« quoi qu'il en coûte »
formule pivot 474 occurrences · 2018-07-18 → 2026-07-01Naissance publique : 2020-03-12 — Emmanuel Macron. Allocution télévisée Covid : la formule est prononcée trois fois pour garantir le soutien économique illimité de l'État.
Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)
À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)
Le signal est d'une netteté rare : deux emplois idiomatiques — l'adverbe ordinaire, sans charge politique — en deux ans et demi de corpus avant mars 2020 (Dominique Potier en juillet 2018, Christian Jacob deux semaines plus tard), puis l'explosion. La formule prononcée trois fois par Emmanuel Macron le 12 mars 2020 entre à l'Assemblée sept jours plus tard, le 19 mars, lors de l'examen du premier budget rectificatif — et c'est l'opposition qui l'importe : Éric Woerth (LR) « pour reprendre les mots du Président de la République », Valérie Rabault (Socialistes) — qui en fait explicitement une reconnaissance de dette : il faut « vérifier que l’engagement du Président de la République à mobiliser tous les moyens financiers nécessaires quoi qu’il en coûte sera vraiment mis en œuvre » — et Fabien Roussel (GDR), avant même que Laurent Saint-Martin ne la reprenne pour Renaissance. Dès juin 2020, la formule se substantive (« le « quoi qu’il en coûte » du Président de la République », Christine Pirès Beaune, 2 juin) : elle devient un objet politique. Le Gouvernement se l'approprie en 2021 pour construire le récit de sortie — Bruno Le Maire défend le 2 juin 2021 un soutien « ciblé et dégressif, pour que nous sortions progressivement et sans heurt de la politique du « quoi qu’il en coûte » que nous avions décidée avec le Président de la République » — puis le déclare mort en public le 30 août 2021, à l'université d'été du Medef, en tant que ministre de l'Économie : « Le quoi qu'il en coûte, c'est fini » — l'annonce officielle de la fin du soutien illimité, d'où l'expression d'acte de décès ; il le confirme en commission le 22 septembre 2021 (« Nous mettons fin au « quoi qu’il en coûte » ») et rappellera lui-même la scène dans le corpus : « Dès août 2021, lors de la Rentrée des entrepreneurs de France, j’ai déclaré qu’il était nécessaire de sortir des mesures d’urgences, du bouclier tarifaire et du « quoi qu’il en coûte » » (12 décembre 2024).
Or 79 % des 474 occurrences du corpus (376) sont postérieures à cet acte de décès. Le pic absolu tombe en octobre 2024 (25 occurrences), en pleine crise budgétaire, 1 128 jours après le « c'est fini » : LR en fait un fardeau rétrospectif (« les répercussions du « quoi qu’il en coûte » représentent un fardeau financier pour l’État et pour chaque Français », Fabien Di Filippo, 23 octobre 2024), la gauche — Socialistes, LFI, GDR et Écologistes cumulent 147 des 339 occurrences rattachées à une famille politique, soit 43 % — un étalon d'exigence sociale, et les Écologistes un gabarit productif : « Il faut donc un « quoi qu’il en coûte » écologique et scolaire » (Benjamin Lucas-Lundy, 20 mars 2024). Le RN, presque absent (13 occurrences sur 474), n'adopte la formule que le 27 juillet 2022, par Annick Cousin, 867 jours après sa naissance. Où vit-elle ? En commission (315 occurrences sur 474, contre trois seulement aux questions au gouvernement) : la formule présidentielle s'est fossilisée en catégorie comptable — un nom commun du débat budgétaire, détaché de l'événement qui l'a créé — que chaque camp retourne contre le budget de l'autre.
« Le groupe Les Républicains, comme tous les groupes représentés ici, aborde cet examen avec une certaine bienveillance, l’idée générale étant de donner à notre économie les moyens de résister à cette crise, et ce, pour reprendre les mots du Président de la République, quoi qu’il en coûte. »
« Il est de notre responsabilité de vérifier que l’engagement du Président de la République à mobiliser tous les moyens financiers nécessaires quoi qu’il en coûte sera vraiment mis en œuvre. »