Réemploi du mobilier public : le retour d’expérience qui complète la boîte à outils - Decision-achats.fr

Decision Achats
28 mai 2026, 05:27

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Accueil / #Achats publics La Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et l’ École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) viennent de publier un rapport sur le réemploi du mobilier dans les administrations d’État, à partir d’un projet pilote conduit à la préfecture de l’Essonne (4 500 m², environ 200 agents, budgets de l’ordre de 100 000 € par étage). Ce rapport arrive comme un complément opérationnel indispensable à la fiche-outil publiée par la DAE en juin 2025, qui fournissait des clauses contractuelles prêtes à l’emploi mais ne disait pas comment gérer la transformation organisationnelle que le réemploi impose. L’ensemble de ce corpus documentaire tombe au bon moment : la loi AGEC exige depuis 2024 que 20 % des achats annuels de mobilier proviennent du réemploi, de la réutilisation ou intègrent de la matière recyclée (25 % en 2030), et à partir du 22 août 2026 , un critère environnemental sera obligatoire dans tous les marchés publics. Ce que le pilote de l’Essonne révèle : l’obstacle est interne Le premier enseignement du rapport DITP/ENSCI est contre-intuitif. En effet, on y découvre que les difficultés d’un projet de réemploi ne portent finalement pas sur l’existence des offres de mobilier de seconde vie, mais sur la coordination interne . Délais non anticipés, absence de traçabilité, manque d’espaces de stockage, multiplication des transports, arbitrages budgétaires entre services… sont autant de freins qui transforment ce qui devrait être un simple achat en un projet de logistique. Le réemploi ne peut pas être géré comme un achat catalogue. Il exige une logique de supply chain du mobilier intégrée dès la programmation budgétaire, avec les services généraux, l’immobilier, la logistique et les utilisateurs finaux autour de la table. Par ailleurs, le rapport déconstruit l’idée d’une résistance massive des agents. 87 % des répondants y sont même favorables , et seuls 8 % souhaitent absolument du neuf. Les résistances existent, mais elles prennent la forme de biais : peur du déclassement, crainte de « récupérer des restes ». La revalorisation esthétique et la qualité du design final les éliminent largement. Le biais structurel qui freine davantage est systémique « acheter du neuf sur un catalogue en ligne, c’est direct et rapide ». Le neuf bénéficie de garanties, d’une logistique intégrée, de la centralisation des offres ; le réemploi souffre d’un écosystème fragmenté et d’une quasi-absence dans les centrales d’achat. La fiche DAE : plan de progrès, BEGES fournisseur, reporting contractuel La fiche-outil DAE de juin 2025 fournit le cadre juridique et contractuel que le rapport DITP/ENSCI vient alimenter en retours terrain. Elle recommande des lots dédiés au mobilier de réemploi , le recours à la plateforme DNID et des clauses favorisant les offres circulaires. Parmi ses apports les plus structurants pour les directions achats, on trouve l’institution d’un plan de progrès contractuel à faire évoluer avec le fournisseur tout au long du marché (développement du réemploi, augmentation du contenu recyclé, amélioration de la réparabilité, réduction de l’empreinte carbone). Cette logique est proche des contrats de performance, on ne fige plus un besoin pour quatre ans, on pilote une trajectoire. Le fournisseur ne vend plus seulement du mobilier, il doit produire un bilan GES et un plan de transition , et transmettre un reporting contractuel (part réemploi, part matière recyclée, données par SIRET acheteur). La DAE fournit les formulations prêtes à l’emploi, les mécanismes de pénalités et les méthodes de contrôle, sécurisant juridiquement les acheteurs publics qui craignent de ne pas pouvoir imposer ces critères. Lus ensemble, ces deux documents dessinent ce que le marché public de mobilier va devenir, non plus un achat de produits, mais un achat de performance environnementale et de durée de vie , avec un fournisseur tenu de rendre des comptes sur toute la chaîne.