« ensauvagement »
core formula 96 occurrences · 2017-10-18 → 2026-06-30Public birth : 2020-07-24 — Gérald Darmanin. Interview in Le Figaro: « Il faut stopper l'ensauvagement d'une partie de la société » ("We must halt the descent into savagery of part of society") — a word from the RN lexicon (Le Pen, as early as 2013) openly embraced by an Interior Minister.
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Le mot n'attend pas Gérald Darmanin pour entrer au Palais-Bourbon : Marie-France Lorho, députée non inscrite de la Ligue du Sud, le prononce en commission des lois — devant la garde des sceaux Nicole Belloubet — dès le 18 octobre 2017, déjà tout formé (« ensauvagement de notre société »), puis plus rien pendant près de trois ans. La réactivation de l'été 2020 précède le ministre : Éric Ciotti (alors LR) l'emploie en commission le 20 juillet 2020 (« nos prisons sont sous-dimensionnées face à l'ensauvagement de la société »), quatre jours avant l'interview de Darmanin au Figaro (24 juillet). Et quand Darmanin arrive devant la commission des lois le 28 juillet, les quatre phrases où il emploie le mot — ses seules occurrences d'« ensauvagement » dans le corpus — sont déjà défensives : il vise « ceux qui critiquent mon usage du mot », assure que « tout le monde comprend très bien » ce qu'il entend par là, et conclut en citant, via Richard Ferrand, Mona Ozouf : « L'ensauvagement du langage annonce, prépare et fabrique l'ensauvagement des actes. » La polémique entre à l'Assemblée en même temps que la formule.
La suite dessine deux camps de registre étanches. Usage sincère au RN — jusqu'à Marine Le Pen : « Parce que je n'ai pas peur des mots, je préfère qualifier d'ensauvagement cet effondrement moral et social » (9 avril 2024) —, chez LR et à l'UDR. Usage entre guillemets et en dénonciation à gauche : Ugo Bernalicis (LFI) glisse en commission, le 12 octobre 2021, qu'« il n'y a pas d'ensauvagement de la société, mais cela dépend peut-être des années et des éléments de langage que vous voulez mettre en avant », et Jean-François Coulomme (LFI) retourne le mot contre la politique économique du gouvernement en dénonçant « les politiques d'ensauvagement libéral et d'injustice sociale » (18 septembre 2024). Le mot ne meurt pas : 96 occurrences, 42 orateurs, et un pic de 8 occurrences en octobre 2024 — le mois où Bruno Retailleau, tout juste nommé ministre de l'Intérieur, rappelle lors de sa première audition devant la commission des lois que « Mon prédécesseur, Gérald Darmanin, avait parlé d'« ensauvagement ». » (2 octobre 2024), les sept autres occurrences du mois venant du RN (Michaël Taverne quatre fois, Yoann Gillet deux fois, Joëlle Mélin). Retailleau reprend ensuite la formule à son compte en séance : « une France ensauvagée » (13 mai 2025). Depuis 2024, la routinisation se joue hors des commissions, d'abord portée par le RN — 11 des 28 occurrences attribuées en séance publique et aux QAG.
« Assassinats islamistes à Marseille, échos du procès Merah, ensauvagement de notre société : de nombreux sujets de société viennent malheureusement intéresser notre Commission. »
« Tout le monde comprend très bien ce que j’entends par « ensauvagement » – ma mère, mon boulanger, tout le monde. »