Budget des armées : audition de C. Vautrin et A.Rufo

27 octobre 2026

Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées Sénat

00:05 - 03:00
Intervenant 1
Madame la ministre, Madame la ministre déléguée.  Nous sommes évidemment ravis de vous recevoir aujourd'hui pour examiner les crédits des armées pour l'année 2027.  Le budget de l'année prochaine sera également le dernier voté sous la présidence d'Emmanuel Macron.  Ce moment est donc particulièrement important pour faire un bilan de la décennie écoulée qui aura vu les enjeux de la sécurité intérieure et extérieure changer du tout au tout.  Vous vous exprimerez aujourd'hui devant une commission largement renouvelée, vous le savez, mais nous aurons à cœur de maintenir évidemment les uns et les autres l'esprit constructif de nos échanges qui constitue la marque des travaux du Sénat. 

Je commencerai d'ailleurs par rappeler que nous partageons très largement la même analyse stratégique qui figure dans la révision de la revue nationale stratégique à laquelle le Parlement a participé, modestement mais participé, et qui a été adoptée au printemps dernier.  Et cette analyse comporte trois aspects au moins.  La menace que fait peser la Russie sur l'Europe ne peut évidemment plus être ignorée.  La guerre d'agression qu'elle a lancée contre l'Ukraine constitue une première étape et tous les services et les experts que nous avons auditionnés sont d'accord pour conclure que l'objectif du président russe est bien plus vaste et vise à remettre en cause toute l'architecture de sécurité en Europe ainsi que l'ordre international.  Le deuxième aspect concerne l'éloignement des États-Unis de l'Europe qui a commencé sous la présidence de Barack Obama avec le pivot asiatique et qui s'est accéléré avec les retours du président Trump. 

Cet éloignement oblige les Européens à penser leur défense par eux-mêmes et conforte notre objectif d'indépendance nationale.  Enfin, la menace pesant sur l'ensemble du continent européen, nous devons coordonner notre réponse avec nos alliés.  C'est tout le sens de la dissuasion avancée proposée par le président de la République et qui vise à mieux articuler la dissuasion nucléaire française avec les moyens conventionnels de nos alliés pour renforcer notre défense commune.  Et je voudrais rappeler à cet égard que notre commission a adopté le mois dernier un rapport d'information sur ce sujet.  Et je saisis d'ailleurs, Madame la ministre, l'occasion pour vous remercier et remercier vos services pour la qualité des informations auxquelles les rapporteurs ont eu accès. 

Le rapport qui a fait l'objet d'échanges approfondis avec votre cabinet et avec les armées permet non seulement d'éclairer les enjeux de la dissuasion avancée, mais il fait aussi des propositions pour pérenniser notre dissuasion nucléaire qui fait l'objet d'un renouvellement de ses deux composantes.  Et nous n'avons évidemment pas manqué de l'adresser à l'ensemble des ambassadeurs concernés par la dissuasion avancée.  Et hier à Bruxelles encore à l'OTAN où nous avons eu des demandes de ce rapport pour mieux comprendre pour certains de nos interlocuteurs la manière dont notre dissuasion fonctionne.  Si nous sommes évidemment d'accord sur les enjeux et les objectifs, nous divergeons néanmoins sur les moyens à consacrer à notre réarmement et sur le rythme de celui-ci.  Vous avez, vous aurez raison de rappeler, Madame la ministre, que les moyens auront doublé au cours de la décennie écoulée si on ne tient pas compte de l'inflation, mais j'y reviendrai. 

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