La décarbonation des achats : définition, périmètre et enjeux - Decision-achats.fr
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2 juin 2026, 10:00
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Accueil / #Stratégie achats / #RSE & Achats durables Définition : réduire les émissions cachées dans la dépense fournisseur La décarbonation des achats désigne l’ensemble des actions menées par une organisation pour mesurer, piloter et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de sa chaîne d’approvisionnement amont – c’est-à-dire celles générées par les produits et services qu’elle achète à ses fournisseurs. Cette discipline est devenue centrale parce qu’elle traite de la part largement majoritaire des émissions de la plupart des organisations. Selon le GHG Protocol – référentiel mondial de comptabilisation des émissions – les émissions d’une entreprise se répartissent en trois scopes . Le Scope 1 couvre les émissions directes (combustion fossile sur site, flotte de véhicules de l’entreprise). Le Scope 2 couvre les émissions indirectes liées à l’énergie achetée (électricité, vapeur, chaleur). Le Scope 3 couvre toutes les autres émissions indirectes – amont et aval – réparties en 15 catégories normalisées. Pour la plupart des entreprises de services et d’industrie légère, le Scope 3 représente 70 à 95 % du total des émissions, et la catégorie 1 « Achats de biens et services » en concentre l’essentiel. Décarboner ses achats consiste donc à agir sur ce gisement principal. Cela suppose trois capacités distinctes mais articulées : mesurer les émissions par catégorie d’achat et par fournisseur, piloter la réduction via des objectifs, des plans d’action et un suivi régulier, et transformer la stratégie achats elle-même (sourcing, cahier des charges, panel, contrats) pour intégrer le critère carbone aux décisions. Méthodologies de mesure : spend-based vs activity-based Deux méthodes principales coexistent pour mesurer les émissions Scope 3 amont. La méthode spend-based part de la dépense par catégorie d’achat – issue du spend analytics – et la multiplie par un facteur d’émission propre à la catégorie (gCO2e par euro dépensé). Les facteurs proviennent de bases de référence comme la Base Empreinte® de l’ADEME en France, ou de bases sectorielles internationales (Exiobase, GHG Protocol Spend-Based Emission Factors). Cette méthode est rapide à déployer – il suffit d’avoir une cartographie de la dépense propre – mais elle est peu précise au niveau fournisseur individuel : deux fournisseurs vendant un produit identique génèrent le même résultat carbone calculé. Lire aussi : Top 5 des outils de décarbonation et achats responsables en 2026 La méthode activity-based part au contraire des volumes physiques consommés (kg de matière, kWh, kilomètres parcourus, jours-hommes facturés) et utilise les facteurs d’émission propres à chaque activité. Cette méthode est beaucoup plus précise mais demande la collecte de données beaucoup plus détaillées, idéalement auprès des fournisseurs eux-mêmes. La pratique mature combine généralement les deux : spend-based sur l’ensemble du panel pour la cartographie initiale, activity-based sur les catégories et les fournisseurs prioritaires pour le pilotage opérationnel. Une variante émergente est la méthode product-based : utiliser l’ ACV (Analyse de Cycle de Vie) d’un produit spécifique fourni par le fournisseur, conforme aux normes ISO 14040 et 14044 . C’est l’approche poussée par des acteurs sectoriels comme Carbon Maps , spécialisée dans l’agroalimentaire, qui couple GHG Protocol, IPCC (GIEC), INRAE et IA pour produire des ACV à l’échelle de milliers de produits. Cette approche devient dominante sur les marchés où l’affichage environnemental est obligatoire. Cadres méthodologiques et engagements Trois cadres structurent les pratiques. Le GHG Protocol Corporate Standard définit la comptabilisation par scopes ; le GHG Protocol Scope 3 Standard détaille les 15 catégories du Scope 3. La méthodologie française Bilan Carbone® , créée par l’ADEME et portée par l’ Association pour la transition Bas Carbone (ABC) , en propose une déclinaison nationale alignée. Les normes ISO 14064 et 14069 organisent la quantification et le reporting au niveau international. Au-delà de la mesure, l’engagement structurant est l’ objectif de réduction validé SBTi (Science Based Targets initiative). En janvier 2026, plus de 10 000 entreprises mondiales ont désormais des objectifs validés SBTi, alignés sur la trajectoire 1,5 °C de l’Accord de Paris (le cap historique des 10 000 entreprises ayant été franchi en janvier 2026 après la validation de plus de 2 800 nouvelles entreprises en 2025). Pour le Scope 3, l’engagement standard couvre au moins 67 % des émissions du périmètre, avec une trajectoire de réduction alignée sur les scénarios scientifiques. Ces engagements ne sont crédibles que s’ils s’accompagnent de plans achats opérationnels. Obligations réglementaires : CSRD, CSDDD, CBAM, VSME Quatre textes structurent le cadre réglementaire européen en 2026. La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), entrée en application progressive depuis 2024, impose à plus de 50 000 entreprises européennes un reporting de durabilité audité, intégrant la double matérialité (impact financier des risques climat sur l’entreprise + impact de l’entreprise sur l’environnement). Le Scope 3 fait partie des indicateurs obligatoires sous ESRS E1 (climat) – y compris pour les achats. Le paquet Omnibus de février 2025 a proposé de restreindre le périmètre obligatoire aux entreprises de plus de 1 000 salariés. La CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), entrée en vigueur le 25 juillet 2024 puis révisée par le paquet Omnibus de 2025 (avec un relèvement des seuils d’application), engage juridiquement la responsabilité des donneurs d’ordre sur les pratiques environnementales et sociales de leurs fournisseurs. Le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), entré dans sa phase opérationnelle définitive le 1er janvier 2026 après la phase transitoire 2023–2025, applique une tarification carbone aux frontières européennes pour les catégories fer/acier, aluminium, ciment, engrais, électricité, hydrogène – traduisant financièrement le carbone importé et rendant le pilotage carbone achats stratégique. Pour les fournisseurs PME, le VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs), publié par l’EFRAG le 17 décembre 2024 et recommandé par la Commission européenne le 30 juillet 2025 , structure les demandes que les grands donneurs d’ordre peuvent leur adresser, dans le cadre du value chain cap introduit par l’Omnibus européen (qui plafonne les demandes d’informations adressées aux entreprises de moins de 1 000 salariés). Ce cadre proportionné évite que la pression de la CSRD ne se reporte intégralement sur les PME, tout en standardisant la donnée carbone collectée. Bénéfices concrets et état du marché Une démarche structurée de décarbonation des achats produit quatre bénéfices. La conformité réglementaire (CSRD, CSDDD, CBAM), désormais opposable. La performance économique : anticipation des coûts CBAM, accès aux marchés publics et grands comptes exigeant des fournisseurs bas-carbone, négociation préférentielle avec les fournisseurs engagés. La résilience face aux risques de transition (énergies fossiles, réglementations à venir). Et l’ attractivité employeur : les directions générales constatent l’importance croissante du sujet climat pour le recrutement et l’engagement des collaborateurs, notamment des jeunes diplômés. Le marché des solutions s’est structuré en quelques années. Côté France, Greenly (~3 500 clients dont HSBC, AXA, Veolia, Ubisoft), Sami (environ 1 500 clients dont Doctolib, Intersport, Keolis), Carbon Maps (spécialiste agroalimentaire, fondé en décembre 2022), Sweep (Montpellier, 100 M$ levés) couvrent la majorité du paysage hexagonal. Côté international, Watershed (San Francisco, valorisé 1,8 Md$ en 2024) domine sur les grands comptes US et globaux, suivi par Persefoni , Plan A et le Microsoft Sustainability Cloud pour les écosystèmes Microsoft. Cette diversité d’acteurs reflète la maturité du segment et les profils variés des entreprises engagées. Ce contenu est publié par Mentioned