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IGF Rapports de mission
10 juin 2026, 03:50
Texte de la source originale
Bilan et évolution du dispositif de
régulation du prix des médicaments
JUILLET 2025
Marc AUBERGER
Samuel MONTEIL
Ilyes BENNACEUR
Rémy SLOVE
Laurent HABERT
Malak ABOU TAAM
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RAPPORT
BILAN ET ÉVOLUTION DU DISPOSITIF DE
RÉGULATION DU PRIX DES MÉDICAMENTS
Établi par
LAURENT HABERT
Inspecteur général des affaires
sociales
MALAK ABOU TAAM
Dr en pharmacie,
inspectrice des affaires
sociales
- JUIN 2025 -
Inspection générale des
finances
IGF N° 2025-M-015-03
Inspection générale des
affaires sociales
IGAS N° 2025-019
SAMUEL MONTEIL
Inspecteur des finances
RÉMY SLOVE
Inspecteur des finances
ILYES BENNACEUR
Inspecteur des finances adjoint
Sous la supervision de
MARC AUBERGER
Inspecteur général des
finances
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Il a été procédé dans ce rapport définitif aux occultations strictement nécessaires,
en application de la législation sur l’accès aux documents administratifs
(notamment, l’article L. 311-6 du Code des relations entre le public et
l’administration), permettant de préserver le secret des affaires.
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Rapport
- 1 -
SYNTHÈSE
La régulation de la dépense de médicaments passe par différents leviers : régulation par les
prix, par les volumes (prescription/consommation), par la répartition de la dépense (entre
Assurance maladie, mutuelles et patient) ou encore par l’encadrement de l’accès au marché. La
mission s’est concentrée sur le levier prix, objet de la lettre de mission.
La maîtrise des dépenses de médicaments par les prix repose sur plusieurs mécanismes de
régulation économique qui visent à circonscrire leurs poids dans les dépenses de santé :
la fixation du prix des médicaments (prix public, ou prix facial) est négociée entre
l’industriel exploitant le médicament et le Comité économique des produits de santé
(CEPS), des baisses de prix négociées intervenant ensuite au cours de la durée de vie des
médicaments ;
des « remises produits » sont négociées sur certains médicaments entre le CEPS et les
industriels dans le même cadre conventionnel, prévoyant une rétrocession d’une part du
chiffre d’affaires de ces médicaments en fin d’année par les industriels vers l’Assurance
maladie. Ces remises ont une vocation temporaire et doivent se transformer à termes en
baisses de prix ;
enfin, une « clause de sauvegarde » est déclenchée lorsque les dépenses de médicament
remboursables, nettes des remises, sont supérieures à un plafond dit « montant M », fixé
chaque année. Une contribution égale à une fraction du dépassement est alors appelée
auprès des entreprises pharmaceutiques, le dispositif servant de garde-fou de dernier
niveau pour limiter la dépense de médicaments.
Les deux derniers mécanismes ont vu leur ampleur croître très fortement depuis 2019, les
remises ayant atteint 8,3 Mds€ en 2023 (pour une dépense de médicaments remboursables
de 36,5 Mds € la même année), contre 3,2 Mds€ en 2019, et la clause de sauvegarde étant
devenue un mécanisme de rendement activé chaque année, pour un montant versé à
l’Assurance maladie de plus de 1,5 Mds€ en 2023 et 2024. A contrario, les baisses de prix
annuelles se sont réduites, la part des baisses de prix dans la dépense nette étant passée
d’environ 3,7 % à 2,9 % entre les périodes 2012-2019 et 2020-2023.
La croissance du montant des remises conduit à renforcer l’incertitude de la prévision. Lors de
la discussion du PLFSS 2025 en novembre 2024, un écart de prévision de 1,15 Mds€ sur le
montant des remises a été ainsi constaté par la DSS, suscitant des interrogations fortes sur
l’exercice de prévision. La mission constate que les écarts de prévision observés résultent
avant tout de l’absence d’actualisation, à l’été 2024, de la prévision réalisée lors de l’élaboration
de la LFSS 2024. Elle fait également le constat que les écarts portent en particulier sur les
remises en accès précoce (dispositif dérogatoire qui permet la mise sur le marché de
médicaments n’ayant pas encore été admis au remboursement). Sans remettre en cause la
fiabilité globale de l’exercice de prévision, la mission propose d’une part l’actualisation
régulière des prévisions et d’autre part des améliorations méthodologiques pour les fiabiliser.
Plus fondamentalement, les évolutions évoquées supra ne permettent plus au système de
régulation existant de jouer correctement son rôle : la clause de sauvegarde, plafonnée depuis
le PLFSS 2025, ne constitue plus un outil de régulation de dernier niveau. La volonté de
maitriser la dépense tout en ayant moins recours aux baisses de prix depuis 2019 a créé un
écart entre le montant autorisé (montant M) et la dépense réelle. Cet écart, de l’ordre
de 3 Mds€, ne peut être comblé par des baisses de prix ou d’autres mécanismes contributifs
existants (remises). Par ailleurs, le dispositif fait l’objet d’un contentieux croissant et apparaît
juridiquement fragile.
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Rapport
- 2 -
Le rétablissement d’une régulation efficace de la dépense de médicaments doit donc répondre
à deux enjeux :
d’une part, la nécessité de rétablir la clause de sauvegarde comme outil « de dernier
ressort » ;
d’autre part, la nécessité de conserver le rendement actuel de la clause (1,6 Mds€), les
finances dégradées de l’Assurance maladie ne permettant pas d’absorber ce montant
supplémentaire de dépense de médicaments.
La réforme de la régulation du prix des médicaments doit donc passer (i) par la création d’un
nouveau mécanisme de rendement, permettant de neutraliser la perte de recette au titre de la
clause de sauvegarde résultant d’un rehaussement du montant M à un niveau cohérent avec la
dépense actuelle de médicament, et (ii) par la transformation de la clause de sauvegarde pour
en faire un outil plus simple et moins contesté. La mission recommande pour ce faire
d’augmenter la taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises du médicament, en adoptant soit
un barème progressif, soit un taux unique, avec dans les deux cas un taux spécifique pour les
producteurs de génériques. Cette augmentation permettait de générer un rendement
équivalent au rendement actuel de la clause de sauvegarde. La simplification de la clause de
sauvegarde, dans un contexte où la réforme programmée de son assiette entrera en vigueur
en 2026 (passage d’un calcul fondé sur le montant remboursable à un calcul sur le montant
remboursé), pourrait passer par une suppression de la « part croissance » mise en place en
2023, une simplification des abattements et une sortie du dispositif pour les entreprises ayant
un faible chiffre d’affaires. La mission propose d’asseoir une partie de la régulation sur les
clauses de capping (plafonnement) négociées pour certains médicaments, qui pourraient de ce
fait être exonérés de clause de sauvegarde
Le renforcement de la régulation de la dépense de médicaments doit également passer par des
baisses de prix accrues. La mission formule des propositions pour renforcer la capacité d’agir
du CEPS lors de l’introduction et pendant la durée de vie d’un médicament notamment via la
révision régulière de l’amélioration du service médical rendu (ASMR), sur laquelle se fonde la
négociation de prix.
Il convient également de dissocier les objectifs de politique industrielle et de santé publique.
Ainsi, la mobilisation du levier prix pour apporter un soutien aux investissements des
entreprises pharmaceutiques (avoirs dits « CSIS », ou acceptation de prix faciaux/nets plus
élevés en contrepartie d’investissements) n’apparaît pas justifiée à la mission, ces dispositifs
conduisant à faire financer la politique industrielle par l’Assurance maladie. Le rapport entre
prix du médicament et décisions d’investissement n’est ainsi pas évident, et pourrait faire
l’objet de travaux d’évaluation complémentaires.
Le maintien de prix faciaux élevés s’accompagne par ailleurs de coûts de distribution
croissants, les marges des officines et des grossistes-répartiteurs étant fixées par l’État sur la
base de ce prix facial : leur limitation est ainsi proposée par la mission.
Enfin, si les mesures proposées par la mission visent à renforcer la régulation de la dépense de
médicament à court-moyen terme par le biais du levier prix, deux autres pistes peuvent être
développées :
d’une part, la mobilisation d’autres leviers de régulation, notamment la
prescription/consommation de médicaments, la substitution et la répartition de la
dépense entre Assurance maladie, mutuelle et patient ;
d’autre part, des travaux à plus long terme peuvent être envisagés sur la question du prix,
avec une réflexion à mener sur la possibilité de négociations avec d’autres pays et sur les
leviers permettant de renforcer la transparence dans le prix des médicaments.
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SOMMAIRE
SYNTHÈSE DES PROPOSITIONS ..................................................................................................... 1
INTRODUCTION ................................................................................................................................... 3
1. LES DÉPENSES DE MÉDICAMENT SONT EN CROISSANCE CONSTANTE
DEPUIS 2015, AVEC UNE ACCÉLÉRATION APRÈS LA PÉRIODE COVID ....................4
1.1. La dépense de médicament a fortement crû en valeur, le montant des dépenses
nettes de médicaments étant passé de 25,3 Mds€ à 30,1 Mds€ en huit ans ...........4
1.1.1. Les dépenses de médicament, qu’il s’agisse de montants bruts, de montants
nets ou de montants remboursés a fortement crû au cours des cinq
dernières années, de l’ordre de + 18 % en matière de dépense nette. ............. 4
1.1.2. La part de la dépense de médicaments dans l’ONDAM a diminué depuis
2013, la dépense nette de médicaments continuant toutefois de croître sur
la période ..................................................................................................................................... 5
1.1.3. Les exercices post-COVID marquent une rupture de tendance, avec une
accélération des dépenses brute et nette de médicament .................................... 6
1.1.4. La dichotomie dépense brute/nette est portée par les stratégies
commerciales des laboratoires pharmaceutiques et par la libre fixation
par les industriels de l’indemnité perçue pour les médicaments en accès
précoce.......................................................................................................................................... 7
1.2. Le poids croissant des remises complexifie la prévision, les principaux écarts en
2024 résultant toutefois d’un défaut de prise en compte de données actualisées
...8
1.2.1. Le poids croissant des remises produit et des remises liées à l’accès précoce
complexifie la prévision de dépenses. ............................................................................. 8
1.2.2. En 2024, bien que l’augmentation des remises ait été surestimée, l’écart de
prévision s’explique avant tout par le retard dans la réalisation de la
prévision de rectification. .................................................................................................... 9
1.2.3. Des améliorations peuvent toutefois être portées pour renforcer l’exercice
de prévisions, en développant les outils utilisés et en renforçant le dialogue
avec les différents acteurs producteurs de données. ............................................ 10
1.3. Les prix faciaux croissants des médicaments ont une incidence sur les finances
publiques, tant en matière de marges réglementées que de gestion de trésorerie
pour l’Acoss ..................................................................................................................................... 11
1.3.1. La réforme de l’accès précoce en 2021 a participé à l’accroissement des
prix faciaux, en laissant la possibilité aux industriels de fixer librement
l’indemnité du médicament. ............................................................................................ 12
1.3.2. L’accroissement des prix faciaux a une incidence directe sur le coût de la
distribution, les marges grossistes-répartiteurs et officines étant fixées en
fonction du PFHT. ................................................................................................................. 13
1.3.3. Les remises constituent par ailleurs une avance de trésorerie faite aux
industriels, de l’ordre de 9 Mds€ en 2024. ................................................................ 13
1.3.4. Enfin, si cela n’a pas d’incidence directe sur les finances publiques, les
remises sont considérées comme des prélèvements obligatoires (PO),
venant accroître le taux de PO en France ................................................................. 14
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2. LA RÉGULATION DE LA DÉPENSE DE MÉDICAMENT EST EN DIFFICULTÉ, LES
MÉCANISMES VISANT À MAÎTRISER LES DÉPENSES FAISANT L’OBJET DE
CONTESTATIONS CROISSANTES ........................................................................................ 15
2.1. Une remobilisation de l’outil baisse de prix est nécessaire après de cinq ans de
moindre activation ....................................................................................................................... 15
2.1.1. Le montant total des baisses de prix rapporté aux dépenses de
médicaments est en diminution depuis 2021 .......................................................... 15
2.1.2. Le levier prix peut également être actionné, en revoyant le cas échéant les
marges consenties aux officines ..................................................................................... 16
2.2. La clause de sauvegarde, initialement outil de régulation de dernier ressort, est
devenu un dispositif de rendement, l’évolution quasi-annuelle de ses
paramètres suscitant une instabilité juridique................................................................. 17
2.2.1. La clause de sauvegarde a fait l’objet de réformes chaque année depuis
2014 ............................................................................................................................................ 17
2.2.2. La transformation de la clause de sauvegarde d’outil de régulation de
dernier ressort en outil de rendement n’est pas un dispositif durable ........ 18
2.2.3. La clause de sauvegarde fait par ailleurs l’objet d’une contestation
croissante, avec un contentieux présentant des risques importants pour les
finances publiques. ............................................................................................................... 19
2.2.4. La transformation de l’assiette de la clause de sauvegarde par le passage
au montant remboursé, reportée à 2026 par la LFSS 2025, aura pour
conséquence des effets redistributifs importants. ................................................. 20
2.3. Les exemples de régulation à l’étranger s’appuient également sur d’autres
leviers, dont la mobilisation nécessiterait toutefois des transformations
majeures du système de protection sociale français ...................................................... 22
2.3.1. Des leviers de régulation complémentaires à celui du prix peuvent être
mobilisés ................................................................................................................................... 22
2.3.2. Les exemples étrangers qu’a pu observer la mission peuvent conjuguer
plus grande souplesse en matière de prix, mais contraintes plus
importantes sur les volumes. ........................................................................................... 22
3. LE RENFORCEMENT DE LA RÉGULATION DU PRIX DES MÉDICAMENTS DOIT
CONCILIER MAÎTRISE DE LA DÉPENSE ET ACCÈS DES PATIENTS AUX
MÉDICAMENTS ......................................................................................................................... 24
3.1. Une réforme de la clause de sauvegarde est nécessaire pour rendre le système
plus prévisible pour les entreprises et rétablir cet outil comme garde-fou de
dernier niveau ................................................................................................................................ 24
3.1.1. Une réforme de la clause de sauvegarde doit passer par la neutralisation
des 1,6 Mds€ de dépassement appelés en 2023 et 2024. .................................... 24
3.1.2. Cette augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires devrait par ailleurs
s’accompagner d’un maintien de la clause de sauvegarde, sous une forme
simplifiée, avec la suppression de la part croissance et une révision à la
hausse du montant M.......................................................................................................... 26
3.1.3. Enfin, une exemption de la clause de sauvegarde pourrait être portée pour
les médicaments acceptant des clauses de capping, sur une base
volontaire, et sans préjudice du maintien d’autres clauses (première boîte)
....................................................................................................................................................... 27
3.2. Une évolution des éléments pris en compte pour fixer le prix des médicaments
pourrait permettre de faciliter la régulation de la dépense dans les années à
venir .................................................................................................................................................... 28
3.2.1. Une révision plus régulière des ASMR pourrait permettre de renforcer la
fréquence des baisses de prix .......................................................................................... 28
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3.2.2. La fixation du premier prix facial d’un médicament passe par une
« garantie de prix européenne », que ne peut négocier le CEPS. .................... 29
3.2.3. Le prix du médicament étant fixé sur la base de son ASMR et de ses
comparateurs existants, une introduction d’éléments relatifs au coût de
production ou à la politique industrielle ne semble pas pertinent. ............... 30
3.3. De nouveaux outils ou la réactivation de leviers existants, pourraient également
permettre de réduire la dépense publique, en renforçant les capacités de
négociation du CEPS .................................................................................................................... 31
3.3.1. Le développement d’enceintes de négociations communes au niveau
européen, avec un projet pilote réunissant la France et un seul autre pays
pourrait être initié. .............................................................................................................. 31
3.3.2. Le développement d’outils d’horizon scanning (« balayage de l’horizon »)
en France pourrait permettre de mieux anticiper certaines évolutions,
mais constitue là aussi un enjeu commun aux différents pays européens. 32
3.3.3. Enfin, la réduction de la dépense publique pourrait passer par une action
renforcée en matière de taxation sur l’activité promotionnelle ..................... 33
CONCLUSION...................................................................................................................................... 34
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Rapport
- 1 -
SYNTHÈSE DES PROPOSITIONS
Proposition n° 1 : (DSS) Renforcer l’exercice de prévision en sécurisant des exercices de
prévision réguliers, en fiabilisant les données disponibles et en renforçant les échanges
avec le CEPS. Pour le cas spécifique de l’accès précoce, il pourrait être créé un calendrier
de débouclage trimestriels, avec des dates fixes de sortie du dispositif d’accès précoce
rendant plus prévisibles les conditions de débouclage.
Proposition n° 2 : (DSS) Présenter au sein de l’annexe V du PLFSS des données relatives
à la dépense de médicaments, en décomposant notamment les prévisions de chiffre
d’affaires brut des industriels, de remises, de clause de sauvegarde et de montants
remboursés par l’Assurance maladie.
Proposition n° 3 : (DSS) Réformer les taux réglementaires de marges des officines et des
grossistes-répartiteurs pour neutraliser l’évolution du prix facial, en réduisant le
montant du plafond au-delà duquel la marge devient nulle (1 930 € à la date de la
mission).
Proposition n° 4 : (DSS, Acoss) Mettre en place un versement des remises de manière
trimestrialisée, sur la base d’acomptes à payer calculés par les industriels, afin de lisser
le besoin de trésorerie de la CNAM et réduire la charge de la dette liée au versement des
remises en année N+1.
Proposition n° 5 : (DSS) Revoir et indexer le montant des baisses sur la croissance de la
dépense de médicaments, cette indexation conduisant à un rendement estimé à
1,2 milliard d’euros de baisses annuelles en 2026.
Proposition n° 6 : (DSS, CNAM, ATIH) Conduire un premier test pour le passage au
montant remboursé, en conduisant un exercice sur la base des données 2025 afin de
garantir la robustesse du nouveau système et l’exhaustivité des données transmises par
la CNAM et l’ATIH.
Proposition n° 7 : (DSS) Augmenter la taxe sur le chiffre d’affaires des laboratoires en
substitut du rendement actuel de la clause de sauvegarde, sous la forme d’une
contribution exceptionnelle de rétablissement et d’équilibre de la sécurité sociale
(CERESS), en contrepartie d’un rebasage du montant M et d’un engagement sur son
évolution.
Proposition n° 8 : (DSS, CEPS) Unifier l’assiette de calcul des remises produit en tenant
compte des chiffres d’affaires des médicaments en métropole et dans les DROM.
Proposition n° 9 : (DSS) Supprimer la part croissance de la clause de sauvegarde pour
simplifier son calcul, en rendant de fait inopérant le mécanisme de plafonnement
individuel.
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Rapport
- 2 -
Proposition n° 10 : (DSS, CEPS, Acoss) Sécuriser et renforcer la lisibilité de la clause de
sauvegarde, afin d’alléger la charge administrative portée par le CEPS dans sa gestion.
Proposition n° 11 : (CEPS) Mieux suivre les clauses de capping en évaluant l’enveloppe
globale de ces clauses, et étudier la possibilité d’offrir aux industriels consentant ce type
de clauses une sortie de l’assiette de la clause de sauvegarde pour les spécialités
concernées.
Proposition n° 12 : (HAS, CEPS) Mettre en place un dispositif de révision ciblée des ASMR
des médicaments comparateurs lors de l’introduction d’un nouveau médicament sur
une indication, et renforcer la disponibilité des données relatives aux ASMR par
indications.
Proposition n° 13 : (DSS) Le dispositif d’accès précoce pourrait être limité à deux ans
pour les autorisations délivrées en post AMM, en cohérence avec son caractère
dérogatoire et temporaire.
Proposition n° 14 : (DSS, CEPS) Revoir le panier de pays dont il est tenu compte pour le
prix européen, en envisageant la possibilité d’élargir à de pays extra européens comme
le Japon et la Corée du Sud.
Proposition n° 15 : Mettre fin au dispositif des avoirs CSIS financés par l’Assurance
maladie, notamment le dispositif d’avoirs ex-post, afin d’acter la dissociation des enjeux
de politique industrielle et de régulation des dépenses de santé. Si le dispositif était
maintenu, procéder à une évaluation de l’impact des dispositifs d’avoirs CSIS sur le
développement industriel de l’industrie pharmaceutique en France et de la pertinence
de leur maintien au sein des outils de régulation des dépenses de santé. Par ailleurs,
élaborer et mettre en œuvre un programme de contrôle des investissements ayant été
valorisés par le dispositif d’avoirs ex-ante.
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Rapport
- 3 -
INTRODUCTION
L’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales se sont
vues confier une mission d’évaluation du dispositif de régulation du prix des médicaments,
dans un contexte de triple difficulté :
la prévision de dépense de médicaments pour 2024 présentée au sein du PLFSS 2025 a
dû faire l’objet d’une rectification en cours de discussion, en novembre 2024, les remises
médicaments ayant notamment été revues à la baisse de l’ordre de 1,15 Mds€ ;
la clause de sauvegarde, dispositif de dernier niveau de régulation qui prévoit qu’au-delà
d’un certain montant de dépense de médicaments la dépense excédentaire donne lieu à
contribution des industriels, a vu son montant croître très fortement, pour
dépasser 1 Md€ en moyenne au cours des trois derniers exercices, et fait l’objet de
contestations croissantes de la part du secteur pharmaceutique ;
le prix du médicament doit ainsi répondre à un triple enjeu d’accès à l’innovation, de
maîtrise de la dépense et d’accès universel aux soins, ces objectifs étant difficilement
conciliables.
Lancée début mars 2025, la mission a rendu ses conclusions mi-juin 2025. Ses travaux ont
porté sur :
la prévision de dépense de médicaments, portée notamment par la direction de la
sécurité sociale (DSS), une pluralité d’acteurs intervenant dans la production des
données nécessaires (CNAM, ATIH, CEPS) ;
la fixation du prix des médicaments, ses sous-jacents, et les éléments pouvant avoir une
incidence dans la négociation d’un prix à la baisse ou à la hausse. La dichotomie entre
fixation des prix sur la base de l’amélioration du service médical rendu et éléments
externes intervenant dans la fixation de ce prix notamment en fonction d’objectifs de
politiques publiques distincts a été analysée par la mission ;
l’écart croissant entre prix facial et prix net et les remises que cette situation génère, les
clauses de remises se caractérisant par leur complexité et leur multiplicité tout en ne
portant paradoxalement que sur un nombre très limité de produits (6 % du nombre total
de médicaments remboursés en 2023) ;
le montant M et le dispositif de clause de sauvegarde, dont le rôle régulateur s’est
progressivement transformé en outil de rendement. Ce dispositif a fait l’objet d’une
attention particulière de la mission, les fragilités inhérentes à la clause de sauvegarde et
en particulier son insécurité juridique étant exacerbées par la croissance exponentielle
de son rendement.
La mission a rencontré les différentes parties prenantes du système de fixation des prix du
médicament, tant côté administrations publiques que côté laboratoires et représentants
d’intérêts. Les réflexions ont été complétées par des échanges avec des homologues
internationaux, notamment avec les conseillers sociaux d’ambassade et les administrations en
Belgique, Espagne et Norvège. La mission s’est appuyée sur des données transmises par le
CEPS, la CNAM et la DSS pour modéliser l’incidence d’évolutions de la clause de sauvegarde et
identifier les écarts de prévision.
Ce rapport contribue ainsi à mettre en évidence les pistes d’amélioration de la régulation du
prix du médicament, dans un contexte de contestation croissante du système actuel et de
nécessité de maîtrise de la dépense.
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Rapport
- 4 -
1. Les dépenses de médicament sont en croissance constante
depuis 2015, avec une accélération après la période COVID
1.1. La dépense de médicament a fortement crû en valeur, le montant des
dépenses nettes de médicaments étant passé de 25,3 Mds€ à 30,1 Mds€ en
huit ans
1.1.1. Les dépenses de médicament, qu’il s’agisse de montants bruts, de montants nets
ou de montants remboursés a fortement crû au cours des cinq dernières années,
de l’ordre de + 18 % en matière de dépense nette.
La dépense de médicaments recouvre plusieurs réalités.
Une première façon d’appréhender la dépense part du chiffre d’affaires des laboratoires. On
peut ainsi distinguer :
la dépense de médicaments « brute », qui renvoie à la somme des dépenses de
médicaments remboursables au prix fabricant hors taxe (PFHT), également qualifié de
prix facial1;
la dépense dite « nette », qui renvoie à la somme précédente après application des
remises conventionnelles, négociées entre le comité économique des produits de santé
(CEPS) et les industriels lors de la fixation du prix d’un médicament ;
la dépense dite « super nette » quand, en sus des remises sur les produits, est déduite la
contribution à la clause de sauvegarde ;
Une deuxième façon de considérer la dépense part du remboursement opéré par l’assurance
maladie. La dépense remboursée prend en compte les marges de distribution (grossistes
répartiteurs et officines) ainsi que les taux de remboursement appliqués. Cette dépense peut
être exprimée en brut ou en net, après remises.
Le graphique 1 présente l’évolution des deux premiers agrégats, dépense brute et dépense
nette, entre 2013 et 2023.
1 Le prix du médicament publié au Journal officiel, qui ne permet pas de connaître le prix réellement payé par
l’Assurance maladie, celle-ci ayant négocié des remises sur le prix de vente lors de la négociation de prix pouvant
aller jusqu’à 80 % de réduction sur le prix facial.
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Rapport
- 5 -
Graphique 1 : Évolution de la dépense de médicaments (2013-2023, en M€)
Source : rapport du CEPS 2023 ; mission.
Si l’évolution de la dépense de médicaments est restée relativement stable entre 2012 et 2016,
elle augmente fortement ensuite, et notamment à partir de 2019 : entre 2019 et 2023, le chiffre
d’affaires brut progresse de 33,7 %, et la dépense nette de 11,33 %. À titre de comparaison,
l’inflation cumulée entre le 1 er janvier 2019 et le 31 décembre 2023 s’est établie à 13,9 %.
1.1.2. La part de la dépense de médicaments dans l’ONDAM a diminué depuis 2013, la
dépense nette de médicaments continuant toutefois de croître sur la période
La part de la dépense nette de médicaments (hors évolution des taux de remboursement) dans
l’ONDAM a diminué au cours des dix dernières années, passant d’environ 13,8 % en 2013
à 10,4 % en 2022. Cette part réaugmente à partir de 2023, d’environ 0,5 points.
Si la part du médicament dans l’ONDAM a décru au cours de la dernière décennie, cela appelle
cependant deux commentaires :
d’une part, cette part repart à la hausse en 2023, malgré un montant appelé au titre de la
clause de sauvegarde historiquement élevé (1,6 Mds€) ;
d’autre part, cette décroissance n’est que relative, l’accroissement de la dépense brute
et nette permettant d’objectiver une progression de la dépense de médicaments
réelle mais moins dynamique que les autres postes de l’ONDAM : celui-ci a progressé
fortement du fait de la crise sanitaire (+2,4 Mds€ pour les arrêts de travail, + 4 Mds€ de
dotations complémentaires pour les achats des établissements, +2,3 Mds€ de primes
pour les personnels…), et par la suite, par exemple des hausses de salaires liées à
l’augmentation du point d’indice (après douze ans de stabilité sur ce poste entre 2010 et
2022). La diminution de cette part du médicament apparaît ainsi résulter tant de facteurs
conjoncturels (crises) que structurels (forte maîtrise de certaines dépenses sur d’autre
secteurs de l’ONDAM, ayant entraîné par la suite une forte augmentation).
Si l’ONDAM a crû plus vite que la dépense du médicament, celle-ci est restée très dynamique,
notamment après 2019 (+12,4 % après clause de sauvegarde pour la dépense nette).
25 200 24 700 25 300 25 400 26 100 26 100 26 700 27 300 27 900
30 400
33 400
36 500
24 740 24 154 24 384 24 291 24 864 24 577 24 607 24 008 24 378 25 005 26 953 28 225
-
5 000
10 000
15 000
20 000
25 000
30 000
35 000
40 000
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
CA PFHT Dépenses nettes
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Rapport
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1.1.3. Les exercices post-COVID marquent une rupture de tendance, avec une
accélération des dépenses brute et nette de médicament
Après 2019, la dépense brute de médicament augmente très fortement, en passant
de 27,9 Mds€ en 2020 à 36,5 Mds€ en 2023 (+30,8 %)., en lien avec l’augmentation des prix
faciaux. Le versement de remises réduit cette progression à + 15,8 % en quatre ans s’agissant
de la dépense nette.
Corrigé de la clause de sauvegarde, la dépense nette progresse de 9,1 % entre 2020 et 2023
(cf. graphique 2).
Graphique 2 : Évolution des dépenses nettes, des remises et de la clause de sauvegarde
Source : Mission, d’après des données DSS.
Si au cours des exercices précédents la dépense nette de remises et de clause de sauvegarde
est restée stable, voir diminue légèrement sur certains exercices (ne dépassant pas 24,8 M€
entre 2010 et 2020), la période 2020-2023 connaît une forte progression, la dépense super
nette atteignant 26,6 Mds€ à la fin de la période, avec une progression de près de 1 Mds€ par
an. Les chiffrages de la direction de la sécurité sociale (DSS) confirment cette tendance, avec
une projection de dépense super-nette à 28,5 Mds€ en 2024.
Le tableau 1 présente ces différentes données, issues du rapport d’activité du CEPS, plusieurs
éléments nécessitant néanmoins de retraitements (cf. note de bas de tableau).
Enfin, ces données ne prennent pas en compte les dépenses de distribution, à cette dépense
nette venant s’ajouter les marges grossistes-répartiteurs et pharmaciens, calculées sur le prix
fabricant hors taxe (PFHT).
25,2 24,7 25,3 25,4 26,1 26,1 26,7 27,3 27,9
30,4
33,4
36,5
-4 %
-3 %
-2 %
-1 %
0 %
1 %
2 %
3 %
4 %
5 %
6 %
0,0
5,0
10,0
15,0
20,0
25,0
30,0
35,0
40,0
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Clause de sauvegarde
Remises
Dépenses super-nettes
Evolution des dépenses super-nettes (axe de droite)
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Rapport
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Tableau 1 : Dépense brute, nette, et part de la dépense dans l’ONDAM (2012-2023)
Année 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
CA PFHT (Md€) 25,2 24,7 25,3 25,4 26,1 26,1 26,7 27,3 27,9 30,4 33,4 36,5
Remises produit
(M€) 460 546 711 1 015 1 006 1 365 1 916 2 466 3 246 4 631 5 683 7 102
Remises accès
précoce (M€) 0 0 205 94 230 158 177 826 276 764 764 1 173
Dépense nette
(Md€) 24,74 24,15 24,38 24,29 24,86 24,58 24,61 24,00 24,39 25,01 26,95 28,23
ONDAM (Md€) 171,1 175,4 180,0 184,5 189,3 193,8 195,2 200,3 218,9 224,6 247,2 244,1
Dépense
nette/ONDAM
avant CS (%)
14,5 13,8 13,5 13,2 13,1 12,7 12,6 12,0 11,1 11,1 10,9 11,6
CS (M€] 0 0 0 52 248 61 43 126 0 628 1 231 1 638
Dépense super-
nette 24,74 24,15 24,38 24,24 24,62 24,52 24,56 23,88 24,38 24,38 25,72 26,59
Dépense super
nette/ONDAM (%) 14,46 13,77 13,55 13,14 13,00 12,65 12,58 11,92 11,14 10,85 10,41 10,89
Source : Données CEPS ; PLFSS pour ONDAM ; mission. Note : La clause de sauvegarde 2019 ayant été annulée à la suite
d’un recours devant le juge administratif, son rendement pour cette année doit être diminué de 50 M€. Les données du
tableau n’intègrent pas non plus les avoirs sur remises, minorant le montant réellement versé d’environ 164 M€ par an.
1.1.4. La dichotomie dépense brute/nette est portée par les stratégies commerciales
des laboratoires pharmaceutiques et par la libre fixation par les industriels de
l’indemnité perçue pour les médicaments en accès précoce.
La dissociation entre prix facial et prix net des médicaments est allée croissante, et peut être
mesurée par la part des remises produit rapportée au chiffre d’affaires brut du médicament :
la part des remises sur le chiffre d’affaires du médicament brut est passée de 2,2 %
en 2013 à 19,5 % en 2023, avec une part supérieure à 10 % depuis 2020.
Le prix facial, bien que public, constitue un prix catalogue ne donnant pas d’indications sur le
prix réellement payé par le système de protection sociale. Les prix faciaux français sont utilisés
par d’autres pays dans le monde comme références : d’après les données transmises par les
différents acteurs industriel, la France est référencée dans 27 pays , 38 pays
voire 66 pays (directement ou indirectement, ). Si ce chiffre
varie fortement, les différents acteurs industriels rencontrés ont tous évoqué l’importance du
prix facial négocié en France, comme outil de référencement à l’international. L’affichage d’un
prix facial élevé, cohérent avec leur stratégie commerciale globale, est un élément important
de la négociation, en contrepartie duquel il est possible d’obtenir des prix nets plus faibles. La
mission n’a pu toutefois objectiver si les prix nets obtenus en France sont inférieurs à ceux
d’autres pays, ces données ne donnant lieu à communication ni des entreprises, ni des États.
La croissance des remises peut ainsi s’expliquer par un enjeu de régulation financière et
commerciale à l’échelle des différents machés mondiaux, les laboratoires étant plus enclins à
consentir une augmentation des remises, donc une diminution des coûts pour l’Assurance
maladie, sans révision du prix facial que de consentir des baisses de prix facial.
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Rapport
- 8 -
Le poids croissant des remises s’explique également par la réforme intervenue en 2021 pour
faciliter l’accès précoce aux traitements (transformation de l’ATU en accès précoce) : pour les
maladies graves ou rares et sans traitement disponible pour lesquelles le traitement ne peut
être différé, un médicament présumé innovant peut être pris en charge, en attente de
l’instruction du dossier par la Haute autorité de santé (HAS) et/ou du CEPS (négociation du
prix). Le prix du médicament, qualifié d’indemnité en l’attente de négociation, est fixé par
l’industriel librement, et fait l’objet de remises progressives, pour lisser le coût pour
l’Assurance maladie (70 % de remises sur le chiffre d’affaires au-delà de 100 M€ HT). Le poids
de ces remises légales a fortement progressé depuis 2021, passant de 366 M€ à 1 173 M€
en 2023, participant à l’inflation des remises produit.
1.2. Le poids croissant des remises complexifie la prévision, les principaux
écarts en 2024 résultant toutefois d’un défaut de prise en compte de
données actualisées
1.2.1. Le poids croissant des remises produit et des remises liées à l’accès précoce
complexifie la prévision de dépenses.
La croissance constante des remises produit (également appelée remises conventionnelles),
qui représentent désormais près d’un quart de la dépense brute de médicaments
(environ 9 Mds€ en 2024, pour un CA brut de 38 Mds€), complexifie la prévision de dépenses
de l’Assurance maladie présentée lors du projet de loi de finances de la sécurité
sociale (PLFSS).
Les prévisions de dépenses de médicaments (chiffre d’affaires brut) sont réalisées en ligne à
ligne (médicament par médicament pour les produits remisés, par aire thérapeutique pour les
produits non remisés), par le biais de projections linéaires corrigées selon la saisonnalité sur
la base des données trimestrielles de chiffres d’affaires transmises par le groupement pour
l’élaboration et la réalisation de statistiques (GERS)2 pour la ville et l’officine ainsi que des
données de l’ATIH pour l’hôpital. Deux prévisions sont réalisées par les équipes de la DSS. La
prévision initiale est effectuée lors de la construction de l’ONDAM N en LFSS de l’année N-1 (à
l’été N-1) et la prévision de rectification est effectuée lors de la révision de l’ONDAM N
en LFSS N (à l’été N). Les prévisions de rendement des remises conventionnelles sont ensuite
calculées sur la base du chiffre d’affaires brut de chaque médicament, en appliquant chacune
des clauses, indication par indication. La diversité des clauses (capping3, prix/volume,
première unité, performance…) et leur proratisation en fonction des indications concernées
complexifie le travail de prévision, et renforce la probabilité d’écarts. S’agissant des remises
d’accès précoce, l’exercice de prévisions fait l’objet d’un travail spécifique, notamment pour
prévoir la date et le prix définis lors du débouclage.
La concentration des remises conventionnelles sur un nombre réduit de produits (quatorze
produits à l’origine de plus de 50 % des remises depuis 2021), l’éventuelle prescription de
certains médicaments pour d’autres indications que celles déposées par l’industriel et prévues
par l’AMM, ou encore la date de « débouclage » (sortie de l’accès précoce) d’un médicament
sont autant d’éléments venant complexifier la prévision, et générant des écarts.
2 Le groupement pour l’élaboration et la réalisation de statistiques (GERS) est un groupement d’intérêt
économique (GIE) émanant des entreprises de l’industrie pharmaceutique, qui agrège les données de vente de
médicaments (officine et hôpital) de ses adhérents ; il est reconnu comme « tiers de confiance » par l’administration,
et produit les données permettant de calculer les remises produits notamment.
3 Plafonnement du chiffre d’affaires.
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Rapport
- 9 -
1.2.2. En 2024, bien que l’augmentation des remises ait été surestimée, l’écart de
prévision s’explique avant tout par le retard dans la réalisation de la prévision
de rectification.
Dans le cadre de la construction de l’ONDAM 2024 dans la LFSS 2024 (prévision initiale
effectuée à l’été 2023), la DSS a formulé comme hypothèse un taux de croissance des remises
produit de 20,2 %, pour un montant de 9 897 M€. Lors de la révision de
l’ONDAM 2024 (prévision de rectification initialement réalisée entre juin et août) dans le cadre
du PLFSS 2025 initial, les prévisions de rendement des remises et de la clause de sauvegarde
sont restées inchangés par rapport à la LFSS 2024 et l’exercice habituel d’actualisation des
prévisions de remise n’a pas été réalisé.
Lors du passage du PLFSS 2025 au Sénat en novembre 2024, la DSS a révisé sa prévision
d’ONDAM au sein du PLFSS déposé sur le fondement d’un exercice d’actualisation réalisé à la
fin du mois d’octobre, faisant apparaître une moindre recette relative aux remises à hauteur
de 1,150 Mds€ (430 M€ liés à une surestimation des remises d’accès précoce, et 265 M€ liés à
des baisses de prix ayant conduit à réduire les remises conventionnelles en année N). Si les
remises n’ont pas été correctement évaluées lors du dépôt du PLFSS, cela résulte avant tout de
l’absence de mise à jour des prévisions à l’été 2024, sur la base des données disponibles à ce
moment-là. Le rendement de la clause de sauvegarde a par ailleurs été revu à la hausse lors du
passage au Sénat par rapport au PLFSS à hauteur de 284 M€.
Les écarts principaux de prévision se situent avant tout sur les remises (1,15 Mds€ d’écarts,
dont 510 M€ liés aux remises conventionnelles, 660 M€ liés aux remises d’accès précoce
et 20 M€ aux avoirs sur remises), mais l’impact sur la dépense est réduit par une moindre
évolution des dépenses brutes de médicament (- 312 M€) et par un plus fort rendement de la
clause de sauvegarde (284 M€)4. Au total l’augmentation des prestations super nettes est
estimé à 554 M€ par rapport à la prévision initiale.
L’écart final sur les remises, présenté par le CEPS dans son estimation provisoire de mars 2025,
devrait atteindre 947 M€, avec une augmentation des dépenses super-nettes (post-clause de
sauvegarde) de 415 M€, soit 1,4 % du total de la dépense nette.
Tableau 2 : Analyse des écarts entre LFSS 2024, PLFSS 2025 avant et après passage au Sénat
concernant le rendement des remises et de la clause de sauvegarde (en millions d’euros)
Catégories
Octobre
2023
Octobre
2024
Écart
LFSS 2024
vs.
PLFSS
2025
(avant
Sénat)
Novembre
2024
Écart
PLFSS 2025
(avant Sénat)
vs.
PLFSS 2025
(passage
Sénat)
Écart
LFSS 2024
vs.
PLFSS
2025
(passage
Sénat)
Mars
2025 Écart
LFSS
2024
vs.
PAR
CEPS
LFSS 2024
PLFSS
2025
(avant
Sénat)
PLFSS
2025
(passage
Sénat)
PAR CEPS
Prestations
brutes 41 185 40 873 -312 40 873 0 -312 40 755 -430
Remises 9 897 9 897 0 8 747 -1 150 -1 150 8 950 -947
Prestations nettes 31 288 30 976 -312 32 126 +1 150 +838 31 805 +517
Clause de
sauvegarde 1 590 1 590 0 1 874 +284 +284 1 692 +102
Prestations
super-nettes 29 698 29 386 -312 30 252 +866 +554 30 112 +415
Source : Mission, d’après des données de la DSS.
4 Afin de compenser l’écart de prévisions sur les remises, le Gouvernement a présenté un rendement en
inadéquation avec ce qui pouvait être effectivement réalisé si l’engagement de plafonnement à 1,6 Mds€ était tenu.
Le rendement final de la clause de sauvegarde estimé par le CEPS en mars 2025 est d’environ 1,7 Mds€
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Rapport
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Si les écarts sont inhérents à l’exercice de prévision, l’exercice 2024 se singularise ainsi par
l’absence de mise à jour des données 2024 au sein du PLFSS 2025. Par ailleurs, la focalisation
du débat sur le montant des remises (1,15 Mds€), donnée non partagée dans les exercices de
prévision précédents, plutôt que sur l’augmentation de la dépense nette pour l’Assurance
maladie, a conduit à des questionnements de la part des industriels, la baisse du rendement
des remises s’accompagnant parallèlement d’une stabilité de la prévision de la dépense brute
de médicaments remboursés, une évolution relativement contre-intuitive.
1.2.3. Des améliorations peuvent toutefois être portées pour renforcer l’exercice de
prévisions, en développant les outils utilisés et en renforçant le dialogue avec les
différents acteurs producteurs de données.
La prévision telle qu’elle est réalisée actuellement par la direction de la sécurité sociale (DSS)
est fiable, mais présente plusieurs axes d’amélioration.
En matière d’outils, la mission a constaté que les fichiers relatifs aux prévisions de dépenses de
médicaments présentent des fragilités inhérentes à leur construction. Ces fragilités accentuent
le risque d’erreur et peuvent complexifier l’appréhension d’un tel fichier pour les nouveaux
prévisionnistes et dans le cadre d’un audit des méthodes de prévision. À ce titre, la mission n’a
pas été en mesure d’auditer les fichiers de prévision utilisés antérieurement à ceux de
l’année 2024. La construction d’un tel fichier de calcul est toutefois rendue difficile du fait de
la complexité de certaines clauses de remises. Des fichiers de calcul plus lisibles, avec des
formules automatisées et simplifiées et une meilleure structuration pourraient ainsi permettre
d’atténuer le risque d’erreurs et d’écarts lors de la prévision.
La répétition des exercices de prévision joue également un rôle important pour identifier les
évolutions de tendance, une actualisation régulière permettant d’identifier certains signes de
ces évolutions. Si la répétition d’un travail de prévision complet de manière mensuelle
représente une charge de travail extrêmement lourde et n’est pas pertinente, le renforcement
du nombre d’exercices apparaît toutefois utile, avec par exemple trois exercices par an (janvier,
printemps, septembre), portant a minima sur les produits remisés. La répétition de l’exercice
permettra également d’identifier de potentiels axes d’automatisation.
En matière de données, la DSS ne dispose pas par ailleurs de données détaillées sur plusieurs
segments, complexifiant son exercice de prévision :
en matière de baisses de prix, la DSS ne dispose pas des données exhaustives pour
l’année N lors de la prévision en PLFSS N-1, cette absence de données sur les baisses
pouvant conduire à des variations du chiffre d’affaires brut, et ne dispose pas non plus
de la structure de ces baisses de prix (sur des produits remisés ou non remisés), qui a un
impact sur les autres segments donnant lieu à prévision (remises et clause de
sauvegarde). La transmission par le CEPS d’une liste prévisionnelle des produits faisant
l’objet d’une baisse de prix en juillet de l’année N à la DSS pourrait ainsi permettre
d’imputer ces baisses dans la prévision rectificative de l’ONDAM, cette évolution devant
s’accompagner d’une notification anticipée du quantum de baisses de prix attendu sur
l’année de la part du CEPS ;
en matière de débouclage d’accès précoce, celui-ci peut intervenir à tout moment de
l’année, et la DSS doit donc anticiper le prix et la date de sortie de négociation. Un
dispositif visant à déboucler à dates fixes, par exemple aux 1 er février, 2 mai, 1 er août
et 2 novembre, la sortie de l’accès précoce et le calcul des remises de débouclage se
faisant sur la base d’un calendrier régulier, pourrait ainsi permettre de réduire
l’incertitude en matière de date de débouclage. Le débouclage comportant deux éléments
d’incertitude actuellement (la date de débouclage, et le prix de sortie du médicament),
ce dispositif permettrait ainsi de répondre au premier ;
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Rapport
- 11 -
enfin, pour les nouveaux médicaments et pour les médicaments nouvellement
génériqués ou pour les nouveaux biosimilaires, la DSS ne dispose pas de chiffre d’affaires
de référence lors de l’élaboration de la prévision. A titre d’exemple en 2024, la DSS
suivait 435 médicaments bénéficiant de remises, dont 134 ne disposaient d’aucun
chiffre d’affaires lors de l’élaboration de la première prévision en LFSS 2024, et qui ont
généré un CA total de 2,4 Mds€ (10,6 % du CA du médicament).
Proposition n° 1 : (DSS) Renforcer l’exercice de prévision en sécurisant des exercices de
prévision réguliers, en fiabilisant les données disponibles et en renforçant les échanges
avec le CEPS. Pour le cas spécifique de l’accès précoce, il pourrait être créé un calendrier
de débouclage trimestriels, avec des dates fixes de sortie du dispositif d’accès précoce
rendant plus prévisibles les conditions de débouclage.
Les tombées de brevets peuvent également contribuer à fragiliser la prévision, si celles-ci sont
mal anticipées. En 2024, ce défaut d’anticipation a contribué à un écart de prévisions à hauteur
de 70 M€ d’après les données de la DSS. Une obligation a été mise en place dans l’accord-cadre
entre le CEPS et le LEEM de 2021 afin que les industriels déclarent ces tombées de brevets,
mais seulement environ 25 % des entreprises y répondent selon le CEPS. Deux pistes de travail
pourraient être développées, que sont :
d’abord, un travail avec l’Institut national de la propriété intellectuelle, pour disposer
d’une liste exhaustive des brevets et CCP en matière de médicaments, et de leur fin de
protection ;
ensuite, des échanges réguliers à ce sujet entre le bureau 1C de la DSS et le CEPS
pourraient être organisés, pour assurer (i) de la prise en compte d’une tombée de brevet
prochaine et (ii) de l’arrivée d’un générique (ou biosimilaire) du médicament princeps.
Enfin, l’information transmise au Parlement sur la dépense de médicaments est lacunaire et
non systématique, l’annexe V du PLFSS (ONDAM et dépenses de santé) ne permettant pas de
connaître les hypothèses sur la dépense de médicaments, tant en matière de dépense brute que
de remises et de clause de sauvegarde. Un renforcement de la transparence sur ces
informations pourrait permettre de mieux identifier les écarts de prévision liés au médicament
et de partager avec les parlementaires et les industriels les sous-jacents de la prévision.
Proposition n° 2 : (DSS) Présenter au sein de l’annexe V du PLFSS des données relatives
à la dépense de médicaments, en décomposant notamment les prévisions de chiffre
d’affaires brut des industriels, de remises, de clause de sauvegarde et de montants
remboursés par l’Assurance maladie.
1.3. Les prix faciaux croissants des médicaments ont une incidence sur les
finances publiques, tant en matière de marges réglementées que de gestion
de trésorerie pour l’Acoss
Comme indiqué supra, l’accroissement du prix facial des médicaments revendiqué par
l’industrie du médicament peut être en partie neutralisé par l’accroissement des remises
produit versées par les industriels, dans un système permettant à l’industriel de bénéficier de
prix catalogues élevés tout en assurant une maîtrise de la dépense pour l’Assurance maladie.
Toutefois, il induit également des surcoûts, non compensés, liées aux marges des distributeurs
et aux avances de trésorerie consenties de fait aux industriels.
A cet égard, le prix facial hors taxe (PFHT) moyen d’une boîte de médicaments remboursable
vendue en officine a fortement progressé, ce prix étant passé en moyenne de 7,25 € en 2013
à 9,95 € en 2023, en augmentation de 37,2 %. Ce prix ayant stagné entre 2013 et 2017, la
hausse est donc uniquement concentrée sur les six derniers exercices, et plus particulièrement
entre 2019 et 2023 (+26,3%).
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1.3.1. La réforme de l’accès précoce en 2021 a participé à l’accroissement des prix
faciaux, en laissant la possibilité aux industriels de fixer librement l’indemnité
du médicament.
L’analyse de la décomposition du montant des remises de débouclage (entre remises de l’année
en cours, et montants au titre des années antérieures) met en lumière une adéquation du
barème des remises avec le prix de sortie des médicaments.
Toutefois, si le barème permet d’encadrer la libre fixation du prix facial, il ne permet pas de
contraindre celui-ci, avec une potentielle croissance de ces prix sur le temps long : l’indemnité
moyenne par unité commune de dispensation (UCD) de l’ensemble des médicaments en accès
précoce était de 14 361 € en 2018, contre 53 506 € en avril 2025 : si le nombre de
médicaments en accès précoce et les aires thérapeutiques diffèrent entre ces deux dates, l’écart
donne toutefois une indication de la croissance du prix facial5.
De la même manière, l’indemnité par UCD la plus élevée pour une spécialité était de 350 000 €
pour Yescarta en décembre 2018, de 1945 000€ pour Zolgensma en septembre 2021 et
de 3 500 000 € pour Upstaza en avril 2025, soit une multiplication du montant de l’indemnité
maximale par dix. Ces trois spécialités sont des thérapies géniques, cette nouvelle catégorie de
médicaments tirant les prix à la hausse. Aux mêmes dates, le nombre de spécialités dont
l’indemnité dépassait 100 000€ était de trois en septembre 2018, de huit en septembre 2021
et de quatorze en avril 2025. Le graphique 3 met en lumière la multiplication par dix de
l’indemnité la plus élevée entre 2018 et 2025, et par neuf de l’indemnité moyenne des trois
médicaments immédiatement suivants en termes de montant d’indemnité.
Graphique 3 : Indemnité maximale en accès précoce et moyenne des trois indemnités les plus
élevées (hors maximale)
Source : Ministère de la santé, tableaux montant de l’indemnité maximale réclamée aux établissements de santé, entre
le 30 décembre 2018 et le 15 avril 2025 ; mission.
5 Cette moyenne masque une dispersion importante des indemnités fixées.
0
500 000
1 000 000
1 500 000
2 000 000
2 500 000
3 000 000
3 500 000
4 000 000
déc-18
mars-19
juin-19
sept-19
déc-19
mars-20
juin-20
sept-20
déc-20
mars-21
juin-21
sept-21
déc-21
mars-22
juin-22
sept-22
déc-22
mars-23
juin-23
sept-23
déc-23
mars-24
juin-24
sept-24
déc-24
mars-25
Indemnité maximale Moyenne indemnité trois suivants
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Rapport
- 13 -
1.3.2. L’accroissement des prix faciaux a une incidence directe sur le coût de la
distribution, les marges grossistes-répartiteurs et officines étant fixées en
fonction du PFHT.
Les pharmaciens d’officine et les grossistes répartiteurs sont en effet rémunérés pour partie
par des marges réglementaires, calculées sur le prix d’achat facial du médicament :
celles-ci s’établissent à 6,93 % pour les marges des grossistes-répartiteurs, avec un
plancher à 0,32 € et un plafond à 32,5 € ;
les marges des pharmaciens sont calculées sur le PFHT par application d’un barème
progressif compris entre 10 % (entre 0 et 1,91 €) et 5 % (jusqu’à 1 930 €), avec un
plafond de 97,65 €.
L’accroissement du prix facial induit mécaniquement une hausse de la dépense de distribution,
indépendamment du nombre de boîtes ou du nombre d’actes effectués, avec par conséquent
un effet induit sur la dépense de médicament une fois intégrés les coûts de distribution.
Dans son rapport charges et produits Propositions de l’Assurance maladie pour 2025 paru
en juillet 2024, la CNAM évaluait à 140 M€ en 2022 les dépenses supplémentaires pour
l’Assurance maladie en matière de distribution des médicaments du fait de l’accroissement des
remises sur les prix, respectivement 81 M€ pour les officines et 59 M€ pour les grossistes. Sous
l’hypothèse (qui est un majorant) d’un taux d’évolution similaire entre remises et marges, on
obtient pour 2023 un surcoût de 180 M€ (104 M€ officines, 75,7 M€ grossistes), et de 197 M€
en 2024.
La CNAM proposait de demander aux industriels le remboursement du surcoût de marge de
distribution payé par l’Assurance maladie du fait de l’existence de prix faciaux différents des
prix nets, cette proposition pouvant être utilisée comme levier de négociation avec l’industrie
pharmaceutique. Une voie alternative pourrait être de réformer les taux de marge des
grossistes répartiteurs et des officines, dans le cadre d’une réflexion plus globale sur le modèle
économique des distributeurs et en cohérence avec l’évolution du mode de rémunération des
officines (la rentabilité des grossistes et des officines a augmenté entre 2018 et 2022).
Proposition n° 3 : (DSS) Réformer les taux réglementaires de marges des officines et des
grossistes-répartiteurs pour neutraliser l’évolution du prix facial, en réduisant le
montant du plafond au-delà duquel la marge devient nulle (1 930 € à la date de la
mission).
1.3.3. Les remises constituent par ailleurs une avance de trésorerie faite aux
industriels, de l’ordre de 9 Mds€ en 2024.
Les remises médicament sont appelées une fois l’année révolue, en fonction des clauses
applicables au chiffre d’affaires du médicament (remises à la première boîte, clause
prix/volume etc.). Cela conduit ainsi l’Assurance maladie à rembourser les médicaments au
prix facial, puis, dans un second temps, à obtenir le remboursement de la différence entre prix
facial et prix net, qui intervient parfois près d’un an après la vente de la boîte (à titre d’exemple,
l’appel des remises produit 2022 a été fait en décembre 2023).
Ce paiement retardé des remises peut s’apparenter à une avance de trésorerie pour les
entreprises, globalement neutre dans une situation de taux d’emprunts nuls, mais dont l’impact
est plus significatif avec des taux d’emprunts à la hausse6 .
6 En 2023, la charge d’emprunt du régime général s’est élevée à 537,4 M€, dont 148 M€ imputés à la CNAM (DSS).
La croissance des remises accroît le recours à l’emprunt pour l’Acoss (prestations brutes en hausse), et la charge
d’intérêts afférente
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Rapport
- 14 -
Les remises étant pour deux tiers de leur montant (64,5 % en 2023, données CEPS) des remises
à la première boîte, leur calcul pourrait être mensualisé ou trimestrialisé, et l’industriel
pourrait verser de manière régulière, en fonction de ses ventes, les remises afférentes à
l’Assurance maladie. Les entreprises de l’industrie pharmaceutique disposant des données les
plus à jour concernant leurs ventes, le calcul des acomptes de paiement des remises pourrait
leur être confié, avec en fin d’année une vérification effectuée par le CEPS sur les montants
annuels versés, et une éventuelle demande de régularisation en cas de moins ou trop-perçu.
Sur la base d’un niveau de remise produits de 8 Mds€, la DSS estimait l’économie d’une
trimestrialisation à 100 M€ pour l’Acoss. Le versement de remises de façon trimestrielle, avec
le paiement d’un solde en fin d’année sur la base de la différence entre les versements effectués
et le total des remises devant être appelé pourrait ainsi être mis en place, une mesure similaire
ayant été portée par la DSS dans le cadre d’une « fiche mesures » pour le PLFSS 2025.
Proposition n° 4 : (DSS, Acoss) Mettre en place un versement des remises de manière
trimestrialisée, sur la base d’acomptes à payer calculés par les industriels, afin de lisser
le besoin de trésorerie de la CNAM et réduire la charge de la dette liée au versement des
remises en année N+1.
1.3.4. Enfin, si cela n’a pas d’incidence directe sur les finances publiques, les remises
sont considérées comme des prélèvements obligatoires (PO), venant accroître le
taux de PO en France
L’Insee distingue trois types de remises :
les remises d’accès précoce, enregistrées dans les comptes nationaux en diminution de
la dépense de consommation ;
les remises produit, enregistrées en impôts ;
la clause de sauvegarde, enregistrée en impôts.
Si l’inscription de la clause de sauvegarde en tant que prélèvement obligatoire (sans
contrepartie, et obligatoire) se justifie, la différence de traitement entre remises produit et
remises d’accès précoce est moins évidente, les remises produit ayant une contrepartie (un
prix facial élevé accordé à l’industriel), et n’étant pas obligatoires (l’industriel peut refuser la
négociation de prix facial/net, et a le choix d’un prix facial égal au prix net).
Une inscription des remises produit en diminution de la dépense de consommation
diminuerait le PIB de 9 Mds€, mais également les prélèvements obligatoires pour le même
montant : en 2023, cela aurait représenté 0,15 points de PO, et 0,2 points en 2024, soit une
baisse en 2024 de 42,8 % à 42,6 % de PO au sens de l’Insee.
La mission préconise que des échanges soient conduits avec l’INSEE afin d’envisager de
requalifier les remises produit en tant que diminution de la dépense de consommation plutôt
que prélèvements obligatoires.
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Rapport
- 15 -
2. La régulation de la dépense de médicament est en difficulté, les
mécanismes visant à maîtriser les dépenses faisant l’objet de
contestations croissantes
La régulation de la dépense de médicament est fondée sur la régulation des prix (baisses de
prix et remises) et le mécanisme garde-fou qu’est la clause de sauvegarde, a été transformé en
dispositif de rendement.
2.1. Une remobilisation de l’outil baisse de prix est nécessaire après de cinq ans
de moindre activation
2.1.1. Le montant total des baisses de prix rapporté aux dépenses de médicaments est
en diminution depuis 2021
Le montant des baisses de prix, de 885 M€ de baisses en moyenne annuelle entre 2014 et 2023,
a crû en euros courants au cours d’une première période (2013-2019), une inflexion à la baisse
pouvant toutefois s’observer depuis 2020, avec des baisses de prix ne dépassant pas 850 M€.
Ce recul des baisses de prix, tandis que la dépense nette augmentait sur la même période de
plus de 10 %, a participé à la croissance de la dépense, avec un effet incrémental, les baisses de
prix non réalisées venant participer à la croissance de la dépense de manière pérenne.
Le graphique 4 présente les baisses de prix rapportées aux dépenses nettes de médicaments
sur onze ans : si les économies liées aux baisses de prix atteignaient en moyenne 3,81 % entre
2012 et 2019, cette part tombe à une moyenne de 2,91 % entre 2020 et 2023, soit près d’un
point de moins. Sur douze ans, cette part est inférieure à 3 % seulement en 2021 et 2023, et
seulement à 3,04 % en 2022. En faisant la moyenne 2021-2023 (2020 étant une année
exceptionnelle du fait de la crise sanitaire, avec paradoxalement une moindre consommation
de médicaments), la moyenne tombe à 2,76 %, plus d’un point en dessous de la tendance de
temps long.
Graphique 4 : Économies liées aux baisses de prix rapportées à la dépense nette de
médicaments (2011 - 2023)
Source : CEPS ; Insee ; mission.
3,84 %
3,49 %3,71 %3,58 %3,36 %
3,68 %
4,01 %
4,80 %
3,35 %
2,37 %
3,04 %
2,86 %
0,00%
1,00%
2,00%
3,00%
4,00%
5,00%
6,00%
-
5 000
10 000
15 000
20 000
25 000
30 000
35 000
40 000
45 000
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Dépenses nettes Baisses de prix Ratio "baisses de prix sur dépense nette" (axe de droite)
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Rapport
- 16 -
Par ailleurs, l’inflation cumulée entre 2013 et 2023 atteint 19,1 % (17,5 % depuis 2017), des
baisses de prix d’environ 900 M€ en 2013 représentant près de 1,1 Mds€ en 2023 en euros
constants. Les baisses de prix n’ayant pas suivi l’inflation, celles-ci se trouvent ainsi près
de 20 % inférieures en euros constants aux baisses intervenues avant 2020.
Les moindres baisses de prix ont pu résulter de deux éléments :
de manière globale, d’un glissement de la régulation vers la clause de sauvegarde,
l’accroissement de la dépense de médicaments étant limité par le dépassement du
montant M. Cette solution n’est cependant pas pérenne (cf infra 2.2);
de manière ciblée sur certains médicaments, des arbitrages ministériels ont pu
intervenir lors des négociations entre le CEPS et l’exploitant pour atténuer les baisses de
prix demandées, dans au moins cinq situations entre 2023 et 2025, en contrepartie
notamment d’engagements des industriels à effectuer des investissements. La relation
entre localisation d’un investissement productif et moindre baisse de prix sur un
médicament n’apparaît pas évidente (cf infra 3.2.3). Un arbitrage sur l’opportunité de
permettre cette pratique est ainsi nécessaire, un recours trop important à cette
procédure dérogatoire pouvant inciter les laboratoires à se détourner de la négociation
avec le CEPS pour obtenir de manière systématique des arbitrages politiques
Une indexation du montant des baisses de prix sur la croissance de la dépense nette de
médicaments permettrait de fixer une enveloppe de dépenses stable pour les médicaments,
tout en renforçant la prévisibilité du montant de baisses demandé au CEPS par le
Gouvernement : la dépense nette de médicament ayant cru de 21,7 % entre 2013 et 2023, c’est
ainsi non pas 842 M€ mais 1,02 Md€ de baisses de prix qui auraient été demandées en 2023.
Pour maintenir la proportion des baisses de prix au regard de la dépense observée avant 2019,
un montant minimum de 1,2 Mds€ de baisses de prix est ainsi nécessaire.
Proposition n° 5 : (DSS) Revoir et indexer le montant des baisses sur la croissance de la
dépense de médicaments, cette indexation conduisant à un rendement estimé à
1,2 milliard d’euros de baisses annuelles en 2026.
2.1.2. Le levier prix peut également être actionné, en revoyant le cas échéant les
marges consenties aux officines
L’action sur le prix des génériques est également un levier à disposition, même si les industriels
du secteur arguent de prix français inférieurs aux prix européens.
En contrepartie partielle d’une exonération totale ou partielle de la clause de sauvegarde et/ou
de la taxe sur le chiffre d’affaires pesant sur les génériqueurs (cf. infra 3.1), des baisses de prix
exceptionnelles sur le prix des génériques pourraient ainsi être envisagées
Elles pourraient être facilitées par une révision des conditions de remises pratiquées par les
génériqueurs au bénéfice des officines.
L’article L. 138-9 du code de la sécurité sociale prévoit en effet les possibilités de remises,
ristournes et avantages commerciaux et financiers assimilés aux officines pharmaceutiques,
avec, dans le cas des spécialités génériques, princeps génériques, hybrides substituables et
biosimilaires, un plafond fixé par arrêté7 établi à 40 % du PFHT. Le taux moyen de remises des
génériqueurs a atteint 25,3 % en 2023, pour 1,16 Mds€ de remises commerciales accordées
aux officines.
7 Arrêté du 6 mai 2025, NOR : TSSS2511815A
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Rapport
- 17 -
Un plafonnement de ces remises à 20 % dégagerait un montant d’environ 240 M€ pour les
génériqueurs, ou d’environ le double (470 M€) pour un plafonnement à 15 %. Ces mesures ne
peuvent toutefois s’envisager que dans le cadre d’une réflexion plus générale sur le modèle
économique des officines et sur le partage de la valeur dans la filière générique.
Deux dispositifs peuvent être envisagés :
soit une baisse du taux plafond de remise, se traduisant par un gain pour les
génériqueurs qui pourrait être repris en partie par une hausse de leur contribution au
titre de la clause de sauvegarde ou de la taxe sur le chiffre d’affaires par rapport à leur
niveau atteint en 2025 ;
soit un maintien du taux plafond de remise, mais une diminution des autres honoraires
de dispensation, cet élément n’ayant toutefois pas été approfondis par la mission.
2.2. La clause de sauvegarde, initialement outil de régulation de dernier
ressort, est devenu un dispositif de rendement, l’évolution quasi-annuelle
de ses paramètres suscitant une instabilité juridique
2.2.1. La clause de sauvegarde a fait l’objet de réformes chaque année depuis 2014
La clause de sauvegarde a été créée en 1999 comme dispositif de régulation de la dépense de
médicament de dernier niveau, visant à assurer une maîtrise en cas de trop forte augmentation
du chiffre d’affaires des entreprises du médicament. Plusieurs évolutions du dispositif ont eu
lieu au cours du temps, la dernière réforme majeure, en date de 2019, établissant un montant
plafond de référence exprimé en euros (« montant M ») : son dépassement conduit les
entreprises, solidairement, à devoir verser à l’Assurance maladie une fraction de la différence
entre ce montant et le chiffre d’affaires réellement réalisé.
Depuis sa création, le dispositif a évolué 18 fois (en 27 exercices) et est modifié chaque année
depuis 2014, soit dans son assiette, soit dans la manière de répartir le montant appelé entre
les différentes entreprises assujetties. Cette instabilité du dispositif, associée à l’imprévisibilité
de son montant pour les entreprises (dépendant des ventes des autres entreprises, et,
pour 30 %, de la croissance du chiffre d’affaires des entreprises en croissance8) et à la forte
augmentation du montant appelé (cf. graphique 5) conduisent à une forte contestation du
dispositif par les entreprises.
8 La clause de sauvegarde est calculée sur la base de deux segments, dont l’assiette est la différence entre le montant
M et le chiffre d’affaires des médicaments remboursables. D’une part, 70 % de la clause est réparti au prorata du
chiffre d’affaires de l’entreprise dans le chiffre d’affaires global du médicament remboursable (avec un
plafonnement à 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise), et d’autre part, 30 % de la clause est réparti au prorata
de la croissance des entreprise, seules les entreprises ayant vu leur chiffre d’affaires progressé étant soumise à cette
part.
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Rapport
- 18 -
Graphique 5 : Rendement net de la clause de sauvegarde depuis 1999 (M€)
Source : Mission, d’après données CEPS. Note : les montants présentés sont ceux appelés initialement.
2.2.2. La transformation de la clause de sauvegarde d’outil de régulation de dernier
ressort en outil de rendement n’est pas un dispositif durable
La clause de sauvegarde a été initialement conçue comme outil de régulation de dernier
ressort, devant venir contenir la dépense de médicament en cas d’accroissement imprévu et
trop dynamique de la dépense.
Au cours des six dernières années, celle-ci a cependant été activée de manière artificielle, en
conservant un montant M relativement stable entre 2019 et 2023 (passant de 100 à 105,6 en
base 100, contre 100 à 116,2 pour la dépense remboursée), en substitution de moindres
baisses de prix. Le maintien d’un montant M en-deçà de la dépense de médicaments réelle a
ainsi conduit à un dépassement systématique de celui-ci et à une activation de la clause de
sauvegarde.
L’insuffisante évolution du montant M au cours des cinq dernières années (cf. graphique 6),
notamment par rapport aux baisses de prix prévues (sa forte progression en 2025 ayant
comme corollaire un rendement plafonné à 1,6 Mds€ « sous réserve de l’atteinte des objectifs
d’efficience collectivement fixés ») a donc transformé le fonctionnement du dispositif, en en
faisant un outil de rendement plutôt que de dernier niveau.
0 0 0 0
153
296
526
0
422
0 0 0 0 0 0 0 52
248
61 43 126 0
628
1231
1638
0
200
400
600
800
1 000
1 200
1 400
1 600
1 800
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
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Graphique 6 : Évolutions du montant M, de l’indice des prix à la consommation et des montants
remboursés brut et net de remises entre 2020 et 2025 (base 100)
Source : Mission, d’après des données de la DSS, de l’Insee et de la Banque de France
La faible évolution du montant M et donc la régulation de la dépense par la clause de
sauvegarde est venue se substituer en partie au levier des baisses de prix, alors que son effet
sur la dépense de médicaments n’est pas pérenne, contrairement aux baisses de prix.
L’utilisation de la clause de sauvegarde comme outil de rendement contraint la régulation du
médicament et conduit à une situation ne permettant plus la mise à niveau de la dépense du
médicament par rapport au montant M par le seul levier de baisses de prix :
avec une dépense nette (avant abattements conventionnels, plafonnement à 10 % du
chiffre d’affaires etc.) supérieure de 3 Mds€ au montant M, toute évolution du montant
M à la hausse pour réduire le rendement de la clause de sauvegarde (1,6 Mds€
actuellement) conduirait de facto l’État à accepter d’accroître les sommes allouées au
médicament, dans un contexte de finances publiques contraintes ;
en alternative, la réduction de la dépense de médicaments pour l’aligner sur le montant
M devrait passer par des baisses de prix accrues (ou des remises plus importantes), en
supplément des baisses de prix annuelles négociées, inenvisageables rapidement au vu
des montants considérés. Le rattrapage du dépassement de 3 Mds€9 par des baisses de
prix supplémentaires à court terme apparaît ainsi illusoire.
2.2.3. La clause de sauvegarde fait par ailleurs l’objet d’une contestation croissante,
avec un contentieux présentant des risques importants pour les finances
publiques.
Le contentieux sur la clause de sauvegarde s’est accru avec l’augmentation des montants
appelés, le nombre de recours étant passé de 14 en 2021 à 21 en 2023.
9 Le dépassement est de 2 930 879 202 € pour la clause de sauvegarde de l’année 2023. Le CEPS l’estime
à 3 159 831 076 € pour la clause de sauvegarde de l’année 2024.
111,9
142,8
122,8
114,9
95,0
105,0
115,0
125,0
135,0
145,0
155,0
2019 2020 2021 2022 2023 2024
Montant M (base 100) Montant remboursé brut avant remises (base 100)
Montant remboursé net de remises (base 100) Indice des prix à la consommation (base 100)
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Rapport
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Un recours initié par deux laboratoires considérant que des remises conventionnelles avaient
été imputées à tort à l’année 2020 a conduit le tribunal administratif de Paris à annuler la
clause de sauvegarde 2019, décision confirmée en appel : 39 laboratoires ont ainsi demandé
un remboursement de leurs contributions, pour un total de 51 M€.
Le contentieux porte sur différents sujets :
le calcul de la clause de sauvegarde est fait sur la base du chiffre d’affaires net de remises
pour un industriel : un contentieux porté notamment par les producteurs de génériques
conteste la seule prise en compte des remises produit versées à l’Acoss, en souhaitant
élargir ces remises y compris aux remises commerciales faites aux officines, et pouvant
atteindre jusqu’à 40 % du prix d’un médicament générique. L’article L. 138-11 du code
de la sécurité sociale (CSS) prévoit que l’assiette de la contribution est établie sur la base
du chiffre d’affaires, les remises commerciales s’imputant comptablement directement
sur le chiffre d’affaires brut (pour donner le chiffre d’affaires net), et n’étant donc pas
apparentées à des charges. Une précision de l’article L. 138-11 du CSS permettrait de
sortir les remises commerciales de ce calcul, une réforme n’étant toutefois pas prioritaire
du fait du plafonnement de la contribution des génériqueurs (cf. infra) ;
en 2019, du fait d’une imputation à tort de certaines remises sur l’exercice 2019 ;
le mode de calcul des contributions individuelles.
Le mécanisme même de clause de sauvegarde fait l’objet d’un contentieux croissant, qui
témoigne d’une fragilité juridique du dispositif. Le contentieux sur la clause de sauvegarde est
aussi utilisé comme élément de négociation, le plafonnement de la contribution des
génériqueurs à hauteur de 1,75 % du CA réalisé au titre des médicaments génériques
remboursables ayant été par exemple octroyé dans le cadre d’un engagement ministériel
(« gentlemen’s agreement »), en contrepartie du retrait des recours des entreprises concernées.
L’Acoss provisionne environ 200 M€ par exercice au titre des contentieux contre la clause de
sauvegarde, soit 900 M€ pour les litiges entre 2021 et 2024. Une annulation des montants
appelés au titre de la clause de sauvegarde aurait toutefois des conséquences beaucoup plus
importantes, avec un risque de devoir rembourser plus d’un milliard d’euros en cas
d’annulation portant sur un des trois derniers exercices.
La fragilité juridique de la clause de sauvegarde est donc un élément d’attention, présentant un
risque important pour les comptes de la sécurité sociale en cas de contentieux gagné par les
industriels requérants.
2.2.4. La transformation de l’assiette de la clause de sauvegarde par le passage au
montant remboursé, reportée à 2026 par la LFSS 2025, aura pour conséquence
des effets redistributifs importants.
Prévue en LFSS 2024, puis reportée d’un an en LFSS 2025, la réforme de l’assiette de la clause
de sauvegarde (passage du montant remboursable au montant remboursé) devrait être
introduite à partir de 2026 pour une sécurisation de son calcul et de son recouvrement et une
mise en cohérence de l’assiette et du mode de calcul des contributions avec celle de la
contribution Z, dispositif de même nature que la clause de sauvegarde portant sur les
dispositifs médicaux. Cette réforme avait été proposée par le rapport de la mission régulation
des produits de santé d’août 2023, rédigé par des personnalités qualifiées à la demande de la
Première ministre10.
10 Mesure A.1, Mission « Régulation des produits de santé », aout 2023.
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Rapport
- 21 -
La réforme est susceptible de présenter plusieurs intérêts :
d’une part, elle devrait permettre de solutionner la question des retards d’appel de la
contribution, eux-mêmes dus à des retards de déclaration des entreprises, la donnée sur
l’assiette étant désormais issue des systèmes d’information de la CNAM ;
d’autre part, elle devrait permettre de réduire l’insécurité juridique du dispositif de
clause de sauvegarde, en sortant de l’assiette les médicaments remboursables mais non
remboursés (médicaments achetés en officine sans ordonnance).
Cette réforme présente cependant des difficultés de deux ordres, techniques et de répartition
des charges.
Techniquement, les données remonteront d’une part via la CNAM pour les officines et la
rétrocession, et d’autre part, via l’ATIH pour la dépense de médicament hôpital. Une évolution
des SI des deux organismes a été conduite, et ceux-ci ont indiqué à la mission pouvoir
transmettre les données au CEPS dès 2026. Aucun exercice n’a pour l’instant eu lieu, et un
premier test sur la base des données 2025 pourrait être conduit, pour garantir la robustesse
du nouveau système.
Le changement d’assiette aura un impact mécanique sur la contribution des entreprises, du fait
d’un écart entre dépense remboursable et remboursée variable selon les entreprises. En
premier lieu, l’écart entre la dépense remboursable et la dépense remboursée provient du fait
que certains médicaments peuvent être obtenus sans prescription et ne donnent alors pas lieu
à remboursement. En second lieu et surtout, le montant remboursé dépend du taux de prise en
charge par l’assurance maladie, lui-même dépendant du médicament (selon le service médical
rendu) et de la situation de l’assuré (bénéfice d’une exonération du ticket modérateur). Le
passage à une assiette fondée sur le remboursés fera contribuer de manière accrue,
relativement, les entreprises dont le portefeuille de médicaments est remboursé à 100 %. Une
entreprise produisant des médicaments innovants, remboursés à 100 %, contribuera ainsi
proportionnellement plus qu’une entreprise dont le portefeuille est constitué de médicaments
pouvant être achetés sans prescription ou dont le taux de remboursement est plus faible ou
nul du fait d’un service médical rendu plus faible voire insuffisant.
Les principaux effets redistributifs de la réforme (tableau 3 et tableau 4) proviennent donc de
l’écart entre dépense remboursable et dépense remboursée au moment de la réforme, cet écart
se prolongeant en dynamique du fait de l’écart d’évolution entre ces deux agrégats, qui variera
selon la composante du portefeuille de produits des entreprises.
Tableau 3 : État des lieux relatif aux gagnants et aux perdants de la réforme de l’assiette parmi
les 50 plus grands contributeurs bruts à la clause de sauvegarde pour 2023
Situation Nombre (en #) Montant (en €)
Gagnants 23 -120 423 960
Perdants 27 136 691 331
Total 50 16 267 371
Source : Mission d’après des données de la DSS et de l’Urssaf.
Tableau 4 : Effets redistributifs les plus importants rapportés à la contribution actuelle
Effets Nombre de
laboratoires
Pourcentage
maximale Montant maximal
Augmentation de plus de 10 %
de la CS 18 85,9 % 24,6 M€
Augmentation de plus de 5 %
de la CS 3 N.A. 7,2 M€
Baisse de plus de 10 % de la CS 16 46,4 % 19,1 M€
Baisse de plus de 5 % de la CS 5 N.A. 7,4 M€
Source : Mission d’après des données de la DSS et de l’Urssaf.
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- 22 -
Cet effet sur-contributif conduit la mission à proposer d’envisager la suppression de la part
croissance appelée au titre de la clause de sauvegarde, pour atténuer l’impact de la réforme
(cf. infra 3.1.2). Par ailleurs, cette suppression est demandée par plusieurs grands industriels,
dont certains verraient pourtant leur contribution augmenter : la suppression de la part
croissance conduirait l’ensemble des entreprises à se situer en deçà du plafonnement
individuel fixé à 10 % du CA net des remises, permettant à l’État de bénéficier d’une
augmentation des versements de clause de sauvegarde, à hauteur de 110 M€ (dans le cas d’un
rendement de la clause de sauvegarde au niveau actuel de 1,6 Mds€).
Proposition n° 6 : (DSS, CNAM, ATIH) Conduire un premier test pour le passage au
montant remboursé, en conduisant un exercice sur la base des données 2025 afin de
garantir la robustesse du nouveau système et l’exhaustivité des données transmises par
la CNAM et l’ATIH.
2.3. Les exemples de régulation à l’étranger s’appuient également sur d’autres
leviers, dont la mobilisation nécessiterait toutefois des transformations
majeures du système de protection sociale français
2.3.1. Des leviers de régulation complémentaires à celui du prix peuvent être mobilisés
Plusieurs leviers de régulation peuvent également être mobilisés, y compris au niveau national,
pour maîtriser la dépense de médicaments :
la prescription, une réduction du volume de médicaments prescrits étant susceptible de
réduire la dépense de médicaments, les économies liées à la « maîtrise médicalisée »
n’étant toutefois pas documentées à l’heure actuelle (construite uniquement sur la base
d’un tendanciel) ;
la consommation de médicaments, liée à la prescription, les Français consommant en
moyenne 41 boîtes de médicaments remboursés par patient et par an (données
CNAM 2024) ;
la substitution, avec le déploiement des génériques, mais également des biosimilaires et
hybrides, qui, si elle n’agit pas sur les volumes, permet d’agir sur la dépense du fait de
prix plus faibles ;
la participation du patient, avec un accroissement du reste à charge ou du ticket
modérateur.
2.3.2. Les exemples étrangers qu’a pu observer la mission peuvent conjuguer plus
grande souplesse en matière de prix, mais contraintes plus importantes sur les
volumes.
Le système allemand, mis en avant par plusieurs interlocuteurs de la mission, présente de
nombreuses limites. Ce système offre à un industriel une liberté tarifaire lors de l’introduction
d’un nouveau médicament, celui-ci pouvant fixer son prix pendant une première période de six
mois (12 mois jusqu’en novembre 2022), puis le prix étant négocié entre le laboratoire et
l’union des caisses d’assurance maladie. Les prix font l’objet de remises obligatoires (7 % pour
l’ensemble des médicaments, 16 % lorsqu’il s’agit d’un médicament générique), mais les prix
faciaux sont souvent plus élevés qu’en France.
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Rapport
- 23 -
La contrepartie de cette première fixation libre du prix emporte plusieurs conséquences :
d’abord, la dépense de médicaments est plus élevée en Allemagne qu’en France
(791 €/habitant contre 597 €/habitant en France d’après la DREES en 2022) ;
ensuite, cette libre fixation du prix peut trouver comme contrepartie un système plus
contraignant en matière de prescription : les médecins ont une enveloppe de
prescription limitée, fixée au niveau régional, et fonction de la spécialité, du nombre de
patients suivis et de leur profil épidémiologique. Un dépassement de l’enveloppe peut
conduire à des contrôles, voire à un remboursement d’une partie de la dépense
(dépassement de plus de 25 %) ;
enfin, le reste à charge pour les patients est supérieur à celui observable en France.
Une évolution du système français vers une plus grande souplesse en matière de fixation du
prix pourrait ainsi entraîner une croissance de la dépense de médicaments, et des évolutions
en matière de liberté de prescription et de reste à charge.
D’autres exemples étrangers d’encadrement de la prescription de médicaments ont été
présentés à la mission, avec notamment en Norvège la publication de liste de classements des
médicaments remboursables pour une même indication, le médicament classé en tête étant
celui ayant consenti le prix le plus bas dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres. Le
système norvégien régule ainsi le prix en deux temps, avec une première négociation sur le
prix, puis une procédure par appel d’offres pour des médicaments sur la même indication. Les
prix issus des appels d’offres ne sont pas rendus publics, seul le classement étant publié sur le
site du ministère de la Santé. La plupart des médecins sont soit salariés publics, soit libéraux
avec des contrats les liant à l’une des quatre directions régionales de santé. Par ailleurs, le reste
à charge pour les patients est plus élevé qu’en France, avec le paiement de 39 % du coût du
médicament pour les maladies chroniques ou nécessitant un traitement prolongé (équivalent
affection de longue durée en France), plafonné à environ 45 € (par prescription ou par
trimestre, pour certains traitements chroniques)11.
Des systèmes s’appuyant sur le remboursement, les marges de distribution ou sur la
mise en concurrence entre acteurs existent également.
En matière d’achats, le système danois centralise l’ensemble des achats de médicaments
utilisés dans les hôpitaux publics, contrairement au système français ou chaque hôpital est
incité à négocier un prix inférieur au prix facial, la différence de prix lui étant reversée par la
Sécurité sociale au titre de l’écart médicament indemnisable (EMI). Le système danois conduit
notamment à une mise en concurrence sur deux segments :
pour les médicaments matures, ayant des effets cliniques similaires et sur des indications
similaires, des appels d’offres sont lancés par « Amgros » (centrale d’achat de
médicaments danoise/négociateur de prix des médicaments), le médicament le moins
onéreux étant ensuite sélectionné ;
pour les génériques, un système similaire d’appels d’offres est mis en place, de manière
régulière (pour un an).
D’autres dispositifs existent à l’étranger, et permettent d’encadrer également la dépense de
médicaments :
en agissant sur le remboursement : en Allemagne, des « jumbo groups » constitués de
médicaments ayant des principes actifs différents mais une efficacité comparable sur une
indication (similaire ou proche) sont créés, avec un plafond de remboursement commun,
quelle que soit la molécule utilisée. Ce plafond de remboursement incite ainsi à se
tourner vers le médicament le moins onéreux, en tirant globalement les prix à la baisse ;
11 Le régime norvégien de sécurité sociale (salariés), site web du CLEISS, juin 2025.
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au Royaume-Uni, afin de réguler la marge des pharmaciens, un cadre contractuel fixe à
un maximum de 800 M£ les marges officinales, un dépassement pouvant conduire à une
renégociation de prix à la baisse, pour récupérer l’excédent (soit une simili clause de
sauvegarde utilisant comme proxy la marge pharmaciens) ;
en Belgique, des procédures automatiques de baisse de prix sur la base d’un taux unifié,
après une certaine durée, sont mises en place, permettant d’assurer une prévisibilité de
la baisse et un calendrier régulier de diminution des prix.
Ces différents instruments ne sont pas développés en France, mais pourraient faire l’objet de
travaux, notamment en matière de groupes thérapeutiques (« jumbo groups ») avec, y compris
pour les médicaments matures encore sous brevet, l’acceptation d’un prix ne pouvant être
supérieur à celui d’un médicament similaire et moins onéreux.
3. Le renforcement de la régulation du prix des médicaments doit
concilier maîtrise de la dépense et accès des patients aux médicaments
3.1. Une réforme de la clause de sauvegarde est nécessaire pour rendre le
système plus prévisible pour les entreprises et rétablir cet outil comme
garde-fou de dernier niveau
3.1.1. Une réforme de la clause de sauvegarde doit passer par la neutralisation
des 1,6 Mds€ de dépassement appelés en 2023 et 2024.
Une réforme de la clause de sauvegarde pour rétablir son rôle de garde-fou de dernier recours,
en mettant fin à son utilisation comme outil de rendement doit passer par une neutralisation
du dépassement actuel du montant M, et par un dispositif dont le montant doit être équivalent
au montant appelé au titre de la clause. 1,6 milliards d’euros actuellement répartis entre les
industriels devraient ainsi être obtenus, plusieurs leviers étant envisageables :
tout d’abord, des baisses de prix supplémentaires, avec pour difficulté la nécessité
d’ajouter ces baisses de prix aux baisses de prix annuelles, fixées à 1 Md€ en LFSS 2025,
et ce pour un montant au minimum équivalent, le rendement attendu devant
atteindre 1,6 Mds€ ;
ensuite, des remises supplémentaires consenties par les industriels (supposant donc une
renégociation des conventions avec les industriels), dix points de remises
supplémentaires ne permettant cependant qu’environ 800 M€ d’économies ;
enfin, une transformation du rendement de la clause de sauvegarde en impôt pérenne,
sur le modèle de certains pays de l’Union européenne (remises réglementaires de 7 %
en Allemagne sur le médicament, à l’instar d’une taxe sur le chiffre d’affaires, et taxation
sectorielle visant à limiter les profits du secteur variant chaque année au Royaume-Uni
au titre du VPAG, avec un taux de 22,9 % en 2025 (après 21,2 % en 2023 et 15,1 %
en 2024) ;
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Rapport
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d'autres mesures plus circonscrites peuvent être développées, mais avec un rendement
faible :
les données de vente outre-mer produites par le GERS, agrégateur des données de
vente de médicaments sont produites de manière séparée de celle des ventes
métropolitaines. Ces données ne sont pas prises en compte par le CEPS dans le
calcul des remises produit villes et hôpital, les produits vendus outre-mer l’étant
donc au prix facial. Le rendement d’une extension du champ des remises à l’outre-
mer est estimé à environ 100 M€ en année pleine par la mission ;
la hausse du montant de la taxe promotionnelle pourrait permettre un rendement
supplémentaire d’environ 100 M€ également (cf. 3.3.3) ;
le développement des génériques ou biosimilaires pourrait permettre une
moindre dépense, mais n’a pu être chiffré par la mission.
Au regard du montant du rendement de la clause de sauvegarde et prenant en compte le besoin
de sécuriser ce rendement par un outil alternatif, de renforcer la prévisibilité de la taxation
pour les industriels et de supprimer le mécanisme de solidarité implicite pouvant conduire à
une croissance du montant appelé au titre de la clause de sauvegarde pour un industriel dont
le chiffre d’affaires décroît, la mission considère pertinent de majorer la taxe sur le chiffre
d’affaires existante, plus prévisible, pour viser un rendement de 1,6 Mds€. Des baisses de prix
accrues permettraient de réduire le rendement appelé au titre de cette taxe.
Pour ce faire, la mission propose deux scénarios : soit l’application d’un barème progressif, tel
que présenté au sein du tableau 5 sur l’assiette actuelle, soit un taux unique, fixé à 6,6 % pour
l’ensemble des entreprises pharmaceutiques. Un barème progressif permettrait de moduler
l’effort selon la taille du laboratoire. Un taux unique de 2,5 % appliqué aux génériques
aujourd’hui exclus de l’assiette permettrait en outre d’obtenir un rendement de 111 M€, ce
taux pouvant également être appliqué aux médicaments orphelins, également exclus de
l’assiette. Au total, le rendement obtenu serait de 1 544-1 574 M€ pour les médicaments
remboursables hors génériques, 113 M€ pour les génériques, et 7 M€ pour l’assiette des
médicaments non remboursables (maintien de la contribution actuelle de 0,2 %), soit un total
d’environ 1 700 M€.
Tableau 5 : Barème d’imposition relatif à la contribution additionnelle proposé par la mission
CA médicament remboursable Taux d’imposition (en %)
Supérieur à 1 Md€ 9
Entre 1 Md€ et 100 M€ 7,2
Entre 100 M€ et 1 M€ 5,4
Inférieur à 1 M€ 3,6
Source : Mission.
La mise en place d’une augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires devra s’accompagner
d’un double engagement concernant le montant M :
d’une part, un rebasage de celui-ci au-dessus du montant de la dépense de médicaments
prévue en 2026 après baisses de prix, pour assurer l’adéquation entre d’une part
l’objectif de rendement (satisfait par la taxation sur le chiffre d’affaires) et d’autre part,
le rétablissement d’une clause de sauvegarde activée seulement en cas de dépassement
exceptionnel de l’enveloppe de dépense de médicaments ;
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d’autre part, un engagement sur l’évolution du montant M, avec à titre d’exemple son
indexation sur la croissance du chiffre d’affaires net du médicament ou sur la base d’une
formule plus développée tenant compte de la progression de l’ONDAM et du montant M
de l’année passée corrigé des baisses de prix, pour donner de la visibilité aux industriels
et éviter une nouvelle situation de stagnation du montant M (en contrepartie de
moindres baisses de prix), conduisant à une nouvelle dérive du montant appelé au titre
de la clause de sauvegarde.
Proposition n° 7 : (DSS) Augmenter la taxe sur le chiffre d’affaires des laboratoires en
substitut du rendement actuel de la clause de sauvegarde, sous la forme d’une
contribution exceptionnelle de rétablissement et d’équilibre de la sécurité sociale
(CERESS), en contrepartie d’un rebasage du montant M et d’un engagement sur son
évolution.
Proposition n° 8 : (DSS, CEPS) Unifier l’assiette de calcul des remises produit en tenant
compte des chiffres d’affaires des médicaments en métropole et dans les DROM.
3.1.2. Cette augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires devrait par ailleurs
s’accompagner d’un maintien de la clause de sauvegarde, sous une forme
simplifiée, avec la suppression de la part croissance et une révision à la hausse
du montant M
Maintenir une clause de sauvegarde simplifiée apparaît en effet nécessaire, comme outil de
régulation de dernier niveau. La fixation d’un nouveau montant M, supérieur à la dépense
remboursée 2025 (en contrepartie de l’augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires), devrait
conduire à ce que cette clause ne soit pas activée dans les premières années de la réforme.
Le maintien d’une clause de sauvegarde pourrait toutefois s’accompagner d’une simplification
du dispositif, dans un double enjeu d’efficacité et de lisibilité du dispositif.
Cette simplification pourrait d’abord concerner des éléments paramétriques :
une exonération des entreprises ayant moins de 100 000 € de chiffre d’affaires, leur
contribution au titre du montant M étant inférieure à 5 000 € au titre du montant
recouvré en 2023 par exemple ;
le recouvrement pourrait être plus largement confié aux URSSAF, avec la fin de la double
facturation CEPS/URSSAF et de l’envoi de documents similaires par les deux
institutions ;
une simplification du système d’abattement pourrait être menée, la suppression du taux
supérieur de 20 % permettant un gain d’environ 74 M€, la suppression de l’abattement
de 5 % un gain de 7,5 M€ ;
enfin, dans l’hypothèse de l’adoption de la taxe sur le chiffre d’affaires pour les
génériques à taux réduit (2,5 %), une sortie des génériques de l’assiette et du paiement
de la clause de sauvegarde, tel que cela était pratiqué avant 2019 pourrait être envisagé,
ces acteurs contribuant alors à la régulation de la dépense.
Ces différents éléments peuvent faire l’objet de négociations paramétriques (seuil
d’exonération, abattements maintenus ou supprimés), seule la mesure relative à une réforme
des abattements permettant toutefois une économie.
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Rapport
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Cette simplification peut aussi passer par une suppression de la part croissance
(« 70/30 »), qui n’a pas atteint son objectif.
Les effets redistributifs du changement d’assiette avec le passage au montant remboursé
évoqué supra (2.2.4) s’ajoutent à ceux résultant (i) de la réintroduction en 2023 d’une part
croissance et (ii) de l’impact du plafonnement de la contribution sur les génériques, qui majore
la contribution sur les autres médicaments. Si la répartition de la contribution entre les
entreprises correspond à la recherche d’un point d’équilibre entre des entreprises très
différentes par leur taille et la composition de leur portefeuille de produits, le but recherché
par la mise en place de la part croissance n’a toutefois pas été atteint : elle a pesé largement sur
les génériqueurs (jusqu’en 2024), et, s’agissant des médicaments innovants, son impact a été
inégal.
La part croissance a pesé relativement davantage sur les laboratoires disposant d’un
portefeuille produit dominé par les médicaments innovants, que sur les laboratoires ayant un
chiffre d’affaires important et un portefeuille plus diversifié, qui contribuent
proportionnellement moins, les baisses de prix sur les produits matures venant compenser la
croissance du chiffre d’affaires lié à l’innovation. En outre, les effets redistributifs liés à la
réforme de la clause de sauvegarde (montant remboursé) et à la sortie de la quasi-intégralité
du chiffre d’affaires des génériques de la clause proposés supra accroît mécaniquement le poids
des laboratoires porteurs d’innovation dans la clause de sauvegarde, et la part croissance
pourrait ainsi être supprimée, simplifiant son calcul en rendant de fait inopérant le mécanisme
de plafonnement individuel à 10 % (aucune entreprise ne contribuant à hauteur de 10 % de
son chiffre d’affaires remboursé).
*9 n° 9 : (DSS) Supprimer la part croissance de la clause de sauvegarde pour simplifier
son calcul, en rendant de fait inopérant le mécanisme de plafonnement individuel.
Proposition n° 10 : (DSS, CEPS, Acoss) Sécuriser et renforcer la lisibilité de la clause de
sauvegarde, afin d’alléger la charge administrative portée par le CEPS dans sa gestion.
3.1.3. Enfin, une exemption de la clause de sauvegarde pourrait être portée pour les
médicaments acceptant des clauses de capping, sur une base volontaire, et sans
préjudice du maintien d’autres clauses (première boîte)
Les clauses de « capping » (financement forfaitaire) désignent les clauses visant un
reversement de 100 % du chiffre d’affaires du médicament au-delà d’un montant fixé
conventionnellement. Ces clauses sont notamment mobilisées pour les médicaments
orphelins, dont la population cible est par définition très restreinte. Ces clauses de capping
permettent par ailleurs de maîtriser le risque de prescription du médicament sur une autre
indication, tel que cela peut exister dans certains cas (exemple emblématique de l’Ozempic
pour le diabète et l’obésité).
D’un point de vue théorique, la négociation d’une clause de capping engage l’administration et
l’industriel sur une enveloppe et sur un volume, l’État donnant sa propension à payer pour un
médicament, en contrepartie d’une fourniture théoriquement illimitée du médicament.
Dans l’hypothèse également théorique où tous les médicaments feraient l’objet d’un capping,
la sommes des cappings ne devrait pas excéder le montant M. Toutefois, les clauses de capping
sont loin de figurer dans toutes les conventions négociées avec le CEPS. Par ailleurs, ces clauses
ne sont pas conçues aujourd’hui comme les briques d’un dispositif global de régulation et de
contrainte de la dépense. Une telle évolution supposerait d’acter une évolution du rôle du CEPS,
avec un élargissement de son mandat, celui-ci ayant avant tout pour rôle de négocier des prix,
et non pas négocier des enveloppes de dépenses autorisées.
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Rapport
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L’exemption de clause de sauvegarde pour les médicaments acceptant un capping, dans une
situation où ces clauses seraient suivies de manière conjointes, et refléteraient concrètement
la propension à payer de l’État pour un médicament pourrait être proposée, en laissant le choix
aux industriels entre :
accepter une clause de capping, avec un risque « volume », en cas de dépassement du
capping le conduisant à une baisse de son prix unitaire (avec une incitation donc à bien
circonscrire la population cible d’un médicament) ;
refuser une clause de capping et accepter que le médicament en question entre dans
l’assiette de calcul du chiffre d’affaires utilisé pour la répartition de la clause de
sauvegarde.
Ce dispositif volontaire permettrait ainsi de mieux piloter la dépense, sans préjuger par ailleurs
du maintien d’autres clauses de remises, notamment à la première boîte.
Proposition n° 11 : (CEPS) Mieux suivre les clauses de capping en évaluant l’enveloppe
globale de ces clauses, et étudier la possibilité d’offrir aux industriels consentant ce type
de clauses une sortie de l’assiette de la clause de sauvegarde pour les spécialités
concernées.
3.2. Une évolution des éléments pris en compte pour fixer le prix des
médicaments pourrait permettre de faciliter la régulation de la dépense
dans les années à venir
3.2.1. Une révision plus régulière des ASMR pourrait permettre de renforcer la
fréquence des baisses de prix
Le prix du médicament est fixé sur la base du critère médical qu’est l’amélioration du service
médical rendu (ASMR), critère relatif, la valeur d’un médicament étant définie en fonction de
son apport thérapeutique par rapport aux autres médicaments préexistants sur ce segment.
Cette ASMR, cotée de I à V (I étant un progrès thérapeutique majeur, V une absence de progrès
thérapeutique), est le premier critère de fixation du prix d’un médicament, un médicament
n’apportant pas de progrès thérapeutique ayant vocation à entrer sur le marché avec un prix
inférieur à son comparateur, tandis qu’un médicament apportant un progrès élevé entrera sur
le marché avec un prix plus élevé.
Le caractère relatif de cet ASMR induit cependant que l’introduction d’un nouveau médicament
sur une indication avec une ASMR I à III devrait avoir pour corollaire la révision de l’ASMR des
médicaments comparables précédemment introduits apportant une amélioration moindre, et
de leurs prix. L’absence de révision régulière est ainsi un élément d’inflation du prix de certains
médicaments, avec des comparateurs au prix toujours plus élevés, en l’absence de révision de
leur apport thérapeutique relatif.
Un travail plus fréquent est ainsi nécessaire pour réviser les ASMR, avec deux possibilités :
soit une révision récurrente, ainsi qu’elle était prévue initialement, tous les cinq ans ;
soit une révision ciblée, avec lors de l’introduction d’un nouveau médicament d’ASMR I
à III sur une indication, une révision de l’ensemble des ASMR des médicaments
comparateurs ou ayant une même visée thérapeutique.
La seconde option apparaît plus pertinente, car mieux ciblée, et pourrait conduire à des baisses
de prix plus fréquentes (lors d’une révision d’ASMR à la baisse).
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Rapport
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Cette réévaluation des ASMR de manière récurrente nécessiterait également une meilleure
structuration des données dont dispose la HAS, avec la production de fichiers contenant
l’identification du médicament, ses indications, son ASMR par indication et la population cible
déclarée par le laboratoire, ces éléments n’étant actuellement pas consolidés dans un même
fichier.
La mission n’a pas pu expertiser la capacité de la HAS à effectuer ces missions supplémentaires.
Proposition n° 12 : (HAS, CEPS) Mettre en place un dispositif de révision ciblée des ASMR
des médicaments comparateurs lors de l’introduction d’un nouveau médicament sur
une indication, et renforcer la disponibilité des données relatives aux ASMR par
indications.
Par ailleurs, la mission fait le constat que le régime de l’accès précoce ne permet pas de borner
la négociation du prix, l’autorisation d’accès précoce pouvant être renouvelée sans limite de
temps. Lorsque l’autorisation d’accès précoce concerne un médicament qui détient une AMM
(environ 60% des cas), la prolongation des délais ne peut se justifier par la nécessité de
poursuivre des essais cliniques en cours : elle reflète surtout la difficulté à parvenir à un accord
sur le prix de référence. S’agissant d’un régime dérogatoire, la possibilité d’un report sans
borne de temps ne se justifie pas, et la mission considère qu’il serait pertinent, pour les
médicaments ayant obtenu une AMM (« post-AMM »), de le borner à deux ans. Dans le cadre de
cette réforme, il sera nécessaire d’étudier avec l’ANSM et la HAS les conditions dans lesquelles
la continuité des prises en charge en cours pourra être assurée.
Par ailleurs, une sortie plus rapide du dispositif d’accès précoce lisse le montant de la remise
de débouclage, réduisant le risque de contestation de la part d’un industriel du prix de sortie
(et donc du delta de dépense à rembourser à l’Assurance maladie), une durée étendue dans le
dispositif accroissant de facto la contribution finale en cas prix inférieur à l’indemnité fixée
librement par l’industriel.
Proposition n° 13 : (DSS) Le dispositif d’accès précoce pourrait être limité à deux ans
pour les autorisations délivrées en post AMM, en cohérence avec son caractère
dérogatoire et temporaire.
3.2.2. La fixation du premier prix facial d’un médicament passe par une « garantie de
prix européenne », que ne peut négocier le CEPS.
La négociation des prix du médicament entre le CEPS et les laboratoires se fait dans le cadre
d’un accord-cadre conclu entre le CEPS et le Leem12 qui prévoit une fixation du prix facial
spécifique pour les médicaments d’ASMR I à IV en primo-inscription : le prix facial hors taxe
d’une spécialité dont l’indication apporte une ASMR I à III (ou une ASMR IV s’il répond à un des
six critères exposés par l’accord-cadre) ne peut être inférieur au prix le plus bas pratiqué dans
l’un des quatre marchés considérés comme comparables à la France : Allemagne,
Royaume-Uni, Italie ou Espagne.
Cette garantie de prix facial peut conduire à des arbitrages de la part des industriels en matière
d’introduction du produit, avec par exemple le choix de recourir d’abord à l’accès précoce en
France (l’indemnité fixée étant libre, celle-ci permet à l’industriel de choisir son prix comparé
pour les autres marchés internationaux, le prix français étant souvent utilisé comme référence
cf. supra 1.1), ou d’introduire d’abord son médicament en Allemagne, où il existe une liberté de
prix au cours des six premiers mois de commercialisation du médicament. Ces arbitrages vont
ainsi contraindre la négociation sur le prix facial, en permettant aux acteurs industriels de
choisir leur prix d’introduction en fonction des règles des pays faisant partie du panier de prix
européens.
12 Organisation représentative des industries du médicament
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Le nombre de pays comparateurs utilisés par la France est relativement faible, certains pays
utilisant des paniers de prix extrêmement larges (31 pays comparateurs pour la Pologne), mais
la moyenne se trouvant autour d’une quinzaine de pays : parmi les quatre pays utilisés comme
comparateurs, l’Espagne prend pour référence les seize pays de la zone euro, l’Allemagne
quinze pays, et l’Italie 27. Le Royaume-Uni se singularise en ne tenant pas compte des prix
faciaux des médicaments dans des pays tiers, cette stratégie portant possiblement ses fruits ,
le Royaume-Uni ayant fréquemment des prix faciaux d’introduction inférieurs aux prix
d’introduction en France.
Une analyse de la direction du budget (DB) en 2024, sur un total de 38 médicaments
représentant environ 25 % du total de la dépense brute de médicament, étudiait l’opportunité
d’élargir le panier de prix pris en compte par la France. Il était ainsi estimé qu’un élargissement
aux seuls Japon et Corée du Sud permettrait une baisse du prix facial de 31 % : si la baisse du
prix facial à l’introduction ne conduit pas à une baisse mécanique du prix net, elle peut toutefois
permettre (i) de participer à la modération des prix faciaux, freinant l’inflation du couple prix
facial-prix net, et (ii) de réduire les dépenses au titre des marges de distribution.
Proposition n° 14 : (DSS, CEPS) Revoir le panier de pays dont il est tenu compte pour le
prix européen, en envisageant la possibilité d’élargir à de pays extra européens comme
le Japon et la Corée du Sud.
3.2.3. Le prix du médicament étant fixé sur la base de son ASMR et de ses comparateurs
existants, une introduction d’éléments relatifs au coût de production ou à la
politique industrielle ne semble pas pertinent.
Les éléments pris en compte lors de la fixation du prix du médicament sont développés à
l’article L. 162-16-4 du code de la sécurité sociale (CSS), et ne tiennent pas compte des coûts
de production. À partir de 2022, des éléments relatifs à « l’implantation des sites de
production » ont été ajoutés à la politique de tarification, en liant prix et décision
d’investissements de la part des industriels (article 65 de la LFSS 2022).
La doctrine de fixation des prix a ainsi progressivement évolué, avec la mise en place de trois
dispositifs principaux.
Tout d’abord, la possibilité de hausses de prix a été introduite dans l’accord-cadre liant le CEPS
et le LEEM par avenant, en offrant à l’industriel la possibilité de renégocier un prix à la hausse,
en intégrant des éléments de coûts de production dans la fixation du prix du médicament,
lorsque l’entreprise fait face à un « contexte de hausse de coût ». Ces éléments liés au coût de
production présentent de nombreuses limites, tant en matière d’exhaustivité des données
transmises au CEPS (qui n’a pas de garantie de complétude ou de véracité des documents
transmis) et d’absence de transparence sur l’ensemble des coûts de production, que
d’intervention inopportune en matière de concurrence, la hausse de prix pouvant soit résulter
d’un contexte national ou international, soit de choix stratégiques défaillants de l’entreprise.
L’évolution de ce dispositif de hausse de prix, en le rendant plus contraignant (transparence
complète sur les coûts de production, hausses limitées dans le temps avec la nécessité de
transmettre de nouveaux justificatifs à chaque période d’un an, et sélection des médicaments
en fonction de leur criticité) pourrait ainsi permettre de renforcer son efficacité. Une étude
d’impact, après cinq ans d’existence du dispositif (2026) pourrait par ailleurs être effectuée
par le CEPS, pour étudier son apport et ses limites.
Ensuite, les avoirs au titre du guichet du Conseil stratégique des industries de
santé (avoirs CSIS), « en soutien des investissements industriels aux niveaux national et
européen » ont été analysés par la mission, ces avoirs étant octroyés aux industriels en
contrepartie des investissements réalisés par les industriels du médicament en France ou en
Europe.
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Entre 2015 et 2023, les avoirs CSIS ont représenté un montant de 768 M€ (dont 546 M€ sur
les exercices 2020-2023). Ces avoirs sont imputables sur l’ensemble des remises dues à
l’Assurance maladie, et permettent ainsi aux industriels de réduire les montants dus au titre
des remises produit, d’accès dérogatoire ou exonératoires de la clause de sauvegarde. Par
ailleurs, 40 M€ d’avoirs « exceptionnels » ont été octroyés en janvier 2024 aux laboratoires
génériqueurs, sans que cette décision ne se soit appuyée sur un document écrit.
La mission n’a pas pu objectiver l’effet incitatif sur les investissements des avoirs CSIS, ceux-ci
s’apparentant plus à un crédit d’impôt dont le montant n’est pas prévisible par les industriels.
À la date de juin 2025, aucun contrôle relatif à la bonne réalisation des investissements ayant
conduit à l’octroi d’avoirs ex-ante n’avait été diligenté, et la mission n’a pu consulter
d’évaluation de l’impact du dispositif d’avoirs CSIS sur le développement industriel.
Enfin, l’article 65 de la LFSS 2022 a introduit la prise en compte dans la fixation du prix « de
l’implantation des sites de production », liant tarification du médicament et souveraineté
industrielle. Ces majorations ont été appliquées pour cinq nouveaux produits depuis 2022,
sans analyse chiffrée des montants que cela a pu représenter. La DGE estimait entre 47 M€
et 86 M€ l’impact budgétaire de l’article 65 dans une première évaluation. Lors des échanges
avec plusieurs groupes industriels, cette disposition n’est pas apparue comme participant de
manière significative aux décisions d’investissement sur le territoire français, d’autres
éléments (fiscalité, subventions) apparaissant comme plus susceptibles de conduire à la
réalisation de ces investissements. Le prix d’un médicament apparaît ainsi plus comme un
enjeu pour sa mise sur le marché français que pour la décision d’un investissement productif,
et aucun élément n’a été produit à la mission permettant d’objectiver les effets d’un prix
supérieur du médicament sur l’implantation d’usines de production.
Sans préjuger de l’efficacité de ces aides, il apparaît ainsi pertinent de déconnecter la fixation
des prix pris en charge par l’Assurance maladie et la politique de soutien aux investissements
industriels, ces deux éléments répondant à des objectifs de politique publique distincts.
Proposition n° 15 : Mettre fin au dispositif des avoirs CSIS financés par l’Assurance
maladie, notamment le dispositif d’avoirs ex-post, afin d’acter la dissociation des enjeux
de politique industrielle et de régulation des dépenses de santé. Si le dispositif était
maintenu, procéder à une évaluation de l’impact des dispositifs d’avoirs CSIS sur le
développement industriel de l’industrie pharmaceutique en France et de la pertinence
de leur maintien au sein des outils de régulation des dépenses de santé. Par ailleurs,
élaborer et mettre en œuvre un programme de contrôle des investissements ayant été
valorisés par le dispositif d’avoirs ex-ante.
3.3. De nouveaux outils ou la réactivation de leviers existants, pourraient
également permettre de réduire la dépense publique, en renforçant les
capacités de négociation du CEPS
3.3.1. Le développement d’enceintes de négociations communes au niveau européen,
avec un projet pilote réunissant la France et un seul autre pays pourrait être
initié.
La négociation de prix est une compétence des États membres au sein de l’Union européenne,
et malgré des initiatives communes développées par certains pays (exemple de l’initiative
BeNeLuxA, réunissant Belgique, Irlande, Pays-Bas, Luxembourg et Autriche), qui permet
théoriquement de négocier conjointement le prix de certains médicaments, cette possibilité ne
se réalise pas concrètement.
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Rapport
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Si une négociation commune sur l’ensemble des médicaments pourrait conduire soit à un refus
des acteurs industriels, soit à des négociations défavorables à certains acteurs (prix plus élevé
qu’en cas de négociation seul), le développement d’actions communes sur un nombre restreint
de spécialités pourrait toutefois être envisagé.
Les médicaments orphelins, qui se caractérisent par les maladies qu’ils traitent (maladies
rares), et donc, par extension, par leur population cible extrêmement réduite (moins de 5
personnes sur 10 000 touchées conformément au règlement (CE) n° 141/2000), sont recensés
sur une liste commune au niveau européen, tenue par l’Agence européenne des médicaments.
Le nombre très réduit de bénéficiaires offre des capacités de négociations distinctes fonction
du nombre potentiel de patients.
Le développement d’une initiative de négociation de prix commune entre la France et un autre
pays européen, l’Espagne ayant notamment signalé son intérêt pour un tel dispositif lors d’un
entretien avec la mission, pourrait être menée sur des médicaments orphelins, avec par
exemple la désignation d’un chef de file de négociation et un contrat de prix commun signé à
l’issue de la négociation. La réussite d’un tel pilote pourrait ensuite permettre de développer
ces négociations communes plus avant, la circonscription à un seul pays en premier lieu
facilitant la démarche.
3.3.2. Le développement d’outils d’horizon scanning (« balayage de l’horizon ») en
France pourrait permettre de mieux anticiper certaines évolutions, mais
constitue là aussi un enjeu commun aux différents pays européens.
Les industriels sont soumis, au titre des articles 3 et 4.a de l’accord-cadre de 2021,
à deux déclarations :
une déclaration d’échéance des brevets ou certificat complémentaire de
protection (CCP) (art. 3) ;
une déclaration sur les médicaments devant arriver sur le marché à
horizon cinq ans (art. 4.a).
Ces déclarations doivent permettre au CEPS de mieux anticiper la « générication »13 de certains
médicaments (et, partant, échelonner les baisses de prix amont) et l’apparition de nouvelles
spécialités, là aussi avec un travail d’anticipation des aires thérapeutiques où des baisses de
prix pourront avoir lieu dans le futur. En matière de prévision, ces données présentent
également un intérêt, notamment sur les sujets de générication.
Les déclarations réalisées à ce jour par les industriels restent lacunaires, et ne permettent pas
au CEPS de développer un travail de balayage de l’horizon précis.
Ces éléments présentent un intérêt pour l’ensemble des autorités négociatrices des pays
européens, et pourraient là aussi faire l’objet de travaux communs, notamment en (i)
développant une base commune des tombées de brevets, et (ii) en développant des travaux
conjoints sur les produits en cours de préparation, ces travaux pouvant être mis en œuvre dans
un premier temps dans un groupe limité de pays, pour mutualiser la charge.
13 Tombée de brevet et arrivée sur le marché de génériques ou biosimilaires.
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Rapport
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3.3.3. Enfin, la réduction de la dépense publique pourrait passer par une action
renforcée en matière de taxation sur l’activité promotionnelle
L’article L. 245-1 du code de la sécurité sociale prévoit une contribution des entreprises du
médicament, dont l’assiette repose sur l’ensemble des frais promotionnels engagés par
l’entreprise (visiteurs médicaux, achat d’espaces publicitaires, frais de congrès etc.).
Cette contribution se caractérise par :
sa complexité, chaque élément d’assiette faisant l’objet d’abattements distincts
(abattement forfaitaire de 2,5 M€, abattement de 3 % sur les dépenses de visiteurs
médicaux, abattement de 75 % sur les frais de congrès, abattement de 30 % lorsqu’il
s’agit de génériques…) ;
l’existence de quatre taux de contribution, fonction du rapport entre l’assiette de la
contribution (dépenses promotionnelles) et le chiffre d’affaires réalisé en France ;
une exonération des entreprises dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 15 M€.
Le rendement de cette taxe a atteint 113 M€ pour les médicaments en 2024, en constante
progression depuis 2021 (+ 17,5 %).
Ces dépenses promotionnelles contribuent à la croissance de la dépense de médicaments, car
contribuant à promouvoir l’usage de certains médicaments indépendamment de leur prix ou
de leur efficience. Par ailleurs, constituant une dépense supplémentaire pour l’industriel, celui-
ci doit l’intégrer dans ses coûts de structure, qui peuvent participer dans son objectif de prix
lors d’une négociation.
La mission propose le doublement du rendement de la taxation sur les activités
promotionnelles aurait deux incidences pour les finances publiques :
un gain supplémentaire d’environ 100 M€ pour la CNAM.
l'autre, dont le montant n’a pu être objectivé par la mission, de réduction éventuelle de
la consommation de médicaments, avec pour les médicaments non remboursables un
gain lié aux frais de dispensation et aux marges de distribution, et pour les médicaments
remboursables, d’éventuels gains y compris en matière de dépense de médicaments.
Le rendement de cette taxe reste limité, et un accroissement de son taux pourrait conduire à
une moindre dépense des industriels en matière de promotion, seul le second effet mentionné
étant alors susceptible de se matérialiser.
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CONCLUSION
Le système de régulation des prix du médicament a, depuis 2020, connu une dérive du fait
de baisses de prix insuffisante, de croissance des prix faciaux en contrepartie de remises
produit représentant désormais un quart de la dépense brute de médicaments, et d’une
propension à payer de l’Assurance maladie relativement stable en matière de médicaments.
La croissance continue des montants appelés au titre de la clause de sauvegarde, avec
la transformation de cet outil de maîtrise de la dépense de dernier niveau en outil de
rendement annuel fait l’objet de contestations croissantes. Ce dispositif est par
ailleurs fragile juridiquement du fait d’une mutualisation du dépassement du montant M
entre les différentes entreprises du médicament, indépendamment de leur croissance
financière. Une annulation de la contribution au titre de la clause pouvant avoir une
incidence majeure sur les dépenses de l’Assurance maladie (1,6 Md€ en 2023), la réduction
du montant appelé est nécessaire, pour rétablir cet outil comme garde-fou de dernier niveau.
L’augmentation de la taxe sur le chiffre d’affaires des médicaments pour absorber ce
surplus de dépense, concomitante à une forte augmentation du montant M (avec un
montant M fixé à environ 30 Md€) pourrait permettre cette résorption, sans toutefois
solutionner l’existence de dynamiques de transformation majeures en matière du
médicament, avec (i) une croissance très forte des prix, y compris nets, au cours des dix
dernières années, (ii) un accroissement des volumes de vente à anticiper, du fait notamment
du vieillissement de la population, et (iii) la nécessité de replacer le médicament dans un
contexte plus général, le prix étant un des leviers de réduction de la dépense, au même titre
toutefois que la prescription/consommation, ou la répartition de cette dépense entre
Assurance maladie, mutuelles et patients.
À Paris, le 13 juin 2025
Les membres de la mission,
Sous la supervision de
l’inspecteur général des
finances,
L’inspecteur général des
affaires sociales,
Marc Auberger
L’inspecteur des
finances,
Laurent Habert
Le Dr en pharmacie,
l'inspectrice des affaires
sociales,
Malak Abou Taam Samuel Monteil
Rémy Slove
L’inspecteur des finances
adjoint,
Ilyes Bennaceur
L’inspecteur des
finances,
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