Marchés publics : comment assumer la préférence nationale dans les achats ? - Decision-achats.fr
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15 avr. 2026, 14:16
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Accueil / #Stratégie achats À l’occasion d’un petit-déjeuner organisé le 15 avril 2026 par l’association Origine France Garantie, Yves Jégo, ancien ministre et président de la certification éponyme, a livré une intervention sans détour sur le rôle des achats publics et privés dans la réindustrialisation du pays. Devant un public de professionnels, il a notamment appelé à assumer une préférence nationale dans les marchés publics et à faire évoluer en profondeur les pratiques d’achat. D’emblée, Yves Jégo met en garde contre certaines orientations européennes qu’il juge contre-productives pour l’économie française. « La préférence européenne, c’est l’assassinat programmé de l’industrie française », lance-t-il, estimant que l’ hétérogénéité des modèles sociaux et des coûts de production au sein de l’Union fausse la concurrence au détriment des acteurs français. Dans ce contexte, il défend une approche plus directe et pragmatique : réserver une part significative des marchés publics aux entreprises produisant sur le territoire national. « Il faut fixer 30 %, 40 %, 50 %, le niveau est à discuter, de marchés publics réservés à des entreprises qui produisent en France », avance-t-il, insistant sur l’effet de levier que pourrait représenter une telle mesure en matière de massification des volumes et de soutien à l’appareil productif. Mais pour Yves Jégo, cette évolution se heurte à un obstacle majeur : le manque de transparence sur l’origine des produits . « L’acheteur, qu’il soit public ou privé, ne sait pas ce qu’il achète », déplore-t-il, pointant l’absence d’obligation de marquage de l’origine au niveau européen. Une lacune qui empêche, selon lui, toute politique d’achat éclairée. « Comment voulez-vous bâtir une stratégie en faveur du made in France si vous n’avez pas l’information ? » interroge-t-il. Face à ces limites réglementaires, l’ancien ministre propose une voie alternative, plus immédiate : faire évoluer les pratiques via une charte de l’achat français, destinée à engager moralement les acheteurs, qu’ils soient publics ou privés . « Puisque la réglementation ne bouge pas, essayons déjà de faire bouger les cerveaux », résume-t-il. Cette charte vise à encourager une prise en compte élargie des critères d’achat, au-delà du seul prix. Lire aussi : Yves Jégo : « l’acheteur français ne sait pas d’où vient ce qu’il achète » Car c’est là un autre point central de son intervention : la remise en cause du raisonnement strictement économique fondé sur le coût immédiat. Yves Jégo invite les directions achats à intégrer ce qu’il appelle les « coûts cachés ». « J’achète un produit moins cher, mais je vais le remplacer plus souvent, et je vais aussi financer indirectement un modèle social que je n’ai pas soutenu », explique-t-il. Avant de conclure : « Le coût réel n’est pas celui que vous voyez sur l’étiquette. » Dans cette perspective, il appelle à un changement de paradigme, où l’acte d’achat devient un levier stratégique au service de l’économie nationale . « Il faut que l’acheteur ne raisonne pas uniquement en prix, mais aussi en impact », insiste-t-il, évoquant à la fois les enjeux industriels, sociaux et fiscaux. Au-delà des outils, c’est bien une transformation culturelle qu’appelle de ses vœux Yves Jégo. Une évolution qui, selon lui, passe autant par la sensibilisation des acheteurs que par une mobilisation plus large des décideurs publics et privés, à l’heure où la question de la souveraineté économique revient au cœur des débats.