Homélie du 3ème dimanche de Pâques 2026 à la cathédrale du Saint-Esprit d’Istanbul lors d’un pèlerinage diocésain

Diocèses de France
Moyen
20 avr. 2026, 12:40

Citation

"Il n’était pas possible que la mort retienne Jésus en son pouvoir."
Église catholique
cathédrale du Saint-Esprit d'Istanbul
diocèse de Reims
saint Pierre
saint Luc
Marie (mère de Jésus)
Concile de Chalcédoine
pèlerins diocésains

Cette homélie, prononcée lors d'un pèlerinage diocésain en la cathédrale du Saint-Esprit d'Istanbul, met en lumière un enjeu central pour l'Église catholique contemporaine : la fidélité à l'interprétation christologique des Écritures et la transmission vivante d'une foi enracinée dans la tradition conciliaire. Dans un contexte marquant la présence chrétienne dans une ville à majorité musulmane, l'homélie insiste sur la continuité de l'Église dans l'interprétation des Écritures à la lumière du mystère pascal, thème clé des débats œcuméniques et du dialogue interreligieux. L'orateur articule son propos autour de l'obéissance du Christ et des implications pour la vie chrétienne, soulignant la nécessité pour la communauté croyante de ne rien vivre superficiellement mais d'assumer pleinement les exigences de l'Évangile dans un environnement séculier et parfois hostile à l’engagement religieux. La référence aux conciles, aux figures scripturaires et à la Vierge Marie rehausse l’enjeu institutionnel : l’Église se veut dépositaire d’une tradition vivante, adaptée mais inchangée dans son essence, appelée à témoigner dans un monde pluraliste. L’homélie constitue dès lors un rappel fort à l'enracinement ecclésial et à la mission de proclamation universelle.

Texte de la source originale

Homélie pour le 3ème dimanche de Pâques, année A, le 19 avril 2026, en la cathédrale du Saint-Esprit d’Istanbul, pèlerinage diocésain

« Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » Frères et sœurs pèlerins, ce que saint Luc nous rapporte de la conversation de Jésus ressuscité avec les deux disciples qui partaient vers Emmaüs, c’est ce que l’Église fait tout au long de son histoire. C’est ce que nous faisons en toute homélie où il s’agit bien de montrer, au moins de faire percevoir, qu’en Jésus de Nazareth, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre vie, les Écritures d’Israël s’accomplissent ; c’est ce que les conciles des premiers siècles comme les conciles les plus récents s’efforcent de faire, même si c’est avec des moyens intellectuels sophistiqués et à propos de questions qui paraissent venir de bien ailleurs que de ce que nous appelons les « saintes Écritures », à savoir la Bible d’Israël complétée par les quatre évangiles et quelques écrits des apôtres ou attribués aux apôtres ; c’est ce que nous venons d’entendre saint Pierre faire au jour de la Pentecôte, de cette Pentecôte-là où l’Esprit-Saint leur fut donné en abondance.


Il est très important et capital de repérer que le discours de saint Pierre s’organise autour d’une question fondamentale, ou plutôt d’un fait fondamental : « Il n’était pas possible que la mort retienne Jésus en son pouvoir ». Ce n’était pas possible parce que ce Jésus-là, tout en étant absolument mortel comme chacune et chacun de nous dans son humanité, étant homme en vérité, ne donnait pour autant en sa personne aucune prise à la mort, étant le Fils parfaitement obéissant au Père. Vous reconnaissez là ce qu’enseigne le concile de Chalcédoine, depuis l’an 451, ce vers quoi, en tout cas, il nous oriente. Saint Pierre, nous l’avons entendu, articule sa démonstration autour du psaume 15 que la liturgie nous a fait reprendre, et en particulier du verset qui affirme : « Tu ne peux m’abandonner à ma mort ni laisser ton ami voire la corruption. » En nul autre que Jésus ce verset n’est vrai, pleinement vrai ; en lui, il l’est totalement, car rien en Jésus ne pourrait justifier le moindre abandon du Père. Mais il nous est possible d’aller encore au-delà du psaume et de sa promesse ; il nous est possible de remonter à la création elle-même. Car la grande promesse de Dieu est sa création même : le Dieu vivant n’a pas créé l’être humain pour la mort mais pour la vie, pour une vie toujours plus vivante et vivifiante, c’est ce que la Résurrection de Jésus ou ce que Jésus lui-même, mort pour nos péchés et ressuscité pour notre vie proclame à tout jamais, d’une proclamation que, désormais, rien ni personne ne pourra empêcher totalement. Dans le Christ Jésus, mort et ressuscité, nous contemplons cette promesse originelle de Dieu et nous confessons son accomplissement en attendant qu’elle se réalise pleinement pour nous et en nous.


Essayons d’être un peu plus précis encore. Jésus, selon saint Luc, marchant avec ses disciples, tâche de leur montrer qu’il fallait que le Christ souffre tout cela pour entrer dans sa gloire. Saint Pierre, lui, affirme que ce même Christ ne peut rester dans la mort. La clef, nous le savons, se trouve dans l’obéissance. Ce qui rend compte de toutes les démarches de Jésus, les plus extérieures et les plus intérieures, c’est son obéissance au Père, qui est, cela nous a été rappelé face au temple de Didyme, son écoute jusqu’au bout, jusqu’à la mise en œuvre de la parole qui sort du Père et que le Père lui a confiée. Entrer dans cette intelligence-là des Écritures a été un long chemin pour les disciples, et nous comprenons que la route de Jérusalem à Emmaüs n’y a pas suffi. Il a fallu un geste, d’un autre ordre, celui de fraction du pain, un geste inscrit cependant dans une longue histoire que rapportent les saintes Écritures, chaque livre en constituant une facette, pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils réalisent qu’ils avaient le cœur tout brûlant et qui était présent avec eux et à eux. Ainsi l’Église n’a-t-elle pas assez du chemin de toute son histoire pour entrer dans l’intelligence complète de la logique de Dieu et la mettre en œuvre, même si lui est offert, est mis entre ses mains, le raccourci ou, mieux, le concentré de l’Eucharistie. Marie, elle, nous avons médité cela dans la paix du matin sur la montagne au-dessus d’Éphèse, Marie, l’humble Marie, si différente de la redoutable Artémis nourricière, Marie, elle, a parcouru ce chemin toute sa vie, en chacun de ses moments, « gardant toutes choses en son cœur » et approfondissant sans cesse le « Qu’il me soit fait selon ta parole » qui la fit mère de Dieu et notre mère à tous, elle qui, seule de nous tous, peut nous porter tous en vérité par la totalité de son consentement sans défaut.


Frères et sœurs, l’apôtre Pierre nous donne une clef de première importance lorsqu’il nous dit que nous avons été « rachetés de la conduite superficielle héritée de nos pères ». Car Jésus n’a rien vécu superficiellement. Il est le Fils bien-aimé, Dieu né de Dieu, lumière née de la Lumière, qui s’engage totalement, sans reste dans notre humanité et en vit chaque instant, des plus humbles et passifs comme ceux de l’embryon ou du petit enfant, aux plus actifs comme lorsqu’il nourrit les foules au désert ou consent à aller vers sa Passion. Par cela-même, il accomplit les Écritures et nous ouvre un chemin pour que nous puissions, à notre tour, ne rien vivre superficiellement, mais tout en recevant la volonté du Père et en tâchant d’y répondre de tout notre être. A aucun et aucune de nous, tout le chemin de la vie ne suffira. Mais nous sommes portés les uns par les autres, comme les deux disciples qui se supportaient mutuellement et comme eux et les autres se confortèrent dans la perception du Ressuscité. Que le pèlerinage que nous vivons ensemble en ces terres si tôt ouvertes au Christ et grâce au relais desquelles nous-mêmes avons reçu la foi, aujourd’hui majoritairement habitées par qui refuse l’engagement de Dieu dans notre chair, que ce pèlerinage nous renforce dans le travail que nous faisons pour proclamer qu’en lui et par lui les promesses de Dieu, celles des Écritures saintes d’Israël et celles de la création initiale sont tenues pour nous et en nous au nom et en faveur de l’humanité entière. Que grande soit notre joie, chaque semaine, chaque jour plus grande de pouvoir dire avec Jésus, par lui et en lui : « Seigneur mon partage et ma coupe »,


Amen.

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