines singularités. Il y a une sorte
d’élan à prendre avec le management
pour son réinvestissement, selon que
le fonds de continuation déclenche ou
pas le management package. Et cette
même anticipation doit être prise sur
les assurances car il convient de savoir
comment positionner une reps et
quelles conséquences juridiques en tirer.
Lucie Bocel : Tout à fait, les assurances GAP
placées sur des fonds de continuation ont
des spécificités très particulières d’un point
de vue mécanique et c’est d’ailleurs pour
cela qu’il est important de s’entourer de
conseils spécialisés en la matière, y compris
pour la négociation de l’assurance W&I.
Sur le point de la connaissance, cette
dernière sera vérifiée au moment de
la signature de l’assurance W&I auprès
du ou des lead investors. Nous sommes
vigilants à l’insertion dans la police
d’assurance d’un certain nombre
de wordings protecteurs du ou
des LPs entrants, afin notamment
que la connaissance du GP ne
vienne pas contaminer celle des
LPs entrants et vider d’intérêt
cette police d’assurance.
Benjamin Bignier :
L’implication du management
dans le cadre de la mise en place
et la négociation des W&I est
plus limitée que sur un deal M&A,
cela peut être moins vrai dans le
cadre de fonds de continuation
portant sur un unique actif. Les
general warranties qui portent
sur des éléments factuels et
commerciaux sont généralement
qualifiées par la connaissance
du vendeur (entendu comme
le management du GP/sponsor)
et ne nécessitent pas forcément
d’impliquer directement le management
de la/les cibles, bien qu’ils puissent être
amenés à donner leur avis sur les questions
qui sous-tendent ces general warranties.
D’une manière générale, les opérations
de fonds de continuation nécessitent une
attention renforcée du management du GP/
sponsor tout en appelant à une implication
modérée du management de l’actif cible.
Lucie Bocel : À condition qu’il n’y ait pas de
Vendor Due Diligence (VDD). S’il y a des VDD,
il n’y aura pas de qualification systématique
des déclarations par la connaissance
des vendeurs. C’est justement
l’une des spécificités des fonds
de continuation : contrairement
à une transaction standard non
secondaire, des VDD suffisent à
assurer la transaction. Il n’y a pas
besoin de Due Diligence Buy Side.
Il est même possible d’assurer
une opération secondaire sans
rapports d’audit (ni VDD, ni buy
side) – c’est dans cette hypothèse
que les déclarations seront
qualifiées par la connaissance
des vendeurs. Les LPs ont à tout
le moins intérêt à faire réaliser des
due diligences sur les sujets couverts
par les Excluded Obligations. Par
principe exclus de la responsabilité
du fond GP, ces Excluded Obligations
deviennent assurables dès lors
qu’une revue critique a été réalisée.
[ LUCIE BOCEL,
HEAD OF FRANCE, HOWDEN M&A
[ NICOLA DI GIOVANNI,
ASSOCIÉ, SKADDEN ARPS
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[ 48 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 NEXTSTEP - N°25 - MAI 2026 [ 49
Alexis Veysset : Pour ma part, je
recommande tout de même de faire
les mêmes VDD que dans les process
traditionnels afin de donner une visibilité
maximum aux acheteurs et de limiter les
risques de mise en jeu de la responsabilité du
management. C’est justement un point qui
m’avait étonné dans notre opération puisque
le volet VDD tax et juridique était bien plus
léger que ce que j’avais pu constater dans
des deals M&A précédents. Je ne suis pas
certain que ce soit à l’avantage de qui que
ce soit. Il convient de conduire sérieusement
ces travaux de diligence pour que la
connaissance soit unanimement partagée
et que des tiers interviennent pour valider
des points difficiles à élucider par
le management, le GP actuel
ou un lead investor à l’achat.
Nicola Di Giovani : Ces
opérations se situent à la
croisée d’une levée de fonds
et d’une opération de M&A,
ce qui en fait un processus
particulièrement exigeant.
Dans le cadre d’un fonds de
continuation, l’alignement
entre le sponsor et les LPs
n’est jamais présumé : il doit
être construit. En ce sens,
afin de purger les conflits
d’intérêt et rendre l’opération
attractive pour les LPs, il est
essentiel de définir clairement
la thèse d’investissement,
de garantir un partage de
l’information de qualité et une
documentation répartissant
clairement les risques.
LES HYPOTHÈSES
DE SORTIE
François Aguerre : Du côté des
investisseurs secondaires, ces
éléments d’expertise sont nécessaires
et suffisants mais ils n’emportent
pas notre conviction de réaliser
une transaction. Dans notre esprit,
tout est décidé en amont et il s’agit
simplement d’avoir la meilleure
exécution possible. Concernant la
sortie, elle est bien évidemment
anticipée en aval de l’opération. Notre
préférence n’est pas nécessairement
un fonds de continuation squared, mais
l’essentiel pour nous consiste dans
un alignement fort avec le gérant.
Concernant les CV-squared, peu
d’entreprises peuvent sur le très long
terme croître de 15 ou 20 % par an. Ils seront
donc un petit pourcentage des premiers CV,
qui sont eux-mêmes un petit pourcentage
des sociétés en portefeuille pour toute
l’industrie. Il est donc peu probable que
cela soit un phénomène d’ampleur. Enfin
pour les CV réalisés autour de grandes
entreprises dites « trophy assets », qui seront
donc a priori encore plus grandes in fine,
il est probable que l’IPO sera la solution
essentielle à la sortie. L’état actuel des
marchés boursiers n’est pas engageant,
les gérants devront rester très attentifs aux
fenêtres d’opportunités pour ces actifs.
Barthélémy Grave : L’IPO me semble réservé
à des actifs de grande taille. Hivest Capital
Partners est un acteur du lowermid
market. L’exit la plus probable pour
nos actifs serait auprès de fonds
uppermid. J’ai le sentiment que
depuis quelques années, il y a de plus
en plus d’actifs lowermid market
qui sont placés dans des CV.
François Aguerre : Absolument.
Qu’il s’agisse de buy-out
ou de growth equity, les
opérations secondaires se
développent particulièrement
sur ce segment de marché.
Benjamin Bignier : Les premiers
fonds de continuation portant sur
des actifs performants datent de
2019-2021 sur le marché français. Le
terme d’un fonds de continuation
est généralement de 5 à 7 ans, donc
nous arrivons aujourd’hui au bout de
ces premiers fonds de continuation.
Nous avons accompagné des clients
sur des opérations CV-squared qui
soulèvent un certain nombre de points
d’attention. Il convient notamment
pour le GP/sponsor de confirmer
la pertinence de sa gestion pour
continuer à accompagner la croissance
d’un actif qu’il gère alors parfois
depuis 8-10 ans (entre le premier
fonds et le fonds de continuation) et
qui a considérablement évolué en
taille, stratégie, marché. Il me semble
alors essentiel pour le GP/sponsor
de bien présenter aux investisseurs
la nouvelle thèse de croissance
pour l’actif ainsi que les potentielles
opportunités de sorties à terme.
Il est intéressant également de rappeler
que, dans le cadre d’un fonds de
continuation classique, les investisseurs
du fonds vendeur ont investi dans
un fonds blind pool sans connaitre,
au moment de leur investissement, les
investissements qui allaient être faits
par le fonds. Dans le cadre d’un fonds de
continuation squared, les investisseurs du
fonds vendeur (lui-même un CV) sont donc
des investisseurs secondaires familiers
des opérations de fonds de continuation,
qui par ailleurs connaissent très bien l’actif
cible de l’opération et auront souscrit à un
business plan précis pour cet actif. Cela
favorise la dynamique de ces opérations.
Alexis Veysset : Je souscris à votre
analyse. Il convient de réfléchir au moment
du (premier) CV à bien identifier les
investisseurs qui sont les mieux placés
pour accompagner l’entreprise
en fonction de la trajectoire
dans laquelle on s’inscrit.
Dans un fonds de continuation,
le management porte un
business plan structuré
principalement autour
d’initiatives organiques,
contrairement à du M&A
classique. Un fonds de
continuation est finalement un
instrument qui vient absorber
la liquidité disponible dans
un marché, qui du point de
vue des valorisations, est
un peu tendu. Mais l’ADN
de base demeure : sauf
exception l’entreprise n’aura
pas une poche pour faire du
M&A très transformant. Les
investisseurs secondaires
peuvent s’engager à offrir
20 à 25 % de l’equity initialement investi.
Dans l’hypothèse d’une opération très
transformante, l’entreprise sera obligée de
sortir du cadre juridique initial du fonds de
continuation pour la mener – le capital est
cependant disponible pour de nombreux
acteurs des fonds secondaires autorisant
des opérations de taille significative. Les
fonds de continuation sont, pour cette
raison, des opérations plutôt adaptées à une
frange de marché midcap et haut midcap.
Dans les fonds de continuation, on constate
une forte demande des fonds américains très
intéressés par le marché européen. Ils sont
déjà très structurés avec des fonds dédiés
pour investir dans des fonds de continuation,
et sont habitués sur leur marché à des
valorisations bien supérieures rendant
le marché européen très attractif. Dans
la discussion sur les LPs entrants,
nous avons beaucoup interrogé les
fonds américains pour comprendre
ce qu’ils pourraient nous apporter
en plus, notamment du point de
vue de l’expansion géographique
vers l’Amérique du Nord.
Benjamin Bignier : Nous ne
pensons pas que la forme
de ces opérations en limite
nécessairement l’usage pour des
opérations larges (+1md€), sur
lesquelles nous accompagnons
un certain nombre de nos clients,
quoiqu’il puisse être plus complexe
de lever le CV dans un contexte
de portefeuille plus concentré,
par exemple dans le cas d’un actif
unique. L’une des pratiques que nous
[ FRANÇOIS AGUERRE,
VICE-PRÉSIDENT
DE FRANCE INVEST
ET CO-PRÉSIDENT
DU CLUB SECONDAIRE
[ BENJAMIN BIGNIER,
AVOCAT, KIRKLAND & ELLIS
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