2025 E 023 Synthèse
IGF Rapports de mission
10 juin 2026, 03:50
Texte de la source originale
Face à la gravité de la situation financière
des hôpitaux publics, renforcer l'efficience
par une intégration territoriale
SEPTEMBRE 2025
Anne PERROT
Charles-Henry GLAISE
Matthieu LECLERCQ
Nicolas SALEILLE
Joé VINCENT-GALTIÉ
Mouad EL ISSAMI
Mathias ALBERTONE
Paul-Marie ATGER
Pierre RICORDEAU
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RAPPORT
FACE A LA GRAVITÉ DE LA SITUATION FINANCIÈRE
DES HÔPITAUX PUBLICS, RENFORCER L'EFFICIENCE
PAR UNE INTÉGRATION TERRITORIALE
Établi par
MATHIAS ALBERTONE
Inspecteur général des affaires
sociales
PIERRE RICORDEAU
Inspecteur général des affaires
sociales
PAUL-MARIE ATGER
Inspecteur des affaires
sociales
- SEPTEMBRE 2025 -
Inspection générale des
finances
IGF N° 2025-E-023-02
Inspection générale des
affaires sociales
IGAS N° 2025-030R
CHARLES-HENRY GLAISE
Inspecteur des finances
NICOLAS SALEILLE
Inspecteur des finances
MATTHIEU LECLERCQ
Inspecteur des finances
Joé VINCENT-GALTIÉ
Data scientist
MOUAD EL ISSAMI
Data scientist
Sous la supervision de
ANNE PERROT
Inspectrice générale des
finances
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Rapport
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SYNTHÈSE
Cinq ans après la crise sanitaire, qui a frappé des hôpitaux fragilisés par les efforts de
productivité de la décennie précédente, les établissements publics de santé (EPS) se
trouvent dans une situation financière d’une gravité inédite. Avant même cette crise,
les EPS étaient déficitaires mais leurs pertes affichent désormais un niveau jamais atteint,
estimé à -2,9 Md€ en 2024. Cette situation s’ajoute au lourd déficit de la branche maladie de la
sécurité sociale (-16 Md€), principal financeur des établissements de santé. Outre son
montant, le déficit hospitalier a surtout connu une évolution très dynamique, se creusant
d’1 Md€ supplémentaire par an au cours des deux dernières années.
Ce creusement exceptionnel des déficits des hôpitaux publics résulte d’une combinaison
de facteurs exogènes et endogènes.
Entre 2019 et 2023, les importantes mesures nationales de revalorisation salariale et la
reprise de l’inflation ont alimenté la croissance des charges hospitalières (+6,2 % par
an). La progression de la masse salariale (+13,3 Md€, soit +6,3 % par an) résulte à 85 % des
mesures de revalorisation salariale1. Le choc inflationniste a aussi touché l’ensemble des
postes de coûts hors masse salariale2. Enfin, la dynamique des charges à caractère
médical (+4 Md€, soit +30 %) a été largement décorrélée de celle de l’activité. In fine, la
structure des charges n’a pas changé sur la période. La reprise des produits, moins
dynamique (+5,7 % par an), n’a pas compensé l’évolution des charges. Les mesures de
revalorisation salariale n’ont été que partiellement couvertes, ce qui a
incontestablement contribué à la dégradation du déficit hospitalier3. Les recettes n’ont
pas été suffisantes malgré des dispositifs de sécurisation et d’accompagnement à la reprise
d’activité, le versement d’aides exceptionnelles et l’augmentation très dynamique des produits
versés par l’assurance maladie (+6,8 % par an). Les recettes issues des organismes
complémentaires et des patients, restées stables en valeur sur la période, expliquent aussi cette
insuffisance des produits4.
L’aggravation des déficits résulte également d’une dégradation de la performance
interne des hôpitaux publics qui reste en retrait de son niveau antérieur à la pandémie :
dans un contexte de forte croissance de l’activité hospitalière portée par l’ambulatoire,
la reprise d’activité a été moins forte et plus progressive en sortie de crise dans le secteur
public que dans les secteurs hospitaliers privés (lucratif et non lucratif), entrainant une
perte de 1,3 point de part de marché en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) ;
la productivité, principalement médicale, s’est dégradée (baisse de 2,2 % du nombre de
séjours MCO par médecin sénior entre 2019 et 2023) ;
les indicateurs de gestion du capacitaire (taux d’occupation et durée moyenne de séjour),
couplés à une faible adaptation aux évolutions d’activité, en particulier le virage
ambulatoire en chirurgie, sont également en baisse.
1 Ségur de la santé, revalorisation de la permanence des soins, revalorisation du point d’indice notamment.
2 +0,9 Md€ de dépenses d’électricité sur la seule année 2023 par exemple.
3 La compensation financière des revalorisations salariales et de l’inflation dans les établissements publics de santé
entre 2020 et 2024 2025-007R Juillet 2025.
4 La part des recettes issues de l’assurance maladie est passée de 77,9 à 81% des produits des hôpitaux
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Rapport
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Toutefois, des situations financières très hétérogènes sont observées entre hôpitaux.
Les centres hospitaliers généraux présentent, en moyenne, une situation
particulièrement dégradée, notamment parmi les établissements de plus petite
dimension. Ce constat, qui n’est que partiellement expliqué par le contexte démographique et
concurrentiel de chaque établissement, montre que des marges d’efficience sont mobilisables.
Une part des écarts de performance s’explique par des pratiques de gestion interne
hétérogènes et des niveaux variables de culture médico-économique. En outre, en lien avec
l’agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et
médico-sociaux (Anap), la mission a examiné des leviers d’efficience internes que les
établissements pourraient mobiliser. Un rétablissement des parts de marché médecine,
chirurgie, obstétrique (MCO) et hospitalisation à domicile (HAD) produirait, par exemple, un
gain annuel de 0,3 Md€ et un renforcement de la maîtrise des charges de personnel médical un
gain annuel de 0,6 Md€.
L’analyse des niveaux de productivité passés et des leviers d’efficience documentés
indique que le potentiel d’économies lié aux mesures d’efficience interne ne peut
durablement dépasser au mieux 1 Md€ par an, devant être mobilisé au plus vite.
Une partie des écarts de performance constatés entre établissements relève aussi de
facteurs structurels, sur lesquels les marges de manœuvre des établissements eux-mêmes
sont plus limitées (typologie d’activités réalisées, taille et statut juridique de l’établissement,
dynamique populationnelle, attractivité du territoire). L’amélioration de l’efficience et la
consolidation du système hospitalier public dans son ensemble appelle ainsi des
réformes profondes en matière d’organisation territoriale et de pilotage. C’est un
changement de paradigme qui doit être opéré pour renforcer les alternatives à l’hospitalisation
complète et organiser, par le biais de restructurations, une réelle gradation des soins dans les
territoires. L’accès en proximité aux filières de soins pour la prise en charge des maladies
chroniques, en s’appuyant notamment sur des ressources médicales projetées dans les
territoires, doit être privilégiée à la multiplication des plateaux techniques à faible activité.
Cette transformation nécessite un message et un soutien forts de l’Etat aux acteurs locaux en
charge de la transformation de l’offre hospitalière. Il apparaît par ailleurs nécessaire que les
hôpitaux publics s’organisent dans une logique de groupe à l’échelle territoriale, compte
tenu des limites du modèle développé pour les groupements hospitaliers de territoire (GHT),
sans moyens juridiques de mise en œuvre de la logique de groupe dont ils sont porteurs.
Il y a urgence à agir car le système hospitalier public va faire face à une hausse de ses
besoins de financement5, évaluée hors mesures nouvelles et effet volume, à +3 Md€ par
an en moyenne, qui pourrait mettre en péril la continuité des prises en charge.
La recapitalisation réalisée dans le cadre du Ségur de la santé a déjà été effacée par les déficits
des dernières années. De nombreux établissements connaissent d’importantes difficultés de
trésorerie, comme en témoigne l’allongement des délais de paiement, et ne sont plus en mesure
de financer leur cycle d’investissement, contribuant à l’insoutenabilité de nombreux projets
d’investissement en cours.
Face à cette situation, la mission propose de lancer dans les meilleurs délais un plan de
consolidation du système hospitalier public visant un retour vers une trajectoire
d’équilibre d’ici à 2029. Inciter à toujours plus d’activité de même qu’un encadrement
général et uniforme des dépenses insuffisamment précises sous-jacentes à l’Ondam ne
permettront pas de répondre aux enjeux. Une transformation de l’organisation
hospitalière territoriale est nécessaire pour assurer la pérennité du système hospitalier
public et sa capacité à répondre aux besoins de la population partout sur le territoire.
5 Persistance d’un glissement vieillissement-technicité élevé, augmentation des cotisations CNRACL, poursuite de
l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine, dynamique des charges à caractère médical, coût des
investissements du Ségur, vieillissement de la population, prévalence des maladies chroniques, instauration d’un
nombre minimum de soignants par patient hospitalisé entre autres.
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Rapport
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La relance d’une démarche d’efficience qui produise des résultats significatifs exige
qu’un mandat politique clair et stable soit donné aux administrations chargées de sa
mise en œuvre (DGOS, ARS, Anap). Un changement d’échelle est également nécessaire et
demande d’aborder les enjeux d’efficience au niveau du territoire et plus uniquement
de l’établissement.
Tout d’abord, dans le prolongement de la circulaire du Premier ministre, il faut engager
sans délai des mesures d’urgence, et notamment :
réinterroger l’ensemble des projets d’investissements du Ségur, à la lumière de l’analyse
des besoins et des capacités financières des EPS concernés, afin de ne pas alimenter
encore plus la spirale déficitaire ;
améliorer l’adéquation entre activité, ressources humaines et capacités de prise en
charge (tels que les taux d’occupation ou les durées de séjour) ;
maîtriser les recrutements médicaux, le recours au temps de travail additionnel (TTA)6
et l’organisation de la permanence des soins (PDSES) afin de modérer la dynamique
d’évolution des dépenses du personnel médical en s’assurant de l’opportunité de ces
recrutements, en s’appuyant notamment sur une analyse médico-économique) ;
mobiliser tous les leviers d’amélioration de la trésorerie identifiés par l’Anap, la mise en
place du remboursement des organismes complémentaires (ROC) et la généralisation de
l’utilisation de l’outil PES-ASAP (protocole d'échange standard - avis des sommes à
payer), le respect de la réglementation en matière de facturation en Ehpad ;
réinternaliser au sein du GHT les analyses de biologie sous-traitées et identifier les
autres activités candidates ;
massifier les achats et finaliser la mutualisation de la fonction achat au sein du GHT.
Au-delà de ces mesures d’urgence, la situation appelle des changements profonds
d’approche. Le plan de consolidation doit s’appuyer sur trois leviers susceptibles
d’améliorer l’efficience du système hospitalier public et de réduire le déficit :
l’accélération du développement des prises en charge ambulatoires et de
l’hospitalisation à domicile ;
la mutualisation des fonctions supports et des services médico-techniques au sein
des GHT, dans l’attente de la formation de groupes hospitaliers publics dotés de la
personnalité morale ;
la réorganisation territoriale de l’offre de soins pour en assurer une meilleure gradation,
nécessitant des outils renforcés et de nouvelles formes de concertations.
Piloté à l’échelle nationale par le Premier ministre7, ce plan serait décliné à l’échelle
régionale par les ARS en engageant les GHT à travers des contrats de consolidation
préparés et signés par eux. Leurs présidentes ou présidents de comité stratégique et de
commission médicale de groupement seraient mandatés en ce sens sur la base d’un diagnostic
territorial qui aboutirait au printemps 2026 et serait partagé avec les élus. La mission propose
de manière détaillée les modalités et le calendrier de ce plan d’action dans une annexe dédiée.
6 Équivalent, pour le personnel médical, des heures supplémentaires.
7 Un portage interministériel facilitera la coordination de l’ensemble des services de l’État et de leurs actions au sein
des territoires, notamment auprès des élus.
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Rapport
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Si le renforcement de l’efficience des hôpitaux publics est indispensable pour revenir à
une situation plus maîtrisée des comptes hospitaliers et sociaux, les efforts devront être
répartis entre tous les acteurs du système de santé. Les scénarios de financement des
futurs PLFSS doivent arrêter un équilibre entre les trois leviers : les efforts d’efficience, la
contribution des organismes complémentaires et des assurés sociaux et l’Ondam. La mission
préconise donc d’augmenter la contribution des organismes complémentaires au financement
des établissements de santé au niveau antérieur à la crise sanitaire (au moins 1 Md€
supplémentaire). Par ailleurs, les évaluations du coût des activités hospitalières doivent être
relancées et, le cas échéant, leurs traductions dans l’Ondam et les tarifs des différents secteurs
clarifiées.
La mise en œuvre effective du plan de consolidation nécessite enfin de renforcer les
leviers de négociation des ARS. La mission propose donc d’élargir le champ de la
conditionnalité des financements de l’assurance maladie. La délégation de certains
crédits serait conditionnée à l’atteinte des objectifs des contrats territoriaux.
Enfin, la place des communes dans la gouvernance des EPS doit être adaptée. En effet, les
freins aux restructurations par des acteurs qui ne participent pas au financement de l’hôpital
public doivent être levés. Les enjeux du territoire doivent primer sur une approche parfois trop
étroite d’intérêts communaux et les représentants des communes doivent être plus
responsabilisés sur les conséquences sanitaires et budgétaires des choix qui sont opérés.
La constitution de groupes hospitaliers publics devrait être l’occasion de redéfinir la
composition et les compétences des instances de gouvernance pour tenir compte de la
nouvelle architecture des responsabilités exercées entre l’établissement assurant la
coordination et le pilotage au niveau territorial (telle une « société faîtière »), et les
établissements concernés. Les élus du territoire seraient appelés à se prononcer
collectivement sur les orientations stratégiques en matière d’organisation territoriale de l’offre
hospitalière publique, à l’image des modalités de gouvernance des EPCI pour la gestion des
compétences transférées.
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