Le sénateur Claude Malhuret revient sur son discours sur l'IVG

25 septembre 2026

franceinfo

00:00 - 02:25
Intervenant 1
Quand je le revois, je repense non seulement à l'émotion de ceux qui l'ont écouté, mais je repense à ma propre émotion parce que en racontant cette histoire que j'avais jamais racontée, je n'étais pas sûr moi-même de pouvoir arriver à la fin de mon discours sans avoir un petit problème dans la voix.  L'enquête n'avait pas été bien difficile et l'on me demandait désormais d'examiner la suspecte pour savoir si elle venait ou non d'accoucher.  J'étais pétrifié.  Il s'agissait d'un infanticide, bien sûr, et la loi me commandait de m'exécuter.  Mais je savais aussi parfaitement pourquoi cette jeune femme était là, dans un pays comme tant d'autres où fille-mère, c'était le mot de l'époque, signifiait bannissement social et déshonneur pour la famille, où l'avortement était interdit et sévèrement puni. 

Et d'ailleurs, comment cette quasi-enfant aurait-elle pu se confier à quiconque pour trouver une faiseuse d'anges ?  C'est un discours lui-même très particulier.  C'est pas un discours de droit constitutionnel, même si c'était une réforme de la Constitution.  C'est pas un discours législatif à proprement parler.  C'est un discours d'émotion lui-même. 

C'était surtout l'histoire de cette jeune femme qui était importante, pas mon histoire à moi.  Mais des histoires comme ça ou des histoires pires, j'en ai vu comme tout médecin qui est confronté à cela et surtout dans les pays en guerre, dans les pays où je travaillais.  Donc c'était, c'était émouvant pour moi de me rappeler le visage de cette jeune femme, de me rappeler le contexte.  Des histoires comme celle-là, je pourrais vous en raconter d'autres si nous en avions le temps.  Des avortements clandestins qui se terminent mal, des condamnations, des stérilités définitives. 

Chez nous aujourd'hui, ces histoires n'existent plus depuis la loi Veil.  Je ne sais pas si ça a servi, si ça a changé une voix, mais j'ai vu quand même un certain nombre de mes collègues dont je pensais, dont je savais qu'ils voteraient non, s'abstenir en définitive.  Si on prend la parole dans ces conditions, c'est qu'on pense que c'est pas seulement par routine parce qu'il faut bien que quelqu'un prenne la parole, c'est parce qu'on pense que ça peut soit changer quelque chose sur le moment, donc changer dans le vote, soit changer quelque chose dans les opinions des Français.  Et aujourd'hui, comme ces discours sont largement répandus sur les réseaux sociaux, sont largement visualisés, l'impact n'est pas seulement celui immédiat du Congrès, c'est aussi l'impact à plus long terme.  Toutes les grandes lois sociétales sont passées à la fois à l'Assemblée et au Sénat. 

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