TVA rapport seul
IGF Rapports de mission
10 juin 2026, 03:50
Texte de la source originale
Inspection générale
des finances
Dynamique des recettes de TVA et écarts de
prévision
JANVIER 2026
Marc DORA
Nicolas LEFEVRE
Nicolas SALEILLE
Ilyes BENNACEUR
Mylène FEUILLADE
Helena VIDEIRA
Adrien CHARLET
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Inspection générale
des finances
RAPPORT
N° 2025-E-067-03
DYNAMIQUE DES RECETTES DE TVA
ET ÉCARTS DE PRÉVISION
Établi par
NICOLAS LEFEVRE
Inspecteur des finances
N ICOLAS SALEILLE
Inspecteur des finances
ILYES BENNACEUR
Inspecteur des finances adjoint
M YLÈNE FEUILLADE
Data scientist au pôle science
des données de l’IGF
HELENA VIDEIRA
Inspectrice stagiaire
des finances
Avec le concours de
A DRIEN CHARLET
Data scientist au pôle science
des données de l’IGF
Sous la supervision de
M ARC DORA
Inspecteur général des
finances
- JANVIER 2026 -
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SOMMAIRE
INTRODUCTION ................................................................................................................................... 1
1. LE RALENTISSEMENT DES RECETTES DE TVA S’EXPLIQUE EN PARTIE PAR DES
COMPOSANTES DE LA DEMANDE ASSUJETTIES À LA TVA MOINS DYNAMIQUES
ET PAR UNE DÉFORMATION DE LA CONSOMMATION .................................................. 3
1.1. Après une dynamique exceptionnelle en 2021 et en 2022, les recettes de TVA
ralentissent et évoluent désormais moins rapidement que le PIB ..............................3
1.2. Les recettes de TVA évoluent moins favorablement en France que dans les
principales économies européennes depuis la sortie de la crise sanitaire ..............4
1.3. En 2024, les recettes de TVA du commerce et de l’industrie-énergie (54 % du
total) enregistrent leur plus forte contraction en dix ans (-3,4 Md€)........................5
1.4. L’assiette de la TVA, qui n’est pas observée et doit être modélisée, dépend
majoritairement de la demande des ménages, mais également de la demande des
entreprises et des administrations publiques......................................................................6
1.5. Le moindre dynamisme des composantes de la demande assujetties à la TVA, en
particulier la consommation et l’investissement, explique en partie le
ralentissement de la TVA ..............................................................................................................8
1.6. La consommation des ménages s’est orientée davantage vers des biens et
services taxés à taux réduits, générant un effet de structure défavorable sur la
base taxable de la TVA ................................................................................................................ 11
2. LES ÉCARTS DE PRÉVISION, QUI SE SONT NETTEMENT ACCRUS DEPUIS LA CRISE
SANITAIRE, ILLUSTRENT LA DIFFICULTÉ À ANTICIPER L’ÉVOLUTION DE
L’ASSIETTE DE LA TVA ET FONT RESSORTIR LES LIMITES DU MODÈLE DE LA DG
TRÉSOR ....................................................................................................................................... 13
2.1. Les prévisions de recettes de TVA sont élaborées par la DG Trésor à partir de la
croissance prévisionnelle des composantes de la demande assujetties à la TVA,
des effets de composition de la demande et du chiffrage des mesures
nouvelles…….................................................................................................................................... 13
2.2. Depuis 2023, les prévisions intégrées aux projets de lois de finances ont
nettement surestimé les recettes de TVA, à hauteur de 9 Md€ par an en moyenne,
soit 4 % des recettes .................................................................................................................... 14
2.3. Depuis 2022, les écarts de prévision proviennent pour environ un tiers
d’hypothèses macroéconomiques trop optimistes et se propagent d’une année
sur l’autre ......................................................................................................................................... 15
2.4. La baisse croissante et notable du pouvoir explicatif du modèle de prévision des
recettes de TVA interroge sa robustesse et conduit le Gouvernement à introduire
des « cales » ..................................................................................................................................... 20
2.5. En 2023 et 2024, plusieurs pays européens ont connu des écarts de prévision de
recettes de TVA .............................................................................................................................. 23
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3. LES RCTVA, LA FRAUDE À LA TVA LIÉE AU E-COMMERCE DE PETITS COLIS EN
PROVENANCE DE CHINE ET LA FRANCHISE EN BASE SONT TROIS FACTEURS
DYNAMIQUES QUI CONTRIBUENT À L’ÉCART DE PRÉVISION ................................. 24
3.1. La dynamique des RCTVA contribue à la part inexpliquée de l’écart de prévision
à hauteur de 1,6 Md€ en 2024 et accentue la tension entre enjeux de fluidité et
de contrôle ....................................................................................................................................... 24
3.2. La fraude à la TVA dans le e-commerce de petits colis en provenance de Chine,
facilitée par le régime simplifié IOSS, s’élèverait à environ 1 Md€ en 2024 pour la
France et expliquerait 700 M€ de croissance résiduelle .............................................. 27
3.3. Le régime de la franchise en base de TVA n’est pas intégré au modèle de prévision
de la DG Trésor, représente un manque à gagner d’environ 2 Md€ par an et
expliquerait entre 100 et 200 M€ de l’écart résiduel de prévision .......................... 30
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Rapport
- 1 -
INTRODUCTION
La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est un impôt indirect sur la consommation, appliqué
à chaque étape du processus de production et de distribution des biens et services,
supporté par le consommateur final. Son mécanisme repose sur la collecte, par les
entreprises, de la TVA due sur leurs ventes, déduction faite de la TVA acquittée sur leurs achats
professionnels.
En France métropolitaine, quatre taux principaux sont actuellement en vigueur :
le taux normal de 20 %, applicable à la majorité des biens et services ;
deux taux réduits de 10 % et 5,5 %, notamment pour certains produits alimentaires, les
travaux de rénovation énergétique ou les transports ;
un taux super-réduit de 2,1 %, réservé à quelques biens ou services spécifiques (presse,
médicaments remboursables, etc.).
La TVA est un impôt de rendement dont les recettes nettes se sont élevées à 207,8 Md€
en 2024 en comptabilité nationale, soit 17 % des prélèvements obligatoires.
Elle constitue un enjeu budgétaire central pour l’État, dont elle représente près d’un tiers des
recettes fiscales nettes (97 Md€ sur 326 Md€ en exécution pour 2024), et aussi pour les
administrations de sécurité sociale (qui ont perçu 58 Md€ au titre de la TVA affectée en 2024),
les collectivités territoriales (52 Md€) et l’audiovisuel public (4 Md€).
Les recettes nettes de TVA correspondent aux recettes encaissées par l’administration
fiscale après déduction des remboursements de crédit de TVA (RCTVA).
Ces remboursements concernent les assujettis dont le montant de la TVA déductible excède
celui de la TVA collectée, par exemple en cas d’investissements importants ou d’activités
tournées vers l’exportation.
La TVA peut être appréhendée selon deux logiques comptables distinctes.
En comptabilité budgétaire, elle correspond aux encaissements et décaissements
effectivement constatés par l’État au titre de la collecte et des remboursements de crédit.
En comptabilité nationale, elle mesure l’impôt exigible au moment où naît l’obligation fiscale,
indépendamment du calendrier budgétaire de perception.
Après les fluctuations exceptionnelles de la crise sanitaire, les recettes de TVA, en
comptabilité nationale, ralentissent depuis 2023 (+3,5 % en 2023, +0,9 % en 2024
et +0,2 % en 2025), ce qui étonne au regard de la croissance (+1,4 % en 2023 et +1,2 %
en 2024) et de l’inflation (+4,9 % en 2023 et +2,0 % en 2024). Depuis 2023, l’élasticité
des recettes de TVA au produit intérieur brut (PIB) est ainsi inférieure à l’unité.
Des écarts significatifs entre prévisions et exécution1 sont apparus, fragilisant la
trajectoire de finances publiques. Entre 2014 et 2022, les prévisions avaient tendance à
légèrement sous-estimer les recettes, en particulier pour les deux années post-crise
sanitaire (2021 et 2022). En revanche, depuis 2023, les prévisions ont nettement surestimé les
recettes avec des écarts de 9 Md€ par exercice en moyenne entre la prévision inscrite au projet
de loi de finances (PLF) et la recette constatée (en comptabilité nationale).
1 Sauf mention contraire, les écarts entre prévision et exécution sont appréciés dans le rapport par référence à la
prévision inscrite au projet de loi de finances de l’année N pour les recettes de l’année N.
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Rapport
- 2 -
Le ralentissement des indicateurs macroéconomiques, plus rapide qu'anticipé, ne suffit
pas à expliquer le ralentissement de la TVA et la totalité des écarts de prévision. Il y a
une moindre corrélation entre l'évolution des recettes de TVA et celle de ses sous-jacents
macroéconomiques.
Dans ce contexte, l’Inspection générale des finances (IGF) a été chargée par le ministre
de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique et par la
ministre de l’Action et des Comptes publics d’analyser les causes de la sous-performance
récente des recettes de TVA et d’évaluer la capacité du modèle de prévision de la
direction générale du Trésor (DG Trésor) à anticiper ces évolutions.
La mission a bénéficié d’une collaboration étroite et constructive avec les
administrations concernées, en particulier la DG Trésor, la direction générale des finances
publiques (DGFiP) et la direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI). La mission
les remercie pour la qualité de leurs contributions et la disponibilité constante de leurs
équipes.
Pour analyser l’évolution des recettes et les écarts de prévision, la mission s’est appuyée sur
les résultats du modèle de la DG Trésor, les simulations correspondantes ayant été réalisées
par la DG Trésor pour le compte de la mission. Elle a également mobilisé des données fiscales
issues des déclarations CA32 accessibles via le Centre d’accès sécurisé aux données (CASD), des
données issues de la base Rebeca3 et des données de la base Import OneStop-Shop (IOSS)
fournies par la DGFiP, ainsi que des données sur les guichets douaniers transmises par
la DGDDI.
Le présent rapport de synthèse examine, dans un premier temps, l’évolution des
recettes de TVA. Il analyse, dans un second temps, les écarts de prévision observés. Il
approfondit enfin plusieurs facteurs spécifiques susceptibles d’influer sur la dynamique
de la TVA et les prévisions, en particulier les RCTVA, la fraude à la TVA dans le e-
commerce de petits colis et la franchise en base de TVA.
2 Formulaire que les entreprises doivent remplir pour déclarer la taxe sur la valeur ajoutée.
3 Outil de la DGFiP, d'aide à la gestion et à l'instruction des demandes de remboursement des crédits de taxe sur la
valeur ajoutée.
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Rapport
- 3 -
1. Le ralentissement des recettes de TVA s’explique en partie par des
composantes de la demande assujetties à la TVA moins dynamiques et
par une déformation de la consommation
1.1. Après une dynamique exceptionnelle en 2021 et en 2022, les recettes de
TVA ralentissent et évoluent désormais moins rapidement que le PIB
Les recettes nettes de TVA ont connu une croissance régulière entre 1995 et 2019, à un
rythme moyen de +2,8 % par an (cf. graphique 1). Elles ont systématiquement progressé, à
l’exception de 2009 en raison de la crise financière et économique.
Elles ont ensuite connu des fluctuations exceptionnelles lors de la crise sanitaire : elles ont
plongé en 2020 (-7,1 %) puis rebondi en 2021 (+14,4 %) et 2022 (+7,5 %).
Depuis 2023, la croissance des recettes de TVA est moins marquée. L’évolution s’est
normalisée en 2023 (+3,5 %) et ralentit en 2024 (+0,9 %). Pour 2025, la dernière prévision de
croissance à date – celle du projet de loi de finances de fin de gestion (PLFG) 2025 – est +0,2 %.
Graphique 1 : Évolution des recettes de TVA depuis 1995 en comptabilité nationale (en Md€)
Source : Insee, Comptes nationaux annuels, base 2020.
Ce ralentissement est atypique au regard de la croissance (+1,4 % en 2023 et +1,2 %
en 2024, en volume) et de l’inflation (+4,9 % en 2023 et +2,0 % en 2024). L’élasticité de
la TVA au PIB4, qui était supérieure à l’unité entre 2016 et 2022, a fortement baissé
en 2023 (0,52), puis en 2024 pour atteindre 0,26 (cf. graphique 2).
Graphique 2 : Élasticité des recettes de la TVA nette au produit intérieur brut depuis 2015
Source : DG Trésor. N.B. : La prévision de croissance spontanée pour 2025 est celle retenue au PLF 2026.
4 L’élasticité est ici définie comme le rapport entre la croissance des recettes de la TVA nette hors mesures
nouvelles (appelée croissance spontanée) et la croissance du PIB en valeur.
-+10%
-+5%
+0%
+5%
+10%
+15%
+20%
+25%
-+100
-+50
+0
+50
+100
+150
+200
+250
1995 1998 2001 2004 2007 2010 2013 2016 2019 2022
Taux de croissance
des recettes (e%)
Recettes (Md€)
0,75
1,36
1,81
1,27 1,14 1,48 1,75
1,28
0,52 0,26 0,13
-1
0
1
2
-10%
+0%
+10%
+20%
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025
Croissance spontanée de la TVA nette (axe de gauche) Croissance PIB valeur (axe de gauche)
Elasticité des recettes de TVA au PIB (axe de droite)
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Rapport
- 4 -
Sur la période 2019-2025, les années décevantes en matière de recettes de TVA par
rapport à la croissance de l’économie ont été plus que compensées par les bonnes
années. La comparaison entre les recettes effectives de TVA et un scénario théorique évoluant
au rythme du PIB (élasticité unitaire) depuis 2019 montre que les excédents enregistrés
en 2021 et en 2022, lorsque l’élasticité a dépassé l’unité, et les moindres recettes depuis 2023
se sont compensées (cf. graphique 3), avec un solde positif de 6 Md€ à fin 2025.
Graphique 3 : Écarts cumulés entre les recettes effectives de TVA et des recettes théoriques
sous l’hypothèse d’une élasticité au PIB unitaire, depuis 2019, en comptabilité nationale
(en Md€)
Source : Mission. N.B. : Pour 2025, les recettes correspondent à la prévision de TVA inscrite en PLFG 2025.
1.2. Les recettes de TVA évoluent moins favorablement en France que dans les
principales économies européennes depuis la sortie de la crise sanitaire
La mission a comparé l’évolution des recettes de TVA en France à celle observée dans les
principales économies européennes : l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et
les Pays-Bas (cf. graphique 4).
À la suite de la contraction généralisée des recettes de TVA en 2020, l’ensemble des
économies européennes étudiées a enregistré un net rebond en 2021 et 2022, soutenu
par la reprise de l’activité et l’inflation. Toutefois, la France a affiché un rattrapage plus lent
que les autres pays, qui ont connu des hausses de recettes plus prononcées.
En 2023 et 2024, une phase de ralentissement global est observée, mais la situation
française se distingue par un essoufflement plus marqué. En 2024, le taux de croissance
des recettes de TVA en France est le plus faible des pays comparés.
Graphique 4 : Évolution du taux de croissance annuel des recettes de TVA
entre 2014 et 2024 (en %)
Sources : Eurostat, FMI.
174 162 185 199 206 208 208
174 166 180 190 203 209 214
0,0 -4,2 +1,3
+10,3 +13,6 +12,0
+6,0
-10,0
0,0
+10,0
+20,0
+30,0
-75
0
75
150
225
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025
Recettes TVA nettes (axe de gauche)
Recettes théoriques de TVA selon croissance du PIB (axe de gauche)
Ecart cumulé (axe de droite)
-20%
-10%
+0%
+10%
+20%
+30%
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
France Allemagne Royaume-Uni Espagne Italie Pays-Bas
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Rapport
- 5 -
L’examen de l’élasticité des recettes de TVA par rapport au PIB souligne la spécificité
française depuis 2023 (cf. graphique 5). En 2024, l’élasticité en France est proche de zéro,
traduisant une quasi-absence de réponse des recettes à la croissance économique. Ce ratio est
nettement inférieur à ceux observés en Allemagne, en Espagne ou en Italie, qui sont proches
de l’unité.
Graphique 5 : Évolution des élasticités des recettes de TVA nettes au PIB entre 2015 et 2024
Sources : Eurostat, FMI.
1.3. En 2024, les recettes de TVA du commerce et de l’industrie-énergie (54 %
du total) enregistrent leur plus forte contraction en dix ans (-3,4 Md€)
Les recettes de TVA économique5 proviennent principalement de cinq secteurs
d’activité6 : le commerce (89 Md€ de recettes en 2024, soit 44 % du total), les activités
spécialisées (45 Md€, 22 % du total), l’industrie-énergie (21 Md€, 10 % du total),
l’information-communication (19 Md€, 9 % du total) et la construction (18 Md€, 9 % du
total).
Entre 2022 et 2023, la TVA économique a augmenté de +3,5 % (cf. graphique 6). Cette
progression est principalement portée par le commerce (+2,7 Md€) et l’industrie (+2,4 Md€).
Dans le commerce, la hausse est concentrée sur le sous-secteur du commerce et de la
réparation d’automobiles et de motocycles (+2,3 Md€), en lien avec une augmentation de 15 %
des immatriculations de voitures particulières par rapport à 2022. S’agissant de
l’industrie-énergie, l’augmentation observée est essentiellement imputable au sous-secteur de
la production et de la distribution d’énergie (+2,6 Md€), sous l’effet d’une forte hausse des prix
de l’énergie (+12,5 %), en particulier de l’électricité (+35 %).
Entre 2023 et 2024, la TVA économique progresse de +0,6 % (cf. graphique 6), à un
rythme sensiblement inférieur à celui observé l’année précédente. Cette progression est
soutenue par les activités spécialisées (+1,7 Md€), les activités immobilières (+1,2 Md€),
l’information-communication (+1,1 Md€) ainsi que la construction (+1,0 Md€). Elle est en
revanche freinée par les administrations publiques (-0,6 Md€), l’industrie-énergie (-1,7 Md€),
en particulier la production et la distribution d’énergie (-0,9 Md€), et le commerce (-1,7 Md€),
notamment le commerce de gros (-2,1 Md€) et le commerce de détail (-0,6 Md€).
La contraction des recettes de TVA dans l’industrie-énergie et le commerce en 2024
s’écarte des dynamiques observées sur les dix dernières années. Elle apparaît d’autant
plus singulière que, même en 2020, année caractérisée par la crise sanitaire, le recul enregistré
n’avait pas atteint une telle ampleur (-0,5 Md€ pour le commerce et -0,1 Md€ pour l’industrie).
Cette contraction est principalement due à un fort effet-prix de l’énergie ainsi qu’à des
difficultés relatives au commerce de gros, dont les ventes stagnent en volume mais diminuent
en prix (-1,6 %).
5 La TVA économique est un agrégat construit à partir des déclarations mensuelles de TVA (formulaires CA3), qui
retracent, pour chaque entreprise, les montants de taxe collectée et déductible.
6 Selon la Nomenclature statistique des Activités économiques dans la Communauté Européenne (NACE).
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1
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4
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
France Allemagne Royaume-Uni Espagne Italie Pays-Bas
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Rapport
- 6 -
Graphique 6 : Évolution de la TVA économique par secteur entre 2022 et 2024 (en Md€)
Source : Mission, d’après des données de la DGFiP. N.B. : Autres= Agriculture, sylviculture et
pêche + Construction + Information et communication + Activités financières et d'assurance + Activités
immobilières + Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale + Autres activités non
répertoriées dans les catégories précédentes. ; y.c. = y compris.
En 2025, le ralentissement se confirme pour les secteurs du commerce et de
l’industrie-énergie. En glissement annuel de janvier à juillet 2025, la TVA totale à payer recule
de 2,5 % sur le premier semestre de l’année 2025. La structure de la baisse est comparable à
celle observée entre 2023 et 2024. Les recettes provenant des secteurs du commerce de
gros (-1,6 %), du commerce de détail (-4,5 %) et de l’industrie manufacturière (-7,0 %) sont en
repli, tandis que les recettes issues des services demeurent en croissance.
1.4. L’assiette de la TVA, qui n’est pas observée et doit être modélisée, dépend
majoritairement de la demande des ménages, mais également de la
demande des entreprises et des administrations publiques
L’assiette de la TVA est contemporaine à l’impôt, n’est pas entièrement observable, ne
se réduit pas à la consommation des ménages et plusieurs taux et régimes coexistent :
l’assiette n’est pas entièrement observable. En effet, les entreprises déclarent les ventes
qu’elles réalisent par taux, mais ne fournissent pas le même niveau de granularité pour
leurs achats ouvrant droit à déduction, qu’elles déclarent de manière agrégée ;
l’assiette ne se réduit pas à la consommation des ménages et comprend également les
investissements des ménages, les investissements et consommations intermédiaires des
entreprises, les investissements, consommations intermédiaires et finales des
administrations publiques et les opérations des associations ;
plusieurs taux et régimes coexistent selon la nature des biens et services et le statut des
opérateurs (assujettis, non-assujettis). Des exonérations et dispositifs particuliers
peuvent également s’appliquer (régimes dérogatoires, taux réduits, franchise en base).
Ces caractéristiques rendent l’estimation de l’assiette de la TVA intrinsèquement
complexe et incertaine. Pour toutes ses analyses, la DG Trésor utilise donc un modèle qui
permet de calculer une TVA théorique nette en reconstituant l’assiette taxable à partir des
données de la comptabilité nationale (cf. encadré 1).
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Rapport
- 7 -
Encadré 1 : Le modèle TVA de la direction générale du Trésor
Le modèle d'estimation de la TVA théorique est un outil qui combine les données fiscales et
celles de la comptabilité nationale pour reconstituer les assiettes taxables à la TVA. Il permet
d’estimer la répartition des dépenses à l'origine des recettes de TVA par produit, par taux, par
composante de la demande et par type de consommateur.
La TVA théorique est calculée à partir des assiettes désagrégées de la demande qui génèrent des
recettes de TVA (consommation finale, consommation intermédiaire et formation brute de capital fixe)
issues de la comptabilité nationale, auxquelles sont appliquées la législation fiscale en vigueur. Le
calcul de la TVA théorique comprend deux étapes :
la première étape du modèle consiste à calculer la TVA « super-brute », qui correspond à la TVA
collectée par les entreprises avant application des droits à déduction, en appliquant les taux
de TVA légaux aux assiettes issues des comptes nationaux ;
la deuxième étape du modèle consiste à intégrer les droits à déduction afin de passer de la TVA
super-brute à une TVA nette théorique, en tenant compte de la nature de l’acheteur, de la nature
des biens et services échangés, et de la nature du vendeur.
Le bouclage du modèle permet d’estimer une TVA nette théorique cohérente avec la législation en
vigueur, qui reflète la charge fiscale effectivement supportée par les différents agents économiques.
L’écart entre la TVA théorique calculée par le biais du modèle à partir des données de consommation
et la TVA effective est appelé « écart de TVA ».
Initialement conçu pour contribuer à la construction des comptes nationaux et au calcul de la ressource
propre TVA de l’Union européenne, le modèle est également utilisé pour le chiffrage des mesures
fiscales et l’évaluation des dépenses fiscales. Plus généralement, il est utilisé comme un outil d’analyse
structurelle, et permet notamment de chiffrer le rendement du point de TVA. Enfin, l’estimation de
la TVA théorique est centrale dans le processus de prévision puisque l’évolution de la TVA est
modélisée à partir des contributions estimées des composantes de la demande assujetties à la
TVA.
Source : DG Trésor ; document de travail DG Trésor n° 2016-02, « Le modèle d’estimation de la TVA théorique ».
La TVA nette théorique calculée à l’aide du modèle peut être ventilée entre les
composantes de la demande qui entrent dans le champ de la TVA et sont susceptibles de
générer une recette de TVA nette (cf. graphique 7). Ces composantes de la demande sont
désignées, dans le vocabulaire économique, comme les « assiettes taxables » ou
« emplois taxables ».
Graphique 7 : Ventilation de la TVA nette théorique par composante de la demande en 2022
Source : « Analyse de la composition des recettes de TVA », Trésor-Eco n°371, septembre 2025.
La demande des ménages est de loin le principal moteur de la TVA nette, dont elle
génère plus des deux-tiers des recettes (65 %). La consommation finale des ménages
représente à elle seule plus de la moitié des recettes de TVA nette (56 % du total des recettes
de TVA nette contre 9 % pour l’investissement des ménages).
Consommation
intermédiaire
14,8 Md€
TVA théorique
212,3 Md€
Ménages
138,1 Md€
Administrations publiques
30,0 Md€
Entreprises
41,1 Md€
Associations
3,1 Md€
Consommation
finale
119,2 Md€
Investissement
18,9 Md€
Consommation
finale
2,1 Md€
Investissement
13,0 Md€
Consommation
intermédiaire
30,4 Md€
Investissement
10,7 Md€
65 % 1 % 14 % 19 %
49 % 86 % 14 % 7 % 44 % 74 % 26 %
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Rapport
- 8 -
Un tiers des recettes de la TVA résulte de la demande des entreprises (19 %) et des
administrations publiques (14 %).
Ces rémanences de TVA (i.e. la TVA qui reste à payer une fois pris en compte le droit à
déduction) traduisent le poids des activités exonérées ou partiellement exonérées (secteurs
financier, immobilier, santé, production publique), ainsi que des exclusions spécifiques du
droit à déduction.
La compréhension de l’évolution de la TVA nette, et a fortiori la prévision de ses recettes,
nécessitent en conséquence une analyse fine de l’évolution de chacune des composantes
de la demande assujetties à la TVA.
1.5. Le moindre dynamisme des composantes de la demande assujetties à la
TVA, en particulier la consommation et l’investissement, explique en partie
le ralentissement de la TVA
1.5.1. La consommation des ménages, premier moteur de la TVA nette, ralentit
nettement en volume et en valeur dans un contexte de maintien du taux
d’épargne à un niveau historiquement élevé
La consommation finale des ménages constitue la principale source de recettes de TVA,
représentant 56 % du produit total de la TVA théorique en 2022 (cf. 1.4).
Après un fort rattrapage post-crise porté par les volumes en 2021, la dynamique de dépense
de consommation des ménages a été soutenue à partir de 2022 essentiellement par
l’inflation (cf. graphique 8). Depuis 2024, le recul de l’inflation affecte la croissance en valeur,
tandis que les volumes progressent faiblement, traduisant un essoufflement de la demande
réelle des ménages.
Ce ralentissement s’inscrit dans un contexte de comportements de consommation plus
prudents, marqué par un niveau d’épargne durablement élevé. La part des dépenses
contraintes dans la consommation des ménages progresse fortement. En 2024, cette évolution
se caractérise par le poids déterminant du logement, qui contribue pour 20 Md€ à la croissance
de la consommation des ménages sur un total de 48 Md€, soit 42 %, un niveau inédit
depuis 2014. Les loyers, exonérés de TVA, en représentent 10 Md€.
En 2024, le taux d’épargne des ménages s’établit à 18,2 % du revenu disponible brut,
soit 3,6 points au-dessus de son niveau d’avant-crise, un niveau inédit depuis la fin des
années 1970. Cette situation, également observée dans d’autres pays de la zone euro, reflète à
la fois la reconstitution de l’épargne après le choc inflationniste, l’incertitude économique
persistante et les effets différés du resserrement des conditions financières.
Graphique 8 : Évolution de la dépense de consommation finale des ménages
Sources : Insee « La consommation des ménages en 2024 » (11 juin 2025) et note de conjoncture (17 décembre 2025).
+1,5%
+5,2% +3,2% +0,6% +1,0% +0,3%
+0,9%
+1,4% +4,9%
+7,0%
+2,2% +0,9%
+2,4%
+6,6%
+8,1% +7,6%
+3,2%
+1,2%
+0,0%
+5,0%
+10,0%
Moyenne annuelle
2015-2019
2021 2022 2023 2024 2025
Dépense de consommation (en volume) Prix de la dépense de consommation
Dépense de consommation (en valeur)
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Rapport
- 9 -
1.5.2. L’investissement a été atone dans un contexte de taux et d’incertitude élevés
La formation brute de capital fixe (FBCF) est à l’origine de 20 % de la TVA théorique
en 2022 (cf. 1.4) et constitue un déterminant important des rémanences de TVA,
principalement issues des investissements des ménages, des administrations publiques et des
sociétés non financières.
Après une contraction marquée en 2020, l’investissement a connu un fort rebond en 2021,
porté par l’ensemble des secteurs institutionnels (cf. graphique 9). Ce rattrapage conjoncturel
s’est rapidement essoufflé : la croissance de la FBCF a nettement ralenti dès 2022, avant de
devenir nulle en 2024, traduisant un affaiblissement progressif de la dynamique
d’investissement.
Cet essoufflement s’explique par un environnement macroéconomique moins favorable,
marqué par le durcissement rapide des conditions financières et un niveau élevé d’incertitude.
La hausse des taux d’intérêt a renchéri le coût du capital et pesé sur les décisions
d’investissement, en particulier pour les ménages, dont l’investissement résidentiel recule
nettement à partir de 2023. L’investissement des sociétés non financières, bien que plus
résilient, montre également des signes de ralentissement, tandis que celui des administrations
publiques joue un rôle de soutien.
Graphique 9 : Évolution de la FBCF par secteur institutionnel
Source : Insee, comptes nationaux, base 2020.
1.5.3. Les consommations intermédiaires ont stagné en 2024 (+0,1 %), tirées vers le
bas par l’industrie sous l’effet d’une baisse des prix de l’énergie
Les consommations intermédiaires sont à l’origine de 21 % des recettes de TVA
théorique en 2022 (cf. 1.4). Les consommations intermédiaires s’élèvent à 2 775 Md€
en 2024, en stagnation par rapport à 2023 (+0,1 %, cf. graphique 10). La stagnation des
consommations intermédiaires s’explique principalement par un effet prix défavorable lié au
recul des prix de l’énergie, et par un important mouvement de déstockage.
La stagnation observée s’accompagne d’une diminution des consommations
intermédiaires de l’industrie (-56 Md€ entre 2023 et 2024). Cette diminution provient de
la branche dédiée à la production et la distribution d’électricité, gaz, vapeur et air conditionné,
qui enregistre à elle seule une baisse de -31,7 Md€. Dans cette branche, la baisse est issue d’un
effet prix (-21,9 % sur la période). Le reste du repli est diffus et touche la plupart des branches
manufacturières. Quelques segments de l’industrie restent toutefois orientés à la hausse,
notamment l’industrie pharmaceutique et la réparation-installation de machines, qui
progressent malgré la tendance globale.
La stagnation des consommations intermédiaires peut être liée aux fortes variations de
stock, qui ont tiré la croissance vers le bas de 0,8 point en 2024. La valeur des stocks a
diminué de 18,3 Md€ entre 2023 et 2024. Les variations de stock n’ont pas eu une telle
influence négative sur la croissance du PIB depuis 2009.
+4,8 %
-4,6 %
+13,2 %
+5,8 % +3,5 % -0,0 %
-10,0 %
+0,0 %
+10,0 %
+20,0 %
Moyenne
2015-2019
2020 2021 2022 2023 2024
Sociétés non financières Administrations publiques Ménages Total FBCF
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Rapport
- 10 -
Graphique 10 : Évolution de la consommation intermédiaire par branche (en Md€)
Source : Insee, comptes nationaux, base 2020.
1.5.4. Le ralentissement des composantes de la demande assujetties à la TVA, tant en
volume qu’en valeur, n’explique que partiellement la moindre dynamique des
recettes de TVA
Le ralentissement des composantes de la demande assujetties à la TVA explique une
partie de la moindre dynamique de la TVA nette, mais ne permet pas d’en rendre compte
intégralement.
La TVA évoluait depuis 2014 de manière plus dynamique que la consommation finale des
ménages mais cette relation s’est inversée sur la période récente (cf. graphique 11). Cette
décorrélation apparente est particulièrement visible en 2024 : la consommation finale des
ménages est restée dynamique (+3,2 %), sans entraîner une progression comparable de
recettes de TVA, qui sont restées atones.
Graphique 11 : Comparaison de l’évolution des composantes de la demande assujetties
à la TVA et de la TVA nette, depuis 2014 (en % d’évolution annuelle)
Source : Mission, d’après les comptes nationaux, base 2020. N.B. : Les variations sont calculées sur la base des séries en
valeur.
L’écart entre l’évolution des composantes de la demande assujetties à la TVA et celle des
recettes de TVA s’accroît depuis 2022, reflétant une moindre sensibilité des recettes à
l’évolution de l’assiette. La mission a identifié plusieurs facteurs permettant d’expliquer
ce phénomène :
la structure de la consommation a évolué de manière défavorable au rendement de la
TVA accentuant l’écart entre la dynamique des composantes de la demande assujetties à
la TVA et celle des recettes ;
la progression des RCTVA a pesé sur l’évolution des recettes nettes au cours de la période
récente, indépendamment de la dynamique macroéconomique sous-jacente ;
875 899 915 965 1 008 1 053 992 1 108 1 279 1 337 1 389
644 634 634 688 714 719 613 729 946 895 849
1 903 1 915 1 933 2 051 2 137 2 201 2 018 2 308 2 743 2 772 2 775
0
1 000
2 000
3 000
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Services marchands Industrie Services non marchands Construction Agriculture
-10,0%
+0,0%
+10,0%
+20,0%
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Consommation des ménages FBCF
Consommation intermédiaire TVA nette en comptabilité nationale
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Rapport
- 11 -
le dynamisme des créations d’entreprises observé depuis 2022 n’a pas contribué à la
progression des recettes de TVA. Une part significative de ces nouvelles entreprises
relève du régime de la franchise en base et ne collecte donc pas de TVA, ce qui a pesé sur
la base taxable ;
enfin, la montée en charge rapide du e-commerce, en particulier sur les flux de faible
valeur importés de Chine, s’accompagne de risques accrus de fraude à la TVA,
susceptibles d’affecter négativement le rendement effectif de l’impôt.
Les effets de structure de la consommation sont analysés dans la partie
suivante (cf. 1.6), tandis que les trois autres facteurs (RCTVA, franchise en base et fraude
à la TVA dans le e-commerce de petits colis en provenance de Chine) qui ont un impact
à la fois sur l’évolution et les prévisions des recettes de TVA sont détaillés et étudiés
dans la partie 3.
1.6. La consommation des ménages s’est orientée davantage vers des biens et
services taxés à taux réduits, générant un effet de structure défavorable sur
la base taxable de la TVA
La dynamique de la base taxable de la TVA montre une évolution défavorable de la
demande, qui s’est orientée vers des produits taxés à taux intermédiaires et réduits.
En 2024, la base taxable de la TVA s’établit à 5 588 Md€, en diminution de 1,7 % par
rapport à 2023 (cf. graphique 12). Cette évolution s’explique principalement par le repli de la
base taxable soumise au taux normal en France métropolitaine. Celle-ci recule de 117 Md€
entre 2023 et 2024, tandis que les bases relevant des taux intermédiaire et réduit progressent
respectivement de 3 Md€ et de 17 Md€.
Cet effet de structure sur la base taxable s’est amorcé dès 2023 : la base soumise au taux
réduit de 5,5 % a augmenté de 109 Md€ par rapport à l’année précédente, tandis que la base
taxable au taux normal progressait plus modérément, de 57 Md€.
L’évolution de la structure des taux de la base taxable a ainsi un impact direct sur les
recettes de TVA. Si la progression des bases taxables soumises aux taux réduit et
intermédiaire entre 2023 et 2024 s’est traduit par une hausse du rendement de TVA super-
brute d’environ 1 Md€, le recul de la base taxable soumise au taux normal a eu un effet
nettement plus marqué, avec un impact négatif de 23 Md€.
L’analyse conjointe des approches sectorielle et structurelle montre que la progression de la
base taxable soumise au taux réduit entre 2023 et 2024 est principalement portée par les
sous-secteurs de la culture et de la production animale (+5,5 Md€), du commerce de
détail (+3,8 Md€), du commerce de gros (+3,7 Md€) et des industries alimentaires (+1,2 Md€).
En parallèle, la base taxable soumise au taux normal au sein de ces mêmes secteurs recule
de 36 Md€.
L’évolution défavorable de la base taxable à la TVA s’explique notamment par une nette
recomposition de la consommation des ménages, sous l’effet cumulé des chocs sanitaire
et inflationniste, ainsi que de l’incertitude économique.
Les effets de déformation de la demande sur la TVA ne peuvent être estimés avec précision
qu’avec retard (cf. 2.4.3), mais la mission a pu en identifier les principaux déterminants pour la
période 2023-2024 à partir de la structure de la consommation des ménages.
Depuis 2019, celle-ci s’est recomposée sous l’effet des chocs sanitaire et inflationniste, avec un
recul de la consommation de biens, majoritairement taxés au taux normal, au profit de services
plus fréquemment soumis à des taux réduits, intermédiaires ou exonérés. Cette évolution a
pesé défavorablement sur le rendement de la TVA et a été amplifiée par l’inflation, qui s’est
traduite par des arbitrages marqués sur les volumes et la nature des biens consommés.
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Rapport
- 12 -
Entre 2023 et 2024, la dynamique de la consommation en valeur est principalement portée par
des postes faiblement taxés ou exonérés, notamment les services non marchands, immobiliers,
financiers et d’assurance, ainsi que l’hébergement-restauration et les industries alimentaires.
À l’inverse, les postes relevant principalement du taux normal — biens industriels, véhicules,
construction ou produits énergétiques — présentent une dynamique atone, voire négative.
Cette recomposition de la consommation s’opère au détriment de la base taxable au taux
normal et contribue à une moindre élasticité des recettes de TVA à la croissance nominale de
la consommation finale.
Au-delà de la moindre dynamique des composantes de la demande assujetties à la TVA,
les recettes fiscales ont donc également pâti d’effets de structure de la consommation,
qui s’est orientée vers des produits à taux réduit.
Graphique 12 : Évolution de la base taxable de la TVA ventilée par taux
entre 2015 et 2024 (en Md€)
Source : Mission, d’après des données de la DGFiP. N.B. : Les taux normal, intermédiaire et réduit sont les taux pour
la France métropolitaine. L’augmentation du montant des autres taux en 2021 puis en 2022 est due à l’intégration des
données relatives aux produits pétroliers et aux importations par la DGFiP.
2 846 2 909 3 106 3 280 3 390 3 123 3 535 4 047 4 105 3 988
514 532 556 567 584 607
629
722 831 848
297 292 298 314 328 283
323
349 309 312
170 156 159 160 162 162
232
404 442 440
3 827 3 888 4 119 4 321 4 465 4 176
4 718
5 522 5 687 5 588
0
1 000
2 000
3 000
4 000
5 000
6 000
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Taux normal Taux réduit Taux intermédiaire Autres taux
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Rapport
- 13 -
2. Les écarts de prévision, qui se sont nettement accrus depuis la crise
sanitaire, illustrent la difficulté à anticiper l’évolution de l’assiette de
la TVA et font ressortir les limites du modèle de la DG Trésor
2.1. Les prévisions de recettes de TVA sont élaborées par la DG Trésor à partir
de la croissance prévisionnelle des composantes de la demande assujetties
à la TVA, des effets de composition de la demande et du chiffrage des
mesures nouvelles
Les prévisions de TVA nette inscrites dans les textes financiers sont préparées, à l’instar des
autres prévisions de prélèvements obligatoires, par la sous-direction des finances publiques
de la DG Trésor, avec le concours de la sous-direction du diagnostic et des prévisions.
La première étape consiste à estimer l’évolution de la TVA à partir de la croissance des
assiettes taxables :
les poids des composantes de la demande assujetties à la TVA dans la composition de
l’assiette de la TVA sont estimés par l’intermédiaire du modèle TVA (cf. 1.4) ;
l’évolution prévisionnelle de chacune de ces composantes est communiquée par la
sous-direction du diagnostic et des prévisions, responsable du scénario
macroéconomique d’ensemble ;
la prévision d’évolution de la TVA est ensuite calculée comme la somme des évolutions
prévisionnelles de ces composantes, pondérée par leurs poids dans la formation des
recettes de la TVA théorique estimés à partir du modèle.
Une deuxième étape consiste ensuite à intégrer à la prévision les effets anticipés de la
structure de la demande. Un « effet de structure » peut être intégré à la prévision afin de tenir
compte de l’évolution anticipée de la composition de l’assiette de la TVA. Toutefois, la prise en
compte des effets de structure est l’une des principales difficultés en prévision7.
Enfin, les effets des mesures nouvelles sont chiffrés par la direction de la législation
fiscale (DLF) avec l’appui de la DG Trésor et intégrés à la prévision.
La combinaison de la croissance des assiettes taxables, des effets de structure, des
mesures nouvelles et, le cas échéant, d’une cale8 permet d’obtenir la prévision de la TVA
nette utilisée pour le cadrage macroéconomique et budgétaire.
Pour assurer leur cohérence avec le reste des prévisions de finances publiques, les prévisions
de TVA sont élaborées en comptabilité nationale.
Une fois stabilisées, celles-ci sont déclinées en comptabilité budgétaire afin d’être intégrées
au PLF9. Cette déclinaison est réalisée conjointement par la DG Trésor, la DGFiP et la direction
du budget.
7 En pratique, les effets de structure ne sont intégrés en prévision qu’en cours d’exercice, à partir des comptes
nationaux trimestriels, et ne sont estimés finement qu’un an et demi après la clôture de l’exercice (cf. 2.4.3).
8 La « cale » désigne un ajustement exogène appliqué aux résultats du modèle de prévision, destiné à intégrer des
informations qui ne sont pas explicitement modélisées (cf. 2.4.2).
9 L’article 27 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1 er aout 2001 prévoit que le budget de l’État
est établi et exécuté en comptabilité budgétaire.
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Rapport
- 14 -
2.2. Depuis 2023, les prévisions intégrées aux projets de lois de finances ont
nettement surestimé les recettes de TVA, à hauteur de 9 Md€ par an en
moyenne, soit 4 % des recettes
2.2.1. Les prévisions de recettes fiscales sont entourées d’un haut niveau d’incertitude
depuis 2020 et ont été révisées substantiellement à la baisse depuis 2023
Les prévisions macroéconomiques et de finances publiques pour 2023 et 2024 ont été
élaborées dans un contexte de forte incertitude. L’environnement macroéconomique a été
marqué par une volatilité importante des prix de l’énergie, une inflation élevée et un
resserrement rapide et d’ampleur de la politique monétaire. L’invasion de l’Ukraine par
la Russie a été source de tensions sur les marchés de l’énergie et les chaînes
d’approvisionnement.
Les prévisions de recettes intégrées au PLF 2024 pour les principaux impôts ont été
substantiellement révisées à la baisse en PLF 2025. Les recettes pour 2024 ont été révisées
de -22,7 Md€ et celles pour 2025 ont été révisées de -42,1 Md€. La TVA n’est pas le seul impôt
concerné par des révisions à la baisse. L’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu ont
également connu des recettes nettement inférieures aux prévisions en 2023 et 2024.
2.2.2. Les écarts de prévision de TVA, qui jusqu’en 2019 ne dépassaient pas 2,0 % des
recettes, sont désormais supérieurs à 4,0 % des recettes nettes
Entre 2014 et 2019, les prévisions inscrites au PLF en comptabilité nationale ont en
moyenne légèrement sous-estimé les recettes de TVA de 0,3 Md€ (cf. graphique 13).
Les écarts ont été négatifs en 2014, 2015 et 2019 et positifs en 2016, 2017 et 2018. Ils sont
restés d’ampleur modérée, oscillant entre -1,5 % et +2,0 % des recettes nettes effectives.
Les prévisions apparaissent ainsi centrées, sans biais systématique à la hausse ou à la baisse.
Depuis 2020, les écarts de prévision ont été sensiblement plus marqués : l’écart
atteint -10,3 % en 2020, en raison de la crise sanitaire, puis +6,3 % en 2021 et +4,5 % en 2022.
Depuis 2023, les prévisions ont nettement surestimé les recettes de TVA, conduisant à
des écarts conséquents à la baisse : -8,2 Md€ en 2023, -11,2 Md€ en 2024, et -5,6 Md€
pour 2025. En 2024, sur 11,2 Md€ d’écart entre les recettes et les prévisions, 2,1 Md€
proviennent de la cale introduite par le Gouvernement (cf. 2.4.2).
Graphique 13 : Évolution des écarts entre la prévision de TVA nette en comptabilité nationale et
les recettes effectivement constatées (en Md€ et en % de la TVA nette)
Source : Mission, à partir des données de la DG Trésor. N.B. : L’écart de prévision a été calculé comme la différence entre
la prévision de TVA nette pour l’année N intégrée au PLF de l’année N et la dernière estimation publiée par l’Insee dans
le cadre des comptes nationaux (base 2020). Pour 2023 et 2024, les valeurs intègrent des corrections pas encore
publiées dans les comptes nationaux. Pour 2025, l’écart est calculé par rapport à la TVA du PLFG 2025.
-2,2 -0,2
0,5 3,3 2,5
-1,8
-16,7
11,8 9,0
-8,2 -11,2
-6,2
-12,0%
-8,0%
-4,0%
0,0%
4,0%
8,0%
12,0%
-20,0
-10,0
+0,0
+10,0
+20,0
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025
Ecart (en Md€) Ecart (% de la TVA nette, échelle de droite)
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Rapport
- 15 -
2.3. Depuis 2022, les écarts de prévision proviennent pour environ un tiers
d’hypothèses macroéconomiques trop optimistes et se propagent d’une
année sur l’autre
Les écarts de prévision10 résultent principalement du cumul de trois facteurs :
l’effet de reprise en base de l’année précédente, qui est la répercussion des écarts
entre la prévision et l’exécution de l’exercice antérieur. La méthode de prévision de la DG
Trésor consiste à prévoir la croissance de la TVA d’une année à l’autre. L’exercice de
prévision des recettes de TVA de l’année N+1 pour le PLF de l’année N+1 est réalisé à
l’automne de l’année N et la croissance est appliquée aux recettes N estimées à cette date.
La prévision pour N+1 reprend donc l’écart résiduel sur la prévision N à ce moment-là ;
l’écart sur l’environnement macroéconomique, qui correspond à l’écart sur la
prévision de croissance des composantes de la demande assujetties à la TVA ;
la croissance résiduelle, qui représente la variation inexpliquée par le modèle.
Trois autres effets, de second ordre par rapport aux précédents, peuvent être isolés :
l’écart sur l’effet de structure généralement non intégré au stade du PLF, l’effet du changement
de base opéré par l’Insee en mai 2024 et l’effet de correction des mesures nouvelles entre la
prévision de leur impact sur les recettes au moment du PLF et la révision de cet impact ex post.
La mission a décomposé l’écart de prévision entre ces facteurs, avec l’appui de la
DG Trésor qui a effectué les simulations nécessaires (cf. tableau 1) :
l’effet de reprise en base représente 40 %11 de l’écart de prévision en 2022, 48 %
en 2023, 18 % en 2024 et 3 % en 2025 (cf. 2.3.1) ;
l’écart sur l’environnement macroéconomique représente 39 % de l’écart de prévision
en 2022, 14 % en 2023, 39 % en 2024 et 26 % en 2025 (cf. 2.3.2).
Une fois l’effet de reprise en base corrigé et les sous-jacents macroéconomiques connus,
l’écart de prévision résiduel est (cf. 2.3.3) :
en 2023 de 2,5 Md€ sur 8,2 Md€ d’écart initial (soit 26 % de l’écart) et 206,1 Md€ de
recettes nettes (soit 1 % des recettes) ;
en 2024 de 4,2 Md€ sur 11,1 Md€ d’écart initial (soit 35 % de l’écart) et 207,8 Md€ de
recettes nettes (soit 2 % des recettes). Le Gouvernement ayant retenu, en prévision,
l’hypothèse d’une cale de +1,0 % (cf. 2.4.2), correspondant à 2,1 Md€ de recettes, une
partie de la croissance résiduelle constatée a posteriori vient en réalité corriger cette
hypothèse initiale. En d’autres termes, si une croissance résiduelle nulle avait été retenue
en prévision, la croissance résiduelle calculée a posteriori s’établirait à 2,1 Md€.
Par conséquent, en 2023 et 2024, environ deux-tiers de l’écart de prévision provient des
hypothèses macroéconomiques retenues et de la propagation des écarts. Le tiers
restant correspond à la croissance résiduelle.
À la date de la mission, les recettes de TVA nette en comptabilité nationale pour 2025 ne sont
pas stabilisées. La dernière prévision s’élève à 208,2 Md€ (PLFG 2025). Par rapport à la
prévision qui figure dans le PLF 2024, la croissance résiduelle s’élève à 2,9 Md€ sur 6,2 Md€
d’écart initial (soit 45 % de l’écart et 1 % des recettes).
10 Les écarts de prévision sont analysés à partir de la TVA en comptabilité nationale, qui constitue la base de
référence des prévisions et la sortie directe du modèle de la DG Trésor. Cette mesure, combinée aux simulations
réalisées avec le modèle, permet d’identifier et d’analyser a posteriori les principaux facteurs explicatifs des écarts
observés.
11 Dans le rapport, les contributions relatives de chaque effet à l’écart de prévision sont calculées en valeur absolue,
rapportées à la somme des amplitudes des effets identifiés, et non à l’écart net observé.
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Rapport
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Tableau 1 : Décomposition des écarts de prévision des recettes nettes de TVA entre 2022
et 2025 (en Md€)
Postes et effets 2022 2023 2024 2025
TVA intégrée au PLF 190,3 214,3 218,9 214,3
Reprise en base de l’année précédente +6,1 -4,6 -2,2 +0,2
Sous-jacents macroéconomiques +6,0 -1,3 -4,7 -1,7
Effets de structure -0,4 +0,7 +0,1 -0,5
Changement de base Insee -0,4 -0,4 -0,5 +0,0
Mesures nouvelles -0,9 +0,0 +0,4 -1,2
Croissance résiduelle -1,4 -2,5 -4,2 -2,9
Total des révisions +9,1 -8,2 -11,1 -6,2
TVA exécutée 199,4 206,1 207,8 208,2
Source : Mission à partir des simulations de la DG Trésor. N.B. : La TVA exécutée 2025 est la dernière prévision de
TVA (PLFG 2025).
2.3.1. Les écarts de prévision ont été amplifiés et se sont diffusés d’un exercice à l’autre
par un effet de reprise en base
Pour un compte de prévision donné, des corrections opérées tardivement sur l’année N
se transmettent mécaniquement aux exercices ultérieurs par un effet de reprise en base.
Les prévisions pour l’année N+1 sont construites à partir du niveau anticipé pour l’année N.
Toute révision de ce dernier modifie le point de départ de la prévision suivante,
indépendamment de l’évolution propre de l’année N+1. Ainsi, les écarts de prévision ne
restent pas cantonnés à un exercice donné mais se diffusent d’un horizon à l’autre.
Ce mécanisme a joué un rôle significatif sur la période récente, générant un écart de
prévision de +6,1 Md€ en 2022, -4,6 Md€ en 2023 et -2,2 Md€ en 2024 (cf. tableau 1),
soit 40 % de l’écart de prévision en 2022, 48 % en 2023 et 18 % en 2024.
Par exemple, à l’automne 2022, la prévision de TVA pour 2022 était encore surestimée
de +5,1 Md€, malgré les remontées comptables disponibles. Cette surestimation tardive
s’explique pour deux tiers par la dynamique non anticipée du RCTVA et pour un quart par une
hypothèse trop favorable sur l’effet de structure. Cet écart s’est automatiquement répercuté
sur la prévision de TVA pour 2023 retenue au PLF 2023 (cf. graphique 14).
Graphique 14 : Évolution de la prévision de TVA pour 2023 et de ses sous-jacents (en Md€)
Source : Mission, à partir des données communiquées par la DG Trésor.
De même, à l’automne 2023, la prévision de TVA pour 2023 était surestimée
de +2,6 Md€. La surestimation tardive des recettes de TVA pour 2023 s’explique par un effet
de reprise en base persistant provenant de 2022 et par une surestimation des assiettes
taxables. Cet écart s’est répercuté sur la prévision de TVA pour 2024 (cf. graphique 15). Ainsi,
la surestimation des recettes en 2022 a eu des répercussions sur les
prévisions 2023 et 2024.
+4,9% +6,0% +5,8% +5,0% +4,1% +4,4% +3,4% +2,4% +2,8% +3,4%
204,5 203,6 200,7 200,7 200,7 200,7 200,2 199,4 199,4 199,4
214,3 215,4 212,1 210,5 208,7 209,3 206,8 205,0 205,0 206,0
+0,0%
+5,0%
+10,0%
+15,0%
+20,0%
190,0
200,0
210,0
220,0
PLF 2023 BEH
2023
PSTAB
2023
BEE
2023
PLF 2024 PLFG
2023
BEH
2024
PSTAB
2024
BEE
2024
PLF 2025
Croissance spontanée 2023 Prévision TVA 2022 Prévision TVA 2023
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Rapport
- 17 -
Graphique 15 : Évolution de la prévision de TVA pour 2024 et de ses sous-jacents (en Md€)
Source : Mission, à partir des données communiquées par la DG Trésor.
2.3.2. L’écart provenant des hypothèses macroéconomiques sous-jacentes
représente 39 % de l’écart total en 2024 en raison de la croissance de la
demande intérieure plus faible et de la désinflation plus rapide que prévues
À chaque nouvel exercice de prévision, le scénario macroéconomique est actualisé par la
sous-direction du diagnostic et des prévisions de la DG Trésor, qui élabore ses prévisions
principalement à partir du modèle Opale12. Chaque composante de la demande assujettie à la
TVA faisant elle-même l’objet d’une prévision, une part significative des écarts de prévision
est expliquée par l’incertitude entourant ces scénarios macroéconomiques.
Les composantes utiles à la prévision de TVA ne sont pas toutes modélisées avec la
même précision (cf. graphique 16). L’analyse de l’écart absolu moyen sur les exercices 2022,
2023 et 2024 montre ainsi que certaines composantes sont mieux appréhendées que d’autres :
la consommation finale des ménages, qui représente plus de la moitié des recettes
théoriques de TVA, est la composante la plus précisément estimée ;
les écarts de prévisions ont été relativement importants s’agissant de la FBCF, et en
particulier de la FBCF des ménages, qui a été fortement surévaluée en 2023 et en 2024 ;
les consommations intermédiaires sont les composantes de la demande pour lesquelles
les écarts entre le scénario macroéconomique et le réalisé ont été les plus importants.
Graphique 16 : Écarts moyens de prévision par composante de la demande assujettie à la TVA,
calculés en valeur absolue, entre 2022 et 2024 (en points)
Source : Mission, à partir des données communiquées par la DG Trésor. Légende : Consommation des ménages (CM) ;
consommation finale des APU (CF APU) ; formation brute de capital fixe (FBCF) ; institutions sans but lucratif au
service des ménages (IBSLM) ; sociétés non financières et entrepreneurs individuels (SNFEI) ; consommations
intermédiaires (CI) ; branches marchandes (BM) ; branches non marchandes (BNM). N.B. : Les évolutions présentées
diffèrent des données publiées par l’Insee dans le cadre de la comptabilité nationale car elles ont été retraitées des effets
des services d’intermédiation financière indirectement mesurés (SIFIM) qui ne sont pas assujettis à la TVA.
12 Le modèle Opale est utilisé par la DG Trésor afin de réaliser des prévisions macroéconomiques sur l’économie
française à l’horizon d’un à deux ans.
+4,8% +3,9% +3,6% +3,1% +0,8% -0,1% +0,2% +0,2% +0,9%
208,7 206,8 205,0 205,0 206,0 206,0 206,1 206,1 206,1
218,9 215,6 212,3 211,4 207,6 205,7 206,3 206,3 207,7
-5,0%
+0,0%
+5,0%
+10,0%
+15,0%
+20,0%
180,0
190,0
200,0
210,0
220,0
230,0
PLF 2024 BEH 2024 PSTAB
2024
BEE 2024 PLF 2025 BEH 2025 PSTAB
2025
BEE 2025 PLF 2026
Croissance spontanée 2024 Prévision TVA 2023 Prévision TVA 2024
0,7
2,5
4,7 4,2 3,2 2,9
7,7
5,1
0,0
2,0
4,0
6,0
8,0
10,0
CM CF APU FBCF
Ménages
FBCF APU FBCF
ISBLSM
FBCF SNFEI CI BM CI BNM
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Rapport
- 18 -
Sur la période 2022-2025, la part de l’écart de prévision liée aux écarts sur les
sous-jacents macroéconomiques (cf. graphique 17) s’est élevée à 39 % en 2022, 14 %
en 2023, 39 % en 2024 et 26 % en 2025 (à date, selon la prévision du PLFG 2025) :
en 2022, la croissance des composantes de la demande assujetties à la TVA a été
sous-estimée de 3,3 points en raison d’une sous-estimation importante de l’évolution des
consommations intermédiaires dans les branches marchandes et non marchandes ;
en 2023, elle a été surestimée de 0,7 point en raison d’une surestimation de la FBCF des
ménages (0,7 point) et des consommations intermédiaires dans les branches
marchandes (0,7 point) et d’une sous-estimation de la FBCF des APU (0,4 point) et des
consommations intermédiaires des branches non marchandes (0,4 point) ;
en 2024, elle a été surestimée de 1,9 point en raison d’une surestimation de la
consommation des ménages (à hauteur de 0,8 point), des consommations
intermédiaires (0,6 point) et de la FBCF des ménages (0,5 point).
Graphique 17 : Comparaison entre le taux de croissance prévisionnel des composantes de la
demande assujetties à la TVA intégré en PLF et le taux effectif constaté entre 2022 et 2025
Source : DG Trésor. N.B. : Pour 2025, la croissance des composantes de la demande assujetties à la TVA réalisée
correspond à la prévision actualisée du PLF 2026.
En 2024 – exercice pour lequel l’écart de prévision des composantes de la demande assujetties
à la TVA et son impact sur l’écart de prévision des recettes de TVA sont les plus significatifs – la
croissance de la demande intérieure plus faible qu’attendue et la désinflation plus
rapide que prévue expliquent la révision à la baisse de la prévision de croissance de
l’assiette taxable de la TVA :
le Gouvernement avait prévu une croissance de +1,4 %, que le Haut Conseil des finances
publiques (HCFP) avait jugé13 « élevée » car « supérieure à celles du consensus des
économistes (+0,8 %) », et qui s’est finalement située à +1,2 % ;
le Gouvernement avait prévu une consommation finale des ménages en croissance
de +1,8 % en volume, « supérieure à celle retenue par les autres prévisionnistes
auditionnés » selon le HCFP, et qui s’est finalement élevée à +1,0 % ;
le Gouvernement avait prévu une inflation de +2,6 %, que le HCFP avait jugé « plausible »
avec un « risque de dépassement », et qui s’est finalement élevée à +2,0 %.
13 Avis n° HCFP – 2023 – 8, relatif aux projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour
l’année 2024, en date du 22 septembre 2023.
+5,9% +4,9% +3,8% +2,7%
+9,2%
+4,2%
+1,9% +1,7%
+3,3%
-0,7% -1,9% -1,0%
-5,0%
+0,0%
+5,0%
+10,0%
2022 2023 2024 2025
Prévision PLF Réalisée Ecart
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Rapport
- 19 -
2.3.3. Depuis 2022, la croissance résiduelle, correspondant à la part inexpliquée de
l’évolution des recettes, s’accroît et atteint près de la moitié de l’écart de
prévision en 2025
Analysée a posteriori, lorsque les sous-jacents macroéconomiques et les effets de structure
sont connus et réintégrés au modèle de la DG Trésor, la croissance résiduelle représente la
variation des recettes de TVA inexpliquée par le modèle. Elle correspond à l’écart entre la
croissance spontanée des recettes de TVA nette et la croissance prévue par le modèle.
Depuis 2020, la décomposition de la croissance spontanée de la TVA montre la
persistance d’une croissance résiduelle chaque année (cf. graphique 18) :
entre 2012 et 2019, les recettes de TVA ont connu une évolution très proche, même si
légèrement plus dynamique, que celle des assiettes taxables (croissance résiduelle
de +0,3 % en moyenne) ;
en 2020 et 2021, la croissance spontanée des recettes est supérieure à la croissance des
assiettes taxables avec une croissance résiduelle de respectivement +1,2 % et +4,4 % ;
depuis 2022, la croissance spontanée des recettes est inférieure à la croissance des
assiettes taxables : la croissance résiduelle s’est établie à -2,3 % en 2022, -1,3 %
en 2023, -1,0 % en 2024 et -1,1 % en 2025 (à date, selon la prévision du PLFG 2025).
Graphique 18 : Décomposition de la croissance spontanée de la TVA depuis 2012
Source : DG Trésor. Note de lecture : Les chiffres pour 2025 et 2026 correspondent aux prévisions retenues en PLF 2026.
Depuis 2022, la part inexpliquée de l’écart de prévision s’accroît (cf. tableau 2) : la
croissance résiduelle représentait 9 % de l’écart de prévision en 2022, 26 % en 2023, 35 %
en 202414 et atteindrait 45 % en 2025 (à date, selon la prévision du PLFG 2025).
Tableau 2 : Part de la croissance résiduelle dans l’écart de prévision depuis 2022
Postes et effets 2022 2023 2024 2025
TVA du PLF (en Md€) 190,3 214,3 218,9 214,3
TVA exécutée (en Md€) 199,4 206,1 207,8 208,2
Total des révisions (en Md€) +9,1 -8,2 -11,1 -6,2
Croissance résiduelle (en Md€) -1,4 -2,5 -4,2 -2,9
Part de la croissance résiduelle dans le
total des révisions (%, en valeur absolue) 9 % 26 % 35 % 45 %
Source : Mission, à partir des simulations de la DG Trésor. N.B. La TVA exécutée 2025 est la dernière prévision de
TVA (PLFG 2025).
14 La croissance résiduelle pour 2024, calculée a posteriori, aurait représenté 21 % de l’écart de prévision si
le Gouvernement n’avait pas retenu l’hypothèse d’une cale positive en prévision (cf. 2.4.2).
-0,1% +1,4% -1,2% +1,7%+1,9%+4,8%+3,5%+3,7%
-6,9%
+14,3%
+7,5%
+3,4%+0,9%+0,3%+2,0%
-10,0%
-5,0%
+0,0%
+5,0%
+10,0%
+15,0%
+20,0%
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026
Croissance des assiettes taxables Effets de structure
Croissance résiduelle Croissance spontanée de la TVA nette
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Rapport
- 20 -
2.4. La baisse croissante et notable du pouvoir explicatif du modèle de prévision
des recettes de TVA interroge sa robustesse et conduit le Gouvernement à
introduire des « cales »
2.4.1. Les écarts de prévision interrogent la capacité du modèle à rendre compte de la
dynamique effective des recettes de TVA dans le contexte économique récent
Les écarts observés entre les recettes prévues et réalisées se sont accrus au fil du temps et
laissent subsister, a posteriori, une croissance résiduelle non nulle et, depuis 2022, négative.
Cette part inexpliquée représente désormais une part significative de l’écart de prévision.
En conséquence, le modèle ne permet pas d’expliquer de manière satisfaisante la
dynamique effective des recettes et les écarts de prévisions sur les exercices récents,
qu’ils soient positifs ou négatifs.
Ces limites tiennent en partie à la vocation initiale de l’outil. Le modèle n’a pas été conçu
comme un instrument de prévision mais comme un dispositif de calcul de la contribution
française aux ressources propres de l’Union européenne.
Le modèle de la DG Trésor repose sur une architecture ancienne, élaborée il y a plus de
dix ans, visant à reconstituer une TVA théorique à partir d’éléments non directement
observables, en particulier les assiettes taxables, et leur contribution aux recettes. S’il n’est pas
acquis qu’un modèle plus sophistiqué produirait nécessairement de meilleures prévisions,
l’écart croissant entre la complexité du système de TVA et les hypothèses simplificatrices
retenues constitue un facteur de fragilisation.
Il n’a pas fait l’objet d’améliorations continues : en pratique, seules les modifications de
taux y sont intégrées. Plusieurs dimensions importantes de la TVA en sont absentes,
notamment la dynamique des RCTVA (cf. 3.1) et le régime de la franchise en base
de TVA (cf. 3.3), ce qui réduit sa capacité explicative.
Les modalités de prévision introduisent un effet de latence. Par construction, la prévision
prolonge les écarts antérieurs par un effet de reprise en base (cf. 2.3.1). De surcroît, les effets
de structure ne sont corrigés qu’avec un décalage important (cf. 2.4.3). Ce double décalage
contribue à fragiliser la prévision et à en limiter la réactivité face aux évolutions récentes.
Enfin, la succession de chocs macroéconomiques d’ampleur sur la période récente (crise
sanitaire, inflation, tensions sur l’énergie) a accru la volatilité des bases taxables et
rendu plus difficile l’exercice de prévision dans ce cadre.
2.4.2. Face à la baisse du pouvoir explicatif du modèle, le Gouvernement a introduit des
« cales » dès le stade des prévisions du PLF pour les recettes de TVA 2024 et 2026
La dégradation du pouvoir explicatif du modèle de prévision de la TVA a conduit le
Gouvernement à ajuster les prévisions de recettes en introduisant des cales, qui jouent un
rôle de variable de bouclage lorsque le modèle peine à rendre compte de la dynamique
observée des recettes.
Pour les recettes de TVA 2023, le scénario de prévision retenu pour le PLF 2023 ne
comportait pas de cale. Une cale négative a été intégrée en fin d’année, pour le PLF 2024,
traduisant des recettes de TVA jugées décevantes au regard des fondamentaux
macroéconomiques. Cette hypothèse revenait à acter un décrochage des recettes par rapport
à la base taxable théorique issue du modèle, et expliquait une part significative de la révision à
la baisse des prévisions de TVA.
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Rapport
- 21 -
En contrepartie, dans le PLF 2024, le Gouvernement a introduit une hypothèse explicite
de rebond des recettes de TVA en 2024, matérialisée par une cale positive de +1,0 %
s’ajoutant à l’hypothèse de croissance des assiettes taxables de +3,8 %. Selon le HCFP, il
s’agissait d’une « hypothèse optimiste de correction partielle de l’écart de sens inverse apparu
en 2023. L’élasticité inférieure à 1 de la TVA à sa base taxable en 2023, intervenant après
plusieurs années d’élasticité au contraire supérieure à 1, ne justifie en effet pas nécessairement
un rattrapage en 2024 »15. Finalement, la croissance des assiettes taxables s’est établie
à +1,9 % et la croissance résiduelle à -1,0 %. Par conséquent, la prise en compte d’une cale
de +1,0 % dès le stade de la prévision a augmenté l’écart de prévision qui portait déjà sur
l’évolution des assiettes taxables.
Pour 2025, aucune cale n’a été intégrée au stade du PLF. La cale n’a été introduite qu’en
tout début d’exercice, dans le cadre du budget économique d’hiver, à hauteur de -1,0 %.
Pour 2026, dans le cadre du PLF, une cale de -0,5 % a été retenue. L’introduction d’une
cale négative pour la prévision de recettes 2026 illustre une prudence accrue dans la
construction initiale de la prévision compte tenu des écarts constatés sur les derniers exercices
et confirme le recours récurrent à des ajustements exogènes pour compenser les limites
du modèle face à l’évolution récente des recettes de TVA.
Par conséquent, les écarts entre les prévisions du PLF et les recettes (cf. 2.2 et 2.3) sont
imputables, en 2023 et en 2025, à la modélisation, tandis qu’en 2024 l’hypothèse d’une
cale positive retenue par le Gouvernement au stade du PLF a amplifié l’écart de
modélisation.
2.4.3. Les déformations structurelles de la demande, qui sont mesurées un an et demi
après la fin de l’exercice, doivent être mieux appréhendées
Dans le cadre du modèle de TVA, l’effet de structure désigne la part de l’évolution des
recettes qui provient d’une modification de la composition des assiettes taxables, pour
un niveau de demande donné. Il traduit les changements dans la répartition des dépenses
entre produits, composantes de la demande et agents économiques soumis à des taux de TVA
différents ou à des règles de déductibilité distinctes. En effet, la composition de la croissance
influence directement le rendement spontané de la TVA, à niveau donné d’assiettes taxables.
Les effets de structure constituent une composante incertaine de la prévision
de TVA : ils sont par construction résiduels, très sensibles aux hypothèses de composition et
fortement exposés aux chocs conjoncturels, ce qui limite fortement leur robustesse ex ante.
La comparaison des effets de structure selon le stade de la prévision met en évidence la
forte instabilité ex ante de cette composante et les limites de son intégration dans
l’exercice de prévision (cf. tableau 3). En raison de leur forte incertitude, les effets de
structure ne sont généralement pas intégrés dès le PLF de l’année N. Les estimations sont
affinées en cours d’exercice, puis après la clôture de l’exercice concerné.
Tableau 3 : Comparaison des effets de structure intégrés en PLF pour N, en PSTAB N+1 et
stabilisés en relecture (en %)
Effets de structure 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Prévision en PLF N 0,0 0,0 -0,1 0,0 -0,1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0
Prévision en PSTAB N+1 -0,5 -0,2 -0,1 +1,8 +0,2 0,0 -1,7 +1,7 +0,6 -0,2
Effet stabilisé en relecture -0,3 -0,2 +0,0 +1,1 -0,2 +0,4 -1,7 +0,6 +0,7 +0,4
Source : DG Trésor.
15 Avis n° HCFP – 2023 – 8, relatif aux projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour
l’année 2024, en date du 22 septembre 2023.
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Rapport
- 22 -
Les effets de structure ne sont estimés finement qu’un an et demi après la clôture de
l’exercice d’intérêt. Pour les calculer, les prévisionnistes s’appuient en effet sur la TVA
théorique, qui ne peut elle-même être reconstituée qu’après la communication par l’Insee des
assiettes désagrégées de la demande à un niveau très fin. Ces éléments figurent dans les
comptes nationaux semi-définitifs communiqués au printemps N+2.
Même a posteriori, les effets de structure estimés restent d’ampleur limitée et sont
parfois difficiles à interpréter : en 2023, la recomposition de la demande aurait par exemple
joué positivement sur les recettes de la TVA, à hauteur de +0,4 %. Pourtant, en 2023, la part de
la base taxable au taux normal s’est réduite dans le total (cf. 1.6). Une fois intégrée la
recomposition de la TVA déductible, l’effet de structure observé en 2023 conduit à accroître la
part de la croissance résiduelle non expliquée par le modèle, alors même qu’il aurait pu être
attendu qu’il en éclaire une fraction.
Au regard des chocs économiques et de la croissance résiduelle observée depuis 2021,
l’ampleur limitée et le sens des effets de structure estimés interrogent quant à la
capacité du modèle TVA à les mesurer correctement.
Une part de la croissance résiduelle pourrait donc comprendre des effets de structure
non captés par le modèle TVA.
Afin de mesurer les effets de structure plus rapidement, la mission recommande
d’approfondir les pistes suivantes :
tirer pleinement parti des données de l’Insee : l’Insee publie, dès les comptes
provisoires, les assiettes désagrégées de la consommation finale des ménages en 88
produits. Ces données, qui ne sont pas exploitées, pourraient permettre de calculer
un effet de structure dès le printemps N+1 ;
mieux exploiter en prévision les déclarations CA3 qui constituent une source de
données contemporaine très riche. Bien que peu exploitables pour la décomposition
fine par taux et par produit, ces données contiennent une information précoce sur
la dynamique relative des secteurs et sur la formation des crédits de TVA.
Une exploitation plus systématique, à un niveau sectoriel fin, pourrait fournir
des signaux avancés sur les déformations de l’assiette, en particulier lors
de retournements conjoncturels ou de chocs sectoriels ;
intégrer des indicateurs de consommation et d’activité à haute fréquence :
les données de transactions par carte bancaire, les indices de prix par poste
de consommation, ou encore les statistiques de volumes issus des plateformes
de paiement ou de la grande distribution peuvent fournir un signal utile sur l’orientation
de la structure de la consommation, même si leur représentativité et leur couverture
sectorielle doivent être soigneusement évaluées ;
recourir davantage à des indicateurs sectoriels avancés pour l’investissement et
les consommations intermédiaires. Les données sur les immatriculations de
véhicules, les mises en chantier, les permis de construire, ou bien encore sur les
importations de biens intermédiaires ou d’équipements pourraient notamment être
utilisées pour mieux anticiper la composition des consommations intermédiaires et des
investissements.
Proposition n° 1 : Expertiser la possibilité d’exploiter des données haute fréquence et
des indicateurs de conjoncture avancés afin de réduire la latence du modèle et de mieux
capter les évolutions structurelles de l’assiette de la TVA [DG Trésor à partir de données
DGFiP et Insee].
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Rapport
- 23 -
2.4.4. La transparence des prévisions doit également encore être améliorée pour
faciliter les évaluations externes et améliorer leur crédibilité
Les administrations publient régulièrement des analyses relatives aux finances publiques et à
la TVA. Par exemple, la DG Trésor a publié un « Retour sur les prévisions de finances publiques
pour les années 2023 et 2024 » et la DGFiP a diffusé des éléments sectoriels sur l’évolution des
recettes en 2024. En revanche, aucune publication ne vise spécifiquement à expliquer
précisément l’évolution des déterminants macroéconomiques des recettes de TVA ni les écarts
avec les prévisions.
Proposition n° 2 : Produire une publication dédiée présentant chaque année les
évolutions des recettes de TVA et l’analyse des écarts entre prévisions et exécution,
fondée sur une exploitation sectorielle approfondie des données déclaratives CA3 et sur
l’examen de l’évolution de leurs déterminants macroéconomiques [DG Trésor et DGFiP].
La documentation publique sur les hypothèses, les modèles et les arbitrages opérés par
la DG Trésor dans le champ des prélèvements obligatoires reste limitée. À titre de
comparaison, au Royaume-Uni, l’Office for Budget Responsibility détaille sur son site internet
les méthodes et données utilisées pour ses prévisions de prélèvements obligatoires16.
Ce retard en matière de transparence réduit les capacités externes de relecture des prévisions,
et réduit leur crédibilité. Les travaux de l’OCDE montrent que la possibilité de répliquer les
exercices, constitue un levier essentiel d’apprentissage et d’amélioration des outils. À l’inverse,
une faible transparence fige les pratiques et limite l’identification des biais récurrents17.
Proposition n° 3 : Compléter les voies et moyens annexées aux projets de lois de
finances en y incluant le détail explicite des hypothèses sous-jacentes en
prévision (croissance des assiettes taxables, effets de structure, croissance résiduelle,
croissance spontanée, mesures nouvelles et TVA nette en comptabilité nationale) ainsi
que les dernières estimations disponibles pour les trois derniers exercices [DG Trésor].
2.5. En 2023 et 2024, plusieurs pays européens ont connu des écarts de
prévision de recettes de TVA
En 2023, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont enregistré des recettes de TVA supérieures aux
prévisions budgétaires, contrairement à l'Espagne et aux Pays-Bas qui ont affiché des résultats
en deçà des objectifs initiaux (cf. tableau 4).
En 2024, cette tendance s'est inversée pour l'Allemagne, désormais en retrait par rapport à ses
prévisions, tout comme les Pays-Bas, tandis que le Royaume-Uni a maintenu un écart positif et
que l'Espagne n'a pas actualisé ses données faute de nouvelle loi de finances.
Tableau 4 : Comparaison entre prévisions et recettes nettes de TVA en Allemagne, au Royaume-
Uni et en Espagne
Pays 2023 2024
Prévision N-1 Recettes Écart Prévision N-1 Recettes Écart
Allemagne 283,5 Md€ 291,5 Md€ +8,0 Md€ 311,4 Md€ 298,8 Md€ -12,6 Md€
Royaume-Uni 154,2 Md£ 162,1 Md£ +7,9 Md£ 162,2 Md£ 168,9 Md£ +6,7 Md£
Espagne 86,1 Md€ 83,9 Md€ -2,2 Md€ N.D. N.D. N.D.
Pays-Bas 77,7 Md€ 76,0 Md€ -1,7 Md€ 79,4 Md€ 78,5 Md€ -0,9 Md€
Source : Mission, d’après des données issues des ministères de l’économie des pays présentés. N.B. : Pour le Royaume-Uni,
la période budgétaire diffère et est comprise entre le 1 er avril N et le 31 mars N+1. Légende : N.D.=Non disponible.
16 Pour la TVA : https://obr.uk/forecasts-in-depth/tax-by-tax-spend-by-spend/vat/
17 « OECD Good Practices for Performance Budgeting », OCDE, 2019.
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Rapport
- 24 -
3. Les RCTVA, la fraude à la TVA liée au e-commerce de petits colis en
provenance de Chine et la franchise en base sont trois facteurs
dynamiques qui contribuent à l’écart de prévision
Il n’est ni possible ni pertinent de chercher à reconstituer de manière exacte la
croissance résiduelle. Par construction, le modèle vise à représenter une dynamique
macroéconomique à un niveau agrégé au moyen d’hypothèses simplificatrices nécessaires à
l’exercice de prévision. L’écart à la réalité agrège à la fois des chocs conjoncturels, des
comportements microéconomiques et des phénomènes non observables ou imparfaitement
mesurés (par exemple les effets de structure, cf. 2.4.3). L’écart observé entre les prévisions
issues du modèle et les recettes effectivement constatées ne peut donc être isolé exactement
facteur par facteur sans risquer de donner une fausse impression de réalité et de précision.
La mission a en revanche retenu une approche consistant à identifier et analyser des
facteurs dont il est établi qu’ils ne sont pas, ou seulement très partiellement, pris en
compte par le modèle, et qui sont dynamiques. En effet, le modèle reposant sur une logique
de croissance d’une année sur l’autre, des facteurs stables dans le temps n’affectent pas la
qualité de la prévision. En revanche, des ruptures de tendance sont de nature à dégrader la
capacité prédictive du modèle et justifient un focus spécifique.
Trois facteurs ont ainsi été identifiés et examinés :
la dynamique des remboursements de crédit de TVA (cf. 3.1) ;
la fraude dans le e-commerce de petits colis (cf. 3.2) ;
la montée en charge de la franchise en base (cf. 3.3).
S’agissant de la fraude, l’analyse s’est attachée à identifier des phénomènes susceptibles
de générer des chocs, et non un niveau structurel constant, parmi lesquels figure la fraude
liée au e-commerce de petits colis en provenance de Chine.
De manière plus large, la DGFiP a produit en septembre 2024 une analyse du manque à
gagner de TVA en France imputable à la sous-déclaration des entreprises, réalisée à partir
d’une extrapolation des taux d’irrégularités détectées lors des contrôles de la DGFiP18.
Ce manque à gagner serait stable sur dix ans et compris entre 6 et 10 Md€ par an. Selon
la DGFiP, cette estimation est un minorant car elle n’inclut ni les entreprises ne déclarant pas
de TVA, ni les potentielles irrégularités qui ne seraient pas détectées par les contrôles fiscaux.
3.1. La dynamique des RCTVA contribue à la part inexpliquée de l’écart de
prévision à hauteur de 1,6 Md€ en 2024 et accentue la tension entre enjeux
de fluidité et de contrôle
3.1.1. La prise en compte de la dynamique des RCTVA conduirait à accroître la part
inexpliquée de l’écart de prévision des recettes de TVA de 0,4 Md€ en 2023 et à
la réduire de 1,6 Md€ en 2024
Les opérations d’achat réalisées par un assujetti ouvrent droit à déduction de la TVA acquittée,
tandis que les opérations de vente génèrent de la TVA collectée. La différence entre la TVA
collectée et la TVA déductible détermine, selon les cas, soit une TVA à reverser à l’État lorsque
la TVA collectée excède la TVA déductible, soit un crédit de TVA dans la situation inverse.
18 DGFiP Analyses, septembre 2024, n° 07, « Le manque à gagner de TVA en France ».
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Rapport
- 25 -
Les crédits de TVA ainsi formés peuvent, au choix de l’assujetti, soit faire l’objet d’une
demande de remboursement, soit être reportés en augmentant la TVA déductible de la
période fiscale suivante.
Les crédits disponibles, qui peuvent être demandés en remboursement, correspondent à la
somme des crédits formés et des crédits reportés depuis la période précédente.
Les demandes de remboursement constituent un élément important de la composition des
recettes nettes de TVA (cf. tableau 5). En 2024, elles s’élevaient à 75,9 Md€ en comptabilité
nationale, soit 27 % des recettes de TVA brute.
Tableau 5 : Évolution de la TVA brute et des RCTVA en comptabilité nationale (en Md€)
Poste 2019 2020 2021 2022 2023 2024
TVA brute 220,0 214,1 234,6 273,4 286,3 285,0
RCTVA ordonnancés 57,7 58,9 62,2 70,0 74,7 75,9
Source : Données CA3 et Rebeca (DGFiP). Calculs : IGF pôle Science des données.
La dynamique des remboursements de crédit de TVA n’est pas prise en compte par le
modèle de la DG Trésor. En effet, le modèle repose implicitement sur l’hypothèse selon
laquelle les crédits de TVA formés au cours d’une année sont intégralement demandés et
remboursés sur le même exercice. Entre 2015 et 2024, cette hypothèse ne s’est jamais vérifiée,
les crédits formés étant systématiquement supérieurs aux crédits consommés. La prévision de
la DG Trésor étant une prévision de croissance entre les recettes de TVA d’une année et celle
de l’année suivante, cet écart n’affecterait pas la qualité de la prévision s’il restait constant.
En revanche, toute évolution différenciée des crédits de TVA formés et des RCTVA n’est
pas captée par le modèle, et contribue donc à la part inexpliquée de l’écart de prévision.
En 2023, les crédits de TVA formés ont progressé de 7,2 %, tandis que les RCTVA effectifs ont
augmenté de 6,7 % (cf. graphique 19). En 2024, les RCTVA effectifs ont crû de 1,6 %, alors que
les crédits formés ont diminué de 0,5 %.
Graphique 19 : Évolution annuelle des crédits formés, demandés et remboursés depuis 2016, en
comptabilité nationale (en % d’évolution annuelle)
Source : Données CA3 et Rebeca (DGFiP). Calculs : IGF pôle Science des données.
La prise en compte de ces évolutions dans les résultats du modèle conduirait, toutes
choses égales par ailleurs, à accroître la part inexpliquée de l’écart de prévision
de 0,4 Md€ en 2023 et à la réduire de 1,6 Md€ en 2024.
Proposition n° 4 : Étudier la possibilité de modéliser les RCTVA dans le modèle de
prévision des recettes de TVA de la DG Trésor [DG Trésor avec l’appui du Pôle Science
des données de l’IGF et en lien avec la DGFiP].
-2,0%
+0,0%
+2,0%
+4,0%
+6,0%
+8,0%
+10,0%
+12,0%
+14,0%
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Crédits formés RCTVA demandés RCTVA effectifs
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Rapport
- 26 -
3.1.2. L’augmentation des RCTVA reflète le dynamisme de la formation de crédits, et
l’évolution des caractéristiques des assujettis en situation de crédit
La dynamique des RCTVA dépend à la fois du stock de crédits disponibles et de la
propension des assujettis à solliciter leur remboursement. Entre 2015 et 2023, le stock de
crédits disponibles croît continûment de 60,7 Md€ à 95,8 Md€. En 2024, il diminue légèrement
à 95,5 Md€, en raison d’une moindre formation de crédits.
La part des crédits disponibles demandés en remboursement diminue
entre 2015 et 2023, passant de 81,5 % à 77,9 %, puis augmente pour atteindre 79,4 %
en 2024. La propension des assujettis en situation de crédit à demander un RCTVA peut
dépendre de nombreux paramètres, relevant tant de facteurs propres aux entreprises que de
variables macroéconomiques.
La mission a identifié les principaux facteurs de la dynamique des RCTVA et en a
déterminé l’importance relative à l’aide d’un modèle de régression linéaire.
La probabilité qu’un assujetti en situation de crédit dépose une demande de
remboursement est principalement déterminée par :
le secteur d'activité : toutes choses égales par ailleurs, une déclaration de TVA créditrice
dans le secteur de la production et distribution d’électricité, gaz, vapeur, et air
conditionné a une probabilité significativement plus élevée de donner lieu à une
demande de remboursement que dans le secteur du commerce ;
le montant disponible : plus le montant du crédit est élevé, plus la probabilité qu’une
demande de remboursement soit déposée est élevée, toutes choses égales par ailleurs.
Les variables macroéconomiques exercent un effet de moindre importance :
à caractéristiques de demande égales, un taux d’inflation plus élevé est associé à une faible
diminution de la propension à demander un remboursement. Un taux d’intérêt des crédits
nouveaux plus élevé donne lieu à une augmentation de cette propension pour les
administrations, et à une légère diminution pour les entreprises.
Enfin, à caractéristiques de demande et d’entreprise identiques, et à conditions
macroéconomiques données, la propension à demander un remboursement décroît
significativement depuis 2021.
L’augmentation générale des RCTVA sur la période s’explique donc jusqu’en 2023 par la
dynamique des crédits disponibles. En 2024, l’augmentation de la part des crédits disponibles
faisant l’objet d’une demande de remboursement est due à des évolutions dans les
caractéristiques des entreprises créditrices (secteur d’activité, montant disponible, etc.) et non
à des facteurs macroéconomiques.
3.1.3. La lutte contre la fraude aux RCTVA doit composer avec une tension structurelle
entre la nécessaire fluidification des remboursements et le renforcement des
processus d’instruction et des contrôles
En matière de RCTVA, l’action de la DGFiP poursuit deux objectifs qui peuvent entrer en
tension. D’une part, les RCTVA constituent un levier essentiel de soutien à la trésorerie des
entreprises et appellent, à ce titre, des délais de traitement rapides et prévisibles. D’autre part,
ils requièrent un niveau de contrôle suffisant afin de prévenir les risques de fraude et de
détecter des fraudes.
À cette fin, la DGFiP a mis en place un processus de traitement des demandes de RCTVA fondé
sur des critères prédéfinis et une analyse de risque, permettant d’orienter les dossiers soit vers
un traitement automatisé, soit vers une instruction manuelle, en circuit court ou en circuit long.
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Rapport
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Entre 2019 et 2024, la part des demandes acceptées automatiquement a
augmenté (de 46 % à 53 % des demandes et de 17 % à 27 % des montants
ordonnancés), tandis que le recours au circuit long a diminué19 (de 18 % à 15 % des
demandes et de 20 % à 15 % des montants ordonnancés).
Cette évolution, qui ne s’explique pas par une modification observable des
caractéristiques des demandes ou des entreprises, apparaît cohérente avec l’objectif de
traitement rapide des demandes des RCTVA, mais est susceptible d’accroître le risque
d’acceptation de demandes frauduleuses.
En outre, le nombre d’entreprises à courte durée d’activité (un an ou moins) déposant au moins
une demande de RCTVA a augmenté de 64 % entre 2020 et 2022, passant
de 2 230 à 4 079 entreprises. Cette hausse s’accompagne d’une progression significative des
montants ordonnancés en leur faveur, multipliés par cinq entre 2020 et 2022, de 13 M€
à 65 M€. Si cette évolution peut en partie s’expliquer par des chocs économiques ou une
augmentation des défaillances parmi les jeunes entreprises, elle peut également traduire une
montée du phénomène des « entreprises éphémères » créées à des fins frauduleuses, même si
les montants concernés demeurent, à ce stade, d’un niveau globalement limité au regard des
masses de RCTVA.
Proposition n° 5 : Lancer une mission d’audit dédiée à l’analyse des risques de fraude au
RCTVA et à l’évaluation de l’organisation et des processus d’instruction des demandes,
en particulier les dispositifs de traitement automatisé et les circuits court et
long [DGFiP].
3.2. La fraude à la TVA dans le e-commerce de petits colis en provenance de
Chine, facilitée par le régime simplifié IOSS, s’élèverait à environ 1 Md€
en 2024 pour la France et expliquerait 700 M€ de croissance résiduelle
Depuis 2022, l’Union européenne connaît un afflux massif de biens de faible valeur
importés lié à l’essor exceptionnel des plateformes de consommation ultra-rapide :
en 2024, 4,6 milliards d’articles de faible valeur (d’une valeur inférieure à 150 €) sont
entrés sur le marché unique, dont 91 % en provenance de Chine. Ce chiffre a doublé
par rapport à 2023 et triplé par rapport à 2022 ;
en France, 833 millions d’articles ont été dédouanés auprès des douanes
françaises en 2024, contre 213 millions en 2022, soit une multiplication par quatre en
l’espace de trois ans (cf. graphique 20). Les biens de faible valeur (déclarés via le
guichet H7) représentent désormais 93 % des articles dédouanés, mais seulement 1 %
en valeur (5,3 Md€), la valeur moyenne déclarée par article étant très faible (7 €).
Graphique 20 : Évolution du nombre d’articles déclarés à l’importation en France, par guichet
de dédouanement (en millions d’articles)
Source : DGDDI. Note : La DGDDI met à disposition des entreprises plusieurs services de dédouanement en ligne par
transmission automatisée (Delta) : Delta G, pour le dédouanement du fret traditionnel ; Delta X, pour les envois de fret
express et les colis postaux ; Delta H7, pour les envois d'une valeur inférieure ou égale à 150 €.
19 Le périmètre retenu ici pour les circuits longs est hors direction des grandes entreprises (DGE).
170 411
775 213
461
833
2022 2023 2024
Delta X
Delta G
H7
Total
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Le développement très rapide des flux de petits colis a été facilité par la simplification
des formalités douanières et fiscales, et en particulier par la mise en place d’un guichet
unique européen à l’importation (« Import OneStop-Shop », IOSS).
Instauré à compter du 1 er juillet 2021 dans le cadre du paquet TVA sur le e-commerce, le
guichet IOSS facilite la déclaration et le paiement de la TVA sur les ventes à distance de biens
importés depuis un pays tiers d’une valeur inférieure à 150 €, à destination de non
assujettis (« business to consumer »).
Le guichet IOSS permet aux vendeurs installés en dehors de l’Union européenne de collecter
la TVA sur ces colis, qui est due au premier euro, au moment de la vente, et de la reverser à un
unique État membre d’immatriculation, quelle que soit la destination finale du bien. La TVA est
ensuite reversée à l’État de consommation par l’État membre d’immatriculation20.
En 2024, 975 M€ de TVA ont ainsi été collectés via les guichets IOSS des États membres
au profit du Trésor français, dont environ les deux tiers par l’Irlande et un cinquième
par les Pays-Bas.
Afin de permettre aux services douaniers de faire face à un afflux massif de déclarations
d’importation portant sur des colis de très faible valeur, la création du guichet unique a été
accompagnée de la création d’une déclaration en douane intégralement dématérialisée qui
s’appuie sur un jeu de données réduit (déclaration H7).
Les insuffisances du régime IOSS ont fait l’objet d’alertes récentes de la part de la Cour
des comptes européenne et du Gouvernement français auprès de la Commission
européenne. De fait, la simplification des procédures a renforcé les risques de fraude
à la TVA sur un flux en forte croissance :
à l’étape du dédouanement, les contrôles douaniers sont inadaptés au flux massif
de biens de faible valeur, ce qui les rend inopérants en matière de TVA :
les numéros IOSS déclarés sont facilement usurpés, les douanes ayant simplement
la capacité de vérifier leur validité, sans possibilité matérielle de vérifier qu’ils sont
effectivement présentés par leur titulaire ;
les données déclarées en douane par les opérateurs sont insuffisantes pour faire
le lien entre un colis et une déclaration et sont utilisées pour calculer l’assiette de
la TVA, ce qui facilite la non déclaration21 et la minoration de valeur22 ;
malgré leur renforcement progressif opéré par les douanes, la capacité de contrôle
est faible au regard des volumes en jeu. En 2024, en France, seulement 0,05 % des
déclarations déposées sur le guichet H7 ont donné lieu à un contrôle douanier, un
taux en diminution et qui reste moins élevé que sur les flux cargo traditionnels ;
20 Alors que la TVA à l’importation est en principe due à l’État membre de mise en libre pratique, la TVA sur les
ventes à distance de biens importés dans le cadre du régime IOSS est due à l’État membre de consommation finale
du bien.
21 Au-delà de la non déclaration dans le cadre du régime IOSS, certains opérateurs contournent le dispositif de
redevabilité des plateformes en créant des sociétés éphémères fictivement établies en France, qui ne reversent pas
la TVA. Depuis la création du régime IOSS, la France a ainsi connu une forte augmentation du nombre
d'immatriculations de sociétés exerçant une activité de vente à distance dirigées par des personnes non résidentes
de l’Union européenne.
22 La minoration de valeur désigne la situation dans laquelle les importations sont déclarées à une valeur inférieure
au prix réel des marchandises. Elle permet notamment de bénéficier de la franchise de droits de douanes en
déclarant des biens en dessous du seuil de 150 €. En matière de TVA, elle aboutit à une minoration de l’assiette sur
laquelle est calculée la taxe, et donc à une perte pour les finances publiques. En 2023, une évaluation conduite par
l’IGF a évalué la minoration de valeur entre 11 % et 19 % de la valeur déclarée dans les flux de e-commerce, soit
entre 42 M€ et 72,5 M€ de TVA éludée au titre de l’année 2022
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Rapport
- 29 -
l’intérêt de ces contrôles apparaît par ailleurs limité au regard des coûts qu’ils
emportent : pour un contrôle donné, les rappels de droits de douane et de TVA
espérés sont très faibles en raison de la valeur des biens concernés. Enfin, les
procédures de redressement de la valeur en douane, longues et complexes, sont
inadaptées aux flux de e-commerce ;
après le dédouanement, les contrôles fiscaux sont également inopérants en raison
de la dispersion des données douanières et fiscales, du manque d’harmonisation
des réglementations nationales, et d’une coopération insuffisante entre États
membres :
la possibilité qu’ont les opérateurs de choisir leur État membre d’immatriculation
encourage des stratégies d’ immatriculation opportunistes et réduit l’efficacité des
dispositifs nationaux de contrôle et de sanction. En France, une importante vague
de désinscription des opérateurs a notamment été observée entre 2022 et 2023, à
la suite du renforcement des règles d'accréditation des représentants fiscaux ;
les systèmes d’information mis en œuvre par la Commission européenne sont
d’une fiabilité insuffisante, ce qui empêche les services fiscaux de contrôler de
manière systématique et performante la cohérence des déclarations douanières et
fiscales23 ;
la majorité des contrôles engagés par les services de la DGFiP, peu nombreux au
regard du nombre d’opérateurs, n’a pas pu aboutir, principalement en raison des
difficultés récurrentes d’accès aux données douanières et fiscales, qui doivent être
demandées au cas par cas aux États membres d’immatriculation ;
de manière générale, aucun mécanisme n’incite les États d’immatriculation et de
dédouanement à contrôler la TVA due.
L’ampleur de la fraude à la TVA sur les ventes à distance de biens importés est estimée
par la mission entre 0,4 Md€ et 1 Md€, sur la base de deux scénarios (cf. tableau 6).
Tableau 6 : Estimation de l’écart de TVA sur la vente à distance de biens importés, en 2024
Variables Scénarios
Bas Haut
Nombre d'articles à destination des consommateurs français (en millions) 840 1 012
dont articles déclarés via guichets IOSS 764 920
dont articles non déclarés 76 92
Valeur moyenne des articles (intègre des hypothèses de minoration de valeur) 8,2 € 10,0 €
Taux de TVA applicable 20 % 20 %
Recettes théoriques (M€) 1 371 2 024
Recettes réelles (M€) 975 975
Écart TVA (M€) 396 1 049
Source : Mission.
La mission considère que le montant du scénario « haut », qui s’élève à 1 Md€ de fraude
en 2024, est le plus vraisemblable compte tenu d’informations confidentielles, relatives à des
enquêtes en cours, qui lui ont été communiquées.
La fraude au régime IOSS permet ainsi de documenter l’écart de prévision à hauteur
de 0,1 Md€ en 2022, 0,3 Md€ en 2023 et 0,7 Md€ en 2024.
23 En mai 2025, la Commission européenne a ainsi ouvert une procédure d’infraction contre la France, le Danemark,
Chypre, l’Autriche, le Portugal et la Roumanie pour défaut de transmission de données douanières.
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Rapport
- 30 -
Compte tenu de la progression très rapide des flux de e-commerce, la mission estime, à l’instar
de la Cour des comptes européennes, qu’il est urgent de renforcer significativement la sécurité
et la gouvernance du guichet IOSS à l’échelle européenne.
Proposition n° 6 : Au niveau européen, sécuriser au plus vite l’usage des numéros IOSS
afin de prévenir leur usurpation et les détournements associés ; renforcer la
gouvernance du régime IOSS en imposant des obligations minimales de contrôle et de
coopération aux États membres et en créant un cadre incitatif à la bonne réalisation des
contrôles ; accélérer la mise en place du hub de données douanières européen [DGFiP
et DGDDI].
Proposition n° 7 : Au niveau national, amplifier les actions de contrôle des opérateurs
inscrits au guichet IOSS ; renforcer la coopération avec les principaux États membres
d’immatriculation afin d’accélérer les échanges de données [DGFiP et DGDDI].
3.3. Le régime de la franchise en base de TVA n’est pas intégré au modèle de
prévision de la DG Trésor, représente un manque à gagner d’environ 2 Md€
par an et expliquerait entre 100 et 200 M€ de l’écart résiduel de prévision
La franchise en base de TVA est un régime qui exonère certaines entreprises de la
déclaration et du paiement de la TVA sur les prestations ou ventes qu'elles réalisent.
Pour être éligibles à ce régime, les entreprises doivent réaliser un chiffre d’affaires annuel
inférieur à un seuil défini dans le code général des impôts24. Ces seuils varient selon la catégorie
d’activité, le plus élevé étant fixé à 85 000 €.
Le modèle de prévision de TVA ne prend pas en compte le régime de la franchise en base
de TVA. Le modèle estime une TVA théorique supposant qu’aucune entreprise n’est concernée
par le régime.
Le nombre d’entreprises bénéficiaires de la franchise en base est en forte croissance.
La DGFiP a identifié 4,8 millions d’entreprises bénéficiaires en 2024, soit un nombre en hausse
de 6,7 % par rapport à 2023. Le nombre d’entreprises bénéficiaires du régime était
de 3,1 millions en 2020. Parmi les 3,9 millions de sociétés bénéficiaires du régime de la
franchise en base de TVA en 2022, la mission a identifié 1,8 million de sociétés bénéficiaires du
régime de la franchise en base de TVA actives, c’est-à-dire avec un chiffre d’affaires positif. Ces
entreprises présentent un chiffre d’affaires moyen de 16 400 € et un chiffre d’affaires médian
de 6 000 €.
La mission a examiné l’existence d’un effet de bunching25 à partir des données de 2022
et a chiffré l’évolution du manque à gagner de TVA associé à la franchise en base à partir
de données fiscales portant sur 2015 et 2019 à 2022. En revanche, il n’a pas été possible
d’analyser le bunching ni de chiffrer directement les exercices 2023 et 2024, en raison d’une
robustesse insuffisante des données disponibles pour ces années.
24 La loi de finances pour 2025 avait établi un seuil unique fixé à 25 000 €. Cette mesure avait été suspendue par le
Gouvernement puis définitivement supprimée par la loi du 3 novembre 2025.
25 Le bunching désigne la concentration anormalement élevée d’agents économiques juste en deçà d’un seuil
réglementaire ou fiscal.
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Rapport
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L’analyse de la distribution des chiffres d’affaires fait apparaître des phénomènes
de bunching, notamment observé à un chiffre d’affaires inférieur de 10 % au seuil des
activités d’autres prestations de services. Ce regroupement d’entreprises sous les seuils est un
indicateur de limitation volontaire de l’activité ou de fraude. Cet effet avait notamment été mis
en évidence par l’économiste Philippe Aghion26 dont les travaux montrent que ce
comportement de regroupement sous les seuils traduit, au moins en partie, des stratégies
d’optimisation ou de fraude, incluant la sous-déclaration de revenus et des réorganisations
d’activité induites par les incitations fiscales.
Le chiffrage du régime de la franchise en base de TVA par la mission s’élève à 1,8 Md€
en 202227, en progression de +136 % entre 2015 et 2022 (cf. graphique 21). En retenant
la croissance du nombre d’entreprises comme variable d’approximation de la croissance pour
les années 2023 et 2024, le coût du régime pour l’année 2024 est estimé à 2,3 Md€, soit
une croissance de 190 % par rapport au niveau de 2015.
Graphique 21 : Estimation du coût de la franchise en base de TVA (en Md€)
Sources : CA3, FARE, BNS et données du DESF sur les franchisés en base de TVA ; Calculs : pôle Science des données de
l’IGF.
Le modèle de prévision des recettes de TVA ne prend pas en compte le régime de la franchise
en base. Il repose sur une dynamique de croissance des recettes de TVA. Dans ce cadre, toute
augmentation du manque à gagner lié au régime de la franchise en base plus rapide que la
croissance anticipée des recettes de TVA se traduit mécaniquement par des recettes
effectivement perçues inférieures aux prévisions. La dynamique du régime de la franchise
en base de TVA explique ainsi 200 M€ en 2023 et 100 M€ en 2024 de l’écart de
prévision.
26 Aghion et al., Tax simplicity or simplicity of evasion? Evidence from self-employment taxes in France, 2019.
27 La mission a réalisé une méthode en trois temps pour chiffrer le régime de la franchise en base
de TVA : (i) association des sociétés franchisées à un niveau de CA ; (ii) modélisation d’un taux de TVA moyen par
secteur pour les sociétés disposant d’un CA situé entre 1x et 2x le seuil des biens ; (iii) modélisation d’un ratio de
RCTVA moyen par secteur pour les sociétés disposant d’un CA situé entre 1x et 2x le seuil des biens.
0,8
1,3 1,2
1,6 1,8
2,1 2,3
0,0
1,0
2,0
3,0
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
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RÉCAPITULATIF DES PROPOSITIONS
Proposition n° 1 : Expertiser la possibilité d’exploiter des données haute fréquence et des
indicateurs de conjoncture avancés afin de réduire la latence du modèle et de mieux capter les
évolutions structurelles de l’assiette de la TVA [DG Trésor à partir de données DGFiP et Insee].
Proposition n° 2 : Produire une publication dédiée présentant chaque année les évolutions des
recettes de TVA et l’analyse des écarts entre prévisions et exécution, fondée sur une
exploitation sectorielle approfondie des données déclaratives CA3 et sur l’examen de
l’évolution de leurs déterminants macroéconomiques [DG Trésor et DGFiP].
Proposition n° 3 : Compléter les voies et moyens annexées aux projets de lois de finances en y
incluant le détail explicite des hypothèses sous-jacentes en prévision (croissance des assiettes
taxables, effets de structure, croissance résiduelle, croissance spontanée, mesures nouvelles
et TVA nette en comptabilité nationale) ainsi que les dernières estimations disponibles pour
les trois derniers exercices [DG Trésor].
Proposition n° 4 : Étudier la possibilité de modéliser les RCTVA dans le modèle de prévision
des recettes de TVA de la DG Trésor [DG Trésor avec l’appui du Pôle Science des données de
l’IGF et en lien avec la DGFiP].
Proposition n° 5 : Lancer une mission d’audit dédiée à l’analyse des risques de fraude au
RCTVA et à l’évaluation de l’organisation et des processus d’instruction des demandes, en
particulier les dispositifs de traitement automatisé et les circuits court et long [DGFiP].
Proposition n° 6 : Au niveau européen, sécuriser au plus vite l’usage des numéros IOSS afin de
prévenir leur usurpation et les détournements associés ; renforcer la gouvernance du régime
IOSS en imposant des obligations minimales de contrôle et de coopération aux États membres
et en créant un cadre incitatif à la bonne réalisation des contrôles ; accélérer la mise en place
du hub de données douanières européen [DGFiP et DGDDI].
Proposition n° 7 : Au niveau national, amplifier les actions de contrôle des opérateurs inscrits
au guichet IOSS ; renforcer la coopération avec les principaux États membres
d’immatriculation afin d’accélérer les échanges de données [DGFiP et DGDDI].
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Rapport
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À Paris, le 26 janvier 2026,
Les membres de la mission,
L ’ i n sp e c t e u r g é n é r a l d e s
f i n a n c e s ,
L ’ i n sp e c t e u r d e s f i n a n c e s , L ’ i n sp e c t e u r d e s f i n a n c e s ,
M a r c D o r a N i c o l a s L e f e v r e N i c o l a s S a l e i l l e
L ’ i n sp e c t e u r d e s f i n a n c e s
a d j o i n t ,
L a d a t a s c i en t i s t a u
p ô l e s c i e n c e d e s d o n n é e s
d e l ’ I G F ,
L ’ i n sp e c tr i c e s t a g i a i r e
d e s f i n a n c e s,
I l y e s B e n n a c e u r M y l è n e F e u i l l a d e H e l e n a V i d e i r a
A v e c l e c o n c o u r s d u
d a t a s c i en t i s t a u p ô l e
sc i e n c e d e s d o n n é e s d e
l ’ I G F ,
A d r i e n C h a r l e t
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