Généalogie des éléments de langage

Le lexique sécuritaire et identitaire

De 2017 à 2026, les mots de la droite identitaire remontent la chaîne jusqu'au sommet de l'État — et le corpus des débats permet de dater chaque étape au jour près. Le cycle est presque toujours le même : le mot dort sur les bancs d'extrême droite ou chez un essayiste — « décivilisation » comme « grand remplacement » renvoient à Renaud Camus —, un ministre l'adopte publiquement (Gérald Darmanin pour « ensauvagement » en 2020, Jean-Michel Blanquer pour « wokisme » en 2021), la gauche l'importe dans l'hémicycle pour le dénoncer entre guillemets, puis il se banalise — ou meurt. Surprise centrale : à l'Assemblée, ce sont rarement les promoteurs d'un mot qui le prononcent en premier, mais ses adversaires ou ses cibles — « wokisme » y entre par la communiste Elsa Faucillon, « islamo-gauchisme » par les chercheurs mêmes que l'étiquette visait.

Le mot avant le ministre
1 010 jours
« Ensauvagement » à l'AN dès le 18 octobre 2017 (Marie-France Lorho, non inscrite), 1 010 jours avant l'interview de Darmanin au Figaro (24 juillet 2020)
Le pic de la loi « séparatisme »
278
Occurrences de « séparatisme » pour le seul mois de janvier 2021 — 22 % des 1 263 du corpus, au moment de la commission spéciale « Respect des principes de la République »
Le RN avant le président
57 jours
« Décivilisation » prononcée par Pierre Meurin (RN) en commission le 28 mars 2023, 57 jours avant Emmanuel Macron en Conseil des ministres (24 mai 2023)
De la dénégation à Matignon
1 959 jours
Entre la première « submersion migratoire » à l'AN (Amélia Lakrafi la niant, 17 septembre 2019) et le « sentiment de submersion » de François Bayrou (LCI, 27 janvier 2025)

Le corpus confirme la mécanique de captation attendue — un mot né à l'extrême droite finit dans la bouche d'un ministre —, mais il en inverse la chronologie interne. Presque chaque « naissance » publique a une préhistoire parlementaire : « ensauvagement » est prononcé en commission des lois dès le 18 octobre 2017 par Marie-France Lorho (députée non inscrite, Ligue du Sud), soit 1 010 jours avant l'interview au Figaro où Gérald Darmanin l'assume (24 juillet 2020) ; « décivilisation » sort de la bouche du député RN Pierre Meurin le 28 mars 2023, 57 jours avant Emmanuel Macron en Conseil des ministres ; « séparatisme » vit dès mai 2018 sous la plume du communiste Stéphane Peu — mais au sens social (« le séparatisme social », contre la relégation des pauvres), 642 jours avant que le discours de Mulhouse (18 février 2020), où Emmanuel Macron fait du « séparatisme islamiste » le nouveau cadrage officiel, ne re-sémantise le mot ; et « submersion migratoire » entre à l'Assemblée le 17 septembre 2019 par une députée Renaissance, Amélia Lakrafi, qui la nie (« il n'y a pas eu de submersion migratoire »). Quand le ministre adopte enfin le mot, il arrive souvent déjà entouré de sa polémique : les quatre phrases où Darmanin emploie le mot — ses cinq occurrences d'« ensauvagement », les seules du mot chez lui dans le corpus — datent du 28 juillet 2020 en commission des lois et sont toutes défensives : il vise « ceux qui critiquent mon usage du mot » et conclut en citant, via Richard Ferrand, l'historienne Mona Ozouf : « L'ensauvagement du langage annonce, prépare et fabrique l'ensauvagement des actes. »

La diffusion suit un ordre de bancs remarquablement stable. Le mot s'incube en commission — 67 % des 1 263 occurrences de « séparatisme » et 73 % des 459 de « communautarisme » y vivent ; « wokisme » y concentre 95 de ses 143 occurrences, dont 50 dans la seule commission des affaires culturelles et de l'éducation — avant de gagner la séance publique et, tardivement, les questions au gouvernement. Et c'est très souvent la gauche qui importe le vocable de ses adversaires : Elsa Faucillon (GDR) est la première à dire « wokisme » à l'Assemblée, le 20 octobre 2021 — 93 jours après son lancement médiatique par Jean-Michel Blanquer, dans l'audition budgétaire de Frédérique Vidal — pour renvoyer au gouvernement ses propres accusations : elle égrène « les suspicions en islamo‑gauchisme dans le monde enseignant », celles en « wokisme », puis « la tentative de mise au pas » des enseignants. En 2021, les sept occurrences attribuées d'« islamo-gauchisme » viennent toutes de la gauche — LFI (Éric Coquerel, Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon, Muriel Ressiguier) et PCF (Elsa Faucillon, trois fois) —, sur le mode ironique : Mélenchon vante un CNRS « qui a mieux à faire que d'aller surveiller les islamo-gauchistes » (29 mars 2021). L'usage sincère de « wokisme » n'arrive qu'avec les députés RN élus en juin 2022 : Julien Odoul l'assume le 12 juillet 2022, 358 jours après son lancement — un mot lancé par un ministre macroniste devenu munition frontiste.

Les morts sont aussi instructives que les naissances. « Séparatisme » ne s'éteint pas : après un pic de 278 occurrences pour le seul mois de janvier 2021 (22 % des 1 263 du corpus), au moment où la commission spéciale « Respect des principes de la République » examine le projet de loi contre le séparatisme — la future loi du 24 août 2021, dite « loi séparatisme » —, il se fossilise en nom commun juridique : on ne débat plus du séparatisme, on cite la loi et le délit qui portent son nom. Le 6 janvier 2026, lors d'une séance de questions sur le thème « Entrisme islamiste : comment protéger les institutions républicaines… », un orateur que les métadonnées n'identifient pas égrène les compteurs de « la loi séparatiste » (« on en avait 819 qui avaient été enregistrés » au 1er décembre 2025, 1 028 pour le délit de divulgation d'informations). Son prédécesseur « communautarisme » ne disparaît pas pour autant : les deux mots culminent le même mois (84 occurrences contre 278 en janvier 2021) et cohabitent jusque dans la même phrase — « une forme de séparatisme, que l'on appelait avant le communautarisme », dit Éric Poulliat (Renaissance) le 15 janvier 2021. « Islamo-gauchisme » survit à son effondrement de 2021 — en février, la ministre Frédérique Vidal annonce une enquête sur l'islamo-gauchisme à l'université, et le CNRS lui oppose que le concept n'existe pas, épisode qu'une audition raconte encore en 2025 : « quand le CNRS, quelques années ou quelques mois plus tard, dit que l'islamogauchisme n'existe pas, c'est une position parfaitement idéologique » — et connaît son pic de corpus en octobre 2025 (11 occurrences), dans la commission d'enquête « Mouvements politiques et islamisme » où l'on débat de son existence même (« le préfixe islamo n'a pas de sens devant le gauchisme », audition de Ghaleb Bencheikh, 28 octobre 2025). « Décivilisation », lancée par Emmanuel Macron en Conseil des ministres le 24 mai 2023 puis abandonnée par lui en quelques jours sous le tollé — le mot renvoie à Renaud Camus —, semble mort-née (19 occurrences en trois ans) ; sa seconde vie est inattendue : en mars 2025, lors du débat « Remise en cause du Pacte vert européen », le socialiste Dominique Potier retourne contre le recul du droit environnemental ce mot présidentiel forgé pour l'insécurité : « Le terme de décivilisation, utilisé par Christophe Clerc, me paraît tout à fait juste. »

Reste la ligne rouge : « grand remplacement ». Dans les 38 citations relues par l'audit (sur 94 occurrences, 2019-2026), aucun orateur n'assume la formule au premier degré dans son sens migratoire. Elle entre à l'Assemblée en janvier 2019 — plus de deux ans avant la campagne présidentielle d'Éric Zemmour qui en fera un thème central — par la commission d'enquête sur les groupuscules d'extrême droite, dans la bouche de témoins qui la décrivent comme la théorie « que propage Renaud Camus » ; après l'attentat contre deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande, mars 2019), dont l'auteur était, rappelle Meyer Habib devant cette commission, « un suprémaciste blanc, obsédé par la théorie du « grand remplacement » », le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner la nomme le 9 mai 2019 comme idéologie de menace. Le tabou tient, mais le gabarit se réutilise : à partir de 2024 fleurissent les transpositions — « la peur du grand remplacement du bœuf français » par le bœuf canadien (Henri Alfandari, Horizons, 30 mai 2024), « le grand remplacement des véhicules thermiques par ses véhicules électriques », ceux d'Elon Musk (Éric Michoux, UDR, 4 mars 2025), « le grand remplacement de l'industrie française par l'industrie chinoise » (QAG du 17 décembre 2025, orateur non identifié) — qui rejouent la structure de la formule hors du champ migratoire ; le corpus établit la chronologie de ces réemplois, pas leur intention. La digue cède ailleurs : le 27 janvier 2025, sur LCI, François Bayrou évoque un « sentiment de submersion » à propos de Mayotte — 1 959 jours après la dénégation d'Amélia Lakrafi — et février 2025 devient le mois le plus dense du sous-corpus « submersion migratoire » (45 occurrences, 22 % des 204). Le 19 février en séance, il jure n'avoir « jamais employé l'expression » — tout en défendant, le même jour, son « sentiment de submersion », « qui n'est que le constat d'une situation subie ».

Les formules, une à une

« ensauvagement »

formule pivot 96 occurrences · 2017-10-18 → 2026-06-30

Naissance publique : 2020-07-24 — Gérald Darmanin. Interview au Figaro : « Il faut stopper l'ensauvagement d'une partie de la société » — un mot du lexique RN (Le Pen, dès 2013) assumé par un ministre de l'Intérieur.

5 102019202120232025 naissance

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025Gouvernement LFI Non inscrits RN LR Renaissance UDR Socialistes

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

Le mot n'attend pas Gérald Darmanin pour entrer au Palais-Bourbon : Marie-France Lorho, députée non inscrite de la Ligue du Sud, le prononce en commission des lois — devant la garde des sceaux Nicole Belloubet — dès le 18 octobre 2017, déjà tout formé (« ensauvagement de notre société »), puis plus rien pendant près de trois ans. La réactivation de l'été 2020 précède le ministre : Éric Ciotti (alors LR) l'emploie en commission le 20 juillet 2020 (« nos prisons sont sous-dimensionnées face à l'ensauvagement de la société »), quatre jours avant l'interview de Darmanin au Figaro (24 juillet). Et quand Darmanin arrive devant la commission des lois le 28 juillet, les quatre phrases où il emploie le mot — ses seules occurrences d'« ensauvagement » dans le corpus — sont déjà défensives : il vise « ceux qui critiquent mon usage du mot », assure que « tout le monde comprend très bien » ce qu'il entend par là, et conclut en citant, via Richard Ferrand, Mona Ozouf : « L'ensauvagement du langage annonce, prépare et fabrique l'ensauvagement des actes. » La polémique entre à l'Assemblée en même temps que la formule.

La suite dessine deux camps de registre étanches. Usage sincère au RN — jusqu'à Marine Le Pen : « Parce que je n'ai pas peur des mots, je préfère qualifier d'ensauvagement cet effondrement moral et social » (9 avril 2024) —, chez LR et à l'UDR. Usage entre guillemets et en dénonciation à gauche : Ugo Bernalicis (LFI) glisse en commission, le 12 octobre 2021, qu'« il n'y a pas d'ensauvagement de la société, mais cela dépend peut-être des années et des éléments de langage que vous voulez mettre en avant », et Jean-François Coulomme (LFI) retourne le mot contre la politique économique du gouvernement en dénonçant « les politiques d'ensauvagement libéral et d'injustice sociale » (18 septembre 2024). Le mot ne meurt pas : 96 occurrences, 42 orateurs, et un pic de 8 occurrences en octobre 2024 — le mois où Bruno Retailleau, tout juste nommé ministre de l'Intérieur, rappelle lors de sa première audition devant la commission des lois que « Mon prédécesseur, Gérald Darmanin, avait parlé d'« ensauvagement ». » (2 octobre 2024), les sept autres occurrences du mois venant du RN (Michaël Taverne quatre fois, Yoann Gillet deux fois, Joëlle Mélin). Retailleau reprend ensuite la formule à son compte en séance : « une France ensauvagée » (13 mai 2025). Depuis 2024, la routinisation se joue hors des commissions, d'abord portée par le RN — 11 des 28 occurrences attribuées en séance publique et aux QAG.

« Assassinats islamistes à Marseille, échos du procès Merah, ensauvagement de notre société : de nombreux sujets de société viennent malheureusement intéresser notre Commission. »

Marie-France Lorho (Non inscrits) — 2017-10-18, Commission

« Tout le monde comprend très bien ce que j’entends par « ensauvagement » – ma mère, mon boulanger, tout le monde. »

Gérald Darmanin (Gouvernement) — 2020-07-28, Commission

« séparatisme »

formule pivot 1 263 occurrences · 2018-01-22 → 2026-07-02

Naissance publique : 2020-02-18 — Emmanuel Macron. Discours de Mulhouse : « séparatisme islamiste » remplace « communautarisme » dans le cadrage officiel ; loi « confortant le respect des principes de la République » (2021).

100 2002019202120232025 naissance

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2019202120232025UDI / Agir GDR / Communistes Renaissance LFI Gouvernement LR Socialistes LIOT MoDem Non inscrits Écologistes Horizons RN UDR Autres

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

Avant d'être le mot du président, « séparatisme » fut celui d'un communiste : Stéphane Peu l'emploie six fois du 17 mai 2018 au 24 octobre 2019, dans les débats de la loi logement ELAN, au sens de « séparatisme social » — la relégation des plus modestes « dans certains quartiers ». Le discours de Mulhouse (18 février 2020), où Emmanuel Macron fait du « séparatisme islamiste » son nouveau cadrage officiel, re-sémantise donc un mot qui circulait déjà à l'Assemblée comme critique sociale de gauche. La version présidentielle s'installe en huit jours : Meyer Habib (groupe UDI-Agir) l'utilise le 26 février 2020 devant la commission d'enquête sur l'attaque de la préfecture de police, en signalant lui-même le rebaptême (« ce que l'on appelle maintenant le séparatisme »). Les 4 et 5 mars, le mot est partout — mais pas au même sens : Stéphane Peu et Jean-Luc Mélenchon défendent encore le « séparatisme social » dans un débat sur le droit au logement, Raphaël Gérard (Renaissance) veut lutter contre « le séparatisme et le repli identitaire » en commission des affaires culturelles, et le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner reprend le 5 mars le « séparatisme islamiste » du discours présidentiel.

C'est le plus gros succès du sous-corpus : 1 263 occurrences, 200 orateurs, les quinze familles politiques de notre nomenclature. Il culmine en janvier 2021 avec 278 occurrences en un seul mois (22 % du total), au moment où la commission spéciale « Respect des principes de la République » examine le projet de loi contre le séparatisme — 67 % de sa vie se passe d'ailleurs en commission. Sa fin n'est pas une extinction mais une fossilisation juridique : on ne débat plus du séparatisme, on cite « la loi séparatisme » et « le délit de séparatisme ». Le 6 janvier 2026, lors d'une séance de questions sur le thème « Entrisme islamiste : comment protéger les institutions républicaines… », un orateur que les métadonnées n'identifient pas égrène ainsi les compteurs de « la loi séparatiste » : « on en avait 819 qui avaient été enregistrés » au 1er décembre 2025 — sans que la phrase précise de quelle infraction —, et 1 028 pour « le délit de divulgation d'informations susceptibles de mettre en danger la vie d'autrui ».

« Une telle pratique va avoir pour conséquence tout ce que François Pupponi et moi‑même n’avons de cesse de dénoncer : elle va aggraver le séparatisme social en parquant les plus modestes dans certains quartiers. »

Stéphane Peu (GDR / Communistes) — 2018-05-18, Commission

« La radicalisation, ce que l’on appelle maintenant le séparatisme, n’est pas né en 2012 ; il ne sort pas de nulle part. »

Meyer Habib (UDI / Agir) — 2020-02-26, Commission

« communautarisme »

précurseur 459 occurrences · 2017-07-26 → 2026-06-29

Naissance publique : 1989-10-01 — (usage diffus). Le prédécesseur officiel de « séparatisme » — utile pour voir la substitution de cadrage en 2020.

25 502019202120232025

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025Gouvernement Renaissance LR LIOT MoDem UDI / Agir Socialistes LFI Non inscrits GDR / Communistes RN Horizons Écologistes UDR

Le prédécesseur officiel de « séparatisme » est présent dès les premières semaines du corpus : le 26 juillet 2017, dans l'audition de Catherine Guillouard, alors pressentie pour diriger la RATP (« Il ne faut pas mélanger communautarisme et radicalisation »), par un orateur que les métadonnées n'identifient pas ; puis le 2 août 2017 chez Annie Genevard — députée LR, étiquetée par erreur « Gouvernement » dans les métadonnées — qui cite une note du renseignement territorial sur « le sport amateur, vecteur de communautarisme et de radicalité ». Vocabulaire installé, transpartisan, vivant à 73 % en commission (auditions RATP, sport, Radio France, police) ; Éric Ciotti (LR) figure parmi ses utilisateurs récurrents des débuts, avec trois occurrences avant 2020 — autant qu'Annie Genevard.

La substitution de 2020 ne le tue pas : les deux mots culminent le même mois, janvier 2021 (84 occurrences pour l'ancien, 278 pour le nouveau), et la commission spéciale sur la loi est précisément le lieu où ils cohabitent — jusque dans la même phrase, comme lorsque Christophe Euzet demande à un témoin si l'on doit craindre « de voir le communautarisme évoluer vers le séparatisme » (21 décembre 2020), ou quand Éric Poulliat (Renaissance) acte le rebaptême : « une forme de séparatisme, que l'on appelait avant le communautarisme » (15 janvier 2021). L'ancien mot décline ensuite en bruit de fond — 459 occurrences, 129 orateurs sur 2017-2026 —, repris tardivement par le RN, quasi absent des débuts faute d'élus : le groupe frontiste en produit 66 occurrences de 2022 à 2026, avec un maximum en 2023 (25). Le sort typique d'un précurseur : ni mort, ni central, absorbé par le cadre qui l'a remplacé.

« À la lumière de votre expérience, estimez-vous fondée la crainte de voir le communautarisme évoluer vers le séparatisme ? »

Christophe Euzet (UDI / Agir) — 2020-12-21, Commission

« Or je suis convaincue que la question du séparatisme – pour reprendre le mot de la majorité –, du communautarisme ou, plus explicitement encore, de l’islamisme doit faire l’objet d’un débat entre tous les Français, y compris, bien entendu, les Français musulmans – j’utilise à dessein cette dénomination plutôt que celle de musulmans de France –, qui doivent se saisir de cette question. »

Emmanuelle Ménard (Non inscrits) — 2020-11-25, Commission

« islamo-gauchisme »

formule pivot 85 occurrences · 2019-09-17 → 2026-03-31

Naissance publique : 2020-10-22 — Jean-Michel Blanquer. « L'islamo-gauchisme fait des ravages à l'université » (Europe 1, après l'assassinat de Samuel Paty) ; relancé par Frédérique Vidal en février 2021 (enquête CNRS demandée). Pré-histoire : Valls dès 2016 ; concept forgé par P.-A. Taguieff (2002).

2.5 52019202120232025 naissance

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025LFI GDR / Communistes RN LR Renaissance

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

La généalogie parlementaire du mot inverse l'histoire attendue : avant que Jean-Michel Blanquer ne le consacre sur Europe 1 (« L'islamo-gauchisme fait des ravages à l'université », 22 octobre 2020), il n'apparaît à l'Assemblée que dans la bouche de ses cibles ou entre guillemets. Le 17 septembre 2019 — 401 jours avant le lancement ministériel —, un chercheur auditionné par la commission des affaires étrangères sur la politique migratoire, se présentant comme collègue de François Héran, décrit l'étiquette accolée aux siens (« nous, chercheurs, sommes volontiers considérés comme des bobos islamo-gauchistes ») ; le 24 juin 2020, lors de l'audition d'Edgar Morin par la même commission, le corpus enregistre cette défense — propos non attribué dans les métadonnées, mais tenu dans l'audition du philosophe : « Je ne suis pas un islamo-gauchiste. » Caroline Abadie (Renaissance), première députée à le prononcer, le manie avec des guillemets prudents le 2 juillet 2020, devant la mission d'information sur l'émergence des différentes formes de racisme. Après Blanquer, le premier usage sincère d'un député survient en onze jours — Meyer Habib (groupe UDI-Agir) interpelle Gérald Darmanin le 2 novembre 2020 : « Comment lutter contre l'islamo-gauchisme qui alimente le terreau de l'islam radical ? » Mais tout au long de 2021, le mot appartient à la gauche : ses sept occurrences attribuées de l'année viennent de LFI (Éric Coquerel, Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon, Muriel Ressiguier) et du PCF (Elsa Faucillon, trois fois), toujours sur le mode ironique, pour moquer Blanquer et Frédérique Vidal jusque dans leurs propres auditions — Mélenchon salue un CNRS « qui a mieux à faire que d'aller surveiller les islamo-gauchistes » (29 mars 2021).

À partir de fin 2022, le RN devient le principal utilisateur sincère de cette formule ministérielle macroniste (20 occurrences frontistes depuis novembre 2022) ; le groupe LR, lui, ne l'assume en son nom qu'en février 2026, quand Anne-Laure Blin dénonce « une couverture médiatique islamo-gauchiste 24 heures sur 24 » (16 février 2026). Médiatiquement, le mot s'effondre en 2021 : en février, Frédérique Vidal annonce une enquête sur l'islamo-gauchisme à l'université et le CNRS lui oppose que le concept n'existe pas — épisode que la commission d'enquête « Mouvements politiques et islamisme » raconte encore en 2025 (« quand le CNRS, quelques années ou quelques mois plus tard, dit que l'islamogauchisme n'existe pas, c'est une position parfaitement idéologique », audition de Florence Bergeaud-Blackler, 22 octobre 2025). C'est pourtant dans cette commission d'enquête que le mot connaît son pic de corpus, en octobre 2025 (11 occurrences), où l'on débat de son existence même : l'audition de Ghaleb Bencheikh (28 octobre 2025) porte l'objection de morphologie — « le préfixe islamo n'a pas de sens devant le gauchisme » —, celle de Florence Bergeaud-Blackler la contre-forgerie « islamo-droitisme » ; et le sarcasme fleurit ailleurs (« madame Borne, islamo-gauchiste bien connue », lance un orateur non identifié en commission des lois, 14 janvier 2026). Détail révélateur : de 2019 à 2026, le mot n'apparaît jamais aux questions au gouvernement — 85 occurrences, toutes en commission ou en séance publique.

« Comme le disait mon collègue François Héran, nous, chercheurs, sommes volontiers considérés comme des bobos islamo-gauchistes dans le débat public, comme si nous étions incapables d’avoir un discours réaliste et rationnel sur ces questions. »

(non identifié) — 2019-09-17, Commission

« Plus récemment, nous avons vu apparaître d’autres formes d’antisémitisme, portées essentiellement par des milieux qualifiés d’ « islamo-gauchistes », qui avaient des liens souvent forts avec certains secteurs de l’immigration. »

Caroline Abadie (Renaissance) — 2020-07-02, Commission

« wokisme »

formule pivot 143 occurrences · 2021-10-20 → 2026-05-21

Naissance publique : 2021-07-19 — Jean-Michel Blanquer. Annonce du « laboratoire de la République » contre le « wokisme » (L'Opinion, 19 juillet 2021) ; institutionnalisation au colloque d'octobre 2021.

5 102019202120232025 naissance

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025GDR / Communistes RN LR LFI Renaissance Socialistes UDR

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

Cas de laboratoire parfait : néologisme sans passé, zéro occurrence avant 2021. Lancé par Jean-Michel Blanquer dans la presse le 19 juillet 2021 (l'annonce du « laboratoire de la République » contre le « wokisme », dans L'Opinion), il entre à l'Assemblée 93 jours plus tard — non par ses promoteurs, mais par leur adversaire : Elsa Faucillon (GDR) le prononce le 20 octobre 2021, entre guillemets, dans l'audition budgétaire de Frédérique Vidal en commission des affaires culturelles, pour renvoyer au gouvernement ses propres accusations contre les enseignants. Blanquer, lui, n'apparaît dans aucune des 143 occurrences du mot — le corpus le fait parler de « séparatisme », jamais de « wokisme ». Le premier usage sincère attend le 12 juillet 2022 et Julien Odoul (RN) — 358 jours après le lancement médiatique, une fois installés les députés RN élus en juin 2022 : la législature 2017-2022 n'a pas produit un seul usage assumé du mot.

Seul emprunt de la série à survivre durablement à son lanceur, « wokisme » (143 occurrences, 53 orateurs) atteint son pic en mars 2024 (18 occurrences) et vit surtout en commission (95 occurrences sur 143), au premier chef la commission des affaires culturelles et de l'éducation (50 occurrences). Son usage reste strictement polarisé. Sincère au RN et chez une partie de LR — Jean-Jacques Gaultier interroge sur « certaines dérives du wokisme en matière de censure » (2 août 2022), Maxime Minot dénonce « des idées militantes issues du wokisme » (4 octobre 2023). Exclusivement ironique ou métalinguistique à gauche : on somme l'adversaire de définir le mot — « Avant toute chose, pourriez-vous me donner une définition du mot « wokisme » ? », demande Aurélien Saintoul (LFI) à la ministre de la Culture Rachida Dati (21 mars 2024) —, on en fait l'étymologie — « Le terme woke provient du verbe anglais wake, qui décrit un état d'éveil » (Marie Mesmeur, LFI, 19 février 2025) —, jamais on ne l'emploie au premier degré.

« Monsieur le ministre, après les suspicions en islamo‑gauchisme dans le monde enseignant, après ceux en « wokisme », puis la tentative de mise au pas par l’article 1er de la loi pour une école de la confiance, vous avez franchi, hier, un nouveau pas dans la menace à l’encontre d’enseignants qui, selon vous, ne transmettraient pas les valeurs de la République. »

Elsa Faucillon (GDR / Communistes) — 2021-10-20, Commission

« Qu’est-ce que le ministère de la Culture entend-il mettre en œuvre pour lutter contre une pandémie ravageuse venue des États-Unis, je parle bien entendu du wokisme, cette idéologie de la déconstruction qui contamine malheureusement jusque sur les bancs de l’hémicycle. »

Julien Odoul (RN) — 2022-07-12, Commission

« décivilisation »

formule pivot 19 occurrences · 2023-03-28 → 2026-06-25

Naissance publique : 2023-05-24 — Emmanuel Macron. En Conseil des ministres, après les meurtres de trois policiers et d'une infirmière : « contrer ce processus de décivilisation ». Tollé (le mot évoque Renaud Camus) — la formule est abandonnée en quelques jours.

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Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025LFI LR RN Socialistes

Le mot présidentiel mort-né — lancé par Emmanuel Macron en Conseil des ministres le 24 mai 2023, après les meurtres de trois policiers et d'une infirmière, puis abandonné par l'Élysée en quelques jours sous le tollé, car il renvoie à Renaud Camus — a une double surprise en réserve. D'abord, Macron n'est pas le premier : Pierre Meurin (RN) emploie « décivilisation » en commission le 28 mars 2023 — 57 jours avant le Conseil des ministres — pour attaquer la décroissance des écologistes, et Benjamin Saint-Huile (LIOT) le contredit séance tenante, doutant qu'un débat sur les panneaux publicitaires numériques relève d'une « décivilisation » : « à moins que vous jugiez que la civilisation se fonde plus sur l'avoir que sur l'être ». Ensuite, la diffusion de la parole présidentielle est instantanée : Alexis Corbière (alors LFI) l'évoque le jour même, 24 mai 2023, dans l'audition de la ministre de la Culture Rima Abdul-Malak (« Le temps manque pour vous interroger sur le concept de « décivilisation » »). Mais la mort annoncée se vérifie : 19 occurrences en trois ans, 11 orateurs identifiés, et une vie presque exclusivement oppositionnelle — le RN au premier degré, LR et LFI pour renvoyer le mot à Macron, jusqu'à Thomas Portes (LFI) qui, le 25 juin 2026, en retrace la filiation à la tribune : Macron « a osé utiliser un terme, celui de décivilisation, qui a été imposé dans le débat par Renaud Camus ».

L'inattendu est ailleurs : le pic du mot (6 occurrences) tombe le 25 mars 2025, lors du débat en séance « Remise en cause du Pacte vert européen : l'urgence de clarifier la position française », où Dominique Potier (Socialistes) et des orateurs que les métadonnées n'identifient pas l'appliquent au recul du droit environnemental européen, en écho au « processus de civilisation » — le concept de Norbert Elias : « Ceux qui avaient accepté un processus de civilisation acceptent désormais le processus inverse de décivilisation », dit l'un ; « Le terme de décivilisation, utilisé par Christophe Clerc, me paraît tout à fait juste », enchaîne Potier. Une formule lâchée par son auteur en quelques jours, mais dont les adversaires — de droite comme de gauche — se disputent la dépouille.

« L’idéologie de la décroissance des écologistes nous entraîne vers une forme de « décivilisation », comme en atteste votre proposition de loi. »

Pierre Meurin (RN) — 2023-03-28, Commission

« « Décivilisation » pour le Président de la République, « ensauvagement » pour le ministre de l’intérieur ou « sentiment d’insécurité » pour le garde des sceaux ; jamais, malgré la loi sur la confiance dans l’institution judiciaire, la défiance des Français n’a été aussi forte envers cette institution. »

Éric Pauget (LR) — 2023-06-21, Commission

« grand remplacement »

formule pivot 94 occurrences · 2019-01-30 → 2026-06-25

Naissance publique : 2010-11-26 — Renaud Camus. Conférence de Lunel ; lancé en politique nationale par Zemmour (2021). Tabou dans l'hémicycle — qui le prononce, et pour quoi faire ?

2.5 52019202120232025

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025Renaissance GDR / Communistes LFI Non inscrits Écologistes Gouvernement RN UDR

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

C'est le mot tabou du corpus : dans les 38 citations relues par l'audit (sur 94 occurrences entre 2019 et 2026), aucun orateur n'assume la formule au premier degré dans son sens migratoire — elle est toujours citée, attribuée ou réfutée. Elle entre à l'Assemblée en janvier 2019 — plus de deux ans avant la campagne présidentielle d'Éric Zemmour, qui en fera un thème central — par la commission d'enquête sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite, dans la bouche de témoins qui la décrivent comme la théorie « que propage Renaud Camus ». Après l'attentat contre deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande, mars 2019) — dont l'auteur était, rappelle Meyer Habib devant cette commission le 9 mai 2019, « un suprémaciste blanc, obsédé par la théorie du « grand remplacement » » —, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner la nomme le même jour comme idéologie d'une ultradroite « empreinte d'islamophobie ». Le RN, lui, ne la prononce qu'en la citant ou en l'attribuant à d'autres : Julien Limongi dénonce le 4 février 2025 celui « …qui ose parler de « grand remplacement » de nos campagnes », Laurence Robert-Dehault accuse Jean-Luc Mélenchon d'en faire « l'apologie explicite » (25 juin 2025), et Roger Chudeau ne la profère qu'à travers le titre d'un livre de Luc Ferry, qu'il cite en s'adressant à son auteur auditionné (7 avril 2026).

Le contournement, lui, prospère : à partir de 2024 se multiplient les transpositions du gabarit « grand remplacement de X par Y » hors du champ migratoire — « la peur du grand remplacement du bœuf français » par le bœuf canadien (Henri Alfandari, Horizons, 30 mai 2024), « le grand remplacement des véhicules thermiques par ses véhicules électriques », ceux d'Elon Musk (Éric Michoux, UDR, 4 mars 2025), « le grand remplacement de l'industrie française par l'industrie chinoise » (QAG du 17 décembre 2025, orateur non identifié), « le grand remplacement des addictions » (7 novembre 2025, orateur non identifié). Le corpus établit la chronologie de ces réemplois — la structure de la formule resservie sur des objets sans tabou — mais ne peut pas dire si l'écho est délibéré. Le sous-corpus connaît ses mois les plus denses pendant la loi immigration (8 occurrences en novembre 2023, à égalité avec mai 2024 et janvier 2026 — ces deux derniers gonflés par les transpositions), presque toujours pour dénoncer la théorie — 94 occurrences, 30 orateurs au total.

« Il confirme que l’électorat du Rassemblement national est beaucoup plus perméable que tous les autres aux thèses conspirationnistes, en particulier à celle du « grand remplacement » que propage Renaud Camus. »

(non identifié) — 2019-01-30, Commission

« Le discours sur l’invasion musulmane et le grand remplacement se traduit par la mise en cause d’une responsabilité politique au sens large, au-delà du Gouvernement actuel. »

Christophe Castaner (Renaissance) — 2019-05-09, Commission

« submersion migratoire »

formule pivot 204 occurrences · 2019-09-17 → 2026-06-25

Naissance publique : 2023-12-01 — RN (hémicycle) ; lexique frontiste depuis les années 1980. Dans les débats AN de la loi immigration (J.-P. Tanguy) ; franchit la ligne exécutive avec François Bayrou : « sentiment de submersion » (LCI, 27 janvier 2025, puis QAG).

10 202019202120232025 naissance capture

Diffusion par groupe (ordre des lignes = ordre d'adoption après la naissance publique · plus foncé = usage plus intense)

2019202120232025Écologistes RN UDR LR LFI Socialistes Non inscrits GDR / Communistes Horizons Gouvernement

À qui appartient la formule ? (parts semestrielles de la parole attribuée)

gauche bloc central LR droite nationale gouvernement
2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

La formule entre à l'Assemblée par la négation : le 17 septembre 2019, Amélia Lakrafi (Renaissance) demande en commission des affaires étrangères pourquoi l'opinion est obsédée par l'immigration « alors qu'il n'y a pas eu de submersion migratoire » — preuve qu'elle circulait déjà comme cadre médiatique reconnaissable. Le premier usage affirmatif, par Nicolas Dupont-Aignan le 3 février 2021, l'attribue non au RN mais à un ancien ministre de l'Intérieur d'Emmanuel Macron : « la submersion migratoire – selon le mot de votre prédécesseur, Gérard Collomb ». Le RN ne s'en empare à l'Assemblée qu'avec ses élus de 2022 — Edwige Diaz l'adosse à l'opinion dès le 20 septembre 2022 : « sept Français sur dix souhaitent mettre un terme à la submersion migratoire » —, puis l'arrime à Mayotte et la martèle pendant la loi immigration de l'automne 2023.

La bascule survient le 27 janvier 2025 — 1 959 jours après la dénégation de Lakrafi — quand le Premier ministre François Bayrou évoque sur LCI un « sentiment de submersion » à propos de Mayotte : février 2025 concentre 45 occurrences, 22 % des 204 du corpus, et chaque camp est identifiable. Défense du mot chez LR — « le terme de « submersion migratoire » que le premier ministre a très justement utilisé à propos de Mayotte », Virginie Duby-Muller, 19 février 2025 — et chez Horizons (Sylvain Berrios, même séance) ; dénonciation à gauche — « Reprendre le vocable de l'extrême droite en parlant de submersion migratoire vaut censure », Hendrik Davi, Écologistes, 5 février 2025 ; jubilation au RN — « il a osé, il a eu l'extrême audace de parler d'un sentiment de submersion migratoire », Kévin Pfeffer, 19 février 2025. Le corpus enregistre même le reniement : le 19 février 2025 en séance, Bayrou jure n'avoir « jamais employé l'expression » — tout en défendant, le même jour, son « sentiment de submersion », « qui n'est que le constat d'une situation subie ». La banalisation se raconte ensuite elle-même à la tribune : le 30 octobre 2025, un orateur que les métadonnées n'identifient pas constate que « le bloc central nous parle de submersion migratoire, de vagues de sans-papiers ». Passé des commissions à la séance publique et aux QAG, le mot reste en 2025 détenu à 56 % par la droite nationale — RN et UDR, 45 des 81 occurrences attribuées à un orateur cette année-là : absorbé, pas éteint.

« Je m’adresse à vous tous : selon vous, pourquoi les médias et l’opinion publique sont-ils à ce point focalisés sur l’immigration, alors qu’il n’y a pas eu de submersion migratoire ? »

Amélia Lakrafi (Renaissance) — 2019-09-17, Commission

« Eh bien, il a osé, il a eu l’extrême audace de parler d’un sentiment de submersion migratoire. »

Kévin Pfeffer (RN) — 2025-02-19, Séance publique