Décarboner ses achats : par où commencer - Decision-achats.fr
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2 juin 2026, 09:30
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Accueil / #Stratégie achats / #RSE & Achats durables Le Scope 3, angle mort longtemps toléré, devient incontournable Demandez à un directeur achats quelle part des émissions carbone de son entreprise relève de la chaîne d’approvisionnement amont. Il vous répondra rarement avec précision. Demandez-lui maintenant comment il pilote cette dépense carbone : la conversation s’arrête souvent là. C’est l’angle mort historique des directions achats – un angle mort que la réglementation et les attentes des parties prenantes rendent désormais intenable. Les ordres de grandeur sont sans appel. Selon les méthodologies du GHG Protocol et de l’ADEME, le Scope 3 – émissions indirectes liées à la chaîne de valeur – représente entre 70 et 95 % des émissions totales des entreprises de services et d’industrie légère. Et l’essentiel de ce Scope 3 – la catégorie 1 « Achats de biens et services » – provient directement des fournisseurs. Une banque, une compagnie d’assurance, une entreprise de services informatiques, un distributeur ne décarbonent leurs activités qu’en décarbonant leurs achats. Trois forces convergentes propulsent la décarbonation des achats au rang de priorité 2026. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose désormais à plus de 50 000 entreprises européennes un reporting détaillé sur l’ensemble de leurs émissions, dont le Scope 3, avec audit externe. La directive CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), entrée en vigueur le 25 juillet 2024 puis révisée par le paquet Omnibus de février 2025 , engage juridiquement la responsabilité des donneurs d’ordre sur les pratiques de leurs fournisseurs. Et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) européen est entré dans sa phase opérationnelle définitive le 1er janvier 2026 , traduisant financièrement le carbone importé sur les catégories fer/acier, aluminium, ciment, engrais, électricité et hydrogène. Pourquoi cela devient une discipline outillée La décarbonation des achats ne se réduit plus à un atelier RSE annuel. Elle exige désormais une donnée précise, une méthodologie reconnue et un pilotage continu. Quatre raisons structurent cette mutation. Lire aussi : Mettre en place une démarche de décarbonation des achats La première est méthodologique . Le GHG Protocol , le Bilan Carbone® porté par l’ Association pour la transition Bas Carbone (ABC) et les normes ISO 14064 et 14069 structurent désormais des pratiques standardisées et auditables. La méthode spend-based – calculer les émissions en multipliant la dépense par un facteur d’émission par catégorie – permet une première estimation rapide, mais la méthode activity-based (volumes physiques par poste) reste plus précise pour les catégories critiques. La deuxième est réglementaire . La CSRD impose une double matérialité (impact financier des risques climat + impact environnemental des activités) et exige une traçabilité documentaire opposable. Le VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs), publié par l’EFRAG le 17 décembre 2024 et recommandé par la Commission européenne le 30 juillet 2025 , structure les demandes que les grands donneurs d’ordre peuvent adresser à leurs fournisseurs PME, dans le cadre du value chain cap introduit par l’Omnibus européen de février 2025. La troisième est économique . Les trajectoires de réduction validées SBTi (Science Based Targets initiative) ont franchi en janvier 2026 le seuil des 10 000 entreprises mondiales ayant des objectifs validés, alignés sur la trajectoire 1,5 °C de l’Accord de Paris. Sans plan de décarbonation fournisseur, ces engagements restent déclaratifs. À l’inverse, les organisations qui structurent leur décarbonation amont créent un avantage compétitif sur les marchés et la performance extra-financière. La quatrième est technologique . Une nouvelle génération de plateformes – Sami , Greenly , Carbon Maps , Sweep , Watershed – combine ingestion automatique des données financières, application de facteurs d’émission par catégorie, collecte directe auprès des fournisseurs et reporting CSRD. Greenly revendique par exemple jusqu’à 90 % d’automatisation de la collecte via son IA EcoPilot lancée en 2025, et couvre 12 cadres réglementaires. De la mesure à l’action : la trajectoire Une démarche de décarbonation des achats mature s’organise en cinq étapes. La première est la mesure : établir un bilan Scope 3 – au minimum sur la catégorie 1 « Achats » – par méthode spend-based, à partir de la cartographie de la dépense par catégorie issue du spend analytics. C’est le point de départ qui révèle où se concentrent les émissions. Pour la plupart des entreprises de services, deux à trois catégories portent souvent plus de 60 % des émissions. La deuxième est la priorisation . Identifier les catégories à fort impact (poste « voyages et hébergement », « équipement IT », « prestations intellectuelles », « énergie achetée », selon le secteur) et les fournisseurs critiques au sein de ces catégories – les top fournisseurs captent généralement 60 à 80 % des émissions de leur catégorie. Sur un panel typique de 5 000 fournisseurs, un panel critique carbone se constitue de 30 à 150 fournisseurs prioritaires – ceux sur lesquels concentrer l’effort de pilotage rapproché et la collecte de données activity-based. La troisième est la collecte des données fournisseurs. Sur les catégories prioritaires, demander aux fournisseurs leurs émissions par produit ou service livré (méthode activity-based, plus précise que la méthode spend-based). Les plateformes comme Sami , Greenly ou Sweep automatisent ces campagnes via des questionnaires structurés alignés sur le VSME. La quatrième est l’ élaboration des plans de réduction . Pour chaque catégorie prioritaire, identifier les leviers de décarbonation : substitution (alternative bas-carbone), optimisation (moins de volume), reconception (cahier des charges ESG), partenariat (co-développement avec les fournisseurs stratégiques). La cinquième est l’ animation continue : suivi trimestriel, scorecards fournisseurs, intégration aux appels d’offres et au SRM. C’est cette dernière étape qui distingue une démarche déclarative d’une transformation opérationnelle. Trois conditions pour transformer l’intention en résultats Au-delà des étapes, trois conditions de fond distinguent les démarches qui produisent des réductions mesurables de celles qui s’épuisent en cosmétique. La première est l’ ancrage stratégique : la décarbonation des achats doit être un objectif assumé par la direction générale, intégré aux plans stratégiques et aux objectifs annuels des directeurs achats. Sans cet ancrage, le sujet reste perçu comme un dossier RSE annexe et se heurte aux arbitrages courts-termistes sur les coûts. Lire aussi : La décarbonation des achats : définition, périmètre et enjeux La deuxième est la maturité de la donnée . Une démarche carbone est aussi bonne que la qualité des données qui l’alimentent. Un spend analytics propre, une cartographie fournisseur tenue à jour, des questionnaires structurés et auditables, des facteurs d’émission fiables – sans ce socle, les calculs deviennent contestables et la trajectoire de réduction perd sa crédibilité. C’est ce qui rend l’investissement dans un outil dédié (Sami, Greenly, Sweep ou équivalent) structurant : il ne s’agit pas seulement de produire des chiffres, mais de produire des chiffres opposables à un auditeur CSRD. La troisième est l’ alignement achats-RSE . Historiquement, la mesure carbone relevait des équipes RSE, l’action des équipes achats – deux fonctions souvent disjointes. La décarbonation effective exige une gouvernance partagée : critères carbone dans les grilles d’appels d’offres co-construites par les deux fonctions, scorecards fournisseurs intégrant carbone et performance opérationnelle, comité de pilotage trimestriel commun. Sans cet alignement organisationnel, les démarches restent parallèles : la RSE mesure, les achats négocient – sans que les deux flux convergent vers une transformation réelle. Ce contenu est publié par Mentioned