La dignité de la personne humaine : protéger la liberté individuelle ou l’individu contre lui-même ?
18 octobre 2026
Sommaire mis à jour le 18 oct. 2026
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France Culture
00:00 - 00:26
Intervenant 2
Laissez-nous vous protéger contre vous-mêmes. Cette injonction, dérangeante mais assumée, a trouvé sa place au cœur de notre droit. Elle s'est incarnée dans une catégorie juridique singulière, la dignité de la personne humaine. Cette dernière connaît depuis quelques décennies un profond déplacement. Longtemps perçue comme le socle des libertés individuelles, elle est de plus en plus invoquée pour en fixer les limites, ce qui soulève diverses difficultés.
00:27 - 00:52
Intervenant 1
Tout commence en 1995 avec l'affaire du lancer de nains. Dans plusieurs communes, des bars et salles de spectacles proposent au public de projeter contre rémunération des personnes atteintes de nanisme. À Morsang-sur-Orge, Manuel Wackenheim, alias Mister Skyman, exerce cette activité volontairement. Il y voit un moyen de travailler et de vivre dignement. Le maire interdit cependant le spectacle au nom de la préservation de l'ordre public.
00:53 - 02:17
Intervenant 2
Le Conseil d'État est alors confronté à une question décisive : une autorité publique peut-elle interdire une activité librement consentie au nom du respect de la dignité de la personne humaine ? Sa réponse est nette et durablement controversée. En transformant un être humain en projectile, en objet manipulé par un public parfois alcoolisé, en donnant à voir ses caractéristiques physiques comme un divertissement, on porte, selon le Conseil d'État, atteinte à la dignité de la personne humaine en tant que valeur collective et abstraite. Peu importe dès lors le consentement de l'intéressé, peu importe même qu'il estime avoir retrouvé une forme de dignité dans le travail, la dignité telle que la conçoit le juge ne se négocie pas, elle s'impose y compris contre la volonté de celle qu'elle est supposée protéger. Le message est clair : il existe des limites à ce que l'on peut accepter de faire de sa propre personne.
Depuis cette décision, le principe a été invoqué pour encadrer ou interdire divers comportements : sports de combats extrêmes, spectacles jugés dégradants, pratiques médicales, commerciales ou sexuelles. À chaque fois, le juge est sommé de répondre à une même question vertigineuse : faut-il protéger la liberté individuelle ou protéger l'individu contre lui-même ? La dignité apparaît ainsi comme un principe ambivalent. Elle est à la fois le fondement de la liberté et sa limite. Certes, la liberté n'est jamais purement individuelle, elle s'exerce dans un cadre social qui admet que certaines pratiques soient interdites, même librement consenties.
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