Solaire : comment DualSun veut relocaliser la filière photovoltaïque en Europe - Decision-achats.fr

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13 mai 2026, 12:45

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Accueil / #Familles d'achats / #Énergie La relocalisation industrielle du solaire européen avance-t-elle enfin concrètement ? C’est en tout cas le message qu’a voulu faire passer DualSun lors d’une conférence de presse organisée à Paris autour de sa nouvelle gamme de panneaux photovoltaïques « Azure », fabriquée en Europe. Derrière le lancement produit, l’événement a surtout mis en lumière les tensions croissantes autour de la souveraineté énergétique, du sourcing industriel européen et des limites d’un marché encore largement dominé par la Chine. « On fait ce métier pour des enjeux environnementaux, mais aussi de souveraineté et de sécurité énergétique », résume Damien Papon, dirigeant de Soli installateur basé dans les Yvelines. Pour les professionnels du secteur, la question du photovoltaïque dépasse désormais largement celle de la transition énergétique pour se hisser au rang de sujet industriel et géopolitique. Le principal levier évoqué durant cette conférence reste la TVA à 5,5 % appliquée depuis 2025 à certaines installations solaires répondant à des critères environnementaux et de fabrication. Une mesure jugée structurante, mais encore imparfaite. « Le sujet a été relativement compliqué à gérer l’année dernière pour nous et nos confrères, car on manquait de lisibilité et de disponibilité de produits », explique le cofondateur. « Cela a retardé un certain nombre de prises de commande entre l’annonce et l’effectivité de la mesure. » Lire aussi : Laurent Moisson : les achats ont-ils tué l'industrie française ? Pour autant, les installateurs y voient aujourd’hui un outil potentiellement efficace pour réorienter progressivement le marché vers des équipements européens . « Si nos clients sont favorables à l’achat de panneaux français ou européens, seul un faible pourcentage a la capacité financière de mettre plusieurs centaines d’euros supplémentaires sur une installation », rappelle-t-il. Le différentiel de prix reste en effet un frein majeur. Cette dépendance économique à la Chine a largement nourri les échanges. « Pour un certain nombre d’investisseurs privés, l’idée de produire des panneaux solaires en France est un “feu rouge” quasi immédiat , observe François de Rugy, aujourd’hui associé de la banque d’affaires Avolta. Ils demandent tout de suite si la production sera délocalisée en Asie, et plus précisément en Chine . » L’ancien ministre pointe une contradiction devenue centrale dans le débat énergétique européen : « On est content d’avoir une énergie moins chère, mais on regrette de nourrir l’industrie chinoise . » Selon lui, la relocalisation ne pourra fonctionner qu’à condition de miser sur la différenciation technologique plutôt que sur une guerre des prix impossible à gagner face aux industriels asiatiques. C’est précisément la stratégie revendiquée par DualSun. Son président, Jérôme Mouterde, rappelle que l’entreprise produit déjà en France son panneau hybride « Spring », fabriqué à Jujurieux. Mais pour le photovoltaïque classique, la société avait jusqu’ici recours à une fabrication chinoise via sa gamme Flash. « En 2020, il n’y avait pas de dispositif pour favoriser l’industrie européenne », justifie-t-il. Avec Azure, l’entreprise change de cap. Les panneaux seront assemblés en Autriche, chez le partenaire industriel Soncraft. Les wafers, les plaques de silicium, proviennent quant à eux d’Allemagne afin de répondre aux critères bas carbone nécessaires à l’obtention de la TVA réduite. « C’est un projet pour relocaliser progressivement », insiste Jérôme Mouterde. Le dirigeant reconnaît néanmoins que le cadre réglementaire reste encore insuffisant pour déclencher une industrialisation massive en France. « Malgré nos parts de marché, les volumes ne sont pas encore suffisants pour une usine propre en France », explique-t-il, rappelant que certains panneaux chinois bénéficient eux aussi aujourd’hui de la TVA à 5,5 %. Au-delà du sujet industriel, les intervenants ont également alerté sur l’instabilité réglementaire qui fragilise toute la filière. « La rapidité des annonces de baisse de tarifs est préjudiciable », souligne Jérôme Mouterde. Les installateurs doivent parfois refaire leurs devis en quelques semaines seulement. Pour autant, le secteur reste convaincu du potentiel économique du solaire résidentiel. « Même avec un tarif de rachat à zéro, le solaire reste très rentable grâce au stockage et à l’autoconsommation pilotée », affirme le dirigeant de DualSun, évoquant notamment le couplage avec les véhicules électriques ou les pompes à chaleur. En toile de fond, tous les acteurs présents espèrent désormais un durcissement du cadre européen. Après le Net Zero Industry Act, jugé encore trop peu contraignant, les regards se tournent vers l’Industrial Accelerator Act, actuellement en discussion à Bruxelles. Objectif : imposer une part minimale de panneaux européens dans les futurs appels d’offres. Une évolution qui pourrait rebattre les cartes pour toute la chaîne d’approvisionnement du solaire européen.