TVA synthèse
IGF Rapports de mission
10 juin 2026, 03:50
Texte de la source originale
Note de synthèse
Janvier 2026
Écarts de prévision et évolution des recettes de TVA
Le moindre dynamisme des recettes de TVA en France depuis 2023 par rapport à la croissance du PIB est
une particularité française. Elle s’explique en partie par une consommation et des investissements atones
et une évolution défavorable de la composition de la demande.
Les écarts de prévision des recettes de TVA se sont nettement accrus depuis la crise sanitaire. Ils illustrent
la difficulté à anticiper l’évolution de l’assiette de la TVA et font ressortir les limites du modèle de
prévision : la part inexpliquée de l’évolution des recettes s’accroît et atteint près de la moitié de l’écart de
prévision en 2025.
L’écart inexpliqué provient notamment de la dynamique des remboursements de crédits de TVA et de
l’augmentation notable de la fraude à la TVA liée au e-commerce de petits colis en provenance de Chine.
En 2024, l’écart a été accru par des hypothèses optimistes du Gouvernement.
1
Des recettes de TVA moins dynamiques que le
PIB depuis 2023
• Depuis 2023, la croissance des recettes de
TVA s’établit à +3,5 % en 2023, puis ralentit
en 2024 (+0,9 %) et en 2025 (+0,2 % selon la
dernière prévision). Cette atonie est atypique
au regard de l’évolution du PIB (+1,4 %
en 2023 et +1,2 % en 2024, en volume) et de
l’inflation (+4,9 % en 2023 et +2,0 % en 2024).
• L’élasticité de la TVA au PIB, supérieure à
l’unité sur la période 2016-2022, chute
à 0,52 en 2023 puis à 0,26 en 2024, traduisant
une moindre sensibilité des recettes à l’activité
économique.
• Sur la période 2019-2025, les années
décevantes en matière de recettes de TVA par
rapport à la croissance de l’économie ont été
plus que compensées par les bonnes années, à
hauteur de +6 Md€ en cumulé.
• La comparaison européenne confirme le
caractère singulier de la situation française. Si
l’ensemble des grandes économies
européennes ont connu, depuis 2023, un
ralentissement des recettes de TVA après la
phase de rattrapage post-crise sanitaire, la
France se distingue par un décrochage plus
prononcé.
Le ralentissement des recettes de TVA s’explique
en partie par des assiettes taxables moins
dynamiques
• L’assiette de la TVA, qui n’est pas observable
et doit être modélisée, ne se limite pas à la
consommation finale des ménages. Elle
comprend également l’investissement et les
consommations intermédiaires des
entreprises, ainsi que certaines dépenses des
administrations publiques. Ces composantes
sont appelées « assiettes taxables ».
• La demande des ménages, qui représente 65 %
des recettes théoriques, constitue le principal
moteur de la TVA nette. La consommation
finale des ménages représente à elle seule plus
de la moitié des recettes de TVA nette (56 %).
• Depuis 2023, les assiettes taxables
ralentissent, dans un environnement
macroéconomique marqué par la baisse de
l’inflation et un niveau élevé d’incertitude.
0,0
+0,5
+1,0
+1,5
+2,0 Élasticité des recettes TVA au PIB
-- 1 of 4 --
Écarts de prévision et évolution des recettes de TVA
2
• La consommation des ménages, dynamique
en 2023 sous l’effet de l’inflation, ralentit
nettement en 2024 (+3,2 % contre +7,7 %) au
profit de l’épargne (18,2 % du revenu brut).
L’investissement privé recule, contraint par le
resserrement des taux, tandis que les
consommations intermédiaires stagnent.
• Le ralentissement de la croissance des
assiettes taxables explique une partie de la
moindre dynamique de la TVA nette, mais ne
permet pas d’en rendre compte
intégralement. L’écart entre la croissance des
assiettes taxables et celle des recettes de TVA
s’accroît, reflétant une moindre sensibilité des
recettes à l’évolution de l’assiette.
Légende : CM : consommation des ménages, FBCF : formation brute de
capital fixe (investissement) et CI : consommation intermédiaire
Une composition de la demande défavorable au
rendement de la TVA
• En 2024, la base taxable a reculé de 1,7 %, sous
l’effet d’un repli massif de la base soumise au
taux normal (–117 Md€), tandis que les bases
relevant des taux réduit et intermédiaire
progressent (+20 Md€).
• Cette recomposition a un impact mécanique
sur les recettes : la hausse des bases à taux
réduit et intermédiaire génère un surcroît
limité de TVA, alors que la contraction de la
base au taux normal se traduit par une perte
de rendement nettement plus importante.
• Les arbitrages de consommation se sont
orientés vers des biens et services faiblement
taxés ou exonérés (alimentation, logement,
énergie domestique, services non marchands),
tandis que les postes taxés au taux normal
(biens industriels, véhicules, carburants,
construction) ont stagné ou reculé.
• Cette évolution structurelle contribue à la
baisse de l’élasticité de la TVA à la croissance
nominale de la consommation et accentue
l’écart entre la dynamique des assiettes
taxables et celle des recettes perçues.
Des évolutions sectorielles défavorables en 2024,
dans le commerce et l’industrie
• Les secteurs du commerce et de l’industrie, qui
représentent ensemble 54 % des recettes de
TVA, enregistrent en 2024 leur plus forte
contraction en dix ans, avec une baisse de
recettes de -3,4 Md€.
• Cette évolution contraste avec les
dynamiques observées en 2022 et 2023, où
ces secteurs avaient fortement contribué à la
croissance des recettes, notamment sous
l’effet de la hausse des prix de l’énergie.
• Les premières données disponibles
pour 2025 confirment la baisse marquée des
recettes issues du commerce et de l’industrie,
tandis que les services demeurent plus
résilients.
Des écarts de prévision d’ampleur inédite
depuis 2020
• En 2021 et 2022, les recettes de TVA intégrées
aux projets de lois de finances (PLF) ont été
fortement sous-estimées en prévision, dans un
contexte de rebond post-crise. Depuis 2023,
elles ont au contraire été nettement
surestimées.
• Les écarts entre la prévision du PLF et
l’exécution atteignent 8,2 Md€
en 2023, 11,1 Md€ en 2024 et sont estimés
à 6,2 Md€ en 2025. Rapportés aux recettes, ils
dépassent 4 %, contre moins de 2 % sur la
période 2014-2019.
-10%
+0%
+10%
+20%
+30%
TCAM
2015-19
2020 2021 2022 2023 2024
Variations des assiettes taxables et des
recettes de TVA
CM FBCF CI TVA
-15,0%
-10,0%
-5,0%
+0,0%
+5,0%
+10,0%
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
Écarts de prévision en % des recettes
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Écarts de prévision et évolution des recettes de TVA
3
• Ces écarts s’inscrivent dans un contexte
macroéconomique particulièrement incertain,
marqué par une inflation volatile et un
resserrement monétaire rapide.
• L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et les
Pays-Bas ont également connu des écarts de
prévision (pas de prévisions en Espagne
en 2024 en raison de l’absence de budget).
• L’analyse des déterminants des écarts français
met en évidence trois facteurs principaux :
1. un effet de reprise en base qui propage
d’une année sur l’autre les erreurs de
prévision antérieures ;
2. les hypothèses macroéconomiques ont été
globalement trop optimistes depuis 2022,
en particulier sur les consommations
intermédiaires et les investissements ;
3. une croissance résiduelle, non expliquée
par le modèle, qui prend une importance
croissante.
• Depuis 2022, cette croissance résiduelle
négative représente une part de plus en plus
élevée de l’écart total, passant d’environ un
quart en 2023 à plus d’un tiers en 2024, et
atteignant près de la moitié de l’écart
en 2025 à ce stade. Cette évolution interroge
le pouvoir explicatif et la robustesse du
modèle de prévision.
La baisse croissante et notable du pouvoir
explicatif du modèle de prévision des recettes de
TVA interroge sa robustesse
• Le modèle de TVA repose sur une architecture
ancienne, initialement conçue pour le calcul
de la ressource propre TVA de l’Union
européenne et les analyses structurelles ex
post. Il n’a pas été conçu comme un outil de
prévision.
• Les dynamiques des remboursements de
crédits de TVA et du régime de la franchise en
base, importants sur la période récente, ne
sont pas explicitement modélisées.
• Par ailleurs, les effets de structure, qui
mesurent les effets de composition de la
demande sur les recettes fiscales, doivent être
mieux appréhendés. Ils ne sont estimés
finement qu’avec un décalage d’environ deux
ans, une fois les comptes nationaux
suffisamment désagrégés disponibles. Cette
latence réduit fortement la réactivité de la
prévision face aux chocs sectoriels ou aux
recompositions rapides de la demande.
Proposition : Expertiser la possibilité d’exploiter
des données haute fréquence et des indicateurs
de conjoncture avancés afin de réduire la latence
du modèle et de mieux capter les évolutions
structurelles de l’assiette de la TVA [DG Trésor].
• Pour compenser la baisse du pouvoir explicatif
du modèle, le recours à des ajustements
ad hoc s’est accru, avec l’introduction de
« cales » dès la prévision (+1,0 % en
PLF 24, -1,0 % en BEH 25, -0,5 % en PLF 26).
En 2024, la cale retenue en prévision a majoré
l’écart de prévision de 2,1 Md€.
• La documentation publique sur les
hypothèses, les modèles et les arbitrages
opérés par la DG Trésor reste limitée. Ce
retard en matière de transparence réduit les
capacités externes de relecture des prévisions
ainsi que leur crédibilité.
Proposition : Compléter les voies et moyens
annexées aux projets de lois de finances en y
incluant le détail explicite des hypothèses sous-
jacentes en prévision ainsi que les dernières
estimations disponibles pour les trois derniers
exercices [DG Trésor].
+2,7 %
+4,9 %
- 2,6 % - 2,2 %
- 4,2 %
+4,0 %
N.D.
- 1,1 %
Écarts de prévision en % des recettes
2023
2024
40% 48%
18% 3%
39% 14%
39%
26%
3%
7%
1%
8%
9% 26% 35%
45%
9% 4% 7% 18%
2022 2023 2024 2025
Décomposition des écarts de prévision
Autres
Croissance résiduelle
Effets de structure
Sous-jacents
macroéconomiques
Reprise en base de
l’année précédente
-- 3 of 4 --
Membres de la mission : Marc Dora, Nicolas Lefevre, Nicolas Saleille, Ilyes Bennaceur, Mylène Feuillade, Helena Videira
Écarts de prévision et évolution des recettes de TVA
4
Trois facteurs dynamiques contribuent à l’écart
de prévision
• Le premier concerne la dynamique des
remboursements de crédits de TVA (RCTVA),
qui représentent plus d’un quart de la TVA
brute. La dynamique des RCTVA n’est pas
prise en compte par le modèle du Trésor, qui
suppose implicitement une égalité entre
crédits formés et crédits remboursés sur
l’année, hypothèse qui ne se vérifie pas. La
prise en compte de la dynamique des RCTVA
dans le modèle conduirait, toutes choses
égales par ailleurs, à accroître la part
inexpliquée de l’écart de prévision de 0,4 Md€
en 2023 et à la réduire de 1,6 Md€ en 2024.
Proposition : Étudier la possibilité de modéliser
les RCTVA dans le modèle de prévision des
recettes de TVA du Trésor [DG Trésor avec
l’appui du Pôle Science des données de l’IGF, en
lien avec DGFiP].
• Par ailleurs, la lutte contre la fraude aux
RCTVA doit composer avec une tension
structurelle entre la nécessaire fluidification
des remboursements et le renforcement des
processus d’instruction et des contrôles.
La dynamique récente des remboursements
de crédits de TVA modifie l’exposition au
risque de fraude, dans un contexte marqué par
une part croissante de traitements
automatisés.
Proposition : Lancer une mission d’audit dédiée à
l’analyse des risques de fraude au RCTVA et à
l’évaluation de l’organisation et des processus
d’instruction des demandes, en particulier les
dispositifs de traitement automatisé [DGFiP].
• Le deuxième facteur est la fraude à la TVA
dans le e-commerce de petits colis importés,
facilitée depuis 2021 par le régime européen
IOSS. L’explosion des flux de biens de faible
valeur, provenant principalement de Chine,
s’accompagne de failles importantes en
matière de contrôle, notamment du fait d’une
gouvernance insuffisante du régime IOSS.
L’estimation la plus vraisemblable situe le
manque à gagner autour de 1 Md€ en 2024,
contribuant significativement à l’écart de
prévision (à hauteur de 0,3 Md€ en 2023
et 0,7 Md€ en 2024).
Proposition : Au niveau européen, sécuriser au
plus vite l’usage des numéros IOSS afin de
prévenir leur usurpation et les détournements
associés ; renforcer la gouvernance du régime
IOSS en imposant des obligations minimales de
contrôle et de coopération aux États membres et
en créant un cadre incitatif à la bonne réalisation
des contrôles ; accélérer la mise en place du hub
de données douanières européen [DGFiP
et DGDDI].
Proposition : Au niveau national, amplifier les
actions de contrôle des opérateurs inscrits au
guichet IOSS ; renforcer la coopération avec les
principaux États membres d’immatriculation afin
d’accélérer les échanges de données [DGFiP].
• Le troisième facteur est la montée en charge
du régime de la franchise en base de TVA. Le
coût pour les recettes de TVA et le nombre
d’entreprises concernées ont fortement
augmenté depuis 2020, tandis que des
comportements, dont l’ampleur reste limitée,
de regroupement sous les seuils (phénomène
de « bunching ») suggèrent des stratégies
d’optimisation ou de sous-déclaration. La
dynamique de ce régime expliquerait
ainsi 200 M€ en 2023 et 100 M€ en 2024 de
l’écart de prévision.
170
411
775
2022 2023 2024
Évolution du nombre de petis colis déclarés à
l’importation en France via le guichet simplifié,
en millions d'articles
91 %Proviennent
de Chine
1,3 1,2
1,6 1,8
2,1 2,3
2019 2020 2021 2022 2023 2024
Évolution du coût pour les recettes de TVA du
régime de la franchise en base (en Md€)
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